Lettre du citoyen Friot, patriote réfugié, au représentant du peuple
Lusignan, le 22 fructidor an III de la république une et indivisible
Citoyen représentant
Depuis près de deux ans le sang François ne cesse de couler à grands flots dans la Vendée, toutes les horreurs inimaginables se sont commises et se commettent encore, et nous n'avons pas jusqu'à ce moment trouver de moyens efficaces pour mettre fin à cette guere informelle !
Le désir ardent de voir le terme de tant de malheurs doit occuper sans cesse l'imagination des vrais républicains et sous ce rapport permettés que je vous fasse part de mes vues.
Le pays qui forme le théâtre de la guere civile de la Vendée est trop vaste pour pouvoir jamais espérer de savoir par le moyen d'espionage tous les lieux de rassemblements, toutes les démarches des briguands et chouans. Leurs messagers ont de plus la facilité de courir ça et là dans un pays ou couvert ou composé de vallons, qui les dérobe à l'oeil observateur. Ce seroit donc une grande et heureuse entreprise que celle de découvrir d'un coup ce qui se pratique dans ces maudittes contrées. Voilà mes idées :
- établir au milieu du pays insurgé le quartier général de l'armée de l'Ouest
- y avoir toujours pendant le jour un aréostat dans une observation permanente et immobile
- donner à chaque colone en marche un semblable arréostat dont elles useroient de temps à autre et dans les positions qui conviendroient pour découvrir les lieux de rassemblements et les démarches des briguands et chouans,
est je crois un plan qui méritte de l'attention.
Premièrement, les colones s'avertiroient mutuellement par cette voix de leurs diverses positions par l'aspect d'un ballon à l'autre, qui dans leurs observations feroient toujours dans une position immobile et à la tête de la colone.
Deuxièmement, elles dépescheroient d'après les découvertes, les ordres nécessaires pour opérer la jonction des colones en cas de besoin, ou marcheroient sur le rassemblement aperçu lorsqu'elles seroient en force, intercepteroient quelques fois les courriers des briguands qui à coup sur, se trouveroient dérouttés par ces combinaisons.
En garnissant au surplus bien nos cotes, des troupes nécessaires, je crois que c'est le moyen de faire finir la guere de la Vendée.
Salut et fraternité
FRIOT patriote réfugié

