LA GUILLOTINE DE NIORT A FONTENAY
LA GUILLOTINE DE NIORT
A FONTENAY
(9-23 avril 1793)
Le 3 avril 1793, à 4 heures du soir, l'Administration de la Vendée réquisitionne une charrette attelée de quatre chevaux pour conduire aux Sables la machine à décapiter qui y était réclamée.
Le 6 avril courant, a lieu dans cette ville l'exécution de douze insurgés, faits prisonniers à l'affaire des Sables du 29 mars précédent et condamnés à mort par la Commission militaire.
Démuni de sa machine à décapiter, Fontenay demande à Niort la sienne.
Les Administrateurs du département des Deux-Sèvres prennent la délibération suivante dans leur séance permanente du 7 avril, et répondent ce ce même sens à leur collègues de la Vendée :
"Sur la lecture d'une lettre de l'Administration du département de la Vendée qui demande qu'on lui envoye la machine à décapiter de ce département, au moment même où elle est également demandée par le district de Saint-Maixent, l'assemblée, considérant que les troubles actuels exigent que le supplice de ceux qui sont condamnés à perdre la vie ne soit pas différé, puisque la loi porte qu'ils seront mis à mort dans les 24 heures, a arrêté, ouïe le P.G.S. qu'il sera fait incessamment cinq machines à décapiter."
En conséquence, le directoire de Niort charge l'ingénieur en chef Demetz de faire cinq épures d'après le modèle qu'on possèdait, et ces épures seront adressées aux cinq districts du département des Deux-Sèvres avec prière de se pourvoir de machines à décapiter.
Le 9 avril, une nouvelle lettre, plus pressante, est adressée par les Administrateurs du département de la Vendée à ceux du département des Deux-Sèvres. Vu ces instances, ceux-ci s'empressent d'obtempérer au désir de leurs voisins.
"Suite de la séance permanente du 9 avril 1793.
Sur les demandes réitérées des Administrateurs du département de la Vendée de leur envoyer la machine à décapiter et l'exécuteur des jugements criminels, l'assemblée, ouï le P.G.S., a arrêté que la machine à décapiter sera envoyée dans le jour à Fontenay-le-Peuple et qu'il sera donné, séance tenante, un réquisitoire à l'exécuteur des jugements criminels de s'y rendre aussi dans le jour."
La sinistre machine part donc pour Fontenay, accompagnée de l'exécuteur des jugements criminels, le citoyen Asselin.
Dès le lendemain, 10 avril, exécution, à 4 heures du soir, sur la place de la Révolution, de Jacques Grizon, 58 ans, tisserand, de la Tardière, et de Pierre Brelouin, 24 ans, journalier, de la Châtaigneraie.
Le 12 avril, exécution, à 4 heures du soir, de Pierre Gasteau, 50 ans, journalier, de Saint-Vincent-sur-Graon.
Le 13 avril, exécution, à 4 heures du soir, de Jean Renaudeau, 36 ans, sergetier, de Saint-Maurice-le-Girard.
Le 18 avril, exécution, à 3 heures du soir, sur la place de la Révolution, de Pierre Granger, 20 ans, laboureur, de la Caillère.
Le 20 avril, exécution sur la place de la Révolution, de Pierre Prézeau, 24 ans, sabotier, de Saint-Germain-l'Aiguillier, et de Pierre Aubineau, 40 ans, bordier, de Pouzauges.
Le 23 avril, exécution, à 4 heures du soir, de François-Benjamin Manchereau, 20 ans, menuisier, de Puybelliard.
Mais Niort a besoin, à son tour, de la machine à décapiter pour l'exécution de trois condamnés à mort qui attendaient. Elle est redemandée à bref délai par le directoire du département.
Le comité de sûreté et de surveillance de Fontenay s'occupe aussitôt de renvoyer l'instrument à ses propriétaires ; il adresse en même temps une lettre de remerciement à "ses chers collègues, les citoyens Administrateurs du département des Deux-Sèvres".
"Nous vous annonçons, y est-il dit, que nous ferons partir demain la machine à décapiter que vous nous avié prêtée. Nous avons aussi prévenu l'exécuteur des jugements criminels de votre tribunal de se randre dans votre ville. Il nous reste, Citoyens et chers Collègues, à vous remercier du service randu."
D'un côté, on ne peut être plus obligeant et de l'autre, on ne peut être plus poli !
L'abbé Alfred LARGEAULT - Revue du Bas-Poitou - 1894 - 4e livraison