CONDOM (32) - PARIS (75) - PIERRE SALVANDY, PRÊTRE (1748 - 1828)
Charles Salvandy, avocat à Condom, qui avait épousé Anne-Marie Drouillard, acquit un petit domaine à Maignaut, proche de Valence-sur-Baïse.
Le cadet de ses fils, Pierre, né à Condom le 22 mai 1748, s'orienta vers l'état ecclésiastique. D'après une épitaphe, qu'il composa lui-même en 1786, il aurait passé quelque temps dans un couvent et aurait ensuite porté les armes avant de recevoir l'ordination. Tonsuré à Toulouse en 1772 par l'évêque de Mirepoix, il reçut les ordres mineurs à Auch, fut nommé en 1773 sous-diacre à Lombez, puis diacre à Auch, et fut ordonné prêtre en décembre de la même année.
Nommé vicaire à Mézin en 1774, puis à Saint-Pierre de Condom en 1775, il devint curé de Castelnau-sur-l'Auvignon en 1779. Comme beaucoup de prêtres du siècle des lumières, il se laissa gagner par les idées nouvelles et s'affilia à la loge maçonnique de Condom en 1783.
Ayant accepté la constitution civile du clergé, Pierre Salvandy fut promu, en juin 1791, membre du Conseil épiscopal et grand vicaire de l'évêque constitutionnel Paul-Benoît Barthe. Celui-ci s'était affirmé farouche gallican et partisan des doctrines exprimées par les philosophes. Dès que Mgr de La Tour du Pin s'exila en Espagne et fut considéré comme démissionnaire, Barthe, doyen de la Faculté de Théologie de Toulouse, fut élu évêque constitutionnel du Gers. Institué par Talleyrand, sacré par Jean-Pierre Saurine, évêque des Landes, il prit possession de sa cathédrale en avril et organisa son Conseil épiscopal. Se classant, comme Le Coz et Grégoire, parmi les doctrinaires, il fut dénoncé par la Société montagnarde et incarcéré sous la Convention.
Pierre Salvandy, qui assurait alors le service de Scieurac depuis mai 1792, renonça à la prêtrise à l'automne 1793. En vertu d'un arrêté du représentant du peuple Pierre Dartigoeÿte, l'administration du district le nomma, en mars 1794, commissaire pour le recensement des grains dans le canton de Condom. Il préside à Béraut, près de Condom, dans le temple de la Raison, une réunion au cours de laquelle il reçoit le serment constitutionnel prononcé par la municipalité, nouvellement épurée. Mais, en mai 1794, il est accusé d'être l'auteur d'une motion outrageante pour la Représentation nationale, votée par la Société populaire de Condom. Arrêté le 16 juin, il est remis en liberté, après enquête, et obtient un certificat de civisme en août.
Le 2 septembre 1794, le mariage de Pierre Salvandy, "cultivateur", âgé de 46 ans, domicilié à Condom, avec Jeanne-Marie Goudin, habitant avec ses parents à Peyrusse-Massas, au nord d'Auch, est publié à Condom. L'acte est signé à Toulouse (Saint-Sernin) le 9 septembre 1794.
L'épouse de Pierre Salvandy, née à La Sauvetat, près de Fleurance, en juin 1757, était fille de Pierre Goudin, seigneur de Lestanque et de Peyrusse-Massas, et de Pétronille Morlan, appartenait à une famille anoblie. La branche cadette est celle de Jean Morlan, bourgeois de Saint-Puy, époux de Pétronille Cavalié ...
Élevée à La Sauvetat, une des résidences des Goudin, Jeanne-Marie se destina à la vie religieuse. Elle devint clarisse ou plus exactement dominicaine de Prouillan, ordre fondé au XVIe siècle, à Notre-Dame de Prouille, dans l'archevêché de Toulouse, qui finit par se livrer à l'enseignement.
Les commotions révolutionnaires bouleversèrent son existence et, à l'âge de 37 ans, en septembre 1794, elle contractait mariage. Robespierre était tombé, mais les thermidoriens manifestaient une vive hostilité à l'égard des croyances. En juillet 1793, l'évêque Barthe fut destitué. Des prêtres : Boubée, Jean-François Soubdès, furent arrêtés. Pierre Salvandy avait déjà été inquiété. Le mariage pouvait le sauver, ainsi que le recommandait Dartigoeÿte. Il fut célébré à Toulouse, en septembre 1794, par Jacques-Hyacinthe Borrel, employé à la commune, en présence d'un conducteur général, et de deux gardes d'artillerie.
Pierre Salvandy vendit, en décembre 1794, moyennant 400 livres, une maison qu'il avait fait construire sur un "vacant" contigu au presbytère de Castelnau-sur-l'Auvignon, son ancienne paroisse. Le ménage revint à Condom. Il figure sur les états de pensionnaires ecclésiastiques domiciliés dans le district de Condom. Quant à la "citoyenne Salvandy", elle remplit les fonctions d'institutrice publique, probablement au collège de Condom.
Le 11 juin 1795, naissait un fils. Le 24 prairial de l'an III de la République Française, une et indivisible, comparaissaient à la Maison commune de Condom "le citoyen Salvandi Lagravère, cultivateur, âgé de 47 ans, domicilié sur la Section Égalité" ; le citoyen Joseph Cadeilhan, éperonnier, Section Liberté ; Paul Cazeneuve, coutelier, Section Unité. Pierre Salvandi a déclaré que son épouse en légitime mariage a accouché la veille au soir "d'un enfant mâle qu'il m'a présenté et auquel il a donné le prénom de Narcisse. Tous ont signé l'acte d'état-civil". Il recevait un prénom à la mode, peut-être depuis la comédie de Jean-Jacques Rousseau, "Narcisse ou l'amant de lui-même", dans laquelle ce prénom désigne un être fat et prétentieux.
L'enfant ne fut baptisé que le 11 décembre 1795 avec les prénoms de Antoine-Nicolas-Narcisse et le nom de Salvandy-Lagravère. Le parrain fut Antoine-Nicolas Daunassans, la marraine Jeanne-Pélagie Daunassans. Le prénom, Achille, utilisé par Salvandy, ne figure ni à l'état-civil, ni sur le registre de baptême de l'Église Saint-Michel de Condom. L'acte de baptême, qui n'est pas signé, a été écrit par Jean-Baptiste Cluzet, un prêtre de la génération de Pierre Salvandy.
Au début du Directoire, laissant l'enfant en nourrice, le ménage Salvandy gagna Paris dans l'espoir de découvrir des ressources. Ornant de leur mobilier un hôtel du faubourg Saint-Germain, construit par les Carmes au XVIIIe siècle, ils ouvrirent une pension 18, rue Cassette. Cette rue, riche en immeubles classiques, devait son nom à l'hôtel de Cassel ; elle s'étendait jusqu'à la rue du Vieux Colombier, la rue de Rennes n'ayant été percée qu'en 1866. Là habitaient le consul Lebrun et le jeune Montalembert. La pension bourgeoise recueillit, à sa table d'hôtes, des nobles ruinés. Bien située, la maison fut achetée par Narcisse Salvandy, qui ne la quitta jamais, même quand il fut ministre.
La naissance est déjà un ensemble de déterminations et de prédestinations. Celle de Salvandy caractérise les temps troublés de la crise révolutionnaires. Il connut la pauvreté ; il avoue dans ses souvenirs :
"Ma situation a changé plus que ma fortune ; ce contraste est une gêne perpétuelle qui, réunissant les inconvénients des deux états, au fond de l'âme, me fait regretter mes honneurs plus que ma pauvreté."
Une réflexion de son Journal de 1817 laisse supposer que la passion du jeu fit des "ravages" dans sa famille. Son père hanta, régulièrement le café Procope, où il retrouvait des habitués se souvenant de la "douceur de vivre". Pierre Salvandy faisait sa partie de dominos. Il coula une vieillesse calme et les contemporains parlent peu de lui. Quand il mourut en mai 1828, âgé de 80 ans, le comte Apponyi, ambassadeur d'Autriche, nota dans ses mémoires :
"M. de Salvandy, père, vient de succomber, à ce qu'on dit, dans les bras de notre sainte religion, qu'il avait un tant soit peu oubliée pendant sa vie. Veuf après 13 ou 14 ans de mariage, il ne se remaria plus, il a vécu en garçon jusqu'au moment de sa mort et était devenu d'une dévotion extrême."
On est surpris de la mention erronée d'un veuvage qui serait survenu vers 1808 ... En revanche, l'ambassadeur laisse échapper une des rares allusions au passé du curé de Castelnau ...
Quant à la mère de Salvandy, plus jeune, elle fut l'élément actif du ménage. Son caractère paraît autoritaire : adolescent, Narcisse se lasse de ses conversations et de ses recommandations. Les amis de Salvandy n'apprécient guère cette maîtresse de maison entreprenante et pointilleuse. Gédéon de Marcombe, quittant un appartement loué par Mme Salvandy en août 1816, écrit : "Ses procédés à notre égard, particulièrement à celui de ma soeur, n'ont pas toujours été très délicats, ni très honnêtes. Il paraît qu'elle juge les autres d'après elle." Elle avait manifesté sa joie quand Marcombe lui avait annoncé son départ.
PIERRE SALVANDY est décédé à Paris, le 7 mai 1828, à l'âge de 79 ans.
Jeanne-Marie Goudin est également décédée à Paris, le 22 mars 1846, à l'âge de 91 ans.
Le comte Antoine-Nicolas-Narcisse Salvandy (1795 - 1856) fut académicien, député, diplomate et ministre de l'instruction publique sous la Restauration et sous Louis-Philippe.
Distinctions : chevalier (29 décembre 1815), officier (15 juin 1829), commandeur (20 février 1836), grand-officier (10 mars 1829), grand-croix de la Légion d’honneur (19 octobre 1843).
Salvandy en son temps 1795 - 1856 par Louis Trenard - 1968.
Les familles titrées et anoblies au XIXe siècle : Titres et confirmations de titres. Monarchie de Juillet - 2e République - 2e Empire - 3e République / 1830/1908 / par le Vte A. Révérend - 1ère partie - 1909 - pp. 130 et 131.
AD32 - Registres paroissiaux de Condom.
Archives Municipales de Toulouse - Registres d'état-civil de la paroisse de Saint-Sernin.