LES INTRUS DANS LES MAUGES
CHRONIQUE DES MAUGES
LES INTRUS DANS LES MAUGES
A la veille de l'insurrection
Le pays des Mauges, disons-le à son honneur, ne compta qu'un très petit nombre de prêtres apostats à l'époque de la Constitution civile du Clergé. Il ne s'en trouva que huit, tout bien compté, qui eurent le triste courage de renier leur Dieu et de prêter le serment schismatique.
Ces renégats, comme il arrive toujours en pareil cas, devinrent tout de suite les plus ardents propagateurs des idées révolutionnaires, s'associèrent à toutes les mesures de rigueur envers les catholiques et les prêtres restés fidèles, les provoquèrent même bien souvent, et contribuèrent de la sorte, au moins autant que les autorités révolutionnaires elles-mêmes, à déterminer la trop légitime insurrection de nos pères.
Au premier rang parmi ces provocateurs, figure le trop fameux Dubourg, intrus de la paroisse de Saint-Lambert-du-Lattay. Les Mémoires de l'abbé Conin nous fournissent de très curieux mais bien tristes détails sur les faits et gestes de cet apostat, qui avait fait son entrée à Saint-Lambert au milieu de saturnales aussi ridicules que sacrilèges, et qui était devenu un véritable tyran pour ses paroissiens.
Dubourg voulait à toute force obliger les habitants de la paroisse à assister à toutes ses cérémonies, et spécialement à faire baptiser et même à faire rebaptiser leurs enfants par ses soins. Il choisissait lui-même les parrains et marraines et, joignant la dérision à l'arbitraire, il forçait les plus honnâtes d'entre ses paroissiennes à servir de marraines aux enfants des patauds, ainsi qu'il lui arriva de le faire pour Mlle Androuin, accolée par lui à un mauvais drôle du nom de Payer, qui cumulait les fonctions de boucher avec celles de capitaine de la garde nationale d'Angers, et que l'intrus avait fait venir pour mater les fidèles récalcitrants de la paroisse.
Ecoutons à ce sujet le récit véridique de M. l'abbé Conin dont M. l'abbé Deniau, le premier, a eu la bonne fortune de pouvoir consulter les curieux Mémoires, jusqu'alors inédits :
"Le 20 août, le susdit Prayer, capitaine de la garde nationale d'Angers, qui était arrivé la veille à Saint-Lambert-du-Lattay, envoya le lendemain, sur les plaintes de l'intrus M. Dubourg, quatre gardes nationaux dans les familles qui avaient des nouveaux-nés, et les fit apporter au nombre de dix-huit, dans l'église, pour les faire rebaptiser. Lui-même voulut être le parrain d'une petite fille, du nom de Godineau, avec Mlle Perrette Androuin, comme nous venons de le raconter. A la question que fit l'intrus : Que demande cet enfant ? la demoiselle Perrette Androuin ayant répondu : Rien, Payer entra en fureur et la fit conduire à l'hôtel de l'Ecu, où se tenait son état-major. Là, il lui fit couper les cheveux, lui enleva le mouchoir qu'elle avait sur les épaules, la plaça, selon la farce du jour, à rebours sur un âne, et la promena ainsi par les rues du bourg. Tous les habitants attristés fermèrent leurs portes, et la pauvre demoiselle fut renvoyée le soir chez elle, plus morte que vive".
De pareils abus d'autorité, qui se renouvelaient presque tous les jours dans toute l'étendue du pays en-deçà de la Loire, finirent par révolter tout le monde, même les gens les plus pacifiques, et il y avait longtemps que le feu couvait sous la cendre lorsque l'incendie s'alluma pour embraser presque aussitôt toute cette partie du pays angevin. L'histoire impartiale a cloué au pilori les vrais provocateurs, et nous savons, nous les descendants des martyrs, dans quel camp se trouvaient alors les vrais Brigands et les vrais fanatiques !
RENE D'ANJOU