ROUEN (76) - LOUIS-ADOLPHE BRUNE, DIT "LE PETIT PLONGEUR" (1807 - 1843)
LOUIS-ADOLPHE BRUNE
DIT "LE PETIT PLONGEUR"
Louis-Adolphe Brune, né à Rouen, le 29 septembre 1807, compte plus de sauvetages que d'années.
Il était presque enfant encore (16 ans), lorsqu'en 1823 il sauva la vie à un ramoneur de Rouen, du nom de François Marie.
Le 26 février, il retira aussi des flots une fille Ursule Derny, qui, sans de prompts secours, y aurait infailliblement péri.
Un peu plus d'un an après, le 9 novembre, une dame dont Brune ne se rappelle pas le nom (qu'il n'a peut-être jamais cherché à connaître), aborde à Rouen sur le bateau de la Bouille, "le Parfait", accompagnée d'un habitant de Rouen, nommé Crot, restaurateur, rue du Crucifix ; en passant ensemble sur la cale de débarquement leurs pieds glissent et ils sont entraînés dans la Seine. Avant qu'on eût pu s'expliquer ce sinistre, Louis Brune, sans calculer le danger, s'était élancé, avait plongé à leur suite. Tous les témoins de son action tremblaient qu'il ne pût parvenir, non seulement à sauver les deux victimes, mais à se sauver lui-même ; chacun, avec anxiété, interrogeait le lieu de la scène, cet étroit espace existant entre le bateau et le talus, et chacun faisait des voeux pour l'intrépide plongeur. Enfin une acclamation partie de mille bouches se fit entendre ! Brune venait de ramener à terre deux personnes dont le coeur battait encore ! ...
Après qu'elles furent revenues à elles, Louis Brune, sur leur instante prière, les suivit au domicile de la dame, qui demeurait rue Saint-Romain, au troisième, chez une marchande de tabac ; là ne sachant comment témoigner à son libérateur toute sa gratitude, cette dame le force à partager un modeste repas ; et tous ceux qui y assistaient, amis et parents, entourent Brune, le félicitent, lui pressent les mains, et épuisent en son honneur les plus chaudes expressions de la reconnaissance. Louis Brune, alors, touché de ces élans du coeur, s'étonne de ressentir au fond du sien une émotion jusqu'alors inconnue ... Il se trouve payé de son dévouement, une nouvelle existence lui est tout-à-coup révélée ; et, pour mériter à l'avenir de semblables suffrages, il prend dès ce moment avec lui-même l'engagement de consacrer ses jours au secours de l'humanité : cet engagement était un contrat sacré pour Louis Brune et il l'a religieusement rempli.
Passons rapidement en revue celles de ses autres belles actions dont nous avons pu retrouver la trace ...
Une dépêche de la mairie de Rouen, adressée à Louis Brune, le 9 décembre 1826, fait connaître le sauvetage qu'il a effectué, avec l'aide des nommés Beaugenson et Engrand, d'une femme qui était tombée dans la Seine, aux abords du quai Saint-Eloi.
Le 1er septembre 1827, le ministre des finances fait adresser à Brune des témoignages de satisfaction, pour avoir sauvé le nommé Jacques Petin ou Patin, de Saint-Gervais, en Picardie, ouvrier à la drague, à Rouen.
Dans le même mois de la même année, il se trouve encore au poste du danger pour arracher à la mort un capitaine de navire, M. Lemarley, qui était tombé à la Seine entre son bâtiment et le bateau de La Bouille. La distance était d'environ trois pieds. Brune, avec l'élan qui le caractérise, se précipite dans cet intervalle, tout habillé, et portant encore sur les épaules ses bricoles de commissionnaire. Le capitaine Lemarley avait déjà coulé à la profondeur de trente pieds. Cependant, après des efforts inouïs, Brune parvient à le ramener à bord, non sans beaucoup de contusions. C'est à ce moment qu'il répondit à une personne qui vantait son courage et lui montrait les blessures qu'il s'était faites : "Ça ! ce n'est rien ; je travaille mieux sous l'eau que sur terre."
Vers la même époque, il sauva encore des flots une femme Amand, de Rouen, mais qui n'habite plus cette ville. Ce sauvetage, qui nous a été révélé par une simple note d'archives, n'a été avoué par Louis Brune qu'après beaucoup d'hésitation. Il avait craint jusqu'à présent, le brave plongeur, d'attirer sur cette malheureuse femme les mauvais traitements de son mari, dont la conduite paraît peu mesurée. C'est là une de ces délicatesses qu'il faut proclamer, car elles sont rares.
Encore en 1827, vers l'époque de la foire de Saint-Romain, il rend à la vie le sieur Laurent Corbran, jardinier à Rouen, rue de la Croix-d'Yonville, et père de six enfants. Ce malheureux était tombé à l'eau au talus de la Morgue, et, ne sachant nullement nager, avait été emporté sous la quille du grand bateau de la Bouille, dit de l'industrie, où, dans son désespoir, il s'était accroché par les ongles. Les difficultés (le lieu où il fallait plonger et l'obscurité de la nuit), presque insurmontables pour tout autre, n'arrêtèrent pas un instant Louis Brune ; il n'hésita pas à se précipiter, quoiqu'il pensât, dit-il ensuite, n'en revenir jamais ! Aussi toutes les personnes restées sur le bateau et sur le rivage le croyaient perdu ; mais la Providence, aidant son intrépidité, veillait sur ses jours, et bientôt il put ramener sauve cette nouvelle victime, aux applaudissements de la foule assemblée.
En 1828, il sauva la vie à six personnes, savoir : à une fille Rosine, de Rouen (28 octobre) ; aux nommés Golot et Prévost, ce dernier habitant de Cherbourg ; à la nommée Cécile, domestique du sieur Dusailly, quai Saint-Eloi ; au sieur Sébastien Renault ; au sieur Galant (6 août) ; toutes ces personnes furent sauvées dans des circonstances presque toujours dangereuses.
En 1829, le 17 juin, une femme, et le 27, un enfant, dont les noms ont été perdus, sont rendus à la vie par la même providence.
Ce sont :
En 1831, les sieurs Lecarpentier, gardien du chantier du gouvernement, à Rouen ; Victor Tournerie, du Havre, et François François, de Rouen ;
En 1833, le 18 mars, Paul Fautrel, mécanicien à bord du bateau à vapeur "le Casimir" ;
En 1834 (21 août), un individu dont le nom est resté inconnu, et un sieur Delamare ;
En 1835 (14 octobre), Pierre-Augustin Lemoine, puis le sieur Henri Marin ou Marix ;
Jeunes gens, vieillards, pères de famille, qu'il dispute avec succès à une mort affreuse.
En la même année 1835, le 6 septembre, c'est le nommé Joseph Ferrant, collecteur des places sur le bateau à vapeur "la Normandie" ; il était tombé à l'eau par accident ; Brune, quoique malade et grièvement blessé aux deux jambes par suite d'un sauvetage récent, se précipita après cet homme ; trois fois il le ramène à la surface, et trois fois disparaît et coule avec lui : à la quatrième, il est vainqueur !
[Brune, par suite de ses blessures, se trouvait momentanément dans l'impossibilité de travailler, lui qui n'avait que cette ressource pour nourrir sa famille ! Eh bien ! la pensée de ce que pouvait avoir de funeste pour lui le contact de l'eau (en septembre) ne put arrêter son élan. Il n'était pas besoin, d'ailleurs, de consigner cette nouvelle preuve d'abnégation pour agrandir l'héroïsme exceptionnel de ce héros.]
En 1836, Bernard Beaupré, de Condé-sur-Noireau, tombé à la Seine, à onze heures du soir, par un temps brumeux, venait de couler à fond entre le talus du quai et "la Normandie" ; il ne restait pas plus de trois pieds d'écartement ; le sauver était difficile, et le danger imminent, à cause du peu d'espace dans lequel on pouvait se mouvoir, de la grande obscurité de la nuit et de la présence de pieux sur le bord de la rivière. Louis Brune, en tombant sur ces pieux, eût pu se tuer ou rester accroché par ses vêtements ; il le savait ; néanmoins, n'écoutant que son invincible courage et la voix de cette grande pitié qui résonne en lui, il parvint, après d'incroyables efforts, à ramener à terre le sieur Beaupré, vivant.
Dans le cours de la même année, il poursuit cette noble moisson de naufragés, en sauvant la vie, le 11 mars, à un enfant juif de 11 ans, demeurant à Rouen ; le 29 mars, à un autre enfant inconnu ; enfin quelque temps après, à un troisième enfant, colporteur, marchand d'épingles, demeurant à Rouen, rue Orbe.
Près de nos murs, si le flot ne se lasse pas d'engloutir des hommes, Brune, lui, ne se lasse pas non plus de les lui disputer. - Ainsi nous voyons que l'année 1837 est signalée par de nouvelles actions de courage et de dévouement : d'abord, ce sont les nommés Eude et Monnier, qui lui doivent la vie ; le 4 mars, c'est M. Delatonne, demeurant à Rouen, Grande-Rue, 79, tombé à la rivière, du paquebot "la Seine" ; au milieu d'un embarras de navires, il entendit confusément quelqu'un plonger après lui en criant : "N'ayez pas peur ! je suis là ! ... C'était Brune qui, après l'avoir déposé à bord, disparut dans la foule. Le lendemain seulement M. Delatonne apprit quel était son libérateur.
Le 29 août, c'est M. Guillois, curé d'Haudicourt, que les flots avaient englouti, vers trois heures du matin. A cette heure avancée de la nuit, qui pouvait venir au secours du vieillard ? Qui donc pouvait, arraché au sommeil, se trouver précisément là pour entendre et répondre au cri d'angoisse du naufragé ? ... Louis Brune ! Louis Brune qui s'était dit : "Je sauverai cet homme ..." Et, grâce à lui, le vénérable ecclésiastique est toujours le protecteur du pauvre, la providence humaine de son village.
Malgré toute sa modestie, Brune se trouvait depuis longtemps l'objet de l'admiration de tous. Aussi, après avoir obtenu successivement deux médailles d'honneur, l'une en argent, l'autre en bronze, qui lui furent décernées en séance du conseil municipal de Rouen, les 7 novembre 1827 et 3 décembre 1829, d'après les décisions du ministre de l'intérieur, Louis Brune, sur la proposition de M. le baron Dupont-Delporte, préfet de ce département, obtint encore, le 6 mai 1836, le brevet de la Légion d'honneur.
Enfin le dimanche 28 janvier 1838, par une température extrêmement rigoureuse, la glace dont la rivière était couverte se rompit, tout-à-coup sous les pas de deux personnes de cette ville. Malgré les instances de sa famille, malgré tout ce qu'on avait pu faire pour l'engager à partager les plaisirs de ce jour de repos, Louis Brune, pressentant quelque prochain malheur, n'avait pas voulu s'éloigner des abords de la Seine. Au moment du sinistre, il était donc là, épiant l'occasion de se dévouer encore ! - Les deux victimes étaient à peine englouties dans le trou qu'avait formé la glace en se rompant, que Louis Brune s'y était déjà précipité ! M. et Mme Bentabole furent sauvés, et deux familles de plus ont déposé aux pieds de Louis Brune l'hommage de leur reconnaissance, le seul qu'il ait voulu accepter !
Parmi ces marques de gratitude, il en est une surtout dont Brune est fier à juste titre. La lettre que nous allons citer est du 24 février :
"Mon cher Monsieur Brune,
Il est des services que le coeur seul peut acquitter. Celui que vous avez rendu à notre famille, en sauvant la vie à mon frère et à ma soeur, est de ce nombre. Je suis heureux de vous en témoigner ma reconnaissance. Le gage que je joins ici ne peut avoir de prix à vos yeux que celui que vous pourrez y attacher en pensant que je l'ai porté moi-même pendant vingt années. En l'acceptant, vous doublerez ma gratitude.
Signé BENTABOLE, Lieutenant-colonel au corps royal d'état-major."
Ce gage, si dignement offert à Louis Brune, c'est une vieille croix d'honneur gagnée sur les champs de bataille, et reposant depuis vingt années sur la poitrine d'un soldat. Puisse-t-elle devenir pour Louis Brune un talisman sacré, et lui épargner cette mort qu'il a tant de fois bravée pour l'éloigner de ses semblables.
Voici donc trente-sept personnes qui, sans Louis Brune, seraient rayées du nombre des vivants.
Depuis, à l'occasion du sauvetage des époux Bentabole, ne sachant plus de quelle manière récompenser le courage de cet homme intrépide, l'administration de la ville où il est né, dans sa séance du 1er février dernier, a décidé qu'une pension de 400 fr. réversible sur la tête de sa femme et de sa fille, serait accordée à Louis Brune ; qu'une maison de secours serait élevée en son honneur, aux abords du pont suspendu, et qu'au fronton de cette habitation, une inscription serait placée afin de perpétuer le souvenir de tant d'actes de dévouement ...
L'autorité départementale a signalé au roi le dernier trait de Louis Brune. M. le directeur général des contributions indirectes vient de disposer en faveur de Louis Brune d'un bureau de débit de tabac, en sus du nombre déterminé pour la ville de Rouen. La Société des naufrages, institution philanthropique s'est jointe à ce concert d'acclamation, en décernant à Brune une médaille d'honneur en vermeil et en l'appelant à figurer dans ses rangs. L'Académie royale de Rouen s'est empressée d'apporter son tribut dans l'urne civique, que le pays tout entier place aux pieds d'un de ses enfants. Elle l'a proposé à l'Académie Française, comme étant digne de concourir pour les prix de vertu décernés chaque année au nom d'un illustre mort, le vénérable Monthyon.
Pour compléter cet article, voici quelques renseignements recueillis sur les premières années de Louis Brune : c'est lui qui parle :
En 1815 ou 16 (j'avais 9 ans), je venais de perdre mon père qui était chargeur au roulage ; ma mère restait avec quatre petits enfants. On me mit dans les manufactures. Le pain valait 9 sols la livre et je gagnais 6 sols pour 12 heures de travail ! ce n'était pas beau ! Et quoique tout petit, je voyais bien la misère de notre maison. Eux étaient presque toujours malade, au lit (je laisse à deviner pourquoi !) moi, je les soignais ; c'était mon affaire puisque j'étais le plus fort. Mais les 6 sols des mécaniques ne suffisaient pas. Pourtant j'y suis resté sept ans. Ma foi ! on me prêta deux seaux, un cercle, des bricolles, et me voilà porteur d'eau : c'était un peu mieux, surtout quand je pus ajouter à cette profession celle de porteur de poisson à la halle. Je ne boudais pas au travail et j'apportais toujours quelque chose à la maison. Enfin, on me fit concurrence, et je quittai le métier pour un troisième. Ah ! celui-là ne m'allait guère. Faut-il le dire . Je servis pendant quatre ans comme domestique. Ecoutez donc ! mon maître, qui était un brave homme, avait promis de me nourrir, de soigner ma mère et mes frères. Ça m'avait touché en dedans, et j'avais accepté. Du reste, il a tenu parole.
Mais je n'étais pas heureux, et plus d'une fois je voulais en finir (comme autrefois dans les mécaniques, en plaçant ma main dans un engrenage), c'était une bêtise : parce que le bon Dieu est bon et qu'il y a toujours de la ressource quand on est honnête homme. Mais je vous dis tout.
Apprenti carrossier pendant trois semaines, à 50 centimes par jour, je quittai encore l'atelier. Cette fois, c'était faute d'un tablier de cuir.
Puis, je travaillai successivement aux pilotis, au déblai de la Seine, comme plongeur. Alors j'étais un homme. On me payait bien et on ne manquait plus de rien chez nous ...
A présent, grâce à tout le monde, j'ai la croix, une belle maison près de la rivière, et gare à ceux qui se jettent à l'eau, je les repêche sans miséricorde ... !
Voilà Brune. Et si ce n'est pas un grand coeur, c'est qu'il n'y a rien de vrai sous le soleil."
Continuons à enregistrer les nouveaux sauvetages dont il est le héros.
Le 19 juin 1840, un ouvrier resté inconnu, pêchant à la ligne sur le port, vis-à-vis du cours Boïeldieu, se laissa tomber dans la Seine, entre deux navires. On accourt aussitôt chez Brune, qui dînait. Sans réfléchir aux site d'une telle imprudence, il se jette à l'eau et saisit l'ouvrier ; mais le défaut d'espace l'empêchait de le remonter sur la rive, ce qui ne put avoir lieu qu'à l'aide d'une amarre. - L'individu étant sauvé, Brune regagna sa demeure aux applaudissements de la foule, et acheva tranquillement son dîner.
Deux mois après, le 20 août, François Lemaire, matelot du brick Amélie, rentrait à bord en état d'ivresse. Dans l'obscurité (il était onze heures du soir), cet homme tombe à l'eau près du pont de fer, à l'endroit où le remous des piles se fait plus vivement sentir. Il était perdu sans la présence de notre brave sauveteur, à qui un cri de détresse venait de donner l'éveil. Louis Brune n'hésite pas à se précipiter au milieu du courant où il plonge plusieurs fois. Cette lutte de l'homme avec les flots, au milieu de la solitude de la nuit, avec un homme pour enjeu, serait de nature à inspirer la poésie. Mais Brune ne songeait qu'à faire acte de courage et à réussir ; il y parvint, et le matelot Lemaire, un moment après, regagnait son hamac.
Il paraît résulter d'une note insérée dans l'International d'avril 1842, qu'un troisième sauvetage, celui d'un nommé Mansel, fileur, a été opéré par Brune, le 19 octobre 1841. Mais celui-ci perd si facilement la mémoire de ses actes de dévouement, que nous n'avons pu obtenir de détails plus précis à cet égard.
Louis Brune est mort victime d'un accident. Du moins, tout porte à supposer que se trouvant avec quelques personnes avec lesquelles il avait passé la journée de Noël, et arrivé sur le Pont-de-Pierre, il voulut montrer à ces étrangers combien il était familiarisé avec ces jeux téméraires de natation qui étaient la source de sa gloire et son principal amusement. C'est ainsi que malgré le froid et l'obscurité il se jeta, dit-on, du haut de ce pont dans la Seine ; mais, soit qu'il eût manqué son élan, soit que la nuit l'eût trompé, il vint tomber sur la pierre du talus et s'y brisa le crâne. La mort a été instantanée. Durant toute la journée, la foule, douloureusement émue, n'a cessé d'assiéger les abords de la maison que la ville a élevée il y a trois ans en l'honneur de cet homme intrépide et dont il n'a joui, hélas ! que trop peu de temps.
Le 25 décembre 1843, Louis Brune arrivait sur le Pont-de-Pierre entre six et sept heures du soir, lorsqu'un bruit partit du fleuve et fut suivi d'un cri. C'était une amarre mal lancée qui était tombée dans l'eau et le marinier avertissait. Brune, trompé par le bruit et entraîné par le cri, franchit le parapet et s'élança dans le vide. Il tomba sur un bateau et s'y brisa. (version du docteur Le Plé)
Louis Brune n'avait que 36 ans ; sa constitution, aussi robuste que son courage était grand, devait faire espérer qu'il continuerait d'être pendant de longues années la Providence des malheureux naufragés.
Malgré les récompenses et malgré le retentissement justement donné à ses belles actions, Louis Brune était resté simple, bon et dévoué : il ne quittait guère les bords de la rivière, et sentinelle toujours vigilante, on était sûr de le voir s'élancer dans les flots au premier cri d'alarme, que ce fut la nuit ou le jour et malgré la température la plus rigoureuse. On l'a vu quitter son lit, après un premier sauvetage des fatigues duquel il se reposait, pour se jeter à la recherche d'un second naufragé ; on l'a vu interrompre dans le même but, son repas commencé, bravant ainsi un double et terrible danger ! Blessé plus d'une fois en s'acharnant à la poursuite d'un malheureux que la Seine entraînait, il ne devait survivre aussi incroyablement à tant de causes de destruction que pour aller misérablement périr, écrasé sur un pavé !
Brune était l'abnégation, la charité personnifiées ; que de dévouements de toute sorte révèle sa trop courte existence ! Tout récemment encore, il distribuait lui-même le prix, recueilli de maison en maison, de sa propre biographie, aux ouvriers sans travail, aux familles des artisans du port, ses anciens compagnons de labeur, et quand cette ressource spéciale manquait, il n'hésitait pas à recourir à ses propres économies.
Louis Brune laisse une femme et une fille au profit de qui sont réversibles les libéralités si généreusement accordées par la ville au sauveteur rouennais. Sa tâche, à lui, est finie. Le noble enfant de Rouen a eu de belles funérailles, belles surtout par le concert de reconnaissance que font entendre cinquante familles dont il fut le bienfaiteur, et par l'admiration qu'il avait su inspirer à toute la population.
J.-A. D. / La Mosaïque de l'Ouest et du Centre / de Émile Souvestre / 1844.
CHEVALIER DE L'ORDRE ROYAL DE LA LEGION D'HONNEUR, le 30 avril 1836
Il a reçu une médaille en vermeil de la Société d'Emulation.
Deux médailles : l'une en argent, l'autre en bronze, de la ville de Rouen
Une médaille d'argent du grand Orient de France
Une médaille de la Société des Naufrages
Une médaille d'argent de la Société du Commerce de Rouen
Une prime gratuite de la Société d'Assurance contre les accidents
Le prix Monthyon (3.000 fr.)
Un bureau de tabac lui a été accordé par l'administration des contributions indirectes,
Enfin, il possède de la magnificence de la ville de Rouen, 400 fr. de pension et la maison de secours du pont suspendu.
/image%2F1100213%2F20250908%2Fob_1fb15c_brouquet-brunet-btv1b10000045j-420.jpeg)
/image%2F1100213%2F20250908%2Fob_1cbbab_brouquet-brunet-btv1b10000045j-421.jpeg)
/image%2F1100213%2F20250908%2Fob_17a067_brouquet-brunet-btv1b10000045j-422.jpeg)
/image%2F1100213%2F20250908%2Fob_f4fb24_brouquet-brunet-btv1b10000045j-423.jpeg)
Son père, Louis Brune, est né à Cailleville (76), le 11 décembre 1752, avait épousé à Rouen le 21 décembre 1804, Marguerite Sévery (1772 - 1838). Il est décédé à Rouen le 8 avril 1817.
De cette union sont nés :
- Marguerite-Adélaïde, née à Rouen le 10 janvier 1806 ; blanchisseuse ; mariée le 17 février 1829 au Petit-Quevilly, avec Honoré-Stanislas Legoux ; elle est décédée à Rouen, le 13 janvier 1864, à l'âge de 58 ans ;
- Louis-Adolphe, né à Rouen le 29 septembre 1807 ;
- François, né à Rouen, le 23 juillet 1809 ; commissionnaire, employé aux chemins de fer ; marié le 7 novembre 1835, avec Catherine Lepeuple ; il est décédé à Rouen, le 10 septembre 1856, à l'âge de 47 ans ;
Louis-Adolphe Brune, "plongeur du gouvernement", avait épousé à Rouen, le 21 décembre 1830, Adélaïde-Eugénie Fontanil, journalière, née à Rouen le 25 juillet 1809, fille de Claude-Marie Fontanil, scieur de bois, et de Marie-Angélique-Adélaïde Couture.
Dont il eut une fille :
Pauline-Adélaïde-Émilie ; mariée avec Eugène-François Mouard, graveur, né à Déville-lès-Rouen, le 13 novembre 1823.