HEUREUSE COMME UNE REINE ! MALHEUREUSE COMME UNE REINE !
HEUREUSE COMME UNE REINE !
Lorsqu'elle entra en France elle n'était point reine encore, elle était dauphine, cette jeune et charmante archiduchesse dont la grande Marie-Thérèse nous avait confié le bonheur, et déjà, en v¤yant Marie-Antoinette couronnée de sa beauté et de sa jeunesse, souriant à l'avenir qui promettait d'être si brillant pour elle, radieuse comme l'espoir, confiante comme l'innocence, le peuple disait : "Heureuse comme une reine !" Oh ! oui, elle était bien heureuse, car elle était bien aimée. Quand le maréchal de Brissac vit la nouvelle dauphine contempler avec émotion, du haut du balcon des Tuileries, la foule immense qui la saluait de ses vivat ! il lui dit, avec cette galanterie française qui ne craignait point de donner un tour un peu vif à la louange et au respect : "Votre Altesse royale a là pour le moins deux cent mille amoureux s¤us ses croisées." C'était le mot. Le peuple français était amoureux de la dauphine qui devait bientôt être sa reine. C'était un enthousiasme universel, une ivresse de coeur, une véritable idolâtrie, qui rendaient la jeune dauphine heureuse comme une reine !
La voilà reine enfin. Quels transports dans Paris, dans la France entière ! Jamais la puissance ne s'était présentée avec un aspect plus séduisant et plus doux ; jamais plus gracieuse apparition n'avait embelli le trône ; jamais front plus radieux n'avait ceint le diadème. Qu'elle est belle, qu'elle est majestueuse dans les royales pompes de Versailles, notre jeune souveraine ! Les arts prodiguent à l'envi pour elle leurs merveilles, mais ils ont beau s'efforcer, jamais le cadre dont ils entourent cette gracieuse majesté n'égalera le tableau. On répète autour d'elle que les reines sont heureuses, parce qu'au milieu des cours elles marchent les premières, que l'or, les diamants, les pierres précieuses, les tissus les plus beaux composent leurs parures, que les plaisirs volent sur leurs traces et que les fleurs naissent sous leurs pas. Qu'elles commandent, elles sont obéies ; qu'elles forment un désir, il est exaucé. La reine disait un jour à un ministre qu'elle avait quelque chose à lui demander. "Si c'est possible, c'est fait, répondit-il ; si c'est impossible, ça se fera." Et ce jour-là, plus que jamais, toutes les femmes répétaient à l'envi autour d'elle : "Heureuse comme une reine !"
Ce n'est point cependant dans les pompes des cours, dans les prestiges du rang suprême, dans les splendeurs de la parure que notre jeune et belle reine plaçait son bonheur ; car si son visage était beau, plus belle encore était son âme. Le bonheur des rois et des reines résidait pour elle tout entier dans cet immense pouvoir qui leur a été donné de faire le bien. Si vous la voyez dans les splendeurs du royal château de Versailles, le sourire aux lèvres, c'est qu'elle vient de faire des heureux ou d'essuyer des larmes. Tous s'adressent à elle, et tous reviennent consolés. Elle protège les faibles, elle soulage les pauvres, elle demande et obtient la grâce des condamnés, la liberté des captifs ; elle est le recours des vieillards, elle est la mère des orphelins ; elle est heureuse de tout le bonheur qu'elle donne, et, comme les reines peuvent donner beaucoup de bonheur, elle veut bien qu'on dise en la regardant, quand les pauvres sont vêtus, les affamés nourris, et quand une douce flamme réchauffe les membres glacés des indigents : "Heureuse comme une reine !"
Heureuse ! Et comment ne le serait-elle pas ? Tout dans la nature semble lui sourire. Le rôle de reine est brillant, sans doute, mais il devient quelquefois un peu lourd. Quand ce rôle pèse à notre souveraine, Trianon, ce gracieux domaine, cet Eden en miniature où elle dépose les ennuis du rang suprême, pour reprendre sa liberté individuelle et la charmante indépendance de la vie privée, n'est pas bien loin de Versailles. Il est si bon, quand on est tout, de ne plus être rien ! Il est si doux, quand on a entendu pendant toute une semaine la brillante musique de Grétry ou de Puccini, d'aller écouter la cadence harmonieuse et les notes vibrantes et perlées du rossignol, ce chanteur solitaire, sous les frais ombrages de Trianon ! Et puis Brunette, la vache préférée, n'attend-elle pas de sa chère maîtresse les soins accoutumés ? Allons, jeune et gracieuse reine, le presbytère, la maison du bailli, le moulin et la maison du seigneur vous appellent ; les vertes pelouses, plus douces que les tapis de Versailles, demandent à être foulées par votre pied léger. Vivre pour soi après avoir vécu de longs jours pour les autres, trouver le sommeil sous un toit rustique quand il vous fuit sous les lambris dorés ; se réfugier dans cette petite oasis de verdure, de calme et de paix, où tous les bruits de la cour se taisent, et où l'on n'entend que le murmure du ruisseau qui semble fuir à regret ces beaux lieux, le gémissement aérien des arbres balancés par les vents, et le gazouillement des oiseaux, n'est-ce pas le bonheur ? Quand on est reine, cesser un jour de l'être pour devenir fermière ; pour le coup voilà ce qui s'appelle être heureuse ... heureuse comme une reine !
Ce n'est point là encore la plus grande félicité de notre bien-aimée souveraine, dont toutes les journées semblent tissées d'or et de soie. La voyez-vous dans cette voiture à vitraux qu'elle a choisie pour être vue du peuple et le voir ? Dieu vient de lui accorder le plus grand bonheur qu'il puisse accorder à une femme : elle est mère ; le plus grand bonheur qu'il puisse accorder à une reine : elle vient de donner un dauphin à la France, et elle va rendre grâces à Dieu, dans l'église de Notre-Dame, du bonheur de la France et du sien. Tout Paris a voulu assister aux relevailles de sa reine. C'est un enthousiasme, une ivresse, une idolâtrie qui vont jusqu'au délire. Tous les coeurs volent sur son passage ; les bras sont tendus vers elle, les yeux attachés sur elle ; les bouches acclament son nom, un seul nom, - quel doux nom ! - la Reine ! - "La Reine ! - La voilà ! - Qu'elle est belle ! - Qu'elle est majestueuse ! - Qu'elle est bonne ! - Vive la Reine ! - Il faut dételer les chevaux ! C'est nous qui traînerons aujourd'hui la mère du dauphin, notre reine. - A vous ! - A toi ! - A nous tous ! - Vive la Reine !" Et la voiture s'avance lentement, traînée par le peuple, en roulant au milieu d'un océan humain dont les vagues respectueuses se séparent pour la laisser passer. Le pavé est jonché de fleurs, les maisons sont tapissées de verdure ; de distance en distance, on entend des choeurs de voix qui chantent le grand air d'Iphigénie : Chantons, célébrons notre reine ! C'est une de ces fêtes si rares dans lesquelles le peuple devient acteur. Jamais reine n'a été reçue ainsi par ses sujets ; jamais reine n'a été ainsi aimée ; c'est une mère au milieu de ses enfants. Oui, cette jeune et charmante femme est la mère d'un grand peuple. O France, ô mon pays, comme vous aimiez alors votre reine ! Point de soldats autour d'elle aujourd'hui ; elle est sous la garde des coeurs. Dieu ! comme ils l'aiment ! Comme ils aiment ce gentil dauphin qui va grandir pour de si belles destinées ! Plus le cortège avance vers Notre-Dame, plus les transports redoublent. La reine émue, enivrée, éperdue, succombe à tant d'amour, à tant de bonheur. Si elle n'était que reine, elle voudrait mourir, car elle sent que c'est aujourd'hui le plus beau jour de sa royale vie ; mais elle est mère, et elle veut vivre pour voir toutes les grandeurs et toute les félicitées que l'avenir réserve à son enfant. - Son enfant ! Hélas ! - Taisez-vous, taisez-vous ! n'évoquez pas l'histoire avant l'heure ! Je veux répéter encore une fois avec ces femmes attendries qui, du haut des croisées, montrent Marie-Antoinette à leurs petits enfants qu'elles tiennent dans leurs bras, en leur apprenant à lui envoyer des baisers : "Heureuse comme une reine !"
MALHEUREUSE COMME UNE REINE !
Madame, est-ce bien vous ? Vous, tout à l'heure encore si belle, si souriante, si adorée, entourée de toutes les pompes de la puissance, de toutes les splendeurs du luxe, et, plus encore, de tous les respects et de toutes les affections, vous dont on disait : heureuse ... ? N'achevons pas ! Aujourd'hui cette parole deviendrait une ironie cruelle, une dérision impie ! De mauvais jours sont venus, des jours où, comme l'a dit un illustre écrivain : "les reines ont été vue pleurant comme de simples femmes, et l'on s'est étonnée de la quantité de larmes que contenaient les yeux des rois."
La calomnie a irrité contre vous ses noires vipères dont la bave venimeuse a flétri vos belles destinées. La Révolution, cette furie aux mains sanglantes, s'est levée contre votre royale maison. Pour ébranler la royauté sur son trône, elle a commencé par déraciner du coeur des Français l'amour qu'ils avaient pour leur reine. Elle leur a dit - mensonge infâme ! - à eux qui vous aimaient tant, elle leur a dit que vous ne les aimiez pas. Vous si Française d'esprit, de sentiments, de goûts, Française par le coeur comme par la grâce, ils vous ont appelée l'Autrichienne ! Ils ont épié toutes vos actions pour les noircir, ils ont surveillé toutes vos paroles pour les travestir et les envenimer ; ils ont calomnié vos goûts, vos distractions, vos amitiés, tout, jusqu'à vos vertus ; leur haine savante, leur perfidie ingénieuse ont tendu autour de vous leurs homicides filets. La Révolution, ce terrible chasseur, est entrée dans la plaine, et les reines sont devenues sa proie. Il a fallu dire adieu à votre charmant refuge de Trianon, car, dans ces temps néfastes, toutes vos démarches, ô Reine, étaient devenues suspectes à ces méchants, et l'on m'a dit que la dernière soirée que vous passâtes sous ces frais ombrages, vous vîtes un cruel épervier s'abattre sur le rossignol, ce monarque harmonieux de vos bocages préférés, et l'emporter à tire-d'aile dans ses serres sanglantes, sinistre augure d'une plus lugubre tragédie que devait jouer ailleurs la Révolution ! Alors le sourire a disparu de vos lèvres ; votre front s'est rembruni ; votre coeur s'est serré, car ces ingrats qui ne vous aiment plus, vous les aimez toujours. Vos beaux yeux ont commencé à rougir dans les larmes. Plus de joie, plus de fêtes, plus de consolation, plus de bonheur, et le dauphin, ce délicieux enfant dont la naissance a causé tant de joie, dit un matin, d'un air pensif, après vous avoir présenté un bouquet de son jardin, tribut accoutumé qu'il offrait tous les jours à sa mère : "J'entends dire autour de moi : heureuse comme une reine ! J'en connais pourtant une qui pleure tous les jours."
Dès cette époque, les reines avaient cessé d'être heureuses. Leur présent était triste, leur avenir plus sombre encore. Quel avenir, mon Dieu, que celui qui se déroule aujourd'hui dans nos souvenirs en évoquant ces dates néfastes des journées des 5 et 6 octobre, du 20 juin, du voyage de Varennes, du 10 août, du 21 janvier ! Les 5 et 6 octobre, où une foule homicide, altérée de sang, envahit nuitamment le château de Versailles, et vint fouiller de ses piques sanglantes le lit encore chaud que vous veniez de quitter ! Quelle nuit affreuse, et le lendemain, quelle matinée, quand il fallut paraître sur ce balcon où la multitude vous appelait ! Vous y vîntes en tenant vos enfants par la main, mais une rude voix s'éleva en criant : "Point d'enfant !" comme si, dès lors, la Révolution voulait étendre sur vous sa main meurtrière, et comme si elle hésitait à égorger les enfants sur le corps de la mère. La mère comprit et repoussa vivement ses enfants en arrière, et la Reine, le front intrépide, s'élança, sans hésiter, seule sur le balcon. Ce que l'amour ne faisait plus depuis longtemps, l'admiration le fit ce jour-là ; on cria : "Vive la reine !" Depuis longtemps déjà on ne pouvait plus dire : "Heureuse comme une reine ;" mais on commença à vous appliquer un nom que la postérité la plus lointaine répétera toutes les fois que les horribles scènes de ce temps-là seront racontées : Grande comme une reine !
Vos ennemis, Madame, ont pu vous ôter le bonheur, mais la grandeur vous est restée. Vos malheurs, en se succédant, n'ont fait qu'élever plus haut vers le ciel, comme un piedestal auquel chaque douleur royalement soufferte apportait une nouvelle pierre, votre immortelle statue devant laquelle toutes les générations s'inclineront avec amour et respect. Mais depuis Versailles et Paris, depuis Varennes et le Temple, depuis la tête livide et sanglante de la princesse de Lamballe offerte sur une pique à votre vue, depuis les déchirements de cet adieu maternel où vous laissâtes la meilleure moitié de votre coeur, quand la Révolution vous enleva le dauphin, cet aimable enfant, les délices de votre âme et de vos yeux, pour jeter ce dernier débris du trône au savetier Simon, ce fangeux coin de rue, depuis les tortures indicibles de la nuit du 20 au 24 janvier, amie de la princesse de Lamballe, veuve de Louis XVI, mère du dauphin, soeur de Madame Elisabeth, qui donc aurait l'insolence impie de parler du bonheur des reines ? Ah ! votre vie a effacé de notre langue cette phrase si souvent répétée par nos aïeux, qui entouraient leurs reines d'amour et de respect. Fut-il jamais sous le soleil un malheur égal au vôtre, femme, soeur, mère de victimes et victime vous-même ? Non, on ne dira plus désormais : "Heureuse," mais "Malheureuse comme une reine !"
Après avoir été ainsi aimée, être ainsi haïe ! Après avoir été ainsi respectée, idolâtrée, être ainsi injuriée, vilipendée, honnie, poursuivie des noms les plus odieux, des sobriquets les plus infâmes, insultée dans son honneur de femme, dans son amour de mère, comme dans sa majesté de reine ! Être obligée, après avoir courbé, avec la sainte pudeur des femmes, son front étonné devant l'horreur imprévue d'une accusation absurdement immorale et cyniquement atroce, de le relever avec la dignité maternelle offensée, en s'écriant : "J'en appelle à toutes les mères !" N'est-ce pas là une misère étrange, inouïe, navrante, qui jusque-là n'avait frappé aucune personne de votre sexe ? Quelle femme, ô Reine, a souffert les souffrances que vous avez pleurées, porté les deuils que vous avez portés, éprouvé les angoisses qui ont torturé votre royal coeur ? Quelle est celle dont les cheveux ont blanchi dans l'espace d'une nuit ? Ah ! nous avons bien le droit de nous écrier, en songeant à cet amas incroyable d'adversités et de souffrances : "Malheureuse, oui, malheureuse comme une reine !"
Enfin vos malheurs touchent à leur terme. Vos ennemis vous ont tout pris, l'amour des Français, le trône, la vie du roi votre époux, les caresses du dauphin votre fils, la vue de la jeune Marie-Thérèse votre fille, les consolations de Madame Elisabeth, cet ange que vous appeliez votre soeur ; il ne vous reste que la vie, ils vont vous la prendre. La reine douloureuse est parvenue à sa nuit dernière. Assise dans le cachot de la Conciergerie, elle raccommode de ses royales mains le déshabillé blanc avec lequel elle montera demain à l'échafaud, car la République française lui a refusé la robe noire qu'elle demandait pour porter le deuil de Louis XVI jusqu'au moment où elle laisserait elle-même un nouveau deuil à porter à ses enfants. Elle est seule. Les heures suprêmes de sa vie s'écoulent. Elle ne pleure plus, parce qu'elle n'a plus de larmes. Ses pensées sont tristes jusqu'à la mort. Soit qu'elle regarde dans le passé, soit qu'elle interroge de l'oeil l'avenir, - quel sombre avenir ! - elle ne voit que souffrances, humiliations, misères, elle ne prévoit, pour ceux qu'elle laisse derrière elle, que nouvelles désolations. Ah ! Madame, madame, est-ce ainsi que vous deviez finir ? Qui l'eût pensé, dans cette belle journée où une multitude attendrie, enthousiaste, idolâtre, dételait votre carrosse pour vous traîner, vous sa jeune reine, jusqu'à Notre-Dame, où vous alliez rendre grâces à Dieu de la naissance du dauphin, cette naissance que vous êtes aujourd'hui réduite à pleurer ! Hélas ! hélas ! Madame, une autre multitude vous attend ! Quand la charrette, l'ignoble charrette - car la Révolution, cette scrupuleuse personne, s'est repentie d'avoir violé les saintes lois de l'égalité - comme elle dit, - en envoyant le roi de France en carrosse à l'échafaud ; - quand l'ignoble charrette viendra chercher la reine de France pour la transporter à la place du Vingt-un-Janvier, les vociférateurs des tribunes de la Convention, les furies de la guillotine seront à leur poste pour insulter de leurs dernières injures, de leurs quolibets infâmes et de leurs blasphèmes avinés la sainte majesté du malheur et de la mort. Ah ! malheureuse, oui malheureuse comme une reine ! Que cette parole passe de notre histoire dans notre langue. Malheureuse comme une reine méconnue, calomniée, insultée, persécutée, désaltérée d'absinthe et nourrie de fiel, et conduite par toutes les étapes de la souffrance, de l'humiliation, du désespoir, jusqu'à la Conciergerie, où elle attend l'heure du bourreau et de la Convention pour monter à l'échafaud. Malheureuse comme une reine ! ai-je dit. Qui donc aurait l'audace insigne de dire : "Voici ma vie, j'ai été aussi malheureux que la reine de France ?"
Ah ! cachez-moi ce dernier tableau de la nuit du 15 au 16 octobre 1793 ; cette lampe funèbre, triste et pâle soleil levé sur cette agonie, ce geôlier qui vient peut-être avertir la royale condamnée que le bourreau attend ; ce visage morne, cette majesté désolée, dans ce cachot humide et nu ; le pot de terre égueulé sur lesquels les pieds qui ont foulé les tapis de Versailles cherchent un peu de chaleur ; ce vêtement qu'il faut repriser, livrées de la misère que portera demain le plus grand malheur qu'ait éclairé le soleil, pour faire la dernière étape de son lamentable pèlerinage sur la place des immolations. Cachez-moi ! ...
Silence aux sentiments humains, aux faiblesses humaines ! Il n'y a rien à cacher ici. Il y a une reine très-chrétienne qui souffre, en songeant que le Christ son Dieu a souffert sur la croix. Il y a une reine très-chrétienne qui pardonne du fond de la Conciergerie, bientôt du haut de l'échafaud, en songeant que le Christ son Dieu a pardonné du haut de la croix. Oui la Reine, - car elle est toujours reine, - vient d'écrire à sa soeur Madame Elisabeth cette dernière et sublime lettre, testament de foi, d'amour et de clémence, dans lequel elle étend sur ses ennemis son pardon comme un sceptre ; - ce sceptre-là, personne n'a pu le lui ravir. Le ciel descend ici, la prison se transforme, les ténèbres s'éclairent, la reine se transfigure, et j'entends là-haut les anges qui chantent, entre le ciel et la terre, les saintes béatitudes de l'Evangile : "Heureux ceux qui sont doux, parce qu'ils posséderont la terre ! Heureux ceux qui pleurent, parce qu'ils seront consolés ! Heureux ceux qui sont miséricordieux, parce qu'il leur sera fait miséricorde !"
Heureuse donc, ah ! bienheureuse notre malheureuse reine !
Alfred NETTEMENT
La Semaine des familles (Paris)
1858

