UN CURE-INGENIEUR - L'ABBÉ GALIPAUD, RECTEUR DE PORNIC
L'ABBE GALIPAUD, RECTEUR DE PORNIC
En 1786, le marquis de Brie-Serrant, propriétaire du château de Pornic, commençait des démarches pour la création d'un canal destiné à relier Nantes et Pornic. Or, ce projet, dont il s'attribuait la paternité, n'était pas de lui. Le véritable inventeur était l'abbé Galipaud, recteur de Pornic, ainsi que cela résulte d'un document qu'a bien voulu me signaler mon prédécesseur à la présidence de notre Société, M. Léon Maître, et qu'il découvrit dans le riche trésor des Archives départementales, qu'il dirigea si longtemps avec une science et une amabilité parfaites.
"Au mois d'avril présente année, M. de Vaugiraud, capitaine de vaisseau, chevalier de Saint-Louis, commissaire envoyé par le Roi, M. Dorothé, ingénieur des Ports et Arsenaux du Royaume, accompagnés d'un sous-ingénieur, sont venus prendre et lever le plan de la rade et port de Pornic et canal de communication de ce port avec la Loire par Buzay, et Haute-Perche, le tout suivant et en conséquence des mémoires proposés au Conseil du Roi, après le projet que j'en avais formé, il y a plus de 25 ans et que j'avais fait appuyer par M. le Maréchal de Castries et par mon beau-frère.
Les notes et observations se sont trouvées de la plus grande exactitude et le projet a été jugé facile et très avantageux. Il y a une compagnie, présentée par M. Tessier, mon beau-frère, qui s'offre de l'exécuter. Le Gouvernement a envie de le faire lui-même. M. le marquis de Brie-Serrant, qui veut se donner très mal à propos pour l'inventeur du projet qu'il n'a connu que par ce que je lui en ai dit, a voulu aussi le faire exécuter ; il a fait imprimer un mémoire et graver un plan sur lequel il attribue à M. de Vaugiraud le plan que j'ai fait présenter au Conseil de sa Majesté et auquel il a fait des augmentations, qui sont, de l'avis de tous les connaisseurs, jugées trop dispendieuses, presque impossibles et même pernicieuses. - Le temps nous apprendra si l'exécution suivra le projet, mais il est très avantageux, très facile, et quiconque le fera remplir rendra le service le plus essentiel à tout le pays de Retz, à Pornic en particulier et à tout le commerce de Nantes.
Je laisserai, si le projet n'a pas lieu pendant ma vie, toutes les notes et mémoires qui le concernent parmi les papiers de la Cure afin que mes successeurs puissent à l'occasion les faire servir.
Au mois de mai 1787, M. le chevalier d'Isle, officier de vaisseau, a été envoyé pour vérifier le plan et projet dressé au mois d'avril de l'an dernier par M. de Vaugiraud (et), Dorothé, il a tout trouvé de la plus grande exactitude et le projet bien conçu et avantageux, etc."
Le 4 juin 1787, G. Galipaud, recteur de Pornic.
(Registre 1790-1792, tiré des registres paroissiaux de Saint-Gilles-de-Pornic, petit in-folio, non relié, de 190 feuillets de papier).
Ainsi c'est bien M. Galipaud le premier auquel vint cette idée, à moins que ... Certains prétendent qu'elle s'était déjà fait jour au XVIIe siècle ; mais est-ce vrai ? et même en ce cas, le bon recteur en avait-il entendu parler ? Laissons-lui donc l'honneur de sa découverte et voyons le parti que le châtelain de Pornic tira de la confidence qui lui avait été faite.
Le dossier C-502 contient une lettre du 17 février 1786, par laquelle le marquis de Brie-Serrant dit à M. de Calonne avoir chargé une personne de Rennes de mettre sous ses yeux le plan et le mémoire ; cette personne n'en a rien fait. Il rappelle cet objet.
Le mémoire et la carte sont envoyés pr M. de Calonne au comte de Montmorin, ainsi que le constate une lettre écrite de Fontainebleau, le 14 octobre 1786. Il prie de communiquer ces propositions aux Etats de Bretagne pour savoir s'ils ne préfèreraient pas se charger eux-mêmes de l'exécution.
Le 4 novembre suivant, M. de Brie-Serrant écrit à M. de Calonne, qui lui répond dès le lendemain. M. de Calonne est chargé de présenter le projet aux Etats. "Il ne tiendra pas à nous, assure-t-il, qu'une entreprise si intéressante ne soit adoptée, mais j'ai peine à croire qu'on prenne un parti définitif à cette tenue."
Le mémoire comprend 12 pages.
Dans la lettre signalée plus haut, le Marquis de Brie-Serrant annonçait qu'il avait fait dresser et allait faire graver un nouveau plan, indiquant toute l'étendue que le canal devait parcourir, et se disait heureux d'apprendre que les Etats seraient bientôt saisis de la question.
Ils le furent, en effet, mais firent grise mine au projet du pauvre marquis, qui apprit cette fâcheuse nouvelle par une lettre du 30 janvier 1787, reçue à l'hôtel de Benouville, rue Saint-Dominique.
Suit un mémoire de 50 pages, imprimé à Paris chez Desprez, en 1787. Le plan, sur toile, est exposé aux Archives.
Un nouveau mémoire et une demande de concession provisoire du privilège de faire creuser et agrandir le port de Pornic et le canal de Haute-Perche motivèrent une réponse, datée du 13 juin, qui fait pressentir des difficultés, surtout à cause des droits que le pétitionnaire veut imposer sur les navires.
Cependant, il y avait renoncé, ainsi qu'il résulte d'une lettre du 5 juin. Pour éclairer le gouvernement et accélérer sa décision, il a fait un nouveau mémoire, un nouveau plan, est entré dans de nouveaux développements et a présenté de nouveaux tableaux. Le malheureux !
"Par suite du guignon qui m'accompagne en toutes choses, confesse-t-il avec une naïveté presque comique, il est arrivé que mon nouveau travail, qui ne laisse pas que d'être considérable, a produit un effet contraire à celui que j'avais envisagé : il a retardé au lieu d'avancer la décision du gouvernement". Là-dessus, il entre dans d'interminables explications, ajoutant que la ville de Nantes demande l'exécution de son projet.
Suit un mémoire manuscrit de 44 pages, terminé par une délibération du 19 mai 1787, prise par MM. Richard de la Pervanchère, maire de Nantes, Marie Turquetil, sous-maire, Cottineau, Dreux, Bodin des Plantes, Gestin et Gerbier, échevins, "estimant que l'établissement d'un port à Pornic sera d'une très grande utilité à la ville et au commerce de Nantes", et un mémoire imprimé de 16 pages, fort intéressant par les observations qu'il contient sur le commerce français et particulièrement sur les avantages des ports de Nantes et de Pornic et le moyen de les améliorer.
A ce dernier sont annexés deux vastes plans. L'un, imprimé en noir, avec certaines indications en rouge et en jaune, l'autre tracé à la plume et colorié, indiquant les avantages du canal, contiennent dans l'angle gauche un plan particulier du port de Pornic, où l'on voit la direction de la chaussée à construire à l'Ouest, ainsi que le creusement d'un bassin dans la vallée du jardin de Retz et d'un canal jusqu'à la Basse-Notre-Dame. Le premier offre, en outre, un plan de la France montrant avec une clarté parfaite la position incomparable du port de Nantes si tous les canaux tracés en rouge étaient exécutés, car il serait ainsi relié à toutes les mers qui baignent notre beau pays, ainsi qu'au centre du royaume par la Loire, ce fleuve magnifique dont notre éminent collègue, M. Linyer, grâce à de persévérants efforts, a rendu la navigabilité assurée.
Le marquis de Brie-Serrant échoua (1). Comme le geai, il s'était paré des plumes de paon : le projet qu'il donnait comme sien était celui du recteur de Pornic et "bien volé ne profite jamais".
Le Baron de Wismes
Président honoraire de la Société Archéologique
de Nantes et du département de la Loire-Inférieure
(1) De nouvelles tentatives furent faites sous Louis-Philippe ; mais, malgré l'appui de l'amiral Leray, député de Pornic, n'eurent pas plus de succès.
Clément Alexandre de Brie-Serrant, né le 29 mai 1748 à Dampierre-sur-Loire et décédé en 23 décembre 1814 à Paris, est un militaire et un seigneur français du XVIIIe siècle. Il fut chevalier, marquis de Serrant et d'Érigné, et sous-lieutenant au régiment de Bourgogne. Il fut également le dernier duc de Retz, rétrogradé en baron de Retz, seigneur de Machecoul et de Pornic. Ruiné à cause de grands projets de canaux qu'il s'acharna à défendre en vain et qui ne virent jamais le jour à cause de la Révolution française, il s'éteignit dans la misère et l'oubli dans une mansarde de Paris. C'est l'un des plus méconnus des anciens seigneurs du pays de Retz.
Guillaume GALIPAUD, baptisé à Nantes St-Nicolas le 1er janvier 1734 ; vicaire de St-Hilaire-de-Chaléons puis curé de Pornic. En 1783, l’abbé GALIPAUD fit construire par des Pornicais sans travail, un escalier qui porte aujourd’hui son nom, et qui relie la ville haute au quartier des Sables. L’abbé GALIPAUD devint réfractaire en 1791 ; il chercha refuge dans les allées couvertes des Mousseaux, alors perdues dans les broussailles et les landes, avant de se cacher dans une tour du château, puis de s’embarquer pour l’Espagne (O.T. Pornic).
http://famillesvendeennes.fr/canalpdf.pdf
"Galipaud, aux yeux de Louis, était bien plus qu'un simple curé, c'était avant tout le bienfaiteur de la cité. C'est lui qui, en 1783, avait fourni du travail à tous les chômeurs en leur faisant tailler dans le roc, les escaliers qui maintenant permettaient à tout un chacun de descendre directement de la Ville Haute jusqu'au port. Un jour, il lui avait demandé si c'était vrai qu'il avait payé les ouvriers avec les pièces trouvées dans la chevelure d'or de la demoiselle Beaulon des Roussières, cette belle jeune fille inhumée sous le dallage de l'église. Mais le bon curé n'avait pas répondu à l'enfant, qu'était encore Louis, et s'était contenté de sourire".
Extrait : Pornic - Les Moutiers 1793 de Joël Jaud
