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La Maraîchine Normande
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13 juillet 2012

LES BATEAUX ARMES DE LA LOIRE ET DE L'ERDRE PENDANT LES GUERRES DE VENDEE - 1ère partie

1ère partie

 

Organisation du Service des Bateaux armés au point de vue administratif.

 

Dès le début des mouvements insurrectionnels, qui, depuis l'année 1792 mirent en effervescence les habitants des deux rives de la Loire, entre la mer et Angers, la sécurité de la navigation devint précaire, surtout pour les convois de farine et de blé.

A cette époque, chacun sait qu'en France, le réseau routier laissait à désirer. Les grandes routes royales, elles-mêmes étaient assez mal entretenues et leur tracé, souvent défectueux, ne favorisait guère le roulage.

Les fleuves et les rivières navigables étaient donc les grandes voies commerciales d'autrefois. D'où nécessité, pour le ravitaillement des villes et des provinces, d'y maintenir une libre circulation.

Dès le Moyen-Age, cette impérieuse obligation avait été reconnue, même par le monde féodal.

La corporation "Des Marchands et Mariniers fréquentant la rivière de Loire et autres fleuves", communauté placée sous la protection royale, était puissante, si puissante même qu'elle avait imposé sa loi aux nombreux seigneurs péagers, qui, de Roanne à Nantes, prétendaient imposer des droits exorbitants sur toutes les marchandises montant ou descendant la Loire et ses affluents.

Un accord, entre les possesseurs du sol, les communautés des villes et les "Marchands fréquentant les rivières" intervint dès le XIIe siècle. Le nombre de péages fut strictement établi dans la suite. Nul riverain n'eut le droit d'établir de nouvelles taxes, sans un arrangement préalable avec les mariniers. D'après les conventions établies entre les parties, dix-sept péages existaient sur le fleuve au XIVe siècle entre les Ponts de Cé et Nantes. Aussi voyons-nous à cette époque, la résistance opiniâtre des trafiquants de la Loire, contre les prétentions d'Olivier de Clisson, qui voulait créer à son profit, un nouveau péage à Chestel-Guy (château-Guy), petite forteresse située sur la Loire entre Oudon et le Cellier.

La corporation des Marchands et Mariniers n'existait plus à la fin du XVIII siècle. Depuis 1682, son rôle était à peu près terminé. En 1772, elle avait été totalement supprimée et remplacée, d'abord le corps des officiers des turcies et levées, puis enfin par les Ponts-et-Chaussées.

Mais l'importance de la voie fluviale n'avait pas beaucoup diminué à cette époque. Les routes étaient certes moins mauvaises qu'au moment de la guerre de Cent Ans, néanmoins les transactions par eau étaient toujours actives.

Aussi, les graves évènements du début de 1793 jetèrent-ils l'alarme dans Nantes.

Sans un instant de retard, l'administration centrale et l'état-major durent assurer la libre circulation sur le fleuve et il devint nécessaire d'avoir une flotille armée.

Dans notre région, une organisation de police fluviale avait déjà existé d'une façon embryonnaire jusqu'en 1789, pour combattre la contrebande du sel.

La Bretagne était province productive, par conséquent très priviligiée au point de vue de l'impôt sur le sel. L'Anjou par contre était pays de Grandes Gabelles. Une fraude active existait donc sur toutes les frontières de ces deux régions. Or depuis le ruisseau de la Divate, rive gauche, jusqu'à Ingrandes, rive droite, la Loire sert de limite entre Bretons et Angevins, c'est-à-dire entre gens payant pour un Minot de sel, les premiers deux livres, les seconds treize fois plus.

Le premier grenier à sel, sur la rive Angevine était à Saint-Florent-le-Vieil. La Gabelle avait donc une armée d'employés et de soldats et sur la Loire, elle disposait de barques policières, dont l'une des bases les plus importantes était le poste de La Patache, au-dessous de Champtoceaux.

Ce terme de Patache est significatif.

Il n'y a pas longtemps, les mariniers, lorsqu'ils allaient à la régie de Nantes, pour acquitter les droits de fret, disaient entre eux : "Je vais ou je reviens de la Patache" en parlant de ce bureau.

En 1792, il y eut aussi quelques bateaux de police sur la Loire.

Mais en mars 1793, il ne s'agissait plus de réprimer les incursions des faux-sauniers en Anjou ou d'exercer une vague surveillance sur la rivière.

Faute de canonnières spécialement construites pour le fleuve à cette époque, l'état-major, de concert avec les autorités maritimes et civiles, étudia l'emploi tactique de ces embarcations aménagées, qui allaient, pendant bien longtemps, jouer un rôle si actif. Il n'était plus nécessaire d'avoir uniquement des barques légères et rapides propres à donner la chasse à quelques contrebandiers, mais bien de robustes bateaux, munis de canons capables de répondre à l'artillerie des vendéens et d'intercepter tout passage d'une rive à l'autre.

Au début, l'administration fit preuve d'une certaine hésitation dans la façon d'organiser le service. L'on ne savait trop, à qui incombait le soin d'aménager et d'équiper ces barques ; de les armer ; de recruter, de nourrir et d'administrer les équipages.

Et de fait, le pouvoir civil, les autorités maritimes et militaires, formant une trinité administrative eurent chacun leur mission.

Au département revint l'obligation de recruter les équipages et de faire les travaux d'aménagement sous la surveillance de la Marine, qui fournit les officiers et les canonniers et donna les plans à exécuter. Après quelques tâtonnements, un commandant en chef des canonnières de la Loire et de l'Erdre fut créé. Il résidait à Nantes et dépendait de la Marine nationale, mais il devait collaborer étroitement avec les troupes de terre. Du reste, à partir du 1er juin 1793, le département de la guerre assuma tout le service administratif des bateaux armés stationnés en amont de Nantes.

Au pouvoir central incombait cependant, toutes la responsabilité et c'était à lui, en définitive, que tous les rapports des capitaines étaient adressés.

Il faut bien songer, qu'au début de 1793, la centralisation que nous connaissons aujourd'hui n'existait pas encore en France. Les arsenaux de construction, à part quelques ateliers et fonderies, n'étaient pas organisés comme ils le furent dans la suite. Par exemple, les Volontaires de 1791-92, qui recevaient leurs armes du ministère de la guerre, étaient habillés, chaussés et équipés par leur département d'origine. Aussi voyons-nous sans cesse, ces jeunes hommes manquant de tout, marcher sans souliers et combattre l'estomac vide, car l'Etat n'avait pas les magasins d'habillement et de vivres nécessaires pour assurer l'entretien d'une armée considérable.

Il fallait donc, que chaque commune prescrivit des réquisitions de souliers et de chemises et fit faire les uniformes des Volontaires qu'elle avait enrôlés. Il en fut de même pour la garde nationale.

Même imprévision dans la gestion des deniers publics. Les contributions avaient remplacé l'ancienne manière de percevoir les impôts. Mais il suffit de jeter les yeux sur les délibérations des assemblées et même des clubs populaires, pour se rendre compte de l'anarchie financière de l'époque. Ainsi, l'on voit des gens n'ayant aucun mandat officiel prescrire l'ordonnancement de sommes considérables.

La Convention chercha à mettre un peu d'ordre dans les finances, sans jamais y parvenir du reste.

A Nantes, le 3 mars 1793, sous la menace des évènements, un Comité Central fut fondé. A peine né, il s'attribua tous les pouvoirs.

Il était composé de représentants du département, du district de Nantes et du conseil général de la commune (conseil municipal). Il constitua plusieurs sous-comités, à savoir : Approvisionnements, Comité militaire, Bureau d'exécution, Comptabilité, Bureau des Déclarations. Mais longtemps encore, il exista une grande incertitude sur la façon d'organiser le service que nous étudions.

Du reste le Comité Central de Nantes fut supprimé comme fédéraliste, au mois de juillet 1793. A la même époque les ministres étaient remplacés par les Comités de la Convention. Mais à ce moment le pouvoir dictatorial des Représentants du peuple en mission centralisa tous les services.

La Loire connaissait alors des régimes différents. Au-dessus de Nantes, la Loire fluviale, au-dessous la Loire maritime. D'un côté le marinier, de l'autre le marin.

Cependant avant la Révolution, l'inscription maritime comprenait un bien plus grand nombre de mariniers et de pêcheurs que de nos jours.

Les prescriptions de l'ordonnance du 17 septembre 1663 s'étendaient à tous les individus vivant sur le fleuve, jusqu'à l'endroit précis où la marée cessait de se faire sentir.

Et à ce sujet, je veux citer cette curieuse lettre recueillie dans les archives de Montrelais (partie bretonne d'Ingrandes), c'est une réponse, datée du 4 pluviose an III (23 janvier 1793, à une demande formulée par le district d'Ancenis ...

"Nous avons au service de la République 51 mariniers ; 20 jeunes gens de la campagne sont sur mer et ne sont pas mariniers - 23 sont placés sur les bateaux armés depuis dix-huit mois. Il conviendrait de les rappeler. Nous avons 9 charpentiers ravaudeurs de bateaux et sur ces neuf, 2 sont à Brest, 3 sur les bateaux armés ... etc"

Ces quelques lignes nous font voir que les équipages de la flotte au début de la Révolution ne comprenaient pas que des gens de mer et ce fut une des causes de faiblesse de la marine française à cette époque.

De plus, ce document nous montre ce qu'était la corporation des mariniers.

Pour simplifier et unifier un service si complexe, un nouveau Comité fut fondé en avril 1793, qui prit le nom de Comité de Navigation.

Ce nouvel organe semble avoir joué, dans notre pays, un rôle assez important durant les années 1793-1794.

Il était présidé par un officier de marine, nommé G. Berthault, qui commandait les volontaires marins de la garde nationale. Les membres en étaient choisis parmi les officiers de marine et les fonctionnaires et j'en puis indiquer les noms : Bridon - Bailly - Scheult - Passant, capitaine de port - Bourmaud - Chevert et Cathelineau.

Ce Comité eut dans ses attributions, le service des canonnières.

Il présenta au Comité Central du département, un plan de bateau armé pour protéger la navigation de la Loire.

L'autorité approuva, le 5 avril 1793, le projet qu'on lui soumettait et elle ordonna de suite, la mise en adjudication de deux de ces bateaux. (Registre des délibérations du Comité Central, Archives de la Loire-Inférieur L.50).

Mais en mars, l'autorité départementale avait déjà donné l'ordre d'armer quelques bateaux, pour parer au péril pressant qui menaçait la ville et les communications sur le fleuve.

 

Puis les évènements se précipitèrent, n'ayant pas le temps de construire des embarcations neuves, il fallut acheter, organiser et équiper plusieurs autres bateaux, parmi les plus propres au service particulier auquel on les destinait.

Au début, des installations de fortune furent donc faites. L'on utilisa des chalands, gabares, pinasses, galiotes et flûtes.

Puis, il devint nécessaire d'augmenter encore le nombre des bateaux armés.

Il fallu avoir recours aux réquisitions et aux affrètements. Le dossier Margoteau, qui figure aux archives de la Loire-Inférieure série L.50, nous indique les prix pratiqués pour le nolisement d'un bateau équipé en canonnière. Il rapportait dix livres par jour à son propriétaire et la petite barque, vingt-cinq sous seulement.

Les équipages étaient réquisitionnés eux aussi, comme je l'ai dit précédemment. Mais les mariniers se montraient récalcitrants pour un service de guerre qui leur répugnait.

Le Comité de Navigation ne pouvait parvenir à s'en procurer un nombre suffisant, pour armer tous ses bateaux, car ils se cachaient et ne répondaient pas aux convocations.

De plus, quelques-uns étaient royalistes.

En conséquence, à la date du 16 avril 1793, un mois après le commencement de la révolte générale, le Comité invita le Pouvoir centrale à rendre une ordonnance obligeant les capitaines de bateaux et les maîtres des trains de bois, à venir, dès leur arrivée à Nantes, se présenter au bureau de la Navigation, pour se faire inscrire, eux et leurs équipages.

Mais alors, des plaintes s'élevèrent. Bloqués dans Nantes, requis pour un service armé, les malheureux mariniers exposent leur misère. Ils ne reçoivent rien, disent-ils, ils n'ont plus d'argent à envoyer à leurs familles, qui restent dans le dénuement le plus complet.

Et nous assistons à des discussions sans fin entre les divers services.

Un administrateur écrit : "Les batteries flottantes que le ministre m'avait chargé de faire connaître, n'ont éprouvé de retard que par la difficulté de se procurer des matériaux et des équipages". (Lettre du chef de l'administration civile en date du 5 juin 1793).

Enfin, l'aménagement des embarcations et navires armés, s'améliora ; les équipages finirent en juin 1793, par toucher une solde régulière de trente sous par jour. Les officiers et les gens des classes reçurent les allocations réglementaires afférentes à leur grade dans la marine.

Après quatre mois consécutifs d'embarquement, les hommes purent obtenir un congé et revoir les leurs.

La nourriture des équipages était assurée, soit par des distributions régulières, soit par des Bons de réquisitions. Mais souvent personne ne voulait payer, si j'en crois cette lettre des Administrateurs du District d'Ancenis, datée du 28 mai 1793 et adressée au Département.

"Les chaloupes canonnières se font fournir vin, pain, viande et nous sommes obligés d'en payer le montant aux fournisseurs. Les équipages ont des commissions qui les autorisent indistinctement à se faire fournir tous les objets dont ils ont besoin. Ils assurent qu'ils ne reçoivent pas de solde.", ce qui était vrai à cette date. "Il en résulte que les dépenses n'ont point de bornes ou on puisse s'arrêter. Il n'existe aucune règle qu'on puisse suivre à cet égard".

Je cite également à titre de document, cette pièce de comptabilité du 29 avril 1793. Elle adressée au Directoire d'Ancenis. "Requête du citoyen Claude Legrand, marchand de vin, tendant à avoir paiement de la somme de 360 livres, pour trois barriques de vin fournies au bateau Duguay-Trouin, en station à Mont-Piron près Oudon.

Ce bon, qui est signé du citoyen Bricard, commandant alors la canonnière sus indiquée est revêtu d'un avis favorable et le paiement est ordonné sur la caisse du Département de la Guerre, qui à cette date avait pris l'administration des bateaux.

Nouvelle lettre à la même époque, des Ancéniens qui écrivent à l'Administration centrale du département, pour faire remarquer qu'ils supportent les plus lourdes charges, du fait des bateaux armés et qu'ils éprouvent de grandes difficultés à se faire rembourser : "Il n'y a plus ici (à Ancenis), disent-ils de Commissaire des guerres, ni de payeur. Impossible d'assurer régulièrement le paiement des fournitures".

C'était l'époque, durant laquelle la grande armée catholique et royale, si puissante alors, jetait la crainte et le désarroi dans tous les districts des bords de la Loire.

En entreprenant cette étude, j'ai surtout cherché à faire connaître le rôle joué par les bateaux armés, entre Nantes et Angers où tant de combats furent livrés. Ces rives si souvent ensanglantées, me semblent avoir été le point névralgique de la résistance du gouvernement républicain aux attaques de la Vendée et des Bretons. En aval de Nantes, la largeur du fleuve, le jeu des marées, rendaient le passage difficile, surtout à une troupe nombreuse avec chevaux et canons.

C'est donc principalement en amont que l'action des bateaux armés devient intéressante à étudier. Cependant je commencerai par donner quelques détails sur le service dans la Basse-Loire.

Aux deux régimes dont je parlais plus haut, deux modes différents dans le choix des bateaux à employer et dans le recrutement des équipages.

Au-dessous de Nantes et même dans la traversée de la ville, presque tous les bâtiments armés, à part les batteries flottantes, étaient des barges ou des navires Hollandais, flûtes ou galiotes, retenues dans notre port, par suite de l'embargo mis sur le fleuve.

Pour la manoeuvre de ces bateaux, destinés à naviguer sur la mer, les équipages étaient composés d'hommes des classes et de volontaires, donc en principe, des matelots de profession. En outre, chaque galiote comprenait généralement quelques hommes choisis dans l'une des trois compagnies des volontaires marins de la garde nationale et qui complétaient l'équipage.

Chaque capitaine avait un second et des lieutenants, presque tous venus de la marine de commerce.

Les canons armant les Hollandais étaient généralement des pièces de 4 et quelque fois de grosses pièces de 18, quand il s'agissait de défendre un point important, comme la fonderie d'Indret. Toutes ces bouches à feu étaient servies par des canonniers des classes.

Chacun de ces bateaux, destinés tous au transport des marchandises, dut subir un aménagement de fortune, qui devait le rendre apte au combat. Mais il ne faut pas oublier qu'au XVIIIe siècle, presque tous les navires de commerce étaient pourvus de canons.

En amont de notre ville, le régime même du fleuve durant l'été surtout, exigeait des embarcations à faible tirant d'eau. Aussi, pour en faire des canonnières, choisit-on, ainsi que je l'ai dit, de solides bateaux à fonds plats marchant à la voile, à la perche ou au moyen du halage.

Les plus grands de ces bateaux, devaient avoir un tonnage moyen de 25 à 30 tonneaux, si j'en juge par la note suivante tirée d'un document qui provient des archives de Montrelais et que m'a communiqué M. l'abbé Bourdeaut. Le conseil de la commune écrit au district d'Ancenis : "Il y a à Montrelais, vingt-trois propriétaires de grands bateaux, de 25 tonneaux, occupés au transport des marchandises sur toute la Loire. Neuf propriétaires de petits bateaux occupés au transport des denrées et à conduire "le monde" d'un lieu à un autre. Le plus grand peut porter 6 tonneaux ..."

De plus dans la nuit du 24 ai 25 mars 1793, trois embarcations armées eurent à transporter deux cents hommes de troupe de Nantes à Oudon. Cela faisait en plus de l'équipage, de 65 à 70 hommes par unité. Comme chaque bateau portait en moyenne quatre canons, il fallait donc qu'il eut une certaine importance.

Presque toutes ces grosses barques, construites pour une destination pacifique (et je ne parle pas ici, bien entendu, des canonnières qui furent spécialement construites pour la guerre), durent, être profondément modifiées.

Elles furent d'abord bastinguées, c'est-à-dire que les plats bords furent surélevés au moyen de madriers et de planches épaisses à l'abri de la balle, tout au moins, et fortement chevillés de façon à protéger l'équipage du feu de l'ennemi. Ce rempart était renforcé par des fascines, puis par des sacs remplis de sable ou par de vieux matelas, etc. Des embrasures garnies de sabords s'ouvraient sur les flancs, à l'avant et à l'arrière.

Les pièces d'artillerie, généralement au nombre de quatre par unité, étaient placées sur des plates-formes en charpente. Dans la hâte des débuts on embarqua des canons de 4 et de 6 avec leurs affûts de campagne. Mais bientôt l'on constata que le pointage, sous un grand angle, nécessitait la construction d'affûts spéciaux, car il fallait souvent contrebattre des objectifs placés sur des coteaux élevés. De plus, les effets du recul exigeaient des modifications particulières.

Des spécialistes furent, de tous les côtés, envoyés à Nantes pour prendre les renseignements nécessaires.

Pour rendre les gabares et autres bateaux habitables, des tentes et des abris étaient disposés, de manière à garantir les hommes contre les intempéries, car certaines embarcations n'étaient pas pontées. Chaque bateau était pourvu d'un ou de plusieurs mâts, avec pièces de rechange. Il avait un jeu de voiles carrées, des rames, avirons, perches, gaffes, cordages divers, bâtons de quartier, fagots, planches d'atterrissage, ancres, etc., etc.

Mais ainsi gréés, ils ne pouvaient marcher que vent arrière pour remonter le courant, ou avec un peu de largue. Dans le cas contraire, ils devaient utiliser les rames, les perches ou bien avoir recours à une remorque, ce qui alors rendait leur rôle tactique à peu près nul.

En principe, chaque bateau avait en moyenne trente hommes d'équipage, dont quelques canonniers et volontaires marins de la garde nationale. Et ce n'était pas suffisant.

Le Comité de surveillance d'Ancenis ayant prétendu que l'activité des bateaux armés laissait à désirer, le commandant en chef de la station de la Loire et de l'Erdre se disculpa en faisant ressortir qu'il n'avait pas assez de mariniers mis à sa disposition.

Sur trente hommes, dit-il, que comporte l'équipage d'un bateau, cinq sont chargés en permanence, d'assurer le transport entre Nantes et Orléans des farines venues d'Amérique. En défalquant les blessés, les malades et le personnel du ravitaillement, il reste vingt hommes.

Or, ces vingt hommes doivent assurer tout le service, c'est-à-dire, conduire la canonnière qui doit escorter les bateaux chargés, montant et descendant la rivière ; faire les rondes de jour et de nuit, combattre souvent, escarmoucher sans cesse, etc.

Je dois dire, en effet, que chaque bateau armé était escorté d'une toue, elle-même bastinguée, ou d'un petit canot. Ces embarcations légères portaient généralement une pièce d'artillerie d'un calibre réduit et que l'on appelait "pierrier". Destinées à patrouiller sans cesse le long des rives, ces toues devaient établir la liaison entre les bateaux armés, stationnaires ou réunis en flotille. Enfin, elles assuraient les communications avec la terre.

Sur la rive, en face du point de stationnement de chaque canonnière, un petit fortin solidement entouré de palanques, de talus et de fossés et muni de canons, servait de point d'appui à la petite flotille.

Tous les travaux d'aménagement des bateaux se faisaient dans les ateliers particuliers sous la surveillance des autorités compétentes. Ces travaux, et d'autres certainement, dans le port de Nantes, nécessitaient, bien entendu, une consommation de bois considérable. Il devint urgent pour la marine de s'en procurer et naturellement les résuisitions entrèrent en jeu.

Mais immédiatement les réclamations abondèrent. J'en pourrai citer beaucoup dans le genre de celle-ci. Le citoyen Lebec s'adressant au service de la Marine, dit que beaucoup d'arbres de haute futaie ont été abattus dans les communes de Riaillé et d'Ancenis. En outre un grand nombre des siens sont également pris sans estimation et sans paiement pour les constructions maritimes.

Il demande que ceux en petit nombre qui lui restent, ne soient pas jetés à terre. Il en a besoin pour ses réparation.

Mais s'il fallait du bois, le fer également était nécessaire. Pour s'en procurer à bon compte, le moyen était bien simple ainsi que nous pouvons le constater dans le billet de service daté du 29 avril 1793 et émanant de l'administration d'Ancenis. Ordre d'aller enlever les grilles de fer et les barrières du château de la Varannes Saint-Père en Mesanger. Les deux frères Cartier charpentiers et un serrurier, exhortés d'hommes armés seront chargés de cette mission.

... à suivre ...

 

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