Canalblog Tous les blogs Top blogs Emploi, Enseignement & Etudes Tous les blogs Emploi, Enseignement & Etudes
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
La Maraîchine Normande
Publicité
21 septembre 2025

RENNES (35) - SCIACCA (SICILE) - LA BERNERIE-EN-RETZ (44) - JEAN-JOSEPH-ANNE-MARIE-JULIEN DU PLESSIS DE GRENEDAN (1892 - 1923)

 

JEAN-JOSEPH-ANNE-MARIE-JULIEN DU PLESSIS DE GRENEDAN - LIEUTENANT DE VAISSEAU (1892 - 1923)
 

Le 26 décembre 1923, des pêcheurs retrouvaient au large de Sciacca, en Sicile, le corps du lieutenant de vaisseau du Plessis de Grenédan. Cet épisode marquait la fin d'une grande aventure, celle du dirigeable DIXMUDE.

 

Le LZ-114 (L. 72) construit par les usines Zeppelin effectua son premier vol le 9 juillet 1920. Il fut ensuite conduit à Maubeuge et remis par les Allemands à un équipage français commandé par le lieutenant de vaisseau du Plessis de Grenédan. Le dirigeable reçut alors le nom de "Dixmude".


Qu'était exactement le "Dixmude" ? Un dirigeable rigide de 211 mètres de long. D'un poids à vide de 33.000 kilos (poids enlevé 44.500 kilos) il était propulsé par six moteurs Maybach de 290 CV. Il pouvait parcourir 12.000 kilomètres à la vitesse de croisière de 90 km/h (vitesse maximum : 131 km/h).

 


Il effectua son premier voyage sous pavillon français le 11 août 1920 pour se rendre (en 13 heures) de Maubeuge à Cuers (83). Arrivé vers dix-huit heures le dirigeable ne put se poser en raison de vents contraires et demeura en vol jusqu'au lendemain.


Diverses circonstances techniques ainsi que le sabotage par l'équipage allemand de certains appareils de bord immobilisèrent le "Dixmude" durant trois longues années. Il effectua enfin une sortie d'essai le 2 août 1923 puis une seconde sept jours plus tard.


Le 30 août, il quitta Cuers et, au cours d'une randonnée de 50 heures 20 il passa par Alger, Philippeville, Bizerte, Ajaccio et regagna Cuers le 2 septembre.

 


Dans son livre "Les dirigeables tragiques", Jacques Mortane a évoqué en ces termes la grande épopée qui suit :


"Ce fut alors l'envol du 25 septembre pour les records. Départ de Cuers à 5 h 55, passage au-dessus des Baléares, d'Alger, Bizerte, Gabès, Sousse, Sfax, puis retour par la Sardaigne, où la tempête oblige à revenir sur Bizerte et à tourner au-dessus pendant la nuit du 28 au 29, enfin Paris, Lyon, Marseille et retour à Cuers le 30, à 6 h 36, après avoir tenu l'air 118 heures 41, battant de plus de dix heures le record du monde du dirigeable anglais R.31 qui, en juillet, avait volé pendant 108 heures ...


Du 21 au 24 novembre, travail sur l'escadre. Pris dans des rafales violentes, le "Dixmude" courut les plus grands dangers. Le 22, à 11 heures, il dut lâcher à la fois plus de deux tonnes d'eau pour se délester et ne pas être précipité à la mer. Le 23, à 19 heures, 700 kilos d'eau et 750 d'essence durent encore être jetés. Au retour, il fallut vider les nacelles : le dirigeable avait été surchargé, par la pluie, de près de neuf tonnes d'eau".

 


 

C'est alors la dernière aventure qui va commencer.


Le 18 décembre 1923, le "Dixmude" quitte Cuers sous le commandement du lieutenant de vaisseau du Plessis de Grenédan. La mission consiste en un voyage aller-retour conduisant le rigide à In-Salah, au centre du Sahara, au total 4.300 kilomètres à franchir. Aux quarante hommes de l'équipage normal se joignent l'état-major de Cuers et sept officiers de marine. Ce sont cinquante personnes qui se trouvent à bord.


Le "Dixmude" passe au-dessus de Bizerte, Touggourt, In-Salah, Ouargla, Ouled Djellah, Bou-Saada. Les circonstances atmosphériques sont très mauvaises. Le 21 décembre à 2 h 8, alors que le dirigeable se trouve au large de la Sicile à une altitude d'environ 2.000 mètres un dernier message émanant de lui est capté : "Rentrons antenne à cause orage". C'est désormais le silence.

 


Le 26, des pêcheurs retrouvent devant Sciacca, le corps du lieutenant de vaisseau du Plessis de Grenédan. La montre brisée donne l'heure de la catastrophe : 2 heures 27 minutes 30 secondes. On retrouve par la suite quelques épaves puis le corps du quartier-maître Guillaume.


L'examen des épaves permet à la commission d'enquête de conclure : "La destruction du "Dixmude" est due à la foudre".


L'explosion, l'incendie ont eu raison du géant de l'air. C'est ainsi d'ailleurs que presque tous les dirigeables ont été détruits. En France, cette catastrophe qui coûte la vie de cinquante et un hommes d'élite de notre marine marque la fin de l'utilisation des dirigeables. (Claude Chambard - Hebdomadaire Cols Bleus du 12 janvier 1963)

 

 

Le corps du commandant du Plessis de Grenédan a été retrouvé dans des filets par des pêcheurs, le 26 décembre, à 16 heures, à quelques milles au large de Sciacca. Il a été transporté aussitôt sur la grève et veillé par un planton.


Le lendemain matin, un prêtre, qui avait été prévenu, est venu célébrer une messe et bénir la dépouille mortelle. Il reconnut que le corps portait l'uniforme des officiers de l'aviation française, sur lequel est brodé un aigle doré. Il était vêtu d'un lourd pardessus doublé de fourrure et portait des jambières en caoutchouc, des gants de cuir et un gilet noir à boutons d'or. A la main gauche, il avait une alliance. On a trouvé sur lui des clichés photographiques non encore développés, une montre en métal noir avec chaîne en or, arrêtée à 2 h 30.

 


On a retrouvé également sur l'officier des objets qui ont permis d'établir son identité : un étui en cuir avec des jumelles, un compas métallique, un porte-monnaie en cuir contenant des pièces d'argent et des billets émis par le département de la Charente-Inférieure ; un portefeuille en cuir noir avec une carte d'identité délivrée par les chemins de fer, valable sur le parcours Toulon-Paris, avec une photographie, ainsi qu'une carte du Cercle naval de Toulon, toutes deux au nom du commandant du Plessis de Grenédan ; enfin, une image de Saint Christophe et une prière à Saint François de Sales pour être sauvegardé du naufrage, et deux photographies d'enfants. (L'Action française du 30 décembre 1923)

 

UNE NOBLE LETTRE DU COMTE DU PLESSIS DE GRENEDAN


Le comte du Plessis de Grenédan, père du commandant, professeur à l'Institut catholique d'Angers, avait envoyé une lettre de remerciements à un prêtre de Sciacca, M. l'abbé Michele Arena, qui, le premier, avait reconnu le cadavre de son fils, M. du Plessis de Grenédan, priait le destinataire de transmettre aux autorités et à la population de Sciacca le témoignage de la gratitude de la famille pour les démonstrations d'affectueuse sympathie dont elles avaient entouré la dépouille mortelle du regretté commandant du Dixmude.


Voici cette lettre. Elle atteste la grandeur d'âme et la foi vive du comte du Plessis de Grenédan, digne père du héros et fier catholique que, avec lui, nous pleurons tous.


"Monsieur l'abbé,


Les journaux m'apprennent que vous avez été le premier à reconnaître le corps de mon fils pour être celui d'un officier de la marine française, c'est pour cela que je m'adresse à vous.


J'ai prié, il est vrai, M. l'amiral Cacqueray et l'attaché naval de France à Rome de présenter l'expression de ma douloureuse reconnaissance aux autorités italiennes, à la population de Sciacca, aux pêcheurs qui ont ramené le cadavre et auxquels j'ai fait remettre au nom de la famille, une très modeste marque de notre gratitude (et je voudrais pouvoir faire davantage). Mais je tiens à envoyer à tous, moi-même, directement et sans intermédiaires, mes remerciements. Je m'adresse donc à vous, et vous demande d'avoir la complaisance d'en informer les autorités de votre ville, afin qu'elles puissent en donner connaissance à tous vos concitoyens.


Du plus profond de ma douleur, je prie Dieu de les bénir pour leur charité, pour les honneurs qu'ils ont rendus à la dépouille mortelle de mon fils, pour le sentiment délicat qui leur a fait prendre, ainsi qu'on l'a dit, le deuil et qui les a incités à orner son cercueil d'une couronne de fleurs fraîches apportée par les pêcheurs. Celui qu'ils ont traité comme un héros était digne d'un tel hommage. C'était un homme et un chrétien, dans toute la force du terme. Il avait l'habitude de la prière. Il communiait chaque dimanche, et plus souvent quand il le pouvait. L'image du Sacré-Coeur sur le drapeau national était à la place d'honneur dans son poste de commandement à bord du Dixmude.


Il y a près de trois ans, durant une grave maladie de sa femme, qu'il aimait profondément, il la prépara lui-même à la mort, faisant ce sacrifice avec le même héroïsme que celui qu'il a montré certainement dans sa propre mort. Mais Notre Seigneur la lui a conservée et la Sainte Vierge l'a guérie, à Lourdes, des lésions inguérissables que la maladie avait laissées. L'année suivante, au mois de mai comme il en avait fait le voeu, il se rendit à pied de Toulon à Lourdes (600 kilomètres en quatorze jours) pour remercier la Madone.


Tous les journaux ont dit qu'elle était la valeur de son intelligence et de sa science, son énergie, la noblesse et la générosité de son caractère. Que ceux vers lesquels Dieu a conduit sa dépouille mortelle pour nous la redonner soient les premiers à apprendre de moi quelles étaient sa profonde piété, la force de sa foi, son exquise bonté, la délicatesse de son coeur.


En vous remerciant au nom de sa veuve, mon nom et en celui de la famille, je vous demande de prier pour lui, pour nous et pour notre chère France dont il fut un bon serviteur. De notre côté, chaque jour, nous recommanderons à Dieu avec un coeur reconnaissant les habitants de votre ville que j'aime pour s'être ainsi fraternellement associés à notre douleur.


Veuillez accepter, Monsieur l'abbé, pour vous et pour les autorités civiles et militaires de Sciacca, particulièrement pour le juge de paix de la contrée, l'assurance de notre profonde reconnaissance et de nos sentiments de respect.


COMTE DU PLESSIS DE GRENEDAN.
Toulon, janvier 1924.
(Journal La Croix de Lourdes du 2 février 1924)
 

 

 

Né à Rennes le 15 janvier 1892, Jean du Plessis de Grenédan entre à l'École navale en octobre 1909. Aspirant en 1911, enseigne en 1912, il embarque sur le croiseur Bruix dans la division du Levant et prend part sur ce bâtiment aux opérations du Cameroun et des Dardanelles en 1914 et 1915. Il sert en 1916 sur le torpilleur Hussard, puis sur le croiseur Pothuau dans la division de Syrie ; il se distingue en janvier 1917 pendant le bombardement de l'île de Castelorizo.

 


Affecté à la division des patrouilles de Provence, il devient pilote de dirigeable en juin 1917. Officier en second du centre de Cuers Pierrefeu en construction, il obtient un témoignage de satisfaction pour un atterrissage forcé réussi de son dirigeable.


Promu lieutenant de vaisseau en novembre 1918, il prend livraison en Allemagne en 1920 du dirigeable L.72 remis à la France au titre des réparations. Avec ce dirigeable baptisé Dixmude, il bat le record du monde de durée en effectuant 118 heures de vol continu.


En rentrant d'une mission au Sahara, le Dixmude est frappé par la foudre et s'écrase près de Sciacca sur la côte sud de Sicile le 21 décembre 1923. (Marins de France, conquérants d'empires de Hubert Granier)

 

Jean-Joseph-Anne-Marie-Julien du Plessis de Grenédan, Enseigne de Vaisseau de première classe, décoré de la Croix de Guerre avait épousé à Versailles, le 27 novembre 1917, Lucy-Thérèse-Marie Malcor, née à Versailles, le 7 décembre 1892, fille de Léon-Louis-Alexandre Malcor, général de division du Cadre de Réserve, commandeur de la Légion d'honneur, et de Marie-Odile-Aurélie-Noémie Alardet.
 

dont :


- Marie-Noémie-Anne-Françoise, née à Cuers, le 18 octobre 1918 ; mariée le 2 février 1954 à Bégrolles-en-Mauges, avec Raoul Tertrais ; décédée  à Marseille, le 15 avril 1990, à l'âge de 71 ans ;


- François, né le 10 février 1921 ; prêtre, Compagnie de Jésus ; décédé à Paris (XIIIe), le 6 mars 2013, à l'âge de 92 ans ;


- Jean, né à Toulon, le 15 janvier 1924 ; décédé à Boisguillaume (76), le 20 mai 2011, à l'âge de 87 ans.

 

Lucy-Thérèse-Marie est décédée, à Paris, le 28 avril 1932 à l'âge de 39 ans.

 

 

TOULON


La bière contenant les restes du lieutenant de vaisseau du Plessis de Grenédan, qui avait été laissée le samedi 5 janvier 1924 au dépositoire du cimetière de Toulon en vue de son envoi ultérieur à Angers, a été transporté à l'hôpital maritime.


Ensuite, sur la demande de Mme veuve du Plessis de Grenédan, et de M. de Grenédan père, il a été procédé à l'ouverture de la bière et à un examen médical du corps par un chirurgien de la marine.


Celui-ci a constaté de nombreuses meurtrissures sur toutes les parties du corps. Les bras et les jambes du défunt étaient cassées et la tête défigurée. Ces brisures et ces meurtrissures ont amené le chirurgien a conclure que le commandant du "Dixmude" serait mort avant de tomber à l'eau.


Une communication enregistrant ces constatations fut adressée à l'autorité supérieure. Elle laisse supposer que la mort du commandant du "Dixmude" a pu être causée comme celle de ses compagnons, par la foudre tombant sur le ballon.
 

 

LA BERNERIE-EN-RETZ


Samedi 16 février 1924, ont eu lieu, en la petite église de la Bernerie, trop exiguë pour contenir la foule qui s'efforça d'y entrer, les obsèques du lieutenant de vaisseau du Plessis de Grenedan.


De nombreuses délégations de Sociétés d'anciens combattants de la Loire-Inférieure et de la Vendée avaient pris place dans le cortège avec leurs drapeaux, ainsi qu'un certain nombre d'officiers appartenant aux centres d'aviation maritime de Cuers et de Rochefort.


Au cours de la cérémonie religieuse, l'évêque de Nantes, qui présidait, entouré d'un très nombreux clergé, a prononcé l'éloge funèbre du défunt, puis a donné l'absoute.


La foule s'est ensuite groupée autour du parvis de la petite église, du haut duquel prirent tour à tour la parole : le préfet, M. Bouju, au nom du gouvernement ; le maire de La Bernerie ; M. de Juigné, député ; M. Gasnier-Dufresne, au nom de l'Aéro-Club de l'Atlantique ; M. de Kertanguy, capitaine de vaisseau à la retraite, au nom des anciens officiers de marine ; enfin, M. Lafleur, au nom de l'Union nationale des anciens combattants et de l'Association nantaise des anciens marins combattants. (Journal de Chinon du 21 février 1924)

 

 

 

 

 

 


MORT DU PÈRE DU COMMANDANT :


Cholet, 3 septembre 1967 : on annonce la mort à 81 ans à l'Abbaye de Belle Fontaine du Père Joachim.


Le défunt qui a été comte du Plessis de Grenédan a été doyen de la Faculté de Droit d'Angers. A 44 ans, il a enseigné la politique à cette Faculté. Après la guerre de 1914-18 qu'il a terminée comme lieutenant-colonel, il a fondé le Groupe Anjou de l'Union Nationale des Combattants.


A la mort de sa femme, alors qu'il avait 72 ans, Joachim  du Plessis de Grenédan est entré dans les ordres le 7 juillet 1941. (Journal Paris-Dakar du 4 septembre 1967)

Joachim était fils de Charles et de Marie-Caroline Frilet de Chateauneuf et était né à Rennes, le 31 janvier 1870.


Il était Chevalier de la Légion d'honneur le 31 juillet 1915, Officier le 30 décembre 1918 et Commandeur le 7 juillet 1933.

 

TABLEAU D'HONNEUR DES VICTIMES DU DIXMUDE

 


 

Publicité
Commentaires
La Maraîchine Normande
  • EN MÉMOIRE DU ROI LOUIS XVI, DE LA REINE MARIE-ANTOINETTE ET DE LA FAMILLE ROYALE ; EN MÉMOIRE DES BRIGANDS ET DES CHOUANS ; EN MÉMOIRE DES HOMMES, FEMMES, VIEILLARDS, ENFANTS ASSASSINÉS, NOYÉS, GUILLOTINÉS, DÉPORTÉS ET MASSACRÉS ... PAR LA RIPOUBLIFRIC
  • Accueil du blog
  • Créer un blog avec CanalBlog
Publicité
Newsletter
Archives
Publicité
Derniers commentaires
Publicité
Publicité