ANTOINE MARTIN, COMTE DE PUISEUX ET SES FILS, LOUIS ET HENRI.
La terre de Puiseux, située dans le comté de Dreux, sur les confins de l'Orléanais et de l'Île-de-France, a donné son nom à une maison d'ancienne chevalerie qui fait remonter sa filiation à Raoul Martin de Puiseux, chevalier, seigneur dudit lieu en 1253 (titre original).
Cette terre, d'une grande étendue et d'un apport considérable, comprenait les seigneuries de Gironville-Boullay-Mivoye et Marville-Montier-Brûlé.
Vers le milieu du XVIIe siècle, la terre de Puiseux et ses mouvances passèrent en d'autres mains ; mais le 4 thermidor an IX, elle fit retour à ses premiers propriétaires, par suite d'un arrangement conclu entre ces derniers et Marie-Louise-Elisabeth de Lamoignon, veuve d'Edouard-François-Mathieu Molé de Champlatreux (suivant contrat passé chez Me Chapellier, notaire à Paris).
De nouveau, elle dut être vendue en 1833, à la suite d'un jugement de la cour d'assises de la Loire-Inférieure, condamnant à mort le comte Henri de Puiseux et mettant tous ses biens sous séquestre, pour avoir, comme aide de camp du général de Charette, pris part au soulèvement de la Vendée avec Madame la duchesse de Berry (audience du 10 juin 1833, Gazette des Tribunaux n° 2445).
Ce Puiseux qui, un an plus tard, trouva une mort glorieuse en Portugal, en combattant pour la cause d'une autre légitimité, ne faisant d'ailleurs que suivre les traditions de sa famille. A toutes les époques de l'histoire de France, aussi bien pendant les guerres de religion que plus tard pendant celles de la Vendée, les Martin de Puiseux figurent aux premiers rangs des meilleurs gentilshommes. Fidèles serviteurs de la royauté, ils lui donnèrent sans compter leur sang sur les champs de bataille, et quand éclata la grande révolution, ils lui sacrifièrent tout : leur fortune et jusqu'à leur nom, afin de pouvoir continuer à défendre, à Paris même, les princes que les malheurs des temps en éloignaient.
Leur devise : EUX, PUIS EUX. qui, dans le principe, ne fut probablement qu'un jeu de mots comme tant d'autres devises, devint, en 1793, une sanglante réalité. Ceux qui ne périrent pas alors sur l'échafaud ou dans les cachots de la Terreur, s'en allèrent à l'armée des princes et en Vendée.
Deux seulement échappent à la mort : Jean-Baptiste, chevalier d'Esperamont, capitaine dans la marine royale, décoré de Saint-Louis, qui poursuit sa carrière et va ensuite rejoindre le corps commandé par S.A.R. le duc de Berry, et Antoine Martin, comte de Puiseux, le chef de la famille, né à Salles d'Aude (11), le 12 novembre 1768, qui, lui, reste en France, et engage une lutte acharnée contre les proscripteurs, lutte dont on peut suivre les péripéties dans les mémoires de l'époque, et dans les notes qu'il a laissées : Ma conduite au cours de la Révolution (Versailles, 1814).
Agent secret du comte d'Artois, il essaie de sauvegarder les intérêts les plus chers de la famille royale et y parvient : il arrache à la guillotine de nombreuses victimes. Pour déjouer les poursuites, il se fait tour à tour précepteur, commissaire aux vivres, officier des mines, etc. Il recueille à la porte de son hôtel, dont elle vient d'être chassée, avec ses enfants, la comtesse Molé de Champlatreux, née Lamoignon, obtient de partager sa prison et arrive à l'en faire sortir.
Inséparable compagnon de l'abbé Eméry, il sauve, le 18 septembre 1792, les élèves de Saint-Sulpice, réfugiés à Issy. Logé avec ce même abbé Eméry dans une mansarde près du Châtelet, en face la Conciergerie, il surveille la sortie des condamnés, et tandis que le célèbre supérieur des Sulpiciens leur donne l'absolution in articulo mortis, il suit les fatales charrettes et envoie un dernier encouragement, une dernière parole de consolation aux victimes qui vont offrir leur tête au bourreau.
En décembre 1792, au moment où, dans les quarante-huit sections de Paris, on colporte une adresse à la Convention, demandant la mort du roi, il monte à la tribune de sa section (section de Beaurepaire), et fait prendre une décision qui rejette l'infâme pétition.
Dans la nuit du 20 au 21 janvier 1793, il assiste au jugement du roi, et, ayant protesté, il n'a que le temps de quitter la tribune du Moniteur où il s'est introduit avec le chargé d'affaire anglais et de s'enfuir. Il court dans Paris et va frapper à la porte de quelques royalistes fidèles, pour les décider à tenter un coup de main dans le but de sauver, comme il le croit possible encore, la tête de Louis XVI.
Arrêté dans la petite rue Saint-Louis, il se défend et parvient à échapper.
Il deviendra l'âme du complot ayant pour but d'enlever la reine du Temple, et pénètre plusieurs fois dans le sombre donjon pour mettre aux pieds de l'auguste captive l'humble hommage de son dévouement.
Il brigue ensuite l'honneur de la défendre et adresse pour cela une lettre à l'accusateur public.
Irrité de tant d'audace, Robespierre le fait rechercher et lance contre lui un nouveau mandat d'amener.
Il s'éloigne alors de Paris et n'y rentre que pour assister à l'agonie du monstre dont il a su si habilement déjouer la haine.
Sous-préfet de Pontoise en 1815, Louis XVIII, pour le récompenser, le mit à la tête d'un des départements les plus fidèles et les plus royalistes de France, et il mourut à l'hôtel de la préfecture d'Angers, le 19 octobre 1826, préfet de Maine-et-Loire. Il fut décoré de la Légion d'honneur le 1er mai 1821.
De son mariage avec Antoinette Bourlet de Vauxcelles (1801), il laissa trois fils : Louis, Henri et Charles, et une fille, Natalie, laquelle, après un long exil à Rome, revient en France et fut supérieure générale de la congrégation du Bon-Sauveur. Elle fonda en Bretagne le monastère de Bégard.
Sophie-Antoinette-Natalie est née à Paris, le 18 octobre 1805.
LOUIS et HENRI DE PUISEUX pénétrèrent en Vendée avec S.A.R. Madame la duchesse de Berry.
Le second, Henri, brillant officier d'état-major sous la Restauration, avait été chargé, après 1830, par le maréchal de Bourmont, de dresser les plans d'un soulèvement royaliste dans l'Ouest, et plus tard d'organiser militairement les chouans.
Aide de camp du général de Charette, il livra le combat de Maisdon (4 juin 1832), fit des prodiges de valeur et eut son cheval tué sous lui. Grièvement blessé, il fut arrêté et condamné à mort (10 juin 1833).
L'arrêt de la cour d'assises de la Loire-Inférieure mit sous séquestre tous les biens de la famille de Puiseux.
C'est alors que la terre de ce nom fut aliénée.
Parvenu à s'échapper du château de Nantes, Henri de Puiseux va à Holyrood, près du roi Charles X exilé, et rejoint ensuite le maréchal de Bourmont en Portugal. Nommé brigadier par dom Miguel, il marcha à la tête de la cavalerie royale contre les constitutionnels.
Le 26 mai 1834, à la bataille d'Asseisseica, devant Santarem, il est blessé mortellement. Aveuglé par son sang, il se fait attacher à la selle de son cheval et charge une dernière fois l'ennemi. On ne put retrouver son cadavre. Les deux partis rendirent hommage à sa valeur. Cette perte mit fin aux espérances du prétendant qui, avec Puiseux, avait la victoire assurée et rentrait dans sa capitale.
LOUIS DE PUISEUX, sous-préfet de Jonzac, envoya sa démission à la Restauration. Sollicité par le gouvernement de Juillet d'accepter une préfecture, il refusa de servir Louis-Philippe et s'en fut près de Charles X. Il rentra ensuite en France et parcourut avec son frère la Bretagne et la Vendée pour y préparer la prise d'armes de 1832. L'échec de la duchesse de Berry le décida, lui et tous les siens, à se retirer à Rome, où il mourut le 14 janvier 1838, à l'âge de 36 ans.
Leur mère, la comtesse de Puiseux, atteinte par tant de malheurs, est décédée la même année et fut également inhumée à Rome.
Le fils du comte CHARLES, Marie-Antoine-Charles-Louis-Henri, comte de Puiseux, est né le 8 novembre 1846. Un des plus anciens compagnons d'armes du général de Charette, il a combattu sous ses ordres en Italie et en France dans les zouaves pontificaux.
Il a épousé à Vienne (Autriche), le 11 juin 1876, Mlle Olga-Gabrielle de Biedermann, de Uszogh et de Mosgo, dont il a eu trois enfants :
1° Louis-Antoine-Gustave, né à Paris, le 21 avril 1878 ;
2° Marie-Des-Neiges-Élisabeth-Nathalie-Olga-Jenny-Antoinette, née à Vienne (Autriche), le 24 novembre 1882 ;
3° Olga-Jenny-Nathalie-Marie-Thérèse, née à Paris, le 27 septembre 1890.
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Dictionnaire historique et héraldique de la noblesse française - volume 2 - de Dayre de Mailhol.
Mère de Puiseux et la Congrégation du Bon-Sauveur par le comte de Puiseux - Paris - 1904.
Portrait d'Henri de Puiseux : Bibliothèque nationale de Portugal
La Revue mondaine illustrée du 25 août 1892 (+ portrait de la comtesse)