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La Maraîchine Normande
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10 avril 2012

Abbaye de Trizay ... Louis-Joachim de La Roche Saint-André

ABBAYE DE TRIZAY

 

 

A l'époque de la Révolution, l'abbaye cistercienne de Trizay, de la filiation de Pontigny, fondée à la fin du XIIè siècle, n'était plus représentée que par l'abbé commendataire, Louis-Joachim de La Roche Saint-André, âgé de 84 ans en 1790. Les biographes ne sont pas d'accord sur le lieu de sa naissance : le chanoine de Suyrot le fait naître à Montaigu en 1706 ; M. le docteur Mignen, de Montaigu, dit qu'il naquit à La Rochelle, de Louis-Gilles de la Roche Saint-André, capitaine de vaisseau, et de Charlotte de Saint-Léger. Entré dans les ordres, il prit vivement partie contre les Jansénistes, trop vivement au gré de Mgr de Sansay, évêque de Nantes, qui le pria de s'éloigner de son diocèse. Il se rendit à Paris, où il rencontre Mgr Suarès d'Aulan, évêque de Dax, qui se l'attacha en qualité de vicaire général, et l'emmena avec lui en revenant de l'Assemblée du Clergé en 1745. Missionnaire par tempérament, le vicaire général reprit avec tant d'ardeur la campagne contre les Jansénistes, qu'il s'attira de puissantes inimitiés, qui l'obligèrent à quitter Dax en 1751, et à venir se fixer dans sa famille à Montaigu. L'évêque de Dax l'avait pourvu, en 1750, de l'abbaye de Villedieu ; il résigna ce bénéfice en 1786, après avoir été pourvu, dès 1770, de l'abbaye de Trizay.

 

 A Montaigu, M. de La Roche Saint-André s'adonna aux oeuvres charitables, aux travaux du ministère, et à l'instruction de quelques élèves ecclésiastiques, au nombre desquels fut le P. Baudoin. En 1790, il déploya contre la Constitution civile du Clergé le même zèle qu'autrefois contre les Jansénistes, et, malgré son grand âge, fut noté comme suspect. Il se cacha ; mais, à la fin de 1793, l'indiscrétion d'un domestique dévoila sa retraite aux émissaires envoyés, par Carrier, de Nantes à Montaigu. Arrêté dans une de ses métairies de la paroisse de Treize-Septiers, il fut emprisonné à Nantes le 6 décembre, traduit devant le tribunal révolutionnaire, et condamné à mort, sur ces motifs que "le ci-devant abbé n'avait pas prêté le serment de fidélité à la république, prescrit par la loi, et sur ce qu'il habitait un pays en insurrection, afin de mieux fanatiser les gens des campagnes.

 

En entendant prononcer sa condamnation, M. de La Roche Saint-André entonna le psaume Laetatus sum, et, ramené à la prison du Bouffay, ranima le courage de ses compagnons d'infortune en chantant un cantique qu'il venait de composer. Il marcha d'un pas ferme à l'échafaud, et mourut avec un grand courage le 20 décembre 1793, à 87 ans, en récitant le psaume Laudate Dominum, omnes gentes.

 

Le 29 nivôse an II, un employé de la régie nationale écrivait au citoyen Barbedette, directeur de ce service par intérim : "Citoyen, le département de la Loire-Inférieure vient de nous informer que la Commission militaire de Nantes a condamné à mort Louis-Joachim La Roche Saint-André, prêtre, ci-devant abbé commandataire, natif de La Rochelle et domicilié depuis 13 ans à Montaigu. Nous te prions de mettre sans délai les biens de ce scélérat sous la main de la nation.

 

(Un de ses arrière-neveux a publié de lui, les Elévations sur les principaux mystères de la vie de N.-S. Jésus-Christ et de sa très sainte Mère, ouvrage qui était conservé en manuscrit dans sa famille).

 

Edgar Bouloton

 

Revue du Bas-Poitou - 1907 - 1ère livraison


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