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La Maraîchine Normande
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23 septembre 2025

CHOLET (49) PARIS (75) - ASSASSINAT A PARIS DE CYPRIEN-MARIE TESSIÉ-THARREAU, MAIRE DE CHOLET (1838)

 

Cyprien-Marie Tessié-Tharreau
Maire de Cholet
Assassiné à Paris en 1838

 

 

 

 

COUR D'ASSISES DE LA SEINE


C'est le 14 juin 1838 que comparut, devant la cour d'assises, GUÉRIN, ouvrier serrurier, âgé de 19 ans, accusé de l'assassinat commis le 29 mars dernier sur la personne du sieur TESSIÉ, maire de Cholet, dans un hôtel garni de la rue Mazarine à Paris.


Voici les faits résultant de l'acte d'accusation :


TESSIÉ-THARREAU, âgé de 45 ans, maire de Cholet, vint à Paris en mars 1838 pour des affaires de son commerce. Le 11 mars, il prit un logement dans l'Hôtel de Danemark, tenu par Sarrazin, rue Mazarine, 38. Il coucha d'abord deux nuits dans un cabinet au quatrième étage, puis Sarrazin lui proposa une chambre au rez-de-chaussée, qu'il accepta. Cette chambre ouvre sur le couloir de la porte cochère : elle a deux fenêtres donnant sur la rue Mazarine ; mais la fenêtre la plus voisine de la porte cochère est condamnée depuis très longtemps. Toutes deux sont fermées à l'extérieur par deux volets en bois. Le volet de la fenêtre non condamnée est retenu par deux crochets, l'un placé en bas, l'autre à la partie supérieure : on fait mouvoir ce dernier loquet au moyen d'un fil de fer. La chambre ainsi donnée à TESSIÉ est contiguë à celle qui est occupé par Sarrazin, elle en est séparée par une simple cloison formée de bois et de plâtre.


Le jeudi 29 mars, vers six heures trois quarts du matin, Sarrazin entend un bruit inaccoutumé dans la chambre de TESSIÉ. Il lui sembla que l'on baissait la porte du secrétaire, que l'on sautait à bas du lit ; que l'on bousculait les meubles ; que quelqu'un s'avançait près de la porte ; que peut-être l'on touchait à la serrure. Quelques paroles furent prononcées, mais il ne put les distinguer. Au même moment, un râlement très fort commença. Il frappa contre la cloison, en disant : "M. TESSIÉ, vous trouvez-vous mal ? Ouvrez, ouvrez !" Il ne reçut aucune réponse, et le râlement continua. Il sortit alors de sa chambre par la porte donnant sur le couloir. Il frappa à la porte de TESSIÉ, mais elle était fermée ; et le râlement continuait toujours, sans aucun son articulé. La petite porte de la rue était ouverte ; il sortit dans l'intention de pénétrer par la fenêtre de TESSIÉ. Au moment où il franchissait le pas de la porte, il vit un individu, ayant un de ses bras passé dans l'anse d'un panier, s'élancer de dessus l'appui de la fenêtre. Cet individu criait au voleur ! Sarrazin le poursuivit en criant à l'assassin ! mais avant d'avoir pu l'atteindre, il tomba. L'individu eut le temps de gagner le passage du Pont-Neuf.

 

 


 

Le gardien du passage balayait la petite cour voisine de la rue de Seine. Voyant accourir un homme couvert de sang, il lui barra le chemin avec son balai, et l'arrêta : c'était GUÉRIN, ouvrier serrurier, âgé de dix-neuf ans, demeurant habituellement chez ses père et mère, au marché Beauveau, faubourg Saint-Antoine, et depuis dix ou douze jours chez un logeur de la rue Basfroid dans le même faubourg. Son premier mot au gardien du passage, avait été "Regardez comme je suis ; on vient de m'assassiner". Poliot, un de ceux qui avaient concouru à l'arrestation, ayant dit qu'il fallait le conduire à l'hôtel de Danemark, il s'écria : "Ah ! mon père ! je suis perdu." Arrivé dans la cour de l'hôtel, il répondit aux questions de Poliot, qu'il avait passé la nuit avec un individu livré à un vice honteux, et que cet individu avait voulu se suicider.


Trois personnes, MILCENT, POLIOT et PERRIÉ, entrèrent par la fenêtre dans la chambre. Le cadavre de TESSIÉ, encore chaud, était couvert d'une chemise qui tombait sur les cuisses. Il gisait dans une mare de sang entre le pied du lit et la cloison. Un couteau encore fumant, à lame très aiguë, était engagé dans la manche de la chemise et du double gilet de flanelle et de tricot qui recouvrait le bras gauche. Un drap ensanglanté était ramassé en paquet par terre, à peu de distance du lit. L'autre bout de ce drap tenait encore au lit. La porte était fermée à double tour, et la clé était dans la serrure à l'intérieur. Le secrétaire était fermé, mais la clé tenait à la serrure. Le commissaire de police s'était transporté sur les lieux à neuf heures du matin, et, ayant ouvert le secrétaire, trouva dans le tiroir du milieu un bas de laine contenant 191 fr.

 


Interrogé à deux heures par un juge d'instruction, GUÉRIN renouvela la fable du suicide de TESSIÉ qu'il avait déjà répétée au commissaire de police. Il prétendit avoir vu TESSIÉ se frapper de plusieurs coups dans la poitrine avec quelque chose de luisant qui lui avait semblé long comme une baïonnette. Il ajouta qu'il ne reconnaissait point le couteau qui avait été retiré de la blessure du bras gauche. Mais, le lendemain, 30 mars, il a avoué au même juge que c'était lui qui avait porté un coup de couteau dans la gorge à TESSIÉ et qu'il l'avait frappé avec le couteau représenté la veille. Il avait acheté le couteau le mercredi 28 mars au soir, en passant sur le Pont-Neuf pour se rendre chez TESSIÉ. Quant aux circonstances de sa rencontre avec TESSIÉ, voici dans quels termes il les a racontées :


"Le dimanche 25 mars, vers sept heures du soir, je sortis de chez mon père pour me rendre, en me promenant, au théâtre de Mme SAQUI, boulevard du Temple ; lorsque j'entrai dans la salle, la toile était baissée et l'on attendait le commencement de la pièce des "Petites Danaïdes". Je ne pus point m'asseoir au parterre, parce qu'il y avait beaucoup de foule. Je fus obligé de me tenir debout dans le couloir. J'étais entouré de plusieurs individus qui se tenaient debout comme moi. M. TESSIÉ, que je n'avais jamais vu auparavant, était placé immédiatement derrière moi ; à peu près à la moitié des "Petites Danaïdes", nous liâmes conversation. M. TESSIÉ me dit que la pièce était ennuyeuse, qu'il l'avait vue dix ans auparavant à la Porte-Saint-Martin, et que c'était mieux rendu à ce dernier théâtre. Peut-être dix minutes après, je sortis. M. TESSIÉ, que je n'avais pas vu sortir derrière moi, m'accosta en me proposant de boire un canon. Il me dit : Dieu ! quelle chaleur il fait dans ce théâtre-là. Voulez-vous boire un petit canon ? En chemin, il ajouta : Je n'aime point aller tout seul au comptoir d'un marchand de vin. Il me conduisit dans le cabaret qui se trouve au coin du faubourg du Temple et du boulevard ; il fit servir deux petits canons sur le comptoir, et nous bûmes debout.


"En buvant, il me demanda : Etes-vous fondeur ? - Non, je suis serrurier, je travaille pour les quincailliers. - Savez-vous arranger des serrures ? - Oui, quand cela se trouve. - Sauriez-vous me remettre des clés à trois grosses serrures ? Oui. - Vous n'auriez pas le temps de venir tout de suite ? - Où demeurez-vous ? - Au faubourg Saint-Germain. - Il est trop tard maintenant : vous n'aurez qu'à venir mercredi soir, rue Mazarine, n° 38, à dix heures et demie, plutôt après qu'avant. Comme je paraissais surpris de l'heure qu'il m'indiquait, il ajouta : C'est un peu tard ; mais c'est que j'ai un petit voyage à faire dans la journée. Il faudra tâcher de me donner les clés le jeudi, parce que je pars le vendredi. Ensuite, M. TESSIÉ paya la dépense avant de me quitter ; il m'expliqua qu'il demeurait au rez-de-chaussée, que le volet de sa chambre était le premier volet de l'hôtel ; que je verrais de la lumière à travers un trou, que je n'aurais qu'à frapper contre le volet, qu'il viendrait m'ouvrir la porte, et que, de cette manière, je n'aurais pas besoin de le demander dans l'hôtel."


Il a été vérifié que le 25 mars l'entr'acte précédant les "Petites Danaïdes" avait duré de dix heures à dix heures dix minutes. Ce fut donc vers dix heures que GUÉRIN entra au théâtre. Ce jour-là TESSIÉ avait accompagné son frère et sa belle-soeur au théâtre du Palais-Royal, mais il n'avait pas pu assister à la représentation, parce que son frère n'avait retenu que deux places. Il s'était séparé d'eux à la porte du théâtre vers sept heures du soir. Il ne rentra à son hôtel qu'entre onze heures et minuit.


La rencontre alléguée par GUÉRIN est donc possible. Confrontés avec GUÉRIN et avec le cadavre de TESSIÉ, la marchande de vin du faubourg du Temple, sa nièce, un de ses garçons, n'ont pu positivement le reconnaître. Mais il était difficile qu'un dimanche, dans un tel quartier, on eût remarqué deux individus qui n'avaient fait qu'une dépense de quatre sous, et qui n'étaient restés que quelques minutes.


"Le mercredi 28 mars, continue GUÉRIN, je travaillai chez mon père jusque vers sept heures et demie du soir, j'allai livrer des poinçons et des fraises chez un quincaillier, et je rentrai chez nous à neuf heures moins un quart. Vers neuf heures je sortis, disant à mon père que j'allais jusqu'au bout de la rue, et que je ne tarderais pas à rentrer. Je tenais à mon bras le panier qui m'avait servi à porter ma marchandise, et que je n'avais pas songé à laisser chez nous. Je suivis la rue Saint-Antoine tout droit, je pris une rue à gauche près la Grève pour descendre aux quais, et je les suivis jusqu'au Pont-Neuf. En m'amusant sur ce pont à regarder devant une boutique de jouets d'enfants, je vis des couteaux à manches jaunes et à lames rondes qui étaient à côté de l'étalage ; je demandai le prix de ces couteaux à une jeune fille qui déballait les marchandises. Elle me répondit : "Dix sous." Je repris : "C'est trop cher." La bourgeoise qui avait entendu cela est sortie de la boutique en me disant : "Nous en avons de meilleur marché". Je m'avançai sur le seuil de la porte, la marchande me présenta un couteau pointu à manche noir, qu'elle me fit six sous. J'en donnai cinq, et je mis le couteau dans mon panier. J'avais l'intention de l'emporter chez nous pour servir à mes parents comme à moi.


Arrivé dans la rue Mazarine, je reconnus de suite le volet que l'on m'avait désigné, en voyant de la lumière passer au travers du trou pratiqué dans ce volet. Je cognai contre ce volet avec un débris de chaufferette ; j'entendis quelqu'un sauter dans la chambre, puis demander le cordon. La porte cochère s'ouvrit, j'entrai. Je vis M. TESSIÉ en chemise sur le pas de la porte de sa chambre. Il me dit : "Par ici," et me fit entrer chez lui. Il passa un caleçon, puis il me dit : "Il doit venir quelqu'un me demander ce soir : attendez une minute." Il sortit alors ; il appela le garçon et lui ordonna de dire qu'il était sorti, si quelqu'un venait le demander. Lorsqu'il revint dans sa chambre, il ferma la porte en la poussant. Je ne la lui vis point fermer à double tour. Il ôta son caleçon et se mit dans son lit.


Ce qu'il avait dit au garçon avait commencé à me donner quelques soupçons. Je lui dis : "Et vos serrures ? je suis pressé de m'en retourner." Il me répondit : "Nous en parlerons tout à l'heure." Là-dessus il se mit à conter qu'il était maire et frère d'un député, qu'il avait eu des parents tués dans la première révolution, que son père ou lui avaient sauvé plusieurs Vendéens. Comme j'aime à parler de la révolution, je lui adressai quelques questions sur ce sujet. Il me parla aussi de morale et me dit qu'un homme ne devait jamais faire de mal et qu'il devait craindre de paraître devant Dieu. Lorsqu'il me dit qu'il était maire, je lui demandai de quelle ville ; il me répondit en me regardant avec une espèce d'inquiétude, que c'était dans le Poitou. Je lui demandai aussi son nom, mais il ne me répondit pas. Il était environ onze heures lorsque je revins à mes serrures. M. TESSIÉ me dit alors : "Je vous ai parlé de serrures, mais ce n'est pas pour cela ..."

 


L'accusé prétend qu'alors le sieur TESSIÉ lui fit des propositions infâmes. GUÉRIN lui répondit : Si j'avais su qu'il s'agissait de cela, je ne serais pas venu du faubourg Saint-Antoine. Le sieur TESSIÉ insista, promit à GUÉRIN de l'argent et lui proposa de l'emmener dans son pays.


"Je lui déclarai, reprend l'accusé, que je voulais me retirer. Il m'objecta qu'il était trop tard pour qu'il pût demander le cordon sans se compromettre. Je proposai de sortir par la fenêtre, il répondit qu'on pourrait me voir sortir et crier au voleur, et qu'il se trouverait encore compromis. Il me pria d'attendre jusqu'au matin, ajoutant qu'on ouvrirait la porte entre cinq ou six heures. Je m'assis sur une chaise a pied du lit et ne tardai pas à m'endormir.


"Mais comme je me défiais de lui, je ne dormais que d'un oeil. Peu de temps après je me réveillai, je mouchai la chandelle qui brûlait sur la table, je la soufflai, me remis à ma place et me rendormis. Peut-être une heure et demie ou deux heures après, je me réveillai. Je rallumai la chandelle avec deux allumettes chimiques. Au bout d'une demi-heure environ j'éteignis la chandelle. Je ne la rallumai point depuis et je présume qu'elle peut avoir brûlé une heure et demie ou deux heures pendant la nuit. M. TESSIÉ ne m'adressa la parole qu'une seule fois pour me dire : "Vous devez avoir froid, c'est votre faute ; pourquoi ne voulez-vous pas vous coucher ?" Vers le milieu de la nuit, il me sembla qu'il dormait assez fort. Vers six heures du matin, je me réveillai complètement. Je pris mon panier en disant que j'allais me retirer. M. TESSIÉ renouvela ses propositions en m'offrant de l'argent. Je lui dis de m'en donner d'avance, que je me déciderais après. S'il m'en avait donné, je l'aurais emporté sans faire ce qu'il désirait.


"Il reprit qu'il ne devait pas avoir plus de confiance en moi que je n'en avais en lui. Je lui déclarai que je m'en allais. Eh bien ! allez-vous-en, me dit-il avec colère. Je me dirigeai vers la porte en proférant assez haut des injures contre lui et en le menaçant de le faire connaître pour ce qu'il était. Il me tira par les épaules au moment où j'allais ouvrir la porte, et me frappa de plusieurs coups de poing dans le dos, en me disant : "Tu vas te taire." En même temps, il se plaça contre la porte, et pendant qu'il appuyait la main contre la porte, il m'avait repoussé contre le dossier de son lit. Je saisis de la main droite mon couteau qui était dans le panier. Je portai un coup de ce couteau à M. TESSIÉ sans regarder où je le frappais. Il paraît que je lui ai porté un second coup, puisque le couteau a été retrouvé dans le bras gauche ; mais je ne puis me rappeler comment j'ai fait cette seconde blessure.


"Après avoir reçu ce coup de couteau, M. TESSIÉ m'a porté plusieurs coups de poing assez faibles dans la poitrine. C''est alors que je sentis son sang tout chaud qui jaillissait contre mon bras droit. C'était comme une fontaine. Je me reculai, en lui disant : "Comment vous me frappez !" Il répondit : "Je vous ai frappé, mon ami !" et il se plaça le dos contre la porte. Un instant, après il dit : "Mais c'est moi qui saigne." Puis, il s'écria : "Scélérat, tu m'as assassiné !" A ce moment, il tomba le dos par terre. Il se retourna presque aussitôt, en se soulevant sur ses mains ; mais les mains manquèrent, et il tomba la figure contre le plancher. Le sang coulait en faisant du bruit comme de l'eau qui sort d'une bouteille. Je le pris à bras-le-corps pour essayer de le relever, mais il était trop lourd. En me redressant, j'appuyai contre la porte ma main droite qui était ensanglantée. C'est alors que j'entendis quelqu'un, qui se trouvait dans le couloir, dire : "M. TESSIÉ, vous trouvez-vous mal ? ouvrez." J'ouvris la fenêtre, et je m'élançai dans la rue."


L'instruction a vérifié plusieurs des détails de ce récit. Ainsi, dans la soirée du mercredi, à six heures, un jeune homme ayant la mine d'un ouvrier était venu à l'hôtel demandé TESSIÉ. TESSIÉ étant absent, ce jeune homme avait demandé à lui écrire un mot. Dans ce billet, signé Charles, qui fut retrouvé le surlendemain décacheté, dans la redingote de TESSIÉ. L'inconnu disait qu'il viendrait le même soir, à dix heures et demie. TESSIÉ rentra vers sept heures. Ce fut alors que le billet lui fut remis ; quand il ressortit vers huit heures et demie, il dit à la femme de charge de l'hôtel : "Il doit venir une personne me demander à dix heures ; si je ne suis pas de retour vous la ferez attendre ; je serai toujours rentré avant dix heures et demie". Il rentra définitivement à neuf heures et demie, prit son flambeau et sa clé, et se retira du côté de sa chambre. La femme de charge l'entendit ouvrir et fermer sa porte. A dix heures, Sarrazin et le garçon Baudenent l'entendirent crier, du fond du couloir de la porte cochère : "Le cordon !" Baudenent tira le cordon ; au bout d'une minute on ferma la porte cochère, et aussitôt la porte de TESSIÉ fut poussée.


Cinq minutes après, TESSIÉ vint au bout du couloir, près du bureau qui sert de loge au portier ; il avait la tête nue, il paraissait déshabillé ; il avança la tête seulement, et dit à Baudenent : Garçon, s'il vient quelqu'un me demander, dites que je n'y suis pas, et même que je ne rentrerai pas". Immédiatement après Baudenent entendit pousser la porte de TESSIÉ, comme pour la fermer. Sarrazin, qui venait d'entrer dans sa chambre, crut entendre ensuite TESSIÉ marcher, et bientôt après monter sur son lit. Le lendemain matin, la femme de charge se leva à six heures ; elle alla prendre la clé de la porte cochère dans le bureau, et elle ouvrit la petite porte. Il n'y avait pas de clé en dehors de la porte de TESSIÉ, et son volet était fermé. Les garçons se levèrent à la même heure, et se rendirent dans les divers lieux de la maison. Personne depuis ce moment jusqu'au moment de la catastrophe, n'aurait pu s'introduire du dehors sans être aperçu.

 

 


 

Ici l'accusation démontre l'invraisemblance de la narration de GUÉRIN, qui n'a pas dû croire un instant qu'il eût été sérieusement question d'un travail de serrurerie. D'ailleurs, il paraît certain que GUÉRIN se livrait habituellement à l'infâme débauche à laquelle il prétend avoir résisté.


Tout révèle dans l'instruction qu'il y a eu accord entre GUÉRIN et TESSIÉ, et que, si celui-ci avait demandé de honteuses complaisances, GUÉRIN s'y était prêté. Le débat ne vint que quand il fut question de salaire. Alors GUÉRIN voulut ouvrir le secrétaire dans lequel se trouvait de l'argent. A cette vue, TESSIÉ s'élança vivement de son lit pour défendre sa propriété.


Une lutte s'engagea près de ce meuble et TESSIÉ fut frappé à mort. Ainsi s'expliquent les bruits successifs entendus par Sarrazin à son réveil. La préméditation est écrite dans la précaution que le meurtrier avait eue, en allant à son rendez-vous, de se munir de son panier et surtout dans l'achat du couteau sur le Pont-Neuf.


En conséquence, GUÉRIN est accusé d'avoir, le 29 mars 1838, commis volontairement et avec préméditation un homicide sur la personne de TESSÉ-THARREAU (Gazettes des Tribunaux). (Le Moniteur parisien du 7 juin 1838)


On écrit de Cholet que l'épouvantable crime dont M. Tessié-Tharreau, maire de cette ville, est devenu la victime à Paris, a jeté la consternation parmi ses administrés. Un exprès envoyé d'Angers a apporté pour Mme Tessié une lettre annonçant que son mari était dangereusement malade, et qu'il désirait la voir. Cet exprès savait bien la fatale circonstance, mais il lui était enjoint de garder le silence pour cachet à Mme Tessié une mort affreuse qu'elle ne devait apprendre qu'à Angers, afin qu'on eût le temps de la préparer à connaître la vérité, qui, dite tout à coup, pouvait lui occasionner une douleur funeste. (Courrier des théâtres du 11 avril 1838)

 

 

ASSISES DE LA SEINE
AFFAIRE GUÉRIN
ASSASSINAT DE M. TESSIÉ, MAIRE DE CHOLET
AUDIENCE DU 14 JUIN - PRÉSIDENCE DE M. DELAHAYE.


Le bruit qui a été fait dans les journaux de cette scandaleuse affaire, a, de bonne heure, amené dans le palais de justice une foule de curieux ; et bien qu'on ait annoncé à l'avance que les débats auront lieu à huit-clos, beaucoup de personnes se précipitent dans l'audience, dès que les portes en sont ouvertes. Nous remarquons la même abondance de sergents de ville qu'aux jours des procès politiques. Contre l'ordinaire, il n'y a pas une seule femme dans l'audience.


A dix heures et demie, l'accusé est amené. C'est un tout jeune homme ; sa figure, commune, est animée par des yeux très vifs, qui lui donne une expression ardente et passionnée. Il est l'objet de la curiosité de toute l'assemblée.


Sur une table sont déposées les pièces à conviction, linges, couvertures, draps de lit, et le couteau qui a servi à frapper la victime.


A onze heures : la cour entre en séance, M. Plougoulm, guéri d'une longue maladie, occupe le siège du ministère public.


L'accusé Guérin, interrogé par le président, déclare être âgé de 19 ans ; il est né à Paris. Avant son arrestation, il exerçait chez son père l'état de serrurier.


Après lecture faite de l'acte d'accusation, M. Plougoulm se lève et requiert qu'il plaise à la cour d'ordonner le huis-clos.


Le président. La cour, vu l'article 45 de la charte constitutionnelle, considérant que les débats peuvent être dangereux pour les moeurs, ordonne que les débats auront lieu à huis-clos.


Les huissiers font évacuer la salle.


- La cour d'assises de la Seine a terminé le 15 juin les débats à huis-clos de l'affaire de Jacques Guérin, accusé d'assassinat sur la personne de M. Tessié, maire de Cholet.


Hier soir, à onze heures, l'accusé, déclaré coupable d'homicide volontaire commis avec préméditation, mais avec des circonstances atténuantes, a été condamné à la peine des travaux forcés à perpétuité et à l'exposition.


- On disait ce matin, 16 juin, au Palais, que Guérin qui vient d'être condamné comme assassin de M. Tessié, avait tenté, hier soir, de se suicider, au moment où on le reconduisait en prison, en se jetant précipitamment sur la baïonnette d'un garde municipal, qu'il était parvenu à lui arracher, mais dont il n'a pas eu le temps de faire usage. On ne pense pas que Guérin se pourvoie en cassation. (L'Hermine du 18 juin 1838)
 

L'Hermine du 21 juin 1838 indique que Guérin s'est pourvu en cassation contre le jugement qui le condamne à la peine des travaux forcés à perpétuité et à l'exposition, comme coupable d'assassinat sur les personne de M. Tessié, maire de Cholet.


 

 

 

Cyprien-Marie Tessié de la Motte fut maire de Cholet d'octobre 1830 jusqu'à sa mort survenue à Paris, le 29 mars 1838 si l'on en croit le récit ci-dessus (ou le 31 mars 1838 selon la fiche d'état-civil de Paris).

 

 

Cyprien-Marie était fils de Gilles-Toussaint Tessié de la Motte, bourgeois, et de Françoise-Marie Viger. Il est baptisé aux Rosiers-sur-Loire (49), le 18 mai 1792.

 

 

 

Cyprien-Marie avait épousé à Cholet, le 4 novembre 1815, Victoire-Virginie Tharreau de la Brosse (1796 - 1844), fille de Amable-Jean Tharreau de la Brosse et de Victoire-Marie Revelière.
 

 

De ce mariage sont nés :

 

- Zénobie-Victoire Tessié de la Motte, née aux Rosiers-sur-Loire le 20 octobre 1816 ; décédée au même lieu, le 11 mai 1817 ;
 

- Cyprien-Marie Tessié du Motay, né à Angers (2e arr.), le 6 mars 1818 ; chimiste ; marié avec Anne Bouvard ; décédé à New-York (USA) le 6 juin 1880, à l'âge de 62 ans ;

 

(Le Petit Journal du 11 juin 1880)


- Gonzalve-Anatole-Stéphane Tessié de la Motte, né à Nantes le 4 décembre 1829 ; capitaine de cavalerie ; lieutenant-colonel de la 2e légion de la Garde Nationale ; officier de la Légion d'honneur par décret du 5 mai 1871 ; maire de St-Lambert-la-Potherie ; marié à Angers (1er arr.) le 7 mai 1867 avec Louise-Marie Michelin (1840 - 1885) ; décédé à Angers 2e arr.  le 26 octobre 1883.


 

 

AD49 - Registres d'état-civil des Rosiers-sur-Loire

Archives municipales de Cholet - Registres d'état-civil

 

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