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La Maraîchine Normande
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5 juin 2012

LA FUSILLADE DU 4 DECEMBRE 1793 A CHINON

LA FUSILLADE DU 4 DECEMBRE 1793 A CHINON

 

FUSILLADE

 

 

Six cents prisonniers environ partirent de Saumur le 2 décembre 1793 au soir, sous la conduite du citoyen Lepetit. Ils passèrent successivement à Montsoreau, à Chinon, où eut lieu un grand massacre, à Azay-le-Rideau, à Tours, à Amboise, à Blois, à Beaugency, à Orléans et à Bourges, où les survivants arrivèrent le 17 décembre.

C'est le 3 décembre que le triste convoi entra à Chinon, et il en sortit le lendemain matin.

Au sujet de l'horrible massacre qui eut lieu à Chinon, le 4 décembre, nous allons donner plusieurs dépositions faites devant la municipalité et le comité révolutionnaire de Saumur par des témoins oculaires, vers la fin de l'année 1794.

Noël Lefer, vétéran, domicilié à Cunault, fit la déclaration suivante :

"Arrivés à Chinon, on nous déposa dans une église, sur les onze heures du matin. Vers trois heures après-midi, Lepetit et Simon entrèrent dans l'église, firent un tri des détenus et les firent passer dans le choeur ; les autres, formant la moitié du convoi environ, restèrent dans la nef. Nous passâmes ainsi le reste du jour et la nuit, séparés les uns des autres. Le lendemain matin, ils vinrent prendre ceux qui étaient dans le choeur et les firent conduire sur la place par des hommes armés de piques. Quant aux autres, je ne les ai jamais revus, mais j'ai bien entendu tirer des coups de fusil. Les volontaires armés de fusils qui étaient restés, ayant rejoint notre escorte, nous dirent qu'ils avaient fusillé les détenus restés, par quatorze et seize hommes. Ils rapportèrent des portefeuilles, disant qu'il n'en avait échappé que trois. Les volontaires ne nous rejoignirent que le soir du départ de Chinon."

Déposition de Marie Hillaire, couturière à Saumur, 26 ans : "En partant de Chinon, voyant que le convoi était beaucoup diminué, nous demandâmes aux volontaires ce qu'étaient devenus tous les hommes qui faisaient partie du convoi de la veille. Ils nous répondirent que ces hommes avaient été fusillés."

Déposition de Françoise Pirault, de Saumur, 25 ans : "A Chinon, on mit une partie des prisonniers dans une église, et l'autre aux Ursulines ; le lendemain matin, on nous réunit sur la place, où nous restâmes pendant deux heures. Inquiètes du motif qui nous empêchait de partir, on nous dit qu'on avait fait un choix parmi les prisonniers, et qu'on en avait emmené 240 dans la prairie de Chinon pour être fusillés ; les volontaires qui avaient été à cette expédition, emportèrent les dépouilles des malheureux fusillés par l'ordre de Lepetit."

Pierre Ory, de Marigné-sous-Daon, 35 ans : "A Chinon, nous fûmes conduits, partie dans une église et l'autre partie dans celle des Ursulines. Le lendemain matin, Lepetit en fit fusiller beaucoup, sans savoir le nombre."

Déposition d'Anne Baudry, de Richelieu, 38 ans : "A Chinon, les hommes furent mis dans une église, et les femmes dans des communautés. Le lendemain matin, lors du départ, je vis 300 hommes, qui étaient liés et gardés sous les halles. Ils furent fusillés, à ce qu'on m'a dit ; et j'affirme que les 300 hommes retenus à Chinon, n'ont pas paru depuis dans le convoi."

Abel Aubert, de Turquant, 26 ans : "A Chinon, nous fûmes mis dans différentes maisons ; le lendemain, au moment du départ, et sur la route d'Azay, je m'aperçus que le convoi était diminué de plus de moitié. On me dit que les manquants avaient été fusillés en sortant de Chinon ; je vis leurs vêtements aux soldats de l'escorte."

Déposition de Marthe Pelteau, de Saumur, 26 ans : "A Chinon, une partie du convoi fut déposée dans une église, et l'autre dans une communauté. Le convoi partit le jour suivant. Sur la route d'Azay, le convoi étant considérablement diminué, je m'informai auprès des volontaires de ce qu'était devenue la partie manquante. Ceux-ci me dirent qu'ils avaient été fusillés à Chinon, au nombre de 360".

Terminons par la déposition d'André Marin, de Saumur, âgé de 23 ans, qui avait été nommé lieutenant pour escorter le convoi de prisonniers : "A Chinon, une partie fut déposée en deçà des ponts, et l'autre partie dans des communautés au-delà du pont. Le lendemain matin, Lepetit dit au détachement : Vous êtes libres de faire fusiller tous ceux qu'il vous fera plaisir ! Lepetit donna ordre de séparer tous ceux qui n'avaient pas de papier ; ensuite on les fit fusiller au-dessus du château de Chinon, sur la route". (Archives de Maine-et-Loire, L. 1302)

Chanoine UZUREAU

Directeur de l'Anjou Historique

Bulletin - Amis du vieux Chinon - 1927

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