Citoyenne Marianne Rustand
Devant les membres du comité de surveillance de la société populaire de Fontenay-le-Peuple
A comparu la citoyenne Marianne Rustand, de la commune du petit bourg des Herbiers, qui a déclaré que, lorsque les volontaires de la division de Grignon sont arrivés chez elle, elle fut au-devant d'eux pour leur faire voir un certificat qu'elle avoit du général Bard, et leur offrit à se rafraîchir, mais que ceux-ci, plus furieux que des tygres, lui avoient répondu qu'ils en vouloient à sa bourse et à sa vie ; lui ôtèrent environ quarante-deux livres, seul argent qu'elle avoit.
Non contens de cela, ils l'obligèrent, en la menaçant, à rentrer chez elle pour leur montrer l'endroit où elle pourroit en avoir caché. Dès qu'elle fut entrée, quatre d'entr'eux la prirent et la tinrent, tandis qu'au moins vingt de leurs camarades assouvirent leur brutale passion sur elle, et la laissèrent presque nue. Après quoi, ils furent mettre le feu dans les granges ; ce que voyant la déclarante, elle ramassa toutes ses forces pour aller faire échapper les bestiaux : ce que trois d'eux voyant, ils coururent après elle, pour la faire brûler avec ses boeufs. Et étant enfin parvenue à s'en échapper, elle se rendit auprès de sa mère, âgée d'environ soixante-dix ans, lui trouvant un bras et la tête coupés, après lui avoir pris environ neuf cents livres, seul produit de ses gages et de leur travail ; enfin elle fut obligée de l'enterrer elle-même. Après quoi, elle se couvrit de hardes qu'on avoit laissées sur sa mère, et parvint enfin à se rendre chez le citoyen Graffard, Graffard des Herbiers, où elle fut en sûreté et a déclaré ne savoir signer.
Signé Bossin, Guilet, Belliard, Massé