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La Maraîchine Normande
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10 avril 2012

Correspondances ... 1791

Les Administrateurs de la Vendée recevaient, dans les premiers jours d'août, la lettre suivante

 

Nantes, 5 avril 1791

 

Messieurs,

 

Le département des Deux-Sèvres a porté une plainte contre un détachement de 100 hommes du 84e régiment d'infanterie en garnison à Châtillon. Cette plainte est grave, et, d'après les ordres du ministère de la guerre et de M. de Verteuil, lieutenant général de la 12e division, je suis obligé de faire rentrer ce détachement dans son bataillon, et de le remplacer par deux compagnies du second bataillon du même régiment, 84e ci-devant de Rohan.

 

J'ai l'honneur de vous en prévenir, parce que ces deux compagnies, qui partent le 9 de Machecoul, traversent votre département, passant par Palluau, Saint-Fulgent et les Herbiers, pour se rendre le 12 à Châtillon, de même que, le 12, le détachement de 100 hommes partant pour Châtillon passe par les Herbiers, Saint-Fulgent et la Roche-sur-Yon, pour se rendre aux Sables-d'Olonne.

 

J'ai l'honneur de vous envoyer ci-jointe la route des deux troupes, pour que vous ayez la bonté de donner des ordres afin que l'étape, le logement et les chevaux leur soient fournis dans leur route.

 

Je compte dans le courant du mois avoir l'honneur de vous voir à Fontenay, et vous offrir mes services pour tout ce qui pourra être utile à la tranquillité du pays.

 

J'ai l'honneur d'être respectueusement, Messieurs, votre très humble et très obéissant serviteur,

 

Du Mouriez,

Maréchal de camp de la 12e division de l'armée.

 

 

A peine le détachement de Châtillon avait-il regagné les Sables que le bataillon du 84e en était retiré par le lieutenant-général Verteuil, qui le remplaçait par un bataillon du 60e, ci-devant Royal-Marine.

 

La garnison nouvelle fut très mal accueillie. Le 28 août, la municipalité des Sables en demandait l'éloignement au plus tôt, "les officiers étant prêts à arborer la cocarde blanche à la première occasion". La Société des Amis de la Constitution expédiait une adresse à l'Assemblée nationale, terminée par cette motion générale :

 

Art. 1er - Que le corps des officiers de l'armée soit licencié.

Art. 2. - Que, dans les remplacements à faire, il ne soit admis que des officiers reconnus pour être amis de la Constitution.

Art. 3. - Que les officiers des milices provinciales et gardes-côtes ci-devant roturiers, que la morgue des courtisans a forcés de quitter le service, que les sous-officiers et soldats que leur mérite rend dignes de commander, remplacent ceux que leur incivisme exclura.

Art. 4. - Que les officiers de la nouvelle formation soient tous tenus de prêter le serment individuel, en présence du peuple et des officiers municipaux, de faire respecter la Constitution, et de signer le procès-verbal que les officiers municipaux en dresseront.

Art. 5. - Enfin que les peines à infliger à ceux qui enfreindront leur serment soient déterminées.

 

Signé : Gaudin, président ; Mercereau ; Rouillé, secrétaire.

 

 

Jusqu'alors, les officiers de la garnison avaient été logés chez les habitants sans difficulté aucune. L'animosité contre "les aristocrates" du 60e se traduisit, le 9 septembre, par la notification à ces messieurs d'avoir à chercher des logements, les habitants n'étant plus obligés de les loger. Dumouriez intervint, et, sur sa recommandation, la ville s'empressa de répondre du loyer des officiers.

 

 

Du 12 septembre 1791 - A M. Dumouriez

 

Monsieur, nous venons de rendre publique la loi relative au logement des troupes détachées, par laquelle il est interdit, article 5 du titre V, que les officiers ne pourront prétendre à des billets de logement pour plus de trois nuits, et, ce terme expiré, ils se logeront de gré à gré chez les habitants au moyen de la somme qui leur sera payée suivant leur grade, ainsi qu'il sera décrété par l'Assemblée nationale.

 

La promulgation de cette loi a donné lieu à des observations de la part de MM. les officiers du 60e régiment en garnison en cette ville ; nous nous empressons de les soumettre à votre décision ; ces messieurs prétendent que, le traitement concernant leur logement n'ayant point encore été statué, la municipalité doit répondre aux citoyens du prix des traités qu'ils auront respectivement faits avec eux, jusqu'à ce qu'il en soit décidé ultérieurement par l'Assemblée nationale.

 

Ces raisons nous ont paru palpables. Aussi la municipalité n'a-t-elle point fait de difficulté de seconder le voeu de MM. les officiers du 60e régiment et de répondre provisoirement aux citoyens des sommes dont ils seront convenus pour leur logement.

 

Nous prions, Monsieur, de bien vouloir bien donner à MM. les officiers du 60e régiment que nous avons ici, ainsi qu'à nous, une solution prompte et décisive sur le parti à prendre dans le cas présent.

 

Les Officiers municipaux des Sables.

 

 

Extrait du livre : "La préparation de la guerre de Vendée 1789-1793 - Tome 2 -  de Ch.-L. Chassin

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