LE DEPARTEMENT DU VAR ET SON TRIBUNAL REVOLUTIONNAIRE 1793-1794
Le département du Var et son tribunal révolutionnaire 1793-1794
En 1790 l’Assemblée Constituante met fin à une organisation du Royaume de France
remontant à plusieurs siècles. Le département qui borde le fleuve, Var frontière avec le Piémont, d’où
son nom, comprend alors l’actuel arrondissement de Grasse, rattaché plus tard aux Alpes Maritimes.
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Les décrets des 16 janvier et 26 février 1790 fixent l'étendue, le nom et l'organisation administrative des 83
départements créés dans un soucis d'égalité "de taille". La carte fut dessinée de façon à ce que l'on puisse se
rendre dans la ville du chef lieu (ville regroupant les services administratifs) en une journée de cheval.

En 1793 "année intense où l’orage est là dans toute sa grandeur" selon Victor Hugo, Toulon
suit Bordeaux, Lyon et Marseille dans leur révolte contre Paris et la Convention, mais fait plus en
appellant la marine d’un pays en guerre contre la France : l’Angleterre, et on arbore le drapeau blanc
du roi.
En décembre, l’armée républicaine reprend Toulon avec l’aide d’un ancien capitaine
Bonaparte. La répression est sévère avec entre 700 et 1100 fusillés (selon les s¤urces), dans les
premiers jours et 290 condamnations à mort par une commission révolutionnaire exceptionnelle.
Mais le 10 mars 1793, la convention a crée le tribunal révolutionnaire siégeant à Paris et le 31
mai les tribunaux révolutionnaires de département. Celui du Var verra le jour le 14 novembre 1793
suite à un arrêté de Barras représentant en mission, dont le rôle sera primordial à cette époque.
Toulon ayant été déchu de son titre de chef lieu du département donné en 1790 c’est à
Grasse que siègera ce tribunal qui ne sera toutefois pas saisi des problèmes toulonnais, traités par
ailleurs comme nous l’avons vu. Les jugements sont sans appel et immédiatement exécutoires. Le
tribunal varois fonctionnera pendant cinq mois et verra comparaître 200 personnes dont 7 femmes.
Le président lombard était avant la révolution un religieux oratorien et l’accusateur public Vachier
avocat.
La définition on ne peut plus large de
contre-révolutionnaire allant du retour clandestin
d’émigration au dénigrement des assignats, en
passant par des chants considérés comme
séditieux entraîne la mise en accusation qui
concernera 65 paysans ou bergers 30 artisans
et seulement 10 prêtres et 4 nobles.
Il est dangereux de se proclamer hostile
dans une petite localité ainsi que le démontre les
19 poursuivis à Collobrières ou les 15 de
Gonfaron alors qu’il n’y en a aucun à Hyères.
On devra se procurer l’instrument indispensable de
l’époque, la guillotine, en l’achetant à Marseille et
elle sera peinte en rouge foncé. 29
condamnations à mort seront prononcées et 18
exécutées le jour même. Parmi elles, celles de 2
des 7 poursuivies retiennent l’attention :
Julie Hennequin qui exerçait le métier de
fille publique avait suivie en Italie un amant de
passage, puis abandonnée rentra en France où
elle fut considérée comme une émigrée rentrant
clandestinement.
Théodora de Pontevés, âgée de 71 ans
n’avait pas émigré et s’efforçait de respecter les
nouvelles lois, elle subira sans doute la
vengeance de Barras (un ex vicomte).
Sept accusés seront condamnés à la
déportation en Guyane mais finalement n’iront
pas plus loin que Lorient. 131 acquittements
seront prononcés avec libération immédiate.
Suite à une décision de la Convention le tribunal
révolutionnaire du Var suspendra son action en
avril 1794.
Il restait 78 personnes à juger dont trois
Hyèrois qui seront dirigés sur Paris mais y
arrivant après la chute de Robespierre ils seront
acquittés et remis en liberté.
Certes le tribunal varois n’eut pas à juger les meneurs de la révolte toulonnaise, tout au plus
des comparses qui ici ou là avaient eu des paroles imprudentes. L’accusateur public s’efforça d’être
juste,sauf s’il subit la pression de Barras et le nombre relativement important des acquittements par
rapport aux condamnations à mort montre que la justice d’exception varoise se montra plus clémente
que les autres. On dénombra en effet en France entre le 1.03.1793 et le 27.07.1794 plus de 12.000
condamnations à mort.