LE PALEFRENIER DE CHARETTE
ECHOS DE 93

Le palefrenier de Charette
Un héros de seize ans
Comment le petit "maraîchin" Lecouvreur fit ses premières armes à l'Armée du Bas-Poitou
Au moment où éclata l'insurrection, Charette avait à son service, en qualité de palefrenier, un petit "maraîchin" du nom de Lecouvreur, âgé alors de quinze ans.
Brave et dévoué, l'enfant aurait bien voulu s'enrôler parmi les insurgés et suivre son maître, mais celui-ci s'y était opposé : il trouvait son petit palefrenier trop jeune, et, comme il tenait beaucoup à lui, il ne voulut point l'exposer sur les champs de bataille. Redoutant sa pétulance juvénile, il lui avait même défendu de toucher à aucune arme, et il avait exigé de lui une promesse formelle à ce sujet. Plus tard, il lui permit seulement de se tenir au quartier-général, mais toujours en qualité de simple palefrenier.
Pendant que son maître se battait, le petit Lecouvreur, rongeant son frein, restait donc au quartier-général, attendant avec impatience le moment où il lui serait enfin permis de laisser là ses chevaux pour faire le coup de feu. Mais hélas ! le temps passait, et la permission ne venait point !
Un beau jour - on était au printemps de l'année 1794, et Lecouvreur venait tout juste d'atteindre ses seize ans - le petit palefrenier se trouvait presque seul au quartier-général, d'où Charette était parti le matin pour je ne sais plus quel combat. Arrive tout à coup un volontaire effaré, qui annonce que la bataille est perdue et le général sur le point de tomber au pouvoir des Bleus !
N'écoutant que son courage, et ne songeant plus ni à la défense qui lui avait été faite, ni à la parole qu'il avait donnée, Lecouvreur prend un sabre et un pistolet, s'élance sur un des chevaux confiés à sa garde et vole au secours de son maître.
Lorsqu'il arrivé sur le champ de bataille, il n'y trouva plus personne : le combat était fini, Charette vainqueur et les Bleus en complète déroute. Ignorant ce résultat, et inquiet du sort de son général, le courageux petit palefrenier poursuit sa route au hasard, bien décidé à ne point s'en retourner avant d'avoir retrouvé ou vengé Charette.
A quelque distance de là, il rencontre un officier républicain qui fuyait de toute la vitesse de son cheval. Bravement Lecouvreur se lance à sa poursuite. Voyant bientôt qu'il n'a affaire qu'à un enfant, le républicain fait volte-face : "Tiens, moutard, s'écrie-t-il, retourne à tes moutons !" Et il tire presque à bout portant sur Lecouvreur. Celui-ci, qui n'avait point été touché, riposte aussitôt sur le même ton : "Et toi, va-t-en chez le diable, puisque tu ne sers plus le bon Dieu !" Et il lui fait sauter la cervelle !
Tout fier de son exploit, l'enfant s'élance à terre, s'empare des armes et du guidon tricolore du Bleu expirant, et conduisant le cheval de sa victime, il rentre au quartier-général où Charette vainqueur l'avait précédé.
Lorsque le général apprit l'arrivée de son petit palefrenier dont on lui avait avait signalé l'équipée, il le fit comparaître devant lui, bien décidé à le punir de sa désobéissance. Mais quand il le vit s'avancer tenant d'une main la bride du cheval capturé et, de l'autre, les armes de l'officier républicain si prestement envoyé "chez le diable", sa colère tomba du premier coup : "C'est bien, dit-il, tu voulais te battre ; bats-toi donc désormais tant que tu le voudras, mauvaise tête, puisque tu as fait tes preuves !"
A partir de ce moment, le petit palefrenier laissa l'écurie pour le champ de bataille, et il devint bien vite l'un des meilleurs cavaliers de l'armée de Charette.
