ANGLES ... LEGENDES ...
Angles avait autrefois une pierre celtique au tènement de Léau, c'était un menhir en grès, haut de 2 à 3 mètres. Il a été transporté, il y a quelques années, au bourg même, où il sert de borne au coin d'une maison. Il était situé près d'un puits, aujourd'hui comblé avec des débris gallo-romains, qui recèle, dit-on, un veau d'or, que la convoitise des fouilleurs poursuit en vain.
Quand aux légendes, nous n'avons que l'embarras du choix. Nous donnons la préférence à la suivante, fournie à M. Jules Quicherat, par M. B. Fillon, qui se propose de la consigner dans son ouvrage de Poitou et Vendée. La voici telle que M. Quicherat l'a racontée au Comité Impérial (Revue des Sociétés savantes des départements, année 1861, p. 263), avec cette empreinte de malice gauloise qui, même au milieu des temps des plus fortes croyances religieuses, aimait à se jouer des puissances auxquelles elle obéissait.
"Le vallon de Troussepoil était anciennement le repaire d'une grosse bête à long poil, faite comme un ours, qui ravageait le pays à plusieurs lieues à la ronde. Les vaches et les femmes étaient la viande qu'il préférait, de sorte qu'il n'y avait jour où il ne fit ample consommation des unes et des autres. Les habitants consternés imploraient toutes les puissances pour être délivrés d'un si grand fléau. Le légat du pape se proposat pour exorciser la bête, mais il ne réussit pas, ayant perdu sa vertu parce qu'il avait embrassé une fille le matin. L'abbé de Fontaines échoua également pour avoir bu quatre chopines de vin passé minuit, et celui de Talmond pour avoir cassé la tête à un paysan qui lui barrait son chemin. L'abbaye d'Angles était alors gouvernée par un saint homme du nom de Martin, qui voulut aussi tenter l'aventure ; mais il eut soin de passer d'abord cinq jours et cinq nuits en prières. Avec ses signes de croix, il réduisit la bête à venir se ranger sous son bâton, et il l'amena ainsi, docile et douce comme un agneau, jusqu'au milieu de la cohue d'Angles. Les hommes et les femmes chantaient alléluia, mais les filles virent là dedans matière à risée et dire : "Père Martin, Dompis quand êtes-vous breger d'au diable ?" L'abbé, sans rien répondre, fit monter la bête au pignon de l'église, où elle est encore, et quand l'ours eut été changé en pierre par un nouveau signe de croix, le saint homme lui dit : "Tu ne vivras dès mesuy que de la beauté des filles d'Angles" et aussitôt les filles d'Angles, qui jusque-là avaient été jolies, devinrent laides."
L'église d'Angles est une oeuvre attribuée aux fées. Quand on visite la crypte, on aperçoit à gauche, dans la direction nord, une porte aujourd'hui murée, qui communiquait à un souterrain-refuge, dont les couloirs et les salles, avec leurs tubulures cylindriques, pour y faire arriver l'air, existent encore en partie, sur une ligne de 4 à 500 mètres. C'est là, dit-on, qu'elles habitaient.
La tour de Moricq est, avec l'église, leur chef-d'oeuvre dans le pays. Haute, large et longue de 14 mètres 70, on lui donne la même profondeur en terre. On prétend que les fées portèrent en trois dornées tous les matériaux nécessaires à sa construction. On dit également qu'un trésor est renfermé dans un coffre en cuivre jaune et caché dans l'enceinte de la tour, et qu'on ne peut le trouver qu'au moment du Sanctus de la messe de minuit. Les sorciers assurent qu'il est encore intact, malgré les recherches assez souvent répétées que l'on a faites à cette heure solennelle. Pour comprendre les déceptions auxquelles il a donné lieu, il est bon de savoir qu'un trésor, d'après la tradition locale, appartient tantôt à l'âme qui l'a enfoui et tantôt à l'esprit malin. L'âme en jouit cent ans, le malin cinquante, parce qu'il compte les jours et les nuits. Il est impossible de s'emparer du trésor quand le malin en est le maître. On ne peut espérer de le rencontrer, que lorsque la possession en est acquise à l'âme, et, encore, la chose n'est pas sans difficultés !
Le souvenir des fées commence à s'éffacer à Angles ; il a été remplacé par celui des loups-garoux, des garaches et des sorciers. Voici ce que racontent les vieillards : Autrefois, au moment de l'asperges, le curé se tournait vers le peuple et disait : "excommuniés, magiciens, sorciers, vous tous qui pratiquez le sortilège, sortez d'ici." Quant un crime, dont on ne connaissait pas l'auteur, avait été commis dans la semaine sur le territoire de la paroisse, le pasteur, avant de commencer le prône, faisait un monitoire pour forcer la personne à rentrer en elle-même et à réparer sa faute. Quand ce monitoire n'avait pas produit son effet, le curé en faisait un second au prône suivant, et, ce jour là, il avertissait les femmes enceintes de ne pas assister à la huitaine, à la messe paroissiale : c'est que le troisième monitoire était suivi de cérémonies symboliques de nature à épouvanter. Le ministre de la religion montait en chaire, un cierge à la main ; il lisait, pour la dernière fois, la formule de l'avertissement et des menaces qui l'accompagnaient. La lecture finie, il mettait le papier dans la flamme du cierge, la sentence atteignait la personne coupable, fut-elle à dix lieues de là. "L'anathème, suivant leur énergique expression, retentissait sur son dos, comme sur une enclume", et elle était condamnée pendant sept ans, à courir le garou et à visiter sept paroisses par nuit. On montre encore à la cabane de la petite Lamberde, près de la tour de Moricq, l'endroit où fut tuée une reine d'Angleterre, vouée à cette rude pénitence. On cite à Angles une autre garache qui perdit la vie dans le champ des Pérochelles, à l'est du bourg.
Pour en finir avec Angles, disons que le tènement dit de la Chapelle de la Motte, fournit matière à quelques légendes ; un vieux manuscrit y place le Veau d'Or dont il a été question plus haut ; et on y aperçoit quelquefois, le soir, une lumière planer, comme une blanche étoile, au-dessus de ses ruines.
Société d'Emulation de la Vendée - 1863

