La Meilleraye 1794
LA MEILLERAYE 1794

De ces tempêtes qui passent sur les peuples comme des météores, la tradition a gardé le souvenir vivant de celle de 1794.
Le 11 pluviôse an II, c'est-à-dire à la fin de janvier 1794, la colonne du général Grignon, l'une de celles que l'on a surnommées infernales, s'était portée de Pouzauges au château de la Mothe-Saint-Germain où elle mit le feu, que l'on éteignit promptement après son départ. De là elle se rendit à la Meilleraye fouillant en chemin le petit bois de la Folie. Au milieu de ce bois, autour d'un énorme et superbe rocher, plusieurs familles du bourg, de la Vinatière et d'autres hameaux voisins, s'étaient réfugiées de toute poursuite ; mais, guidée par des personnes du pays, la colonne n'eut pas de peine à les découvrir. Elle en fit un affreux massacre ; rien ne fut épargné.
Ceux des habitants du bourg qui, pour leurs preuves de patriotisme, avaient obtenu des certificats de civisme, étaient restés chez eux, pleins de confiance sous cette protection. "Rabillé, curé déprêtisé et reconnu pour un excellent patriote", était avec eux. Grignon les fit rassembler dans l'église, sans que rien pût faire soupçonner son dessein. Là, on les fouilla, on prit ce qu'ils avaient d'or et d'argent ; puis ensuite les poussant dehors les uns après les autres, on les massacra sur le cimetière à mesure qu'ils sortaient. Ils étaient 34 ; un seul échappa par un heureux stratagème. On avait commencé par le curé Rabillé, sa servante et son domestique. Les cadavres des deux premiers placés d'une manière indécente, devinrent la risée des meurtriers.
La troupe se répandit dans le pays, incendiant les fermes avec le blé et les fourrages qu'elles contenaient, sans pitié pour les gens infirmes dont quelques-uns furent brûlés dans leurs lits.
(Ajoutons que les cloches échappèrent à la proscription générale de la révolution. Cette exception est due aux soins des habitants qui les avaient descendues et cachées dans la rivière)
Bourgneuf : très-petite seigneurie, à côté du bourg, a été brûlée en 1794.
Extrait "Société d'Emulation de la Vendée" 1856