Canalblog Tous les blogs Top blogs Emploi, Enseignement & Etudes Tous les blogs Emploi, Enseignement & Etudes
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
La Maraîchine Normande
Publicité
14 avril 2012

Les vierges de Verdun

« Les vierges de Verdun »

 

 

Verdun prise par les prussiens

A la fin du XVIIIème siècle, Verdun est une ville calme et prospère : son commerce des dragées est florissant, sa population a oublié les rudes périodes de sièges, de guerres, de mises à sac, et pour tout dire, les sentiments révolutionnaires des notables de la ville sont plus que mitigés lorsqu'arrive 1789. S'ils sont heureux d'être débarrassés de l'arbitraire et des privilèges de la royauté, ils réprouvent en revanche les excès révolutionnaires qui prennent source à Paris. Surtout, la petite noblesse verdunoise exècre la politique extrêmement dure menée contre les religieux et la religion : ils aiment le roi et les prêtres.

En 1792, la France est totalement isolée en Europe : les royaumes d'Espagne, d'Angleterre, d'Autriche, de Prusse ou même la Russie n'ont pas de mots assez durs à l'égard de la jeune République. C'est ainsi qu'en 1792 la France se trouve en état de guerre contre l'Autriche et la Prusse ; en août, l'armée prussienne, commandée par le duc de Brunswick, assiège Verdun. La cité, fortifiée autrefois par Vauban, est défendue par un vaillant officier, le colonel Beaurepaire, et ses adjoints Marceau, Lemoins et Dufour. Verdun est bombardée durement, ses habitants se terrent dans les caves, et ne sortent qu'à l'occasion de rares accalmies pour dérober quelques victuailles dans les magasins mal gardés. Le 5 septembre, après une interminable cannonade de plus de 15 heures, le conseil de la ville décide de se rendre, contre l'avis du colonel Beaurepaire.

Les adjoints de Beaurepaire acceptent la reddition à la seule condition que l'armée prussienne ne consente à les laisser sortir avec armes et bagages, requête qui est acceptée : Verdun ouvre donc ses portes aux prussiens. Le duc de Brunswick se prépare à faire une entrée grandiose dans la ville, à la façon de l'Ancien Régime : pour marquer leur bonne volonté, les dames nobles de Verdun proposent qu'on envoie au devant des prussiens des femmes pour offrir des fleurs et des dragées. L'idée est acceptée, et c'est ainsi qu'un cortège se présente dans de belles voitures découvertes, attelées de chevaux bien peignés : tout ce petit monde est mené par la baronne de la Lance, une noble dame âgée de 69 ans.

Vêtues de leurs plus belles robes et portant des ombrelles, quelques autres dames âgées de 40 à 60 ans accompagnent la doyenne du cortège. Aussi, il a été décidé d'y adjoindre quelques jeunes filles, dont on fleurit abondamment les cheveux, et qu'on habille à la grecque : les trois filles d'un ancien officier nommé Watrin (22, 23 et 25 ans), les trois soeurs Henri, filles de l'ancien président de bailliage (17, 25 et 26 ans), ainsi qu'une jeune fille de 17 ans nommée Claire Tabouillot, se présentent ainsi avec leurs aînées devant le duc de Brunswick.

 

 

Procès & sentences

Mais le duc de Brunswick, même s'il accepte les fleurs, refuse les dragées, l'air soucieux. Il craint en effet la revanche des troupes républicaines, et pour cause : après la défaite prussienne de Valmy le 20 septembre, les français contre-attaquent et Verdun est reprise le 14 octobre. Aussitôt, les verdunoises du cortège et quelques hommes sont accusés de trahison et enfermés. Seulement, le procès tarde à venir : l'enquête sur leur conduite traîne en longueur, les pièces administratives n'arrivent entre les mains du tribunal que plus d'un an après les faits. Enfin, il est décidé que le jugement relève de la compétence d'un tribunal parisien.

C'est ainsi que le procès n'a lieu qu'en avril 1794, presque deux ans après les faits. Fouquier-Tinville, le terrible accusateur public, ne montre aucune indulgence : sans témoignage fourni ni réellement étayé, sans preuve véritable, plus de 35 personnes sont accusées d'avoir conspiré avec l'ennemi. Toutes sont condamnées à mort, exceptées les deux plus jeunes filles, Claire Tabouillot et Barbe Henri, alors âgées de 19 ans, qui sont condamnées à 20 ans de réclusion et six heures d'exposition infâmante sur l'échafaud.

Le 26 avril 1794, les condamnées vêtues de la robe blanche montent ensemble dans la charrette, sont conduites à l'échafaud, et sont exécutées. Le lendemain, Claire Tabouillot et Barbe Henri sont menées à l'échafaud pour l'exposition. Mais la foule, émue, commence à grogner contre le sort réservé aux jeunes filles ; même les bourreaux sont en larmes ! Le murmure devenant inquiétant, Fouquier-Tinville doit abréger le supplice des jeunes filles.

Le sort sera d'une certaine façon juste, puisque Fouquier-Tinville sera guillotiné le 7 mai de l'année suivante (18 floréal an III), après la chute de Robespierre. Claire Tabouillot et Barbe Henri seront quant à elle libérées le 5 février 1795, après annulation du jugement.

La dot des vierges de Verdun

Avant d'être arrêtées, les soeurs Watrin avaient morcelé leurs dots en 12 dépôts cachés ou enterrés en différents endroits de Verdun. Le montant total de ces dots atteindrait 10 000 livres et 5 000 écus en monnaies ainsi que des bijoux.

Publicité
Commentaires
La Maraîchine Normande
  • EN MÉMOIRE DU ROI LOUIS XVI, DE LA REINE MARIE-ANTOINETTE ET DE LA FAMILLE ROYALE ; EN MÉMOIRE DES BRIGANDS ET DES CHOUANS ; EN MÉMOIRE DES HOMMES, FEMMES, VIEILLARDS, ENFANTS ASSASSINÉS, NOYÉS, GUILLOTINÉS, DÉPORTÉS ET MASSACRÉS ... PAR LA RIPOUBLIFRIC
  • Accueil du blog
  • Créer un blog avec CanalBlog
Publicité
Newsletter
Archives
Publicité
Derniers commentaires
Publicité
Publicité