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La Maraîchine Normande
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9 mai 2012

LE MOELLE, CAVALIER DE CHARETTE

LE MOELLE

Il y avait dans la cavalerie de Charette un corps d'élite "qui, dit M. Bittard des Portes (Charette et la Guerre de Vendée, page 311), pour se distinguer du reste de l'armée, portait un chapeau, un haut panache blanc de poils de bouc, plumet qui ne coûtait pas cher et qui fut toujours respecté comme un signe honorifique".

Son principal officier se nommait Le Moëlle.

C'était un jeune homme plein de bravoure. Il avait l'esprit vif et l'humeur joyeuse. Selon toute apparence, il est l'auteur de la vraie chanson de Charette, où chaque divisionnaire a son couplet que M. A. de Brem a inséré dans son Histoire populaire de la Vendée (page 295). Cette chanson qui ne brille pas auprès de celle qu'inventa Paul Féval, montre que Le Moëlle n'avait reçu qu'une instruction rudimentaire. Il appartenait cependant à une famille bourgeoise. On l'avait surnommé le poète des Vendéens, dit La Fontenelle de Vaudoré ; bien médiocre poète, mais vaillant capitaine, Charette lui donna ce titre de capitaine pendant la campagne d'hiver de 1794, quand, après la mort de Louis de la Cathelinière, chef du Pays de Retz, il organisa deux compagnies de chasseurs. Il confia le commandement de l'une d'elles à Bodereau et celui de l'autre à Le Moëlle, malgré sa jeunesse et "sa faible constitution".

Le Moëlle, dont je n'ai vu cités nulle part le prénom et le pays natal, avait paru de bonne heure dans les bandes insurgées. Au mois de mai 1793, lorsque Charette, vainqueur au Pont-James, ayant repris Legé s'y reposa quelques semaines, il figurait parmi ses officiers qui dansaient au son du biniou, à côté de Mme de la Rochefoucauld et de Mme de Bulkeley.

Le 9 décembre, aux Herbiers, il prit part à l'élection de Charette comme "Général en chef de l'Armée Catholique et Royale du Bas-Poitou", et fit partie de la députation qui lui porta le procès-verbal de sa nomination.

Le 20 mars 1794, il assistait au combat des Clouzeaux, où Haxo fut vaincu et tué par les cavaliers de Prudent de la Robrie. Il y commandait la réserve.

Il était à l'assaut du camp de la Roulière, le 5 septembre, et commença l'opération en enlevant adroitement, sans donner l'éveil, "une dizaine de républicains qui mangeaient des raisins dans une vigne".

Le 14, à Frérigné, près de Touvois, il sauva Charette d'un grand danger, un des officiers républicains qui défendaient les retranchements, le colonel Mermet, saisit un drapeau tricolore et tenta une sortie. Reconnaissant Charette "à son écharpe blanche et au panache qui flotte au-dessus de son chapeau à large bords, il le désigne à ses soldats". Ceux-ci "dirige sur lui tous les fusils. La même pensée a inspiré à Charette et aux siens la même action. Les deux chefs vont peut-être succomber sous la même décharge. Le Moëlle, commandant des chasseurs du Bocage, a saisi le mouvement des soldats. Il enlève Charette dans ses bras et le dépose au milieu des troupes vendéennes. Mermet, moins favorisé par le mouvement des siens, tombe atteint au front". Alphonse de Beauchamp avant Crétineau-Joly avait raconté ce fait.

Le 24 du même mois de septembre, Le Moëlle se distingua encore à la prise du camp des Moutiers-les-Mauxfaits et eut les honneurs de la journée. Pour l'en récompenser, Charette le nomma chef de la division du Tablier à la place de Saint-Pal dont l'incapacité était devenue notoire.

Après ces succès, Charette séjourna quelque temps à son quartier général de Belleville. Il s'était formé autour de lui une sorte de petite cour. C'est là que Le Moëlle composa sa fameuse chanson à laquelle ont été apportés depuis bien des changements comme il arrive à tous les chants populaires, (Voir l'abbé Deniau, Histoire de la Vendée, tome VI, pages 599 et 600).

Lors du traité de la Jaunaye, il se montra très opposé à la paix et se joignit pour protester à de Launay et à Savin ; mais, comme ce dernier, il fait au bout de peu de temps sa soumission à Charette qui le maintint dans son commandement.

A la reprise des hostilités, après avoir presque détruit, aux environs d'Avrillé, le 30 juin 1795, une escorte républicaine qui accompagnait un convoi de farine, il fut poursuivi par le général Descloseaux avec des forces supérieures. Il tenta vainement de le repousser et ce combat acharné lui coûta plus de cent hommes.

Le 7 juillet, il prit sa revanche, en cernant dans la petite ville de Mareuil une garnison de deux cents soldats qui se rendirent sans résistance et s'enrôlèrent dans l'armée de Charette.

A l'attaque de Saint-Cyr-en-Talmondais, où périt le brave Louis Guérin, chef de la division du Pays de Retz (25 septembre 1795), Le Moëlle reçut une balle dans le ventre, mais, dit La Fontenelle de Vaudoré, "comme la blessure était peu dangereuse, il fut bientôt rétabli".

Cependant les populations de la Vendée se lassaient de la guerre civile ; les soldats et royalistes eux-même n'obéissaient qu'avec peine à leurs chefs. Ceux de la division de Le Moëlle se montraient si indisciplinés qu'il manifesta l'intention "de résilier son commandemant". Mais il ne voulut pas déposer les armes comme plusieurs de ses amis. Il resta fidèle à Charette, qu'il voyait réduit aux dernières extrémités et luttant avec une énergie surhumaine. Son dévouement amena sa mort, le 20 février 1796.

Voici comment de Bourniseaux la raconte dans l'Histoire des guerres de la Vendée et des Chouans (tome II, page 370) :

"Quatre officiers généraux, MM. Le Moëlle, Caillau, Beaumel et Dabbaye se trouvaient alors dans une métairie, près Saint-Vincent-sur-le-Lay. Dénoncés par des espions, ils sont enveloppés par cent Bleus ... Les trois derniers, qui étaient alors dans le jardin, se font un passage, l'épée à la main, à travers l'ennemi. M. Le Moëlle, resté dans la maison, n'a que le temps de fermer la porte et de se barricader. Il se défent pendant deux heures ; quand il a épuisé ses cartouches, il s'élance le sabre à la main sur les Bleus qui n'osent l'approcher, et tombe percé de plus de quinze balles, après avoir tué ou blessé plus de dix ennemis".

M. Bittard des Portes dit que la métairie où Le Moëlle fut tué est la Martière près les Pineaux, et La Fontenelle de Vaudoré désigne comme commandant des républicains le général Lefranc.

Un mois après, le 23 mars, Charette était fait prisonnier par Travot, dans le bois de la Chabotterie, et, le 29 mars, fusillé à Nantes.

Joseph ROUSSE

La Vendée Historique

1906

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