UNE FAMILLE DE HEROS SOUS LA TERREUR ♣ LA FAMILLE MORISSON DE LA BASSETIERE
UNE FAMILLE DE HEROS SOUS LA TERREUR

FAMILLE MORISSON DE LA BASSETIERE
SAINT-JULIEN-DES-LANDES
Ce sera l'immortelle gloire de la Grande Vendée d'avoir enfanté, à l'heure de la persécution révolutionnaire, des légions de héros et de martyrs.
De ce nombre furent les Morisson de la Bassetière, famille de vaillants et de saints, dont un deuil récent vient de remettre en lumière les vertus patriarcales et les nobles actions guerrières.
Lorsque la Révolution éclata, la famille de la Bassetière était représentée par Henri, seigneur de la Bassetière, officier aux Chevau-légers, et par ses sept fils, dont quatre étaient déjà au service de la France et du Roi.
En 1791, six d'entre eux suivirent leur père en émigration, et firent avec lui la campagne de l'armée des Princes. Puis, tandis qu'il se retirait en Angleterre, ils rentrèrent les uns après les autres en France, pour y continuer, en Vendée et en Bretagne, la lutte contre la Révolution. Quatre de ces généreux jeunes gens devaient y trouver la mort.
Quand à leur mère, Henriette Fouscher de Brandois, comme beaucoup de Vendéennes, elle suivit la grande armée et périt au passage de la Loire, non loin du village de Chaudron.
Les états de service des fils sont assez glorieux pour que nous accordions à chacun d'eux une mention spéciale.
L'aîné, Henri, était déjà officier aux dragons des Deux-Ponts avant la Révolution. Il fit dans la cavalerie-noble de l'armée du prince de Condé les deux campagnes de 93 et 94, en qualité d'aide-major général des logis.
Successivement fait capitaine et major de cavalerie, il reçut des mains mêmes du duc d'Enghien la croix de Saint-Louis, en récompense de ses bons et loyaux services. (1798).
C'était sans doute aussi de la part du prince un acte de reconnaissance, le jeune officier vendéen lui ayant sauvé la vie, l'année précédente, en l'arrachant d'un étang glacé où il allait périr.
Il mourut sous la Restauration, colonel de cavalerie.
Le second, Charles Julien, dit le Chevalier, commence la série des victimes.
Lieutenant d'artillerie au régiment de Metz à la Révolution, il s'annonçait comme un officier du plus grand avenir. Mais, rentré après beaucoup de peine en Vendée, pour s'y associer à la glorieuse résistance de ses compatriotes, il mourut à Aspremont des fatigues de la guerre (1793).
Henri-Prudent, le troisième, l'ami intime de Mgr Brumauld de Beauregard, évêque d'Orléans, qui en parle, du reste, longuement dans ses intéressants Mémoires, était lieutenant au régiment de Bourbon-Infanterie. Comme ses frères, il servit dans l'armée des Princes ; puis, fit partie de l'expédition de Quiberon, avec une mission spéciale qui lui valut d'échapper au désastre.
Rentré de nouveau en France avec son ami de Beauregard, après mille périls, il vint s'offrir comme volontaire au général de Charette, dans l'armée duquel il servit avec éclat. Mais, blessé grièvement au combat de Chauché, il fut massacré par les soldats républicains dans la forêt de la Chaize-Le-Vicomte, où il avait été transporté.
Le quatrième, Louis-François-Henri, né le 30 novembre 1770, page de Monsieur avant la Révolution, s'engagea comme volontaire-noble dans le régiment de Loyal-Émigrant, et y fit les campagnes de 1793, 1794 et 1795. Puis, la guerre finie sur le Rhin, il prit part à l'expédition de Quiberon, où il trouva la mort (Vannes - 3 septembre 1793).
Son nom, aussi bien que celui de son frère, qui suit, figure sur le monument de la Grande-Chartreuse.
Calixte-Charles, bien que très jeune, - il était né le 23 janvier 1772, - n'hésita pas davantage à prendre du service dans l'armée des Princes. Volontaire-noble dans Damas, dès la formation de ce régiment, il fit les campagnes de 94 et 95 sur le Rhin, et vint trouver la mort à Quiberon (Auray - 29 juillet 1793).
Constant-Hubert, le sixième, n'avait que 17 ans, lorsqu'il émigra en 1791. Volontaire de Loyal-Émigrant, il fit, sous les ordres du duc de la Châtre, les trois campagnes du Rhin, et reçut à la bataille d'Hondschoote une grave blessure, en voulant avec six cents autres gentilshommes s'ouvrir un chemin à travers les rangs ennemis.
Comme ses deux frères, il prit part à l'expédition de Quiberon ; mais plus heureux qu'eux, il parvint à s'échapper, comme par miracle, en rejoignant l'escadre anglaise à la nage.
Il revint, du reste, aussitôt après, offrir son épée au général de Cadoudal, sous lequel il servit dans les armées royales de l'intérieur, en qualité d'aide-major général, jusqu'à la pacification de 1796.
Quand Napoléon rentra de l'île d'Elbe, Constant reprit les armes, et organisa la division vendéenne de Palluau, à la tête de laquelle il assista aux combats d'Aizenay et de Saint-Gilles.
La Restauration lui reconnut le grade de colonel et lui confia l'importante et délicate fonction de Grand-Prévôt du département, mission dont il s'acquitta avec une sagesse appréciée de tous.
Enfin en 1822, le duc de Fitz-James lui apporta lui-même, à la Bassetière, la croix de Saint-Louis, juste récompense de ses longs services.
Il avait épousé entre la pacification et la reprise d'armes de 1815, en 1797, une jeune vendéenne, héroïne elle-même de la grande guerre, Julie de la Voyrie, fille de Robert de la Voyrie, ancien brigadier des armées navales du Roi, tué à la bataille de Savenay, et nièce du chevalier de la Voyrie, ancien capitaine de vaisseau, massacré à la déroute du Mans.
Julie de la Voyrie avait, avec sa soeur, qui épousa plus tard le comte de la Roche-Saint-André, major de la marine, suivi la grande armée. Après la bataille de Savenay, où périt son père, et où combattit en héros son jeune cousin, Auguste de la Voyrie, âgé de 13 ans, elle fut obligée de se cacher en Bretagne, chez de braves fermiers, aux environs de Blain.
Il lui arriva dans cette ferme une aventure aussi curieuse que touchante. Elle fut demandée en mariage par le fils du fermier, qui ignorait sa situation ; et, dans la crainte de se faire connaître, elle n'osait ni refuser, ni accepter. Elle put atteindre ainsi la pacification, et alors elle révéla tout. Les braves gens n'insistèrent pas - évidemment -, mais ils restèrent toujours extrêmement attachés à Mme de la Bassetière, et, tous les ans, son ancien prétendant, marié lui-même et devenu père d'une nombreuse famille, venait lui faire une visite, qui était toujours cordialement accueillie.
Enfin, le septième et dernier fils, Benjamin, encore tout enfant, mourut, privé de secours, dans une ferme, pendant la guerre vendéenne.
Pour clore la sanglante épopée de cette vaillante famille, ajoutons que le vieux château de la Bassetière, berceau des Morisson, ne fut pas mieux traité que ses maîtres par les bandes républicaines ; deux fois, il fut livré aux flammes.
La demeure qui avait donné le jour à tant de héros ne pouvait trouver grâce devant les torches incendiaires des Colonnes infernales.
RENÉ VALLETTE
Revue historique de l'Ouest
1889