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La Maraîchine Normande
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14 avril 2012

Arrestation de Georges

 

... Il y eut, à diverses époques, trois débarquemens ; le premier s'effectua le 2 fructidor an XI (21 août 1803), à la falaise de Béville. Les débarqués furent obligés de se faire hisser avec une corde jusqu'à la hauteur de la berge. Ce débarquement se composait du fameux Georges Cadoudal, commandant en chef de la chouanerie, de Joyaut dit Villeneuve, de Picot, etc. ; ils étaient au nombre de huit.

Environ quatre mois après, le 25 ou 30 frimaire an XII (17 ou 22 décembre 1803), s'opéra sur une côte déserte de la Bretagne, et pendant la nuit, le second débarquement consistants en dix chefs de chouans, parmi lesquels figuraient Rochelle, Coster Victor, etc.

Le 25 nivôse suivant (16 janvier 1804) se fit un troisième débarquement ; il introduisait en France l'ex-général Pichegru, le Marquis de Rivière, les deux frères Jules et Armand de Polignac, Russillion, Armand, Gaillard, etc. : ils descendirent, comme les premiers débarqués, à la falaise de Béville.

Un quatrième débarquement devait s'effectuer ; il fut aperçu ; mais, contrarié par les vents, il ne s'opéra point.

Tous ces débarqués ne marchaient que pendant la nuit, par des chemins de traverse, et guidés par des hommes de leur parti qui les conduisaient dans des hameaux, des fermes et des maisons isolées, où ils se reposaient pendant le jour. Quelques-uns des premiers débarqués allaient au-devant des derniers, pour les diriger dans leur conduite et leur indiquer les maisons où ils devaient loger à Paris, ou dans les environs de cette ville.

A leur départ, le ministère anglais avait muni ces hommes d'argent, de poudre à tirer, de cartouches, de pistolets, de poignards. Plusieurs portaient cette dernière arme cachée dans l'épaisseur de gros bâtons.

Pourquoi ces armes cachées et perfides ? Pourquoi ces hommes ainsi armés ces hommes tous proscrits, bravaient-ils tant de dangers, prenaient-ils tant de précautions pénibles, pour s'avancer, pénétrer et séjourner clandestinement en France et jusqu'à Paris ? On doit le soupçonner.

Cependant la police, très active à Paris, ne devait pas long-temps ignorer l'arrivée ou la présence de ces hommes dans la capitale.

Le 18 pluviose, Louis Picot, chef de chouans, domestique de Georges, fut surpris dans la maison d'un marchand de vin appelé Denand, maison située rue du Bacq, au coin de celle de Varennes, rendez-vous le plus ordinaire des conjurés. Picot, quoique domestique, était élevé en grade et décoré d'une croix. On l'accusait de plusieurs crimes et notamment d'avoir, dans la commune de Sup, fait fusiller douze officiers municipaux. Ses cruautés envers les soldats républicains l'avaient fait nommer le Boucher des bleus. Pendant que des officiers de police faisaient des perquisitions dans cette maison déjà suspecte, Picot y entra ; il inspira des soupçons à un inspecteur qui le questionna ; Picot répondit en lui tirant un coup de pistolet sans l'atteindre. Il fut bientôt saisi, fouillé, et l'on trouva sur lui, outre deux pistolets, un poignard à lame carrée, bronzé et garni en argent, cinq cartouches à balles, une poire à poudre, des pièces d'or et d'argent ; objets dont étaient munis tous les conjurés.

Le lendemain, 19 pluviose, la police se présenta dans une maison de la rue Saint-Sauveur. Celui qu'elle cherchait ne s'y trouvait point ; on saisit ses papiers, on s'empara d'une lettre à son adresse, qui venait d'être remise au portier ; enfin arriva inconsidérément dans la maison le particulier, objet des recherche de la police : il fut arrêté. C'était le sieur Hyacinthe Bouvet de Lozier. Il offrit vingt-cinq louis à l'inspecteur de police qui gardait la porte de la maison, pour qu'il le laissât s'évader. Renfermé dans la lote du portier, il offrit ensuite deux louis à l'homme de police qui le gardait, pour qu'il lui laissât brûler des papiers ; ces deux moyens de séduction ne réussirent pas. Il fut conduit à la préfecture de police. Interrogé, il ne répondit que d'une manière évasive, ou refusa de répondre.

Bouvet de Lozier, dans sa prison, se livra au désespoir, essaya de suicider par le moyen de la strangulation. Il fut secouru, et, dans son état d'exaltation, il écrivit une déclaration dont voici le début : "C'est un homme qui sort des portes du tombeau, encore couvert des ombres de la mort, qui demande vengeance de ceux qui, par leur perfidie, l'ont jeté, lui et son parti, dans l'abîme où il se trouve."

Après cette phrase, Bouvet de Lozier déroule tout le plan de la conspiration, tout ce qu'à cet égard sa mémoire lui rappelle, et, à ce qu'il paraît, il sort, en certains points, des bornes de la vérité. (...)

Bouvet de Lozier subit, le 30 pluviose suivant un interrogatoire et dans la suite plusieurs autres lesquels contribuèrent beaucoup à l'arrestation de diverses personnes, et réveillèrent le gouvernement sur les dangers qui le menaçaient.

La police fit fermer les barrières de Paris. On n'entrait, on ne sortait qu'après avoir subi la plus sévère surveillance.

Un sénatus-consulte du 8 ventose suspendit les fonctions du jury pendant le cours de l'an XII et de l'an XIII dans tous les départements pour le jugement des crimes de trahison, d'attentats contre la personne du premier consul. Les tribunaux criminels furent organisés conformément aux dispositions de la loi du 23 floréal an X.

Le lendemain, une loi fut rendue contre ceux qui recelaient Georges et les soixante brigands cachés dans Paris ou dans ses environs. Elle portait : que les receleurs seraient jugés et punis comme auteurs du crime principal, si dans le délai de vingt-quatre heures ils n'en faisaient la déclaration à la police.

Cette loi fit son effet : les déclarations vinrent en foule ; les conjurés, obligés de quitter leurs asiles, en cherchaient de nouveaux ; la police, pour les surprendre, était dans la plus grande activité. On arrêta plusieurs conjurés, mais on n'avait pas encore découvert un des principaux chefs de la conspiration, Georges Cadoudal.

Ce chef de chouans, dans les premiers jours de son arrivée à Paris, avait logé rue du Bacq, au coin de la rue de Varennes, chez le nommé Denand, où Picot fut arrêté ; il logea ensuite sur le quai de Chaillot, dans une maison n°6, puis il quitta le quai de Chaillot pour aller prendre un logement rue de Carême-Prenant, n° 21. Le nommé Spin fabriqua dans ce nouvel appartement une cache, ressource des conjurés et des proscrits. Il abandonna ce lieu pour se réfugier dans une maison rue du Puits-l'Hermite, près du Jardin des Plantes, maison que tenait un nommé Verdet : il ne s'y crut pas encore en sûreté.

Une jeune fille, nommée Hizay, très zélée pour les chouans, parvint, à force d'argent et de recherches, à procurer un asile à Georges et à ses complices : elle loua, sous le nom de la veuve Lemoine, une boutique et une chambre haute, rue Montagne Sainte-Geneviève, meubla la chambre et mit la veuve Lemoine en état d'ouvrir une boutique de fruitière ; elle voulait d'abord y loger Charles d'Hozier, mais celui-ci consentit à ce que la chambre fût livrée à Georges Cadoudal et à Joyaut ; ils y restèrent quinze ou vingt jours avec la fille Hizay.

Cet asile ne parut pas assuré à Georges : il voyait autour de lui les agens de la police se multiplier. Il en sortit le 18 ventose, vers sept heures du soir, armé de pistolets et d'un poignard ; il monta dans un cabriolet que lui amena Léridant, son complice. Il crut, à la faveur de la nuit, pouvoir échapper aux nombreux agens qui observaient sa marche.

Georges décela ses craintes par son hésitation. Où faut-il aller ? lui dit Léridant qui conduisait le cabriolet : Allez toujours devant ; fouettez fort, fouettez fort. La voiture se dirigea vers le haut de la rue de la Montagne de Sainte-Geneviève, pénétra dans la rue des Amandiers, s'y arrêta environ un quart d'heure, pendant lequel Léridant entra dans une maison de cette rue, et en sortit plusieurs fois. Le même tourna la voiture, la conduisit par la place de Saint-Etienne-du-Mont, puis dans la rue de Saint-Etienne des Grés et dans le passage des Jacobins ; la fit remonter à la place Saint-Michel, et descendre avec rapidité par la rue des Fossés-M.-le-Prince.

Deux inspecteurs de police, les sieurs Buffet et Caniolle, qui avaient suivi cette voiture depuis son départ, l'arrêtent en s'élançant à la tête du cheval. Georges tire un coup de pistolet sur Buffet qui, frappé à la tête, tombe mort. Léridant, effrayé, s'esquive ; mais il est bientôt arrêté. Georges saute à terre, tire un second coup sur Caniolle qui s'avançait sur lui ; la balle l'atteint au côté, ce qui ne l'empêche pas de courir sur Georges et de le contenir.

 

 

Au bruit de ces deux coups de pistolets, aux cris : à l'assassin ! au meurtre ! les voisins, les passans, d'autres inspecteurs de police accourent. Georges est entouré, saisi, on lui enlève le poignard caché entre son gilet et sa chemise, il est garotté et conduit à la préfecture de police, escorté de la plupart de ceux qui ont assisté ou contribué à son arrestation ; chacun se félicitait de ce que Georges, cet homme si redouté à Paris, était enfin dans les mains de la justice. ...

 

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