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La Maraîchine Normande
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13 juillet 2012

LES BATEAUX ARMES DE LA LOIRE ET DE L'ERDRE PENDANT LES GUERRES DE LA VENDEE - 3ème et dernière partie

 

3ème et dernière partie

 

Les Bateaux armés dans la bataille

 

 

Je n'ai pas l'intention de faire ici un récit, même succinct, des guerres de la Vendée. Je me propose simplement d'étudier au point de vue tactique, le rôle joué par les navires et bateaux armés de la Loire et de l'Erdre pendant les terribles luttes qui ont déchiré notre malheureux pays.

Nul n'ignore aujourd'hui, que la révolte dans nos contrées fut uniquement d'essence populaire et religieuse et que la noblesse n'intervint pas au début, pour soulever les foules contre le nouveau régime.

Si je répète, après tant d'autres, cette vérité indiscutable c'est que les travaux des historiens que n'aveuglent pas les passions politiques, l'ont aujourd'hui établie sur des bases solides.

En s'ingérant dans les affaires ecclésiastiques et en mettant le clergé en face d'un cas de conscience redoutable pour lui, l'Assemblée Constituante commit, non seulement une mauvaise action, mais encore une lourde faute au point de vue politique.

Depuis 1791, les riverains de la Loire s'agitaient, des rassemblements tumultueux avaient lieu. Les curés assermentés n'étaient pas acceptés volontiers, par les populations catholiques de la Bretagne, de la Vendée et de l'Anjou.

L'autorité révolutionnaire se vit obligée d'employer la force pour maintenir dans leurs paroisses, ceux que l'on appelait les "intrus". Le sang coula.

La République fut proclamée le 23 septembre 1793. Puis parut le fameux décret du 25 février 1793, appelant 300 000 hommes sous les drapeaux.

Le 10 mars à Saint-Florent-le-Vieil où avait lieu le tirage de la milice, éclata comme la foudre qui annonce la tempête, le premier coup de canon de la guerre civile, dont l'écho, répercuté par les coteaux de la Loire, alla porter au loin le signal de la révolte.

Instantanément la Vendée fut debout. Les faux retournées devinrent de terribles engins de mort, les vieux fusils de braconnier, décrochés du manteau de la cheminée eurent une nouvelle destination. Chacun s'arma.

Alors, les convois furent arrêtés sur les routes et les rivières. Les autorités durent donc aviser d'urgence pour rétablir les communications, et comme je l'ai dit dans les parties précédentes, il devint nécessaire d'avoir recours à des bateaux armés.

Le 19 mars, l'Etat-Major demanda l'aménagement de trois bateaux et de trois toues, avec vingt hommes d'équipage pour les bateaux et cinq pour les toues.

Ce document, qui porte la signature de Piter Deurbroucq, commandant de la garde nationale nantaise, fut aussitôt pris en considération par l'autorité compétente.

"Le 20 mars, une colonne, forte de 500 hommes d'infanterie, de 65 cavaliers, 50 canonniers avec deux pièces de 4 et 2 caissons, sortit de Nantes, pour se porter sur Ancenis, afin de rétablit les communications interrompues avec la capitale et assurer la liberté de la navigation de la Loire ..." En même temps les bateaux armés reçurent mission de balayer la rive gauche, pendant que des détachements opéraient sur la rive droite.

Ainsi donc, voici de paisibles chalands transformés en canonnières. Leur organisation si rapide était évidemment rudimentaire, mais c'était en mars, les eaux du fleuve étaient hautes et, comme le vent soufflait de l'ouest, la flotille put accomplir sa mission.

L'on s'empara d'Oudon, qui avec Champtoceaux ferme l'étroit défilé, livrant passage à la Loire entre les rochers des deux rives.

Le gros des insurgés, ainsi refoulé, passa sur la rive gauche.

Le lendemain nouvelle croisière. Deux cents hommes furent envoyés à Ancenis. Un bataillon de la garde nationale visita Thouaré, Mauves, Oudon, Le Cellier et le Château de Clermont qui fut occupé. Des postes furent laissés dans de fortes positions pour empêcher les insurgés de revenir sur la rive droite.

Les bateaux armés qui patrouillaient sur la Loire contribuèrent au succès de cette opération.

Quelques jours après ces évènements, le 23 mars, les autorités furent avisées que les Vendéens préparaient une attaque nocturne de la ville de Nantes.

Elles eurent peur de voir les révoltés pénétrer par le fleuve le coeur de la cité. Le commandant Bouteiller, un des chefs de la garde nationale, organisa une mise rapide en état de défense de la ville. Des barricades furent élevées à toutes les issues des faubourgs. Des embarcations armées reçurent l'ordre de prendre position en amont et en aval. Elles avaient pour mission d'exercer une garde vigilante de jour et surtout de nuit.

Le 24 mars, encore une alerte.

La nouvelle arrive à Nantes que les paysans en pleine insurrection viennent d'arrêter de nombreux chalands à hauteur de Saint-Julien-de-Concelles.

En conséquence dans la nuit du 24 au 25, trois bateaux armés portant 200 hommes devront remonter la Loire, débusquer les rebelles des îles qu'ils occupent, délivrer les convois, puis poussant jusqu'à Oudon, se mettre en communication avec le détachement laissé à Ancenis les jours précédents.

Mais, cette nuit-là, le vent venait de l'Est. Les canonnières éprouvèrent donc de grandes difficultés à remonter le courant.

Cependant les barques de charge arrêtées par les insurgés furent délivrées et conduites à Nantes. "Mais, dit Mellinet, l'historien Nantais à qui nous empruntons ces détails, les bateaux à vapeur n'existaient pas alors ; les vents contraires dérangèrent la combinaison et l'expédition ne réussit pas complètement".

Les barques militaires furent plus heureuses quelques jours après. Le 10 avril, le président du Comité central du département, personnage important, dont j'ai parlé dans la première partie de cette étude, écrivait à la Convention, que les postes de la garde nationale tenaient sur la Loire, tous les points importants entre Nantes et Ancenis. Le fait était peut-être vrai ce jour-là, car le général Delage, qui commandait à Ancenis, signalait dans ses rapports, à cette époque, que les communes riveraines de Thouaré et de Mauves étaient rentrées dans l'obéissance. Et cependant, les évènements se précipitaient ; tout le pays était en feu et l'insurrection presque partout victorieuse. Aussi fallut-il achever de mettre Nantes en état de résister aux attaques.

C'est à cette date que tous les arbres et bois de futaies autour de Nantes furent abattus pour dégager les abords de la ville.

Mais, disent les chroniques locales, certains agents en profitèrent pour s'approprier les bois coupés.

Toutes ces mesures n'empêchèrent pas du reste, les rebelles d'insulter Nantes jusqu'aux avancées des faubourgs. La ville était étroitement bloquée.

Le 30 mars, les administrateurs cherchèrent à informer les villes voisines, de la triste situation dans laquelle se trouvait le chef-lieu du département.

Un Nantais courageux, portant un nom estimé dans la cité, Antoine Crucy, qui avait essayé deux fois de gagner Angers par la voie de terre, n'y pouvant parvenir, s'embarqua sur la Loire. Mais en passant devant Saint-Florent-le-Vieil, les Vendéens le firent prisonnier.

La nouvelle de la nomination de Cathelineau comme chef des insurgés angevins parvint à Nantes vers le 13 avril 1792.

Le 20 du même mois, les républicains commandés par Fardeau, adjudant du général Gauvilliers, s'emparèrent de Champtoceaux. Le chef de bataillon Meuris, qui un mois plus tard devait jouer un rôle si important à Nort-sur-Erdre, contribua à cette affaire en amenant d'Oudon quelques hommes de renfort. Mais le 23 les insurgés reprenaient la petite ville angevine.

L'avant veille, le citoyen Magouet, commandant le bateau armé, le Républicain, avait pu encore escorter d'Ancenis à Nantes, un fort convoi de cinquante cinq bateaux de transport, dont deux richement chargés, dit le rapport.

Après une série de combats violents à hauteur du Cellier et de la Chapelle-Basse-Mer, il avait réussi à amener tous ses chalands à Nantes. Il déclarait avoir eu quatre blessés dans ces engagements, trois mariniers et un fusillier ce qui tend à prouver, que chaque bateau avait quelques soldats à bord.

Mais à partir du 23 avril et jusqu'au passage de l'armée catholique sur la rive droite, les Vendéens furent à plusieurs reprises les maîtres du cours moyen de la Loire entre Angers et Nantes. Ce qui ne veut pas dire qu'il n'y eut plus d'escarmouches sur les rives surtout aux approches de Nantes ou stationnairent toujours des barques armées.

Le 12 mai le commandant de la canonnière devant Thouaré adressait à ses chefs un rapport signalant une attaque des Vendéens contre son poste. Il demandait un bateau de renfort pour occuper la pointe dite du Grand Bouge.

La grande armée catholique qui avait occupé Saumur le 10 juin, puis Angers, marcha sur Ancenis, Oudon et Nort-sur-Erdre pour aller investir Nantes à la fin du mois.

A cette date les insurgés passent librement le fleuve sans être inquiétés, des renforts importants rejoignent sur la rive droite l'armée de Cathelineau.

Il est évident qu'alors les bateaux armés n'opposèrent aucune résistance aux entreprises des royalistes.

Cependant, et je l'ai déjà dit, les canonnières et les batteries flottantes embossées en amont de Nantes et dans le canal Saint-Félix jouèrent un certain rôle, le 29 juin 1793, en empêchant les troupes de Lyrol, qui occupaient Saint-Sébastien, de passer sur la rive droite. Ces bandes composées de gens résolus, venus du Loroux-Bottereau et des autres localités voisines, restèrent inactives, se bornant à quelques fusillades, alors que leur effort, s'il se fut porté sur Richebourg et le quartier Saint-Clément, eut pu produire une puissante diversion à l'Ouest de la ville en menaçant le point vulnérable de la chaussée de Barbin qui permettait de réunir les deux attaques, celle de Cathelineau et celle de Bonchamps.

De même, en aval de Nantes, aucune entreprise de passage ne fut tentée par les troupes de Charette qui occupaient Rezé et Pont-Rousseau, parce que des flûtes et des barges munies de canons occupaient le fleuve entre Trentemoult et Indret.

Ainsi donc, le rôle des bateaux armés ne fut pas négligeable pour la défense de Nantes, le jour de la Saint-Pierre 1793.

Dans l'après-midi du 29 juin, les Vendéens découragés levèrent le siège et toute l'armée repassa la Loire, le 30 et les jours suivants sans éprouver la moindre difficulté. Blessés, canons, bagages, tout fut transporté sur la rive gauche.

L'organisation des flotilles armées laissait donc fort à désirer à cette époque, heureusement pour les royalistes, car quelques canonnières bien dirigées, eussent fortement gêné le passage des Vendéens, qui rentrèrent tranquillement chez eux.

De même, ne voyons-nous qu'une faible réaction, lorsque d'Autichamp et Piron s'emparèrent de Varades, le 16 octobre, pour permettre à l'armée catholique et royale, en cas de défaite de Cholet, de traverser le fleuve, ce qui eut lieu deux jours après.

Mais à partir de la fin d'octobre, la situation change sur les bords de la Loire.

Les forces vendéennes sont au loin, cherchant à s'emparer d'un port sur la Manche.

Charette seul oppose aux armées de la Convention une résistance acharnée, mais il occupe le Bas-Poitou.

Sur le cours de la Loire, la batellerie protégée par les bateaux armés, peut circuler librement sans redouter d'être attaquée.

En deux jours (pris au hasard), les 21 et 22 novembre 1793, voici un exemple des transactions sur le fleuve :

 

Bateaux descendus

3 chargés de fourrages

1 chargé de fagots

3 vides

11 chargés de grains

2 chargés de terre de pipe

5 chargés de meubles

2 chargés de légumes

 

Bateaux montés

2 chargés de sel

4 chargés divers

 

Etat consigné du Commandant Jacques François

(Archives Loire-Inférieure, L. 574)

Après Granville, après Angers, la grande armée catholique et royale arriva au Mans, le 10 décembre 1793. Quelques heures après, elle en était chassée, après avoir subi une épouvantable défaite.

Ayant perdu tous ses bagages et la majeure partie de son artillerie, elle bat précipitamment en retraite vers la Loire et la Bretagne.

Le 16 décembre, le gros des fuyards arrive à Ancenis avec l'intention de repasser la Loire coûte que coûte et de rentrer en Vendée. Mais les eaux étaient hautes et tous les bateaux ayant été enlevés par les républicains, il n'existait plus de moyen régulier de passage, il fallut donc construire des radeaux. En hâte l'on rassembla des barriques, des poutres, des planches. Des arbres sont abattus.

Mais Westermann attaque il faut passer sans plus attendre. C'est à ce moment qu'entrent en action les bateaux armés, ainsi que semblent le prouver les récits du temps et les pièces officielles relatives à cet évènement.

Carrier écrit à la Convention, le 20 décembre 1793. "L'affaire du Mans a été sanglante. Une horde de scélérats (les Vendéens) s'est porté sur Châteaubriant, une autre sur Ancenis ... j'ai pris les mesures les plus promptes et les plus efficaces, pour empêcher le passage de la Loire ... Le lendemain, je fus instruit par un capitaine de bateau armé que j'avais fait placer sur la rive gauche de la Loire, que les Brigands, en grand nombre, s'étaient portés sur Ancenis tentaient le passage de cette rivière, à l'aide de toues et de barriques qu'ils prenaient à Ancenis et qu'ils clouaient de planches. Mais, il m'annonçait en même temps, que l'artillerie de nos bateaux armés, brisant les embarcations des brigands, les tuait et noyait tous. Effectivement, tous ces équipages ont si bien fait leur devoir, qu'il n'y que très peu de brigands qui ont pu passer la Loire".

Le tir des bateaux et les canons de Westermann interdisant le passage, le gros des troupes vendéennes abandonna le fleuve et se retira sur Nort, puis sur Blain.

Le 23 décembre, les malheureux débris de la grande armée catholique et royale de la Vendée, sous le commandement du général Jacques Nicolas de Fleuriot de la Freulière, étaient anéantis à Savenay.

Après cette défaite et pendant quelques semaines l'activité des embarcations armées se manifesta d'une façon souvent terrible pour les royalistes.

Quelques fuyards de Savenay, qui tentèrent de passer le fleuve entre Mauves et Saint-Florent, furent presque tous pris et exécutés. Cependant le général de Fleuriot, l'abbé Bernier, Sapinaud, Marigny et plusieurs autres chefs Vendéens, parvinrent à regagner la rive gauche, grâce au dévouement de quelques riverains.

Par contre Piron, qui s'était caché aux environs d'Oudon, fut tué par l'équipage d'un bateau armé, alors qu'il tentait de passer le fleuve avec plusieurs compagnons, durant le mois d'avril 1794.

En résumant tous les évènements de guerre qui se passèrent sur la Loire, en amont de Nantes, durant cette première année de luttes civiles, il est facile de voir combien furent vives des rencontres entre les insurgés et les équipages des canonnières.

En aval de Nantes, il n'en était pas de même. Aussi ne lisons-nous, dans les rapports des capitaines, que le récit de quelques coups de main, des poursuites livrées à quelques chasses-marées essayant soit de conduire des rebelles d'une rive à l'autre, soit d'exécuter quelques expéditions de contrebande, car les navires étrangers ne cherchèrent pas à franchir la barre et à pénétrer en Loire.

Aussi je le répète, est-ce en amont, entre Nantes et Angers, qu'il y a vraiment intérêt à étudier le rôle des bateaux armés à cette époque.

En 1794, la guerre en effet y fut toujours virulente et la lutte devint aussi acharnée que durant la première année de l'insurrection.

Vers le début de février, le service de police fluvial, qui pendant quelques jours avait été très simplifié, car l'on croyait alors la Vendée abattue, fut réorganisé d'après les ordres des représentants Hentz et Francastel (17 février 1794) et il acquit bientôt son plein développement.

Le plan de campagne du général Turreau, organisant ses colonnes incendiaires pour l'extermination du peuple vendéen, nous renseigne à ce sujet. Dans ce document on peut lire les passages suivants :

... Article 2 - Couper toutes les communications avec les Chouans ... Article 3 - Etablir sur la Loire d'Angers à Nantes, une vingtaine de chaloupes canonnières. Une surveillance active fut donc de nouveau exercées sur le fleuve. Il est facile de s'en rendre compte en se reportant aux documents que je présente dans les parties précédentes. De plus en jetant les yeux sur le compte-rendu ci-dessous établi par la police de la Loire, l'on verra que le commerce n'était plus entravé en mars-avril 1794.

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Il est vrai qu'à ce moment les royalistes encore désorganisés n'étaient pas redevenus aussi redoutables qu'ils le furent dans la suite. De plus douze colonnes infernales parcouraient la Vendée.

Il faut lire, sur cette époque de meurtres, les curieuses notes laissées par un prêtre non assermenté, l'abbé Robin, qui, très courageusement, ne quitta jamais la Chapelle-Basse-Mer et les paroisses riveraines où il exerça son ministère pendant toute la durée de la Terreur.

Ces notes manuscrites, qui forment encore aujourd'hui un petit volume, sont malheureusement incomplètes. Une partie en a été égarée durant la Révolution lors d'une surprise au milieu des bois et dans laquelle l'abbé Robin pensa perdre la vie.

Ce qui reste de ce document, présente néanmoins le plus grand intérêt et existe toujours aux archives de la Chapelle-Basse-Mer.

Monsieur l'abbé Juguet, du diocèse de Nantes qui en pris une copie, a extrait de ces notes un copieux article paru dans la semaine religieuse de Nantes, durant l'année 1884.

Il nous dévoile d'après l'auteur, témoin oculaire de tous ces crimes, les actes épouvantables que commirent trop souvent, les équipages des bateaux armés.

C'était l'époque de cette guerre d'extermination qui a rendu bien tristement célèbre le nom de Turreau.

Les douze colonnes incendiaires sillonnaient la Vendée en tous sens. Celle qui suivait le fleuve était flanquée par les canonnières. Les bords de la Loire furent soumis à un bombardement formidable, qui, au dire de l'abbé Robin ne fut pas inférieur à 7 000 coups de canon, si bien que l'on "ramassait les balles et la mitraille à pleines mains sur nos îles". Il faut bien tenir compte d'une légère exagération, mais il n'en demeure pas moins évident que de durs combats se livraient dans cette vallée.

Quelques semaines auparavant "le 16 décembre", jour où l'armée catholique cherchait à franchir la Loire à Ancenis pour rentrer en Vendée, nous dit l'abbé Juguet (page 642, Semaine religieuse 1884) "la crue des eaux a rendu le fleuve plus large et plus rapide ; les chaloupes canonnières sillonnaient la Loire dans tous les sens". Et plus loin, nous pouvons lire dans le texte même de l'abbé Robin : "Les soldats des chaloupes canonnières achevèrent la ruine de la Chapelle-Basse-Mer". Et encore : "Nous ne pouvons passer sous silence les scènes horribles dont les soldats qui montaient les chaloupes canonnières de la Loire furent les auteurs".

Un grand nombre de femmes et surtout de jeunes filles furent enlevées par les équipages de la flotille et emmenées prisonnières à Mauves où elle furent presque toutes fusillées.

De nombreux massacres avaient déjà eu lieu sur le coteau d'Auray, près de la vieille chapelle aujourd'hui disparue. Mais l'abbé Robin nous dit que les "exécutions de femmes de la Chapelle-Basse-Mer, eurent lieu principalement le 20 avril 1794, près de l'arche de Mauves" au bas de la côte de la Seilleraye.

C'est là que furent massacrées plusieurs personnes capturées au château de la Vrillière, situa sur les coteaux de la rive gauche et où l'on peut voir encore aujourd'hui le puits-cachette qui servait d'asile aux proscrits.

Nous sommes donc malheureusement obligés de constater que les équipages des bateaux armés étaient composés en floréal an II, de mariniers et de soldats sanguinaires.

Ils étaient aussi pillards et voleurs, si je m'en réfère aux plaintes adressées contre eux par les riverains patriotes, aux autorités de Nantes. Mais il faut dire aussi, à la décharge des mariniers des chaloupes canonnières, que les Représentants du peuple, en mission dans l'Ouest, à un moment où ces bateaux armés n'étaient qu'au nombre de six en activité, avaient autorisé un batelier nommé Renard, à courir sus aux habitants des rives du pays en état de rébellion.

Ce corsaire d'eau douce, véritable forban, commit des pillages éhontés et des crimes si notoires, que le commandant en chef des bateaux armés se vit obligé d'adresser contre lui un rapport aux autorités.

"Des plaintes sont adressées contre Renard, car il opère sans vouloir se soumettre à aucune discipline et ne veut obéir à personne. Les commandants des chaloupes ne peuvent donc être rendus responsables des évènements qui pourraient résulter des fréquentes excursions, que l'équipage de Renard fait sur la rive gauche, ni des délits commis par lui". (Rapport du 22 floréal an II, et signé de Jacques François. Arch. L Inf, L 574)

Il n'en demeure pas moins prouvé que bien des actes de sauvagerie doivent être attribués aux équipages des chaloupes, qui vraisemblablement ne faisaient qu'exécuter les ordres atroces qu'ils avaient reçus du trop fameux général Cordelier ou de ses émules.

Mais, au point de vue tactique, la batellerie armée assura la circulation sur la rivière et rendit impossible vers cette époque toute réunion des insurgés des deux rives, malgré les appels désespérés de la Vendée vers sa soeur Bretonne.

Je veux montrer aussi les méthodes employées par le Commandant en chef des bateaux armés, pour protéger les convois et exercer la garde des deux rives dans un pays en pleine insurrection.

Je vais donc citer quelques fragments du rapport du Commandant en chef des stationnaires de la Loire et de l'Erdre, Jacques François. - Il y rend compte aux autorités de la conduite d'un lourd convoi qu'il avait reçu l'ordre d'escorter de Nantes aux Ponts-de-Cé et à Angers.

"Le 10 germinal an II, le convoi destiné pour le haut de la Loire, composé de quatre cent douze bateaux, chargés de sucre, café, coton, indigo et autres marchandises, appareille à 5 heures du matin (de Nantes), sous l'escorte des chaloupes canonnières : la Carmagnole, l'Intrépide, le Duguay-Trouin, l'Invincible et le Vengeur. Le vent qui soufflait faiblement du Sud-Ouest, accompagné d'une pluie abondante, rendit notre navigation désagréable.

Le 11 germinal, nous fîmes voile de très bonne heure de la Rompure d'Anetz, où nous avions mouillé la veille. Le vent contraire nous força à jeter l'ancre devant Ingrandes.

La nuit fut inquiétante. La mauvaise qualité des bateaux, la faiblesse de leurs équipages, jointes à l'agitation de la mer, nous obligèrent à passer la nuit dans les canots de ronde, pour éviter les entreprises de l'ennemi et donner des secours à ceux qui en auraient besoin.

Le 12, nous ne levâmes l'ancre qu'à dix heures, le vent nous ayant contrariés jusqu'à ce moment. La brise fut fraîche tout le jour et nous permit de mouiller le même soir entre l'île de Lambardière et Béhuard.

Le 13 germinal à midi nous arrivâmes aux Ponts-de-Cé, avec les deux premières divisions du convoi.

Je remis ces bateaux sous la garde du citoyen Lugan, commandant la place et je réappareillais avec les canonnières le Citoyen et la Carmagnole, pour aller prendre connaissance de la position des deux dernières divisions, que le vent contraire avait forcé de rester entre Chalonnes et Montjean.

Le 14 germinal, le calme nous contraignit de rester à l'ancre. J'expédiais pour leurs postes respectifs, les bâtiments armés le Duguay-Trouin et l'Invincible ayant assez de forces pour escorter les bateaux de l'arrière-garde.

Le 15, nous appareillâmes à 7 heures du matin et à 3 heures après-midi toutes les embarcations destinées à Angers entraient dans le Maine et celles pour Orléans et autres lieux suivirent leur route pour les Ponts-de-Cé.

Le 16 germinal, j'expédiais l'Intrépide pour convoyer dix-sept bateaux qui se trouvaient réunis à la Pointe et qui devaient descendre la Loire.

Le même jour, je me suis mis en route pour Nantes et ce ne fut pas sans surprise, que je vis les coteaux de Drain et de Champtoceaux, bordés de Brigands et le drapeau blanc arboré dans plusieurs endroits.

Les rapports des bâtiments stationnaires le long de la vallée de Saint-Julien et de la Chapelle, annonçaient aussi que depuis trois jours, ils avaient repris leur ancien corps de garde ..." (Archives de la Loire-Inférieure L. 574).

Les quelques notes qui suivent sont des résumés des rapports journaliers que le Commandant en chef des bateaux armés adressait à l'autorité. Elles montrent le rôle que jouaient à cette époque les stationnaires.

Le 17 germinal, le capitaine du Patriote, d'après une réquisition du citoyen Gaudin, administrateur de la commission civile (ravitaillement), tendant à protéger le débarquement de 120 hommes de troupe, qui devaient descendre à Pierre-Percée, pour le chargement de fourrages, s'embossa très près de terre et riposta avec son artillerie à la vive fusillade qui partait des maisons de ce hameau. Le combat dura deux heures. Plusieurs républicains furent blessés. La nuit empêcha la descente.

Les 18-19-20 germinal plusieurs bateaux montant et descendant la rivière ... ont été escortés de poste en poste.

Le 25, le général Delage adresse une réquisition aux commandants des bâtiments stationnaires à Mauves et à Thouaré, pour une descente qu'il projetait. Ces deux bâtiments se réunirent et s'embossèrent dans le lieu qui leur parut le plus propre à protéger la descente. Elle eut tout le succès que l'on pouvait en attendre.

Le 26 germinal, le chef de division du haut de la Loire (bateaux armés), rend compte à son chef, Jacques François, que les Brigands deviennent de plus en plus entreprenants. Ils attaquent les bateaux de charge, qui circulent sur la rivière, escortés par les toues armées et le rapport dit que celle de la chaloupe canonnière le Cassart, étant de ronde à la Rompure d'Anetz, avait essuyé une vive fusillade, dont un des mariniers avait été dangereusement blessé.

Il est donc facile de se rendre compte, après avoir lu ces lignes, de la manière d'opérer des bateaux armés en 1794.

Quand il s'agissait d'assurer la libre circulation sur le fleuve, les chalands et autres embarcations de charge, montant ou descendant, étaient escortés d'un poste à l'autre, d'un stationnaire à un autre stationnaire, soit par la canonnière elle-même, soit seulement par sa toue armée.

Lorsque le nombre des embarcations était important, quelques bateaux armés, réunis en flotille, protégeaient le convoi, divisé en plusieurs sections, qui marchaient de conserve sous la protection des canons de l'escorte.

Au début de 1795, la pacification de la Jaunaie fit renaître momentanément le calme et la sécurité. Et même à la date du 29 thermidor an III, une réclamation adressée aux pouvoirs publics, accuse les Vendéens d'acheter des grains et de les transporter par la Loire pour ravitailler leur pays. C'était, semble-t-il, bien leur droit. Dans tous les cas, cela prouve qu'à ce moment les transactions se faisaient librement. Le traité de la Jaunaie et surtout celui de la Mabilais n'étaient pas viables. Ils ne tardèrent pas à être violés dès la fin de juin 1795.

En juillet, l'activité des Chouans de Bretagne avec Cadoudal et Scépeaux, inquiétait la Convention. Charette dans le Bas-Poitou, Fleuriot, Sapinaud sur la rive gauche de la Loire avaient repris les armes.

L'Etat-Major de l'armée républicaine prit alors de sérieuses mesures pour rendre de nouveau le fleuve infranchissable entre les deux régions encore une fois en pleine révolte.

Sur la rive droite, aux environs d'Ancenis, l'armée de Scépeaux avec Dieusie, Plouzin, Terrien dit Coeur de Lion, tenait en haleine les troupes du gouvernement.

Le redoutable Chouan Palierne, dont le docteur Rouxeau de Nantes a écrit l'histoire, eut souvent à lutter contre les bateaux armés.

Le 20 juillet 1795, les royalistes attaquaient Ancenis. C'était une feinte adroite, car leur but était de s'emparer d'Oudon pour s'y ravitailler.

Palierne réussit en effet à débusquer les républicains qui occupaient cette petite ville féodale. Les fuyards furent forcés de chercher au plus vite un refuge sur le bord de la Loire, derrière les fortifications élevées par l'équipage du stationnaire et à l'abri de ses canons. Ceux-ci tinrent les royalistes à distance, sans pouvoir les empêcher cependant, de faire des vivres en abondance.

A la fin de ce même mois de juillet, Palierne qui voulait s'emparer du poste retranché si important de la Maison Blanche, entre Nantes et Oudon et qui assurait la communication sur la grande route de Paris, prit la résolution d'attaquer en trois colonnes. L'une, à la faveur de la nuit devait s'embusquer entre la Loire et le point à enlever, de façon à interdire l'accès du fleuve aux fuyards dans le cas où le coup de main réussirait. La seconde colonne devait occuper le défilé de la Seilleraye, pour couper la route vers Nantes. Enfin la masse de manoeuvre des Chouans, se jetant par surprise sur le poste républicain devait, selon toute probabilité s'en emparer sans trop de peine. Si le coup de filet réussissait, tout le détachement était fait prisonnier.

Heureusement pour les troupes gouvernementales le chef royaliste qui devait occuper le terrain entre la Maison Blanche et la Loire, ne comprit pas le rôle qu'il devait jouer. Il s'embusqua là où il n'y avait rien à faire.

Les républicains furent mis en pleine déroute et leur poste enlevé ; mais ils purent tous, eux aussi, se réfugier au bord de la Loire sous la protection de leurs bateaux armés.

Trois mois après, le 29 octobre 1795, les Chouans ayant besoin de se procurer des vivres et autres objets de première nécessité, se jetèrent à l'improviste sur le bourg des Mauves et s'en emparèrent. La canonnière en station en face de l'agglomération tenta bien de s'opposer à leur attaque. Mais les royalistes avaient avec eux deux canons, qui du sommet du coteau tenaient sous leur feu le bateau armé, fort gêné dans son tir par la hauteur de l'escarpement des rives.

Aussi, dut-il se retirer momentanément en larguant les amarres. Tandis que les autres canonnières voisines alertées, se portaient sur Mauves, les assaillants ayant réussi leur coup de main se retiraient emportant leur butin.

Deux jours après, le 31 octobre, Palierne qui tenait son quartier général au château de la Villejégu, près de Couffé, rassembla ses troupes, à son camp de la Rillouze, grosse ferme située sur l'antique voie romaine d'Angers à Nantes, par le Pont-Noyé.

Il s'agissait de s'emparer de plusieurs grosses barques arrêtées dans le petit port d'Oudon.

Vingt-huit charrettes accompagnaient les royalistes durant cette expédition.

Dès le début de l'action, le feu s'engagea avec le bateau armé de garde. Au bruit de la canonnade, un second bateau armé se hâte de porter secours à son matelot.

Mais les Chouans eux aussi avaient de l'artillerie et la lutte fut chaude.

Mais comme à Mauves, les coteaux qui dominent la Loire à Oudon rendaient peu efficace la riposte des canonnières qui furent obligées de se laisser culer jusque derrière l'île Dorelle.

Pendant ce temps, les Chouans chargeaient les charrettes qu'ils avaient amenées avec eux. Tout était prêt et l'on allait partir, lorsque des vedettes vinrent annoncer que les troupes républicaines du général Josnet-La-Violais, mises en éveil par le bruit de la bataille, se portaient d'Ancenis sur Oudon, à marche forcée.

Sans hésiter, Palierne se porta à la rencontre des Bleus avec une partie de sa troupe ; il les culbuta au village de Blanchelande, pendant que les vingt-huit charrettes chargées à Oudon se hâtaient de gagner l'intérieur des terres.

Dans ces deux dernières affaires, les bateaux armés ne jouèrent pas un rôle bien brillant, il est vrai. Mais les succès des royalistes n'étaient qu'éphémères.

Forcés quelquefois de rompre le combat, les bateaux ne tardaient pas à reprendre leur poste après avoir reçu quelques renforts et la garde du fleuve continuait active et généralement efficace.

Mais il ne faut pas oublier que parmi les officiers et les équipages, il y avait des royalistes, ce qui peut aider à comprendre certaines compromissions.

L'hiver de 1795-1796 se passa sur la Loire dans un calme relatif. Stofflet fut pris et fusillé à Angers, le 23 février 1796. Charette succomba à son tour. Arrêté le 23 mars dans les bois de la Chabotterie en Vendée, il fut conduit à Angers.

Le 26, il descendait la Loire vers Nantes, escorté de gendarmes. Les salves des bateaux armés saluaient ironiquement au passage, de prisonnier, qui hier encore, faisait trembler la République. Le 29 mars on le fusilla. Les grands chefs étaient morts, Hoche bientôt allait rétablir la paix en employant la douceur, bien plus efficace que le meurtre et l'incendie, quand il s'agit de pacifier des hommes aussi fiers que les Vendéens.

Déjà, le 3 vendémiaire an IV, le général en chef avait autorisé les habitants de quelques cantons, qui avaient fait leur soumission, à passer d'une rive à l'autre, sous certaines conditions et en des points bien spécifiés. L'interdiction subsistait pour les pays encore agités. Les personnes désirant franchir le fleuve, devaient se présenter au capitaine d'un des bateaux armés, désigné pour assurer ce service dans chaque division des stationnaires.

Mais bientôt, après cette première accalmie, les capitaines des canonnières furent accusés d'avoir des complaisances pour les riverains.

Ils toléraient, disaient les espions du pouvoir civil, le trafic de la poudre et ils laissaient les équipages fraterniser avec les habitants encore mal soumis.

Il existe aux archives de la Loire-Inférieure une lettre du 19 mars 1796 et portant la signature de Jacques François, le commandant en chef des bateaux armés de la Loire et de l'Erdre. - Dans cette missive adressée à Letourneux, commissaire du Directoire exécutif, François cherche à se disculper des accusations, qui, dit-il, ne reposent sur aucun fait établi. Et le commandant ne ménage pas les délateurs et Letourneux lui-même n'est pas épargné.

Depuis trois années, dit le marin, il sert la République avec zèle, dans un service pénible. Il a dissipé toute la fortune qui lui avait léguée son père et cela pour le bien de l'Etat. - De plus, il ne peut tolérer la manière insolente employée dans la correspondance, que le commissaire du pouvoir lui adresse.

En lisant ces lignes, il me semble que le commandant Jacques François ne manquait pas de crânerie.

Cependant, il faut bien constater qu'en germinal an IV, la sûreté n'était pas encore complètement assurée sur la Loire. Il y avait encore des coups de main à redouter de la part des Chouans, même aux environs de Nantes.

En mars 1796, le capitaine du bateau armé le Cook, stationnaire à cette époque, à la Boire d'Anjou, rend compte d'une attaque de rebelles. Ils avaient pu s'emparer d'un fusteau (Petite Fuste - bateau plat) venu de Nantes pour chercher du vin. Le propriétaire avait trouvé la mort dans la bagarre et sa femme, qui l'accompagnait, avait été maltraitée et dépouillée, non seulement de son argent, mais encore d'une partie de ses hardes, dit le rapport, qui ne donne pas de plus amples détails. Mais ces scènes regrettables ne devaient pas se prolonger.

En messidor an IV, juin 1796, le désarmement de presque tous les bateaux fut ordonné.

Les propriétaires des embarcations réquisitionnés réclamèrent avec insistance leur bien. Je n'en donnerai qu'un exemple.

Le commandant de la première division des stationnaires nommé Magré, écrivait au fameux commissaire du pouvoir exécutif Letourneux, dont j'ai déjà parlé, pour l'informer que, malgré toute sa bonne volonté, il ne pouvait lui faire rendre la toue de son fermier. Il le priait donc, pour avoir gain de cause, de s'adresser directement au commissaire de la Marine.

Ainsi, sur une partie des rives de la Loire, la paix était revenue. Beaucoup de canonnières disparurent et cependant, la navigation ne fut pas troublée pendant plusieurs années.

Mais en 1799, les hostilités reprirent en Bretagne et en Vendée.

La ville de Nantes, dans la nuit du 18 au 19 octobre de cette année, fut surprise par les royalistes, qui, pendant plusieurs heures l'occupèrent en maîtres. Ils se firent ouvrir les portes de la prison du Bouffay, délivrèrent leurs prisonniers politiques, s'emparèrent des postes occupés par la garde nationale.

Au centre de la ville, ayant mis la main sur celui de la Bourse, ils parcoururent les rues en tous sens, en poussant des clameurs et en tirant des coups de fusil.

Les Nantais éprouvèrent des pertes sérieuses.

Le maire Saget fut grièvement blessé en sortant de chez lui. Il y eut de nombreux tués.

L'administration centrale, dans cette affaire avait fait preuve d'une totale incurie, les mesures de défense prises étaient insignifiantes et ridicules. Et cependant, tout le monde savait que les Chouans, commandés par Godet de Chatillon et qui venaient en partie de Carquefou, avaient passé l'Erdre le 18, à hauteur du Château de la Dénerie.

Mais les bateaux armés et les stationnaires eux-mêmes de l'Erdre n'existaient plus alors.

Les royalistes, après avoir enlevé le poste de la route de Rennes, se glissant le long des deux rives, avaient occupé la place du Port Communeau.

De là, sous la conduite d'un chef énergique, qui portait le sobriquet pittoresque de Tête-Carrée (Pierre Dupré, Meunier à Maumusson), ils s'étaient répandus dans la ville.

A 4 h 30, ils se retirèrent.

C'était donc la guerre civile qui renaissait, terrible et meurtrière.

Le quatre brumaire an VIII (26 octobre 1799), le commissaire principal de la marine écrivait aux administrateurs du département de la Loire-Inférieure :

" ... J'ai répandu sur les points les plus importants de la rivière, tous les bateaux armés dont j'ai pu disposer ..."

Le service de surveillance était donc encore une fois rétabli sur notre fleuve, et sur l'Erdre.

Mais Bonaparte, de sa main de fer, ne tarda pas, et pour longtemps, à juguler toute tentative de révolte sur la Loire et aux environs de Nantes.

Il y eut bien encore quelques convulsions politiques.

Une levée de boucliers se produisit pendant les Cents jours.

Une autre, la dernière, en 1832, lors de la venue de la Duchesse de Berry en Vendée.

A cette époque, quelques bataillons de la garde nationale et plusieurs compagnies d'infanterie furent transportés par eau de Nantes à Ancenis.

Mais les bateaux employés étaient cette fois à vapeur et ils ne jetèrent le feu et la fumée que par leurs cheminées.

Ils ne jouèrent donc dans cette aventure que le modeste rôle de véhicules d'eau à marche accélérée.

Ils furent sur la Loire, les derniers bateaux employés à la guerre.

 

Bulletin de la Société archéologique

et historique de Nantes

et de la Loire-Inférieure

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