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La Maraîchine Normande
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10 janvier 2013

UN TEMOIGNAGE SUR LES GUERRES DE VENDEE ♣ LE JOURNAL DE NICOLAS POINCENET ♣ 3ème et dernière partie

BLEUS 8

3ème et dernière partie

Les exécutions

C'est ainsi que cent neuf hommes furent condamnés à mort et mis à exécution par notre demi-bataillon. Les jeunes garçons qui étaient au-dessous de seize ans furent condamnés à aller dans les vaisseaux de la République.

Détail de leur exécution. Après leur jugement, on les conduisait dans une prison séparée. Quelquefois il y avait deux jugements de rendus. C'était huit ... [ou] quinze hommes par jour. Nous avions un détachement de vingt [ou] quarante hommes, lequel allait chaque jour, à quatre heures du soir, prendre, lier ces malheureux par les mains derrière le dos. C'était ainsi qu'on les conduisait au son du tambour pendant une demi-lieue, tant dans la ville qu'à l'entrée de la campagne ... Les femmes ... venaient à leur passage ... faire un éternel adieu à leurs pères, à leurs maris, à leurs frères et amis. Ces malheureux leur ... donnaient ce [dont] ils pouvaient se défaire de leurs vêtements. Arrivés au lieu de l'exécution, il y avait un trou dans la terre tout préparé pour contenir le nombre d'hommes. Le chef du détachement leur demandait s'ils voulaient se mettre à genoux et, sans hésiter, ils se mettaient à genoux au bord de leur fosse et faisaient leur dernière prière à l'Etre Suprême. Le chef du détachement prenait la précaution de faire tomber leurs coiffures sur leurs yeux. Deux soldats se plaçaient derrière chaque homme, le premier pour tirer à la tête et le deuxième au milieu du dos. Pour apprêter les armes, les signaux étaient convenus. Il n'y avait que le dernier mot de la charge qui se faisait entendre : "Feu !" C'est ainsi que cent neuf hommes furent massacrés.

Comment mourait un Vendéen ...

Une conversation que j'ai eue avec un de ces malheureux ... Je crois ne pas avoir passé un jour depuis sans y penser et je crois que je n'oublierai jamais, je vais la placer ici. C'était un père de famille, âgé de soixante-deux ans, paraissant d'une physionomie agréable et respectable, bon mari, bon père, bon fermier, humain ... Comme on lui liait les mains dans la prison, je le considérais avec compassion. Il s'en est aperçu et me dit :

- Tu me parais bon garçon ; tu me fusilleras et tu ne me feras pas souffrir. Je prierai le Bon Dieu pour toi.

- Je lui répondis : "Hélas !" Il est bien malheureux que nous soyons obligés de faire ce métier.

- Il me dit : "Veux-tu me moucher ?"

- Avez-vous un mouchoir ?

Il me fit signe qu'il était dans la poche de sa culotte. Je le pris et le mouche. C'était un mouchoir tout neuf de quarante ou cinquante sols. Il me dit :

- Prends-le ; je n'en ai plus que faire.

Je ne peux pas le prendre et lui remis dans sa poche. Et [il] me dit encore :

- Je t'en prie. Tu me fusilleras et tu ne me feras pas souffrir. Je prierai le Bon Dieu pour toi.

Et [il] m'a répété ces paroles sept à huit fois parce que je l'ai toujours accompagné en allant au lieu de l'exécution où il ... reçut la mort telle qu'il l'avait demandée.

Thermidor

Nous quittâmes ce camp le huit thermidor pour aller au Coué, village à une lieue de Nantes, sur la rive gauche de la Loire. A cette époque, notre bataillon était encore [d'] environ ... deux cent cinquante hommes et, quelques jours après, il partit pour [l'] Espagne ... Enfin est arrivé le neuf thermidor, jour à jamais mémorable pour bien des Français par la ... mort de Robespierre ... La terreur, les massacres, la guillotine qui régnaient par toute la France furent arrêtés. La Convention fit alors un décret que l'humanité serait à l'ordre du jour ...

 

REVUE DU BAS-POITOU

1960 - 1ère et 2ème livraison

Partie 1 ICI

Partie 2 ICI

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