LETTRE DE RENE-JOSEPH NICOLAIS, Officier municipal, confesseur de la foi
LETTRE DE RENÉ-JOSEPH NICOLAIS Officier municipal, confesseur de la foi. 25 MESSIDOR AN II. — 13 JUILLET 1794.
La pièce qu'on va lire a pour auteur un officier municipal nommé René-Joseph Nicolais, qui remplissait ses fonctions à Ernée (Mayenne). Craignant d'avoir été entraîné par ses fonctions à des actions que sa foi réprouvait, il écrivit la lettre suivante au dos de laquelle on lit :
Aux citoyens et citoyennes composant la société populaire d'Ernée.
Citoyens,
Le 18 prairial, la commission nommée par vous, conjointement avec le représentant du peuple, me nomma officier municipal. Tenté de donner ma démission sur le champ, j'en fus détourné par les conseils de quelques personnes et j'eus la faiblesse d'y acquiescer.
Le lendemain, 19, j'eus la faiblesse plus coupable encore de donner, en levant la main, mon adhésion à un serment que mon coeur réprouvait. Depuis je me suis trouvé à différentes assemblées populaires où j'ai eu la lâcheté de répéter quelques fois : Vive la République, cri que ma conscience me deffendoit de prononcer, parce que je ne puis reconnoître la République qui a détruit ma religion, et qu'au contraire je puis et dois reconnoître un roi qui en est le protecteur.
J'ai en outre signé comme officier municipal un arrêté tendant à inviter tous les citoyens et citoyennes à une fête nommée décade pour y rendre soit disant hommage à l'Etre suprême ; mais ne vous y trompez pas, citoyens, ces fêtes sont réprouvées de Dieu ; ce culte impie et sacrilège qui ne peut qu'outrager ce Dieu que l'on semble invoquer. Le scandale a été public, la réparation le sera aussi. Ce serment d'attachement à la République (fait au préjudice de celui que je dois à mon Dieu) que je rétracte aujourd'hui à la face de toute l'assemblée, à la face de ce Dieu que j'ai outragé ! Puisse ma mort expier mes crimes Puisse les âmes chrétiennes mais trop faibles qui comme moi sont tombées, se relever promptement; puisse celles qui ont eu le courage de marcher dans la bonne voie sans dévyer, se soutenir dans leur chrétienne et courageuse fermeté. Je serois venu moi-même faire ma rétractation à la tribune, mais je craignois d'être interrompu, et mon but n'eut pas été rempli.
Je finis en protestant de mon attachement inviolable à la religion catholique, apostolique et romaine. Vive la religion !
NICOLAIS.
L'interrogatoire subi par Nicolais devant le comité révolutionnaire de la commune nous apprend que le 30 prairial — 18 juin, l'accusé, âgé de vingt-trois ans, soutint les opinions qu'il avait fait connaître par sa lettre ; il fut renvoyé au tribunal révolutionnaire de Paris et exécuté le 13 juillet.
BIBLIOGRAPHIE. — H. WALLON, Histoire du tribunal révolutionnaire, t. V, p. 29 et suiv. — Archives, W. 444, dossier 949, 1ère partie, pièce 82 et suiv.