INTERROGATOIRE DU DENOMME "JOSEPH LAPLACE"
A CHINON
LE 29 OCTOBRE 1793
A la date du 29 octobre 1793, la garde nationale de Chinon amène devant les administrateurs du district un individu qu'elle a arrêté sans passeport, et dont le costume et les réponses ont paru suspects. Le district procède comme suit à son interrogatoire :
- Quel est votre nom ? - Joseph Laplace.
- Votre pays ? - Rouen, paroisse Saint-Sever-le-Faubourg.
- D'où veniez-vous ? - Des prisons de Montrevault.
- Qui vous tenait en prison ? - L'armée catholique.
- Où avez-vous été pris ? - A Vihiers.
- A quelle époque ? - Le 18 juillet.
- Dans quel bataillon ? - Dans le 14e bataillon de Paris.
- Depuis quand étiez-vous dans ce bataillon ? - Du mois de décembre dernier.
- A quel endroit y êtes-vous entré ? - A Paris.
- Que faisiez-vous auparavant ? - Rien.
- Qu'est-ce qui vous a enrôlé ? - Le capitaine Rayé.
- Etes-vous venu d'autres fois à Chinon ? - J'y suis venu il y a longtemps, environ quinze ou seize mois.
- Qu'êtes-vous venu y faire ? - Avec le bataillon.
- Qui commandait ce bataillon-là ? - Le chevalier Osswal, Anglais.
- Dans quelles prisons avez-vous été ? - Cholet et Châtillon.
- Qui vous a délivré ? - L'armée de Mayence.
- A quel endroit ? - A Montrevault.
- Quel jour ? - Le 18 octobre (Les prisonniers républicains furent mis en liberté le 18 octobre 1793 à Saint-Florent-le-Vieil, et c'est l'armée vendéenne qui leur donna la liberté, à la demande de Bonchamps)
- Combien y a-t-il de temps que votre bataillon était dans l'armée de la Vendée ? - Je n'en sais rien.
- Où avez-vous été en sortant de Paris après votre enrôlement ? - A Orléans et à Tours.
- Quand vous êtes arrivé en Vendée, le bataillon était-il complet ? - Non, il n'était que de six cents hommes. J'étais de la compagnie Rayé, lieutenant Barbier, sous-lieutenant Tabourin ; ou plutôt Virion lieutenant, Barbier, sous-lieutenant.
- Quel était le nom du sergent-major ? - Durand.
- En quittant Montrevault pour venir ici, par où avez-vous passé ? - A Cholet, à Châtillon et, de là, à Chinon.
- De Châtillon à Chinon, vous êtes-vous arrêté en quelques villes ? - Je n'en sais rien.
- Avec qui êtes-vous venu ? - Je suis venu seul.
- Sous quels généraux avez-vous servi ? - Sous le général Joly.
- A quelles affaires vous êtes-vous trouvé ? - A deux affaires de Martigné, et à une de Vihiers, en qualité de soldat.
- Qu'avez-vous fait de votre uniforme et de vos armes ? - On me les a pris.
- Qui vous a donné votre habit et en quel endroit ? - Un citoyen que je ne connais pas, à Beaupréau.
- Quelle était votre profession à Rouen ? - Praticien.
- Quel âge avez-vous ? - 29 ans.
- Où avez-vous travaillé comme praticien à Rouen ? - Chez Monsieur Romain.
- Connaissiez-vous des chefs de brigands (vendéens) ? - Je connaissais de réputation Bonchamps.
- Connaissiez-vous d'autres prisonniers ? - Oui, Poucheron, dans les mêmes prisons, du même bataillon, qui est d'Orléans.
- Etiez-vous renfermé ou libre chez l'ennemi ? - J'étais renfermé.
- Savez-vous signer ? - Oui.
Laplace signa au bas de chacune des trois pages de son interrogatoire. Puis les administrateurs du district prennent la décision suivante : "Laplace est plus que suspect d'après ses réponses et sa conduite. Il a plutôt la tournure d'un ex-prêtre que d'un soldat." En conséquence, il sera conduit par la gendarmerie à la Commission Militaire séante à Saumur, à l'effet d'y être jugé suivant qu'il y sera reconnu et mériter."
La Commission Militaire, présidée alors par Félix, ne donna aucune suite à cette affaire.
Chanoine UZUREAU
Bulletin - Amis du vieux Chinon
1934