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La Maraîchine Normande
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17 mars 2013

RÉCITS VENDÉENS ♣ LA MÉTAIRIE BRULÉE ♣ 5ème et dernière partie

5ème et dernière partie

Cet abominable incident avait tellement absorbé l'attention des prisonniers et de leurs bourreaux, qu'ils n'avaient pas pris garde à la grande clameur qui, en ce moment même, éclatait dans la ville et montait, et se reproduisait jusque dans l'enceinte du château : les tambours battaient la générale ; les clairons sonnaient le rappel, et des coups de feu retentissaient, de plus en plus rapprochés et distincts.
- Aux armes ! aux armes ! criait-on de toutes parts.
Quelques soldats accoururent dans la cour du puits :
- Les brigands ! les brigands ! Aux armes, camarades !
Et les soldats-exécuteurs, sans plus se soucier de leurs victimes se précipitèrent hors de la funeste enceinte.

Les prisonniers attendaient, dans une inexprimable anxiété, l'issue de cette lutte, dont le fracas augmentait de seconde en seconde, de ce coup de dé qui allait décider de leur sort.
- A genoux, mes amis, s'écria le prêtre par une inspiration soudaine, à genoux, et prions pour le succès de nos frères.
Et il récita le De profundis, auquel succédèrent les litanies du Saint nom de Jésus :
- Par votre agonie et votre passion, disait-il.
- Délivrez-nous, Jésus ! répondait le choeur des suppliants.

Peu à peu la fusillade avait diminué d'intensité ; on n'entendait plus que quelque coups de feu isolés qui partaient çà et là ; enfin un silence relatif succéda à cette animation guerrière ; puis des hourras frénétiques, accompagnés de houppements sans fin, éclatèrent sur tous les points de la ville, et remplirent bientôt tout le château lui-même.

Un flot de Vendéens fit irruption dans la cour du château.
- Vive Dieu et le Roi ! Mes braves gens, vous êtes sauvés !
Et femmes, enfants, hommes faits, les pauvres prisonniers pleuraient d'allégresse, et dansaient et sautaient au cou de leurs libérateurs, et les embrassaient à les étouffer.

On s'interrogeait de part et d'autre avec empressement pour savoir si l'on n'aurait pas, parmi les royalistes, des proches, des amis ou des connaissances.
- Qui êtes-vous donc de votre nom, jeunes gens ? demanda au frère et à la soeur un des paysans, qui portait à son chapeau le plumet d'un capitaine de paroisse.
- Madeleine et René Blaineau.
- Blaineau ? Etes-vous parents d'un brave gars de ma compagnie qui s'est joliment bien conduit tout à l'heure et qui a pour nom Louis Blaineau ?
- Eh ! Jésus ! c'est notre frère ! Est-il ici ?
- Pour lors, mes enfants, suivez-moi, suivez-moi !

Une demi-heure après, Madeleine et René se jetaient entre les bras de leur frère, un des héros de la journée.
Leur allégresse devint une affliction sans mesure, quand ils apprirent que leur père, leur mère et le petit Jean avaient succombé sous les balles des incendiaires, dans la nuit de la fuite.
Toute entière à sa douleur, Madeleine avait omis de s'informer du septième fugitif, ou du moins elle s'en gardait par un sentiment instinctif de pudeur.
- Et ce pauvre Joseph, dit Louis, tu l'as donc oublié, Madeleine, que tu ne m'en parles pas !
L'innocente enfant devint rouge comme une pivoine et tremblante comme une feuille de peuplier sous la brise :
- Laissons-le, dit-elle en baissant la voix, laissons-le reposer en paix aussi lui ! ... Ah ! que de sacrifices le bon Dieu me fait faire aujourd'hui !
- Tu ne te trompes point, Joseph repose en paix ... et ce brave ami en avait bon besoin ; car il ne s'est guère épargné, toute la matinée, pour chasser d'ici ces maudits patauds.
- Quoi ! s'écrie Madeleine palpitante et joignant les mains ... il ne serait pas mort !
- Pas plus que moi, Dieu merci au bon Dieu ; et je te répète qu'il se repose en paix, pas loin de nous, sur l'herbe, au bord de la rivière. Allons vite le réveiller, ce pauvre cher gars, qui vous croit dans le paradis ... - et que j'ai vu tant pleurer sur toi ! ... Allons le tirer de son bon somme, et, je te le promets, ma Madeleine mignonne, il ne s'en plaindra pas ! ...

Si vous visitiez aujourd'hui, ami lecteur, les lieux où s'élevèrent les deux fermes que nous avons essayé de vous peindre au début de ce récit, vous seriez charmé et surpris de les retrouver telles que nous les avons esquissées. Vous nous accuseriez sans doute de vous avoir induit en erreur, quand nous avancions qu'elles avaient été la proie de l'incendie révolutionnaire ; et vous auriez grand tort de révoquer en doute notre véracité et de suspecter notre bonne foi.
- Oui, voilà bien, à l'issue du chemin du Pâtis, la métairie de la Fromentière ; et voilà bien là-bas, au sommet du coteau, la métairie de la Fresnaye, à demi cachée sous son bouquet d'ormes. Mais ces deux maisons ressemblent aux maisons primitives, comme des filles ressemblent à leurs mères.

La paix, la paix si ardemment désirée, est enfin venue. Il a été permis à la malheureuse Vendée de renaître de ses cendres, on peut le dire sans figure, et les demeurants de ces luttes immortelles ont eu à coeur de relever les toits, de rallumer les foyers, où leurs pères, ces géants, leur avaient enseigné l'héroïsme.

René n'a jamais pardonné aux Bleus les infamies dont il avait été le témoin et la victime. Il a vécu à la Fromentière avec son frère Louis, et il ne s'est plus occupé que de devenir un des premiers laboureurs de la contrée ; mais, en 1815, il a planté la charrue dans le sillon, il a jeté le fusil de son aîné sur son épaule ; puis il est allé se joindre à Louis de La Rochejaquelein, et se faire tuer glorieusement à ses côtés, au combat des Mathes.

Quant à Madeleine, il y a trois mois, elle soupirait après la mort qui la réunirait à son cher défunt, à son cher Joseph, qui l'avait précédée de six ans dans la tombe. Mais avant d'y descendre, elle a eu l'insigne bonheur de voir un de ses petits-enfants soutenir noblement l'héritage paternel, se lever pour défendre la cause sacrée de l'Eglise et de son magnanime Vicaire, se battre comme un lion, et teindre de son sang la colline de Castelfidardo ; puis, cinq semaines avant le jour où toute la paroisse en deuil conduisait au champ de l'éternel repos la veuve de Joseph Allard, cette vénérable aïeule de quatre-vingt-quatre ans avait encore trouvé dans son coeur, que tant d'émotions n'avaient pas desséché, quelques larmes de joie et d'orgueil, en apprenant que son intrépide petit-fils était décoré de l'ordre de Pie IX.

EMILE GRIMAUD
Revue de Bretagne et de Vendée (Vannes)

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