SAINT-NAZAIRE (44) LA ROCHELLE (17) - MARIE HERVY dite SOEUR EUGÉNIE (1754 - 1837)
/image%2F1100213%2F20250901%2Fob_ef417f_hopital-militaire-aufredy-de-la.jpeg)
MARIE HERVY
SUPÉRIEURE DE L'HÔPITAL MILITAIRE DE LA ROCHELLE
Marie Hervy, dite soeur Eugénie, supérieure de l'hôpital militaire de cette ville, est décédée mardi 19 décembre 1837, après une maladie de 50 jours.
Fille de Jacques Hervy (1711 - 1759), marin, et de Perrine Bony (1714 - 1800), Marie Hervy est née le 28 octobre 1754, à Saint-Nazaire, canton de Guérande (Loire-Inférieure). Elle fut élevée avec soin dans son humble famille, et prit la résolution d'embrasser la vie religieuse, à la suite d'une retraite prêchée à Nantes, par les missionnaires du Saint-Esprit.
En 1776, elle entra au noviciat des soeurs de la Sagesse, à Saint-Laurent (Vendée), et prit l'habit le 9 mai 1777. Les heureuses qualités de son esprit et de son coeur la firent juger propre à la direction des classes dans l'établissement de Pluvigné, où elle résida trois ans. Mais bientôt son rare mérite se manifestant malgré les précautions de la modestie, en 1780, les supérieurs lui confièrent la charge importante de seconde, puis de première maîtresse des novices. C'est là surtout qu'il fut aisé de prévoir tout ce qu'on pouvait attendre, pour l'avenir, de la prudence et du zèle de la soeur Eugénie.
Propre à tous les genres d'emplois, elle fut appelée à Brest, en 1790, et chargée, pour quelques mois, du magasin de pharmacie de l'hôpital de la marine, où elle se fit remarquer par son activité intelligente et sa touchante affabilité. De retour au noviciat, elle continua, quelque temps encore d'offrir à ses heureuses novices le modèle parfait des plus aimables vertus. Mais la providence ne tarda pas à l'élever au poste qu'elle occupa, avec tant d'honneur, pendant 46 ans.
Le 4 février 1791, la soeur Eugénie vint à La Rochelle, en qualité de supérieure de l'hôpital d'Auffrédy précédemment dirigé par les frères de la Charité. Elle avait alors 37 ans. En peu de temps, elle gagna tous les coeurs, et l'ascendant de la vertu fut une arme puissante dans les circonstances malheureuses qui survinrent peu après. Ce fut un beau spectacle de voir cette femme admirable, luttant, par principe de conscience, avec l'autorité qui voulait exiger d'elle un serment qu'elle avait en horreur, et subjuguant par ses raisons et son courage cette même autorité qui semblait regretter d'avoir à la combattre ; après une discussion de plusieurs heures : "C'est assez, dit-elle, messieurs, ma parole définitive la voici : la guillotine est en permanence, qu'on m'y conduise ; un serment contraire à ma conscience, on ne l'obtiendra jamais." On fut atterré de cette réponse, car on voulait la sauver. Elle en eut la preuve peu de temps après : la détention de vos soeurs est décrétée, lui dit-on, il faut qu'elles partent. Mais consolez-vous, nous sommes résolus de vous conserver à La Rochelle ; vous n'irez point en exil. La soeur Eugénie tombe à genoux : de grâce, messieurs, ne me séparez pas de mes compagnes, ou qu'on les sauve avec moi, ou qu'on m'exile avec elles. Elle partit en effet pour les prisons de Brouage, où elle fut détenue pendant un an. On ne peut dire de quelle considération et de quels respects elle fut environnée dans ce triste séjour, non seulement par ses compagnes d'exil de tous les ordres et de toutes les conditions ; mais, à la gloire des soldats français préposés à la garde de ces illustres captives, nous dirons que plusieurs d'entre eux épiaient tous les moyens d'adoucir leurs souffrances, au souvenir des soins qu'ils avaient eux-mêmes reçus des pauvres hospitalières : l'un les voyant privées de feu, jetait dans leur cour, à la dérobée, un tison embrasé, l'autre abrégeait leur tâche pénible, les aidant à arracher les herbes des rues de Brouage, qu'on les forçait d'approprier. Honneur à ces coeurs sensibles mais surtout honneur à la vertu qui sait les émouvoir !
Enfin des jours moins sombres succédèrent. La soeur Eugénie reparut à La Rochelle en 1795, et s'occupa de former une maison d'éducation, chose bien rare à cette époque. On s'empressa de favoriser son projet, et bien des Rochelaises, d'un rang honorable, conservent un doux souvenir des leçons qu'elles y reçurent ; autrefois leur maîtresse, la supérieure d'Auffrédy fut plus d'une fois leur conseil et leur oracle.
C'est ici le lieu de rendre hommage aux familles Bonneau, Ranson, Chapron, Tessier et autres, qui rivalisèrent d'empressement et de soins généreux pour la soeur Eugénie, et ses compagnes ; meubles, linge, argent, bienveillance et protection, tout leur fut offert par ces familles bienfaisantes pour lesquelles la reconnaissance est devenue désormais héréditaire chez les soeurs de l'hôpital d'Auffrédy.
En 1802, M. Garnier, maire de La Rochelle, et M. le commissaire des guerres, eurent enfin la consolation de réintégrer dans sa charge de supérieure de l'hôpital, la vertueuse soeur dont l'absence avait été si vivement sentie. Son retour fut un triomphe. Revêtue de son costume religieux, qu'elle n'avait pu prendre encore, marchant à la tête de ses soeurs, accompagnée de M. le maire, au milieu d'une foule immense avide de voir les filles de la Sagesse, elle arrive à l'hôpital où elle est accueillie au bruit de la musique militaire, et M. le maire, en la présentant aux malades assemblés, leur dit : Mes enfants, je vous ramène votre mère. Elle n'a cessé, en effet, d'en avoir les sentiments jusqu'à la fin, pour tous ceux que la douleur amenait près d'elle. Son premier acte à l'hôpital, fut de procurer un prêtre à un pauvre malade qui semblait n'attendre que cette consolation pour mourir.
Quant à la sagesse de son administration, elle lui mérita toujours la considération et l'estime des autorités militaires de La Rochelle, aussi bien que des éloges des généraux inspecteurs. Le duc d'Abrantès félicitait hautement les blessé et les malades, alors au nombre de 900, d'être confiés à des mains si charitables ; le prince Berthier, le général Rivault, lui témoignèrent le plus vif intérêt ; personne enfin, au témoignage d'un intendant militaire n'était noté plus favorablement au ministère que la soeur Eugénie.
Charité parfaite pour tous, prudence rare, goût judicieux, douceur pleine de charme, parole gracieuse et toujours suave, même en réprimandant, piété angélique, zèle infatigable, mémoire heureuse, tact fin et délié, connaissance du monde et habitude des affaires, amour des convenances, respect profond pour l'autorité, coeur généreux et sensible, physionomie pure et calme comme son âme, telle a été constamment la soeur Eugénie.
Elle est morte comme meurent les saints, canonisée par la voix publique, sans exception. Monseigneur l'évêque de la Rochelle, qui l'avait visitée plusieurs fois, voulut lui administrer lui-même les derniers sacrements, et il fut frappé des adieux et des exhortations énergiques qu'elle adressa à ses compagnes éplorées, en les bénissant. Sa foi a brillé d'un éclat plus vif que jamais à l'approche de la mort ; le nom de Jésus-Christ était sans cesse sur ses lèvres, elle possédait sa grâce et sa paix, usant de l'ascendant qu'elle avait sur les coeurs, elle a donné à tous ceux qui l'intéressaient de pieux et de salutaires avis ... Elle a fait le bien jusqu'à la fin ... Sa mémoire sera toujours en bénédiction parmi ses filles, et son nom leur rappellera toutes les vertus.
Ses obsèques ont eu lieu, à l'église Cathédrale, le mercredi, 20 décembre.
Les autorités militaires assistaient à cette touchante cérémonie, et les uniformes dorés contrastaient avec la simple couronne blanche qui surmontait le cercueil.
Un grand nombre de personnes qui avaient admiré ses vertus sont venues faire cortège à ses côtés, et joindre leurs regrets à ceux de ces charitables filles qui accompagnaient en pleurant la soeur Eugénie à sa dernière demeure en ce monde.
Journal l'Hermine du 3 janvier 1838.
AD44 - Registres paroissiaux de Saint-Nazaire
AD17 - Registres d'état-civil de La Rochelle