SAUVETERRE-DE-ROUERGUE - RODEZ (12) - JEAN-PIERRE-RAYMOND MERLIN, PRÊTRE, MAIRE, DÉPUTÉ, JUGE ... (1767 - 1839)
MERLIN JEAN-PIERRE-RAYMOND, jurisconsulte, chevalier de la Légion d'honneur, député de l'Aveyron, juge au tribunal de Rodez, est né le 22 janvier 1767 à Sauveterre-de-Rouergue.
M. Merlin, élevé par les doctrinaires, se destina d'abord à l'enseignement, prit les ordres sacrés, obtint une chaire d'humanités au collège de l'Esquille à Toulouse, et puis de rhétorique au collège royal de La Flèche.
La Révolution, dont les secousses ébranlaient déjà le monde, vint changer le cours de ses idées et lui ouvrir une nouvelle carrière. Il entra dans l'administration publique et présida, à son début, le conseil du département de la Sarthe. Mais devenu bientôt suspect par sa modération au gouvernement révolutionnaire, il se réfugia dans son pays natal où, plus heureux qu'au Mans, il exerça paisiblement les obscures fonctions de secrétaire du club.
Après le 9 thermidor, il devint secrétaire-général de l'administration centrale du département de l'Aveyron, et ce fut à cette époque, qu'en concurrence de Capelle et de plusieurs autres, il remporta le prix du département dans une ode sur les victoires de la République.
Quelques années après, il embrassa la carrière du barreau, plaida surtout comme défenseur dans les causes criminelles et obtint des succès.
M. Merlin, par son caractère, ses habitudes, ses idées, n'était rien moins qu'un homme politique. Il pouvait obéir à une impulsion donnée, mais jamais l'imprimer. Cependant, les événements ne cessèrent de le mettre en relief et l'opinion de l'élever sur une sorte de piédestal. Quand les Cent-Jours arrivèrent, on le tira de son cabinet pour le faire maire de Rodez, et bientôt après de nombreux suffrages l'envoyèrent siéger à la chambre des représentants. L'ouragan passé, il reprit ses fonctions modestes qu'il exerça paisiblement jusqu'aux événements de 1830 qui le jetèrent de nouveau sur la scène politique.
Élu à cette époque membre de la chambre des députés et du conseil général de son département, il a siégé dans la première de ces deux assemblées et a constamment présidé la seconde jusqu'à sa mort.
M. Merlin avait débuté à la Chambre de 1831 par une proposition malencontreuse devant laquelle les centres eux-mêmes reculèrent. Il voulait une liste civile de quinze millions accompagnée d'une immense dotation mobilière et immobilière. C'était prendre une position nette parmi les féaux du pouvoir, et il a rarement démenti ce rôle. Plus tard, pourtant, il s'éleva avec force contre le rétablissement de la loi du divorce qu'il regardait avec juste raison comme immorale, impolitique, contraire à l'opinion religieuse, pouvant porter une grande perturbation dans l'ordre social, par le bouleversement de la société domestique dont le principal appui est le lien conjugal.
On a de lui quelques autres discours prononcés à diverses époques, sur la rectification de plusieurs dispositions du Code pénal, sur l'amélioration de l'administration départementale et contre la loi pénale proposée en 1834 sur les détenteurs, les fabricateurs et distributeurs d'armes et poudres de guerre et les attroupements séditieux.
On rencontre dans ses écrits quelques bonnes idées pratiques, mais absence complète d'aperçus neufs et de ces pensées lumineuses qui, relevées par un heureux choix d'expressions, éclairent le sujet, commandent l'attention et captivent les suffrages.
M. Merlin, par son habitude des affaires et son aptitude au travail, avait pris une certaine position à la chambre, et il a plusieurs fois présidé les bureaux auxquels il était appelé.
A la fin de 1834, le gouvernement récompensa son dévouement par une place de juge à Rodez.
M. Merlin, dans sa longue carrière, n'avait provoqué les antipathies de personne ; ses facultés, peu éclatantes, il faut le dire, le mettaient à l'abri de cette envie qui excite des ombrages et s'acharne malheureusement trop souvent contre les hommes supérieurs. On ne voyait en lui que l'homme obligeant, toujours disposé à être utile, toujours prêt à donner son appui à ceux qui le réclamaient, et tout cela explique la participation qu'à deux reprises différentes les légitimistes prirent à son élection. (Ordres équestres d'Hippolyte de Barrau - Rodez - 1861)
Jean-Pierre-Raymond Merlin est décédé en sa maison sise à Rodez, le 29 novembre 1839, à l'âge de 72 ans.
Son père : Jean-Antoine Merlin, né à Sauveterre le 22 mars 1732 ; décédé au même lieu le 23 avril 1801, à l'âge de 69 ans.
Sa mère : Jeanne-Marie-Elisabeth Delpech-Delpérié, née à Sauveterre le 22 novembre 1734 ; décédée à Sauveterre, le 24 novembre 1772, à l'âge de 38 ans.
AD12 - Registres paroissiaux de Sauveterre-de-Rouergue et d'état-civil de Rodez
Article du Journal L'Hermine du 15 août 1837 :
M. Merlin, aujourd'hui député de l'Aveyron, était, avant 92, curé de Sauveterre, chef-lieu de ce département. S'étant laissé entraîné par les idées révolutionnaires, il fut du petit nombre des prêtres de ce diocèse qui abandonnèrent leur foi. Mais les temps devenus plus calmes, et les illusions du moment s'étant dissipées, M. Merlin demanda quelque temps après la communion laïque, ce qui, après les épreuves préalables, lui fut accordé.
Il demeura dans cet état jusqu'en 1830, occupé seulement de sa profession d'avoué, qu'il a exercée pendant plus de 30 ans. Les événements de juillet étant survenus, ils réveillèrent les goûts révolutionnaires du prêtre apostat, et il donna à plein collier dans la nouveauté politique, comme il l'avait fait dans la nouveauté religieuse. On s'explique déjà comment M. Merlin était devenu député. La révolution, le trouvant tel qu'elle le désirait, le nomma juge au tribunal de Rodez, et appuya sa candidature aux élections.
Cependant, M. Merlin, désappointé une seconde fois, regrette de s'être laissé prendre de nouveau. Il pense sérieusement à faire une fin honorable. Il voudrait aller mourir dans le lieu qu'il n'aurait jamais dû quitter ; il tiendrait à honneur d'être enterré au pied de la croix qu'il a lui-même fait planter dans le cimetière de Sauveterre, et il sait que ce privilège n'est dû qu'aux pasteurs du lieu ; il sollicite donc la grâce d'une complète réhabilitation. Les affaires sont assez avancées, pour qu'il ait lieu d'espérer que tout viendra à bonne fin. Une difficulté, entre autres, s'est présentée, savoir, de réintégrer M. Merlin dans la cure de Sauveterre. Ce lieu est un canton, et le titulaire est inamovible. Les convenances veulent donc que l'on attende la vacance d'une autre cure pour y transférer M. le curé actuel de Sauveterre. Toutefois, quand il n'existera que cet obstacle à la réalisation des voeux de tous les catholiques du Rouergue, il sera levé par le désintéressement et la grande foi de ce pieux ecclésiastique.