BRIVE-LA-GAILLARDE (19) - GIRONVILLE (77) - COLONEL ANTOINE LAGORSSE, GEÔLIER DU PAPE PIE VII - (1770 - 1842)
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Fils de Guillaume Lagorsse, bourgeois et marchand, et de Jeanne Maurioles, Antoine est né à Brive-la-Gaillarde (Corrèze), paroisse Saint-Martin, le 30 septembre 1770 et a été baptisé le 1er octobre suivant.
Antoine Lagorsse était un religieux doctrinaire de 22 ans lorsqu'il quitta le froc pour s'engager en 1792 au 2e bataillon de volontaires de la Haute-Vienne qu'il va rejoindre à Villers-Cotterets, où celui-ci tient garnison.
Sergent, il fait campagne avec lui à l'armée du Nord et en mars 1793 est affecté aux grenadiers du bataillon de Loir-et-Cher, chargé de mater l'insurrection vendéenne, ce qui lui vaut une blessure au combat des Herbiers.
En octobre 1795, Lagorsse est nommé capitaine en qualité d'aide de camp du général Laquet, dit Détang, un normand qui commande une brigade à l'armée de Sambre-et-Meuse.
Après cette campagne, il se retire à Brive, ayant été mis en congé en mai 1797.
L'année suivante, il entre comme capitaine dans la gendarmerie. Dix années de services appréciés le font choisir par l'Empereur pour servir dans le même grade dans la gendarmerie d'Élite de la Garde Impériale, les "Immortels", qui veillent à la sûreté personnelle de Napoléon.
Lagorsse le suit en Espagne et est aussi à ses côtés pendant la campagne d'Autriche en 1809 ; il est dans Vienne illuminée, après la victoire de Wagram, à la garde du palais de Schoenbrünn, où travaille son maître. (Limousin, voici tes fils : 1791 - 1815 par Jules Tintou).
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Un événement historique d'une portée considérable vient donner un cours imprévu à sa carrière militaire.
Le pape Pie VII, après avoir été dépossédé de ses états, réunis à l'Empire français, était détenu à Savone depuis 1809 lorsque le 11 janvier 1811, Lagorsse reçoit ordre de Napoléon de partir sans délai pour cette ville : il doit y assurer la surveillance du Saint Père, avec le titre de commandant du Palais, résidence du Pape.
En 1812, toujours par ordre de l'Empereur, il est chargé d'exécuter son transfert de Savone à Fontainebleau.
Lagorsse s'acquitte de son rôle ingrat avec assez de bonheur pour gagner l'amitié du pontife : il a toujours pour lui les attentions les plus déférentes tout en satisfaisant aux exigences de Napoléon, qui lui prouve sa satisfaction en le nommant chef de bataillon de gendarmerie d'Élite le 25 janvier 1813 et adjudant du Palais, ce qui lui donne rang de colonel ...
En janvier 1814, Napoléon donne l'ordre à Lagorsse de reconduire le Pape à Savone. (extrait : Limousin, voici tes fils : 1791 - 1815 par Jules Tintou).
Quand le Pape quitta Fontainebleau pour se rendre à Rome, on recommanda à M. Lagorsse d'éviter le séjour des grandes villes. Aussi, au lieu de prendre la route directe, il fit passer Pie VII par Limoges, Brives, Montauban, Carcassonne, Castelnaudary et Montpellier. "M. Lagorsse, qui ne paraît pas, d'ailleurs, dit M. d'Haussonville, avoir jamais manqué d'égards pour le Pape, tint à honneur de le faire arrêter dans une petite propriété qui lui appartenait dans le Limousin, et lui présenta à bénir toute sa famille".
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De son côté, le Pape, lorsqu'il fut rentré dans ses États, et qu'il dût se séparer de M. Lagorsse, dont la mission était accomplie, ne voulut pas être en reste avec le colonel, et pour lui marquer sa reconnaissance des égards qu'il n'avait cessé de lui témoigner depuis son départ de Savone, lui fit don de sa voiture et d'une excellente jument blanche appelée Cocotte. M. Lagorsse eut toujours le plus grand soin de cette jument, qu'il conserva toute sa vie.
Après la mort du colonel, sa veuve vendit la jument de Pie VII à un meunier des environs de Montargis, qui lui faisait faire, à charge, huit lieues par jour. A ce rude et pénible service, l'infortunée Cocotte ne pouvait résister longtemps, et elle ne tarda pas à succomber.
Ces détails familiers et tout intimes, nous ont été communiqués en 1871 - 1872, par le vieux et fidèle Caleb de M. et Mme Lagorsse, alors âgé de 93 ans, bien renté par ses maîtres, et qui les assista tous deux tour à tour, avec un entier dévouement, dans leurs derniers moments.
Lagorsse fut fait Chevalier de la Légion-d'honneur le 4 mai 1810, et Officier, le 25 janvier 1813.
En janvier 1815, Louis XVIII le fait Chevalier de Saint-Louis. (L'éclaireur du dimanche du 11 octobre 1925)
Maire de Gironville entre 1825 et 1842, année de sa mort.
M. d'Arneuville, maire de Fontainebleau, étant mort en 1823, sa femme en 1824, M. Lagorsse dût prendre possession du château et de la terre de Gironville en 1823 ou 1824. - Le domaine de Gironville était un immeuble propre à Mme Lagorsse, qui le recueillit dans la succession de son père, M. d'Arneuville, lequel en était précédemment possesseur.
M. Lagorsse devenu propriétaire des trois quarts du territoire de Gironville, le premier par sa fortune et par sa capacité, par sa position (malgré ses antécédents bonapartistes, dont il sut assez facilement s'affranchir), du reste, par son séjour continu à la campagne, au milieu d'une petite commune de 280 à 300 habitants à peine, - tous petits vignerons pauvres et ignorants, - devait forcément accepter les fonctions de maire, auxquelles il était désigné d'avance par le voeu unanime de la population de Gironville.
M. Lagorsse, comme tout militaire, prit ses fonctions de maire au sérieux. De 1825 au 8 novembre 1842 (il mourut le 11 novembre 1842), il a pris la peine d'inscrire lui-même, sans interruption, tous les actes de mariage, naissance et décès concernant les habitants de sa commune.
Un maire semblable, qui ne s'en rapportait qu'à lui, devait naturellement tenir en médiocre estime l'avis de ses conseillers municipaux sur lesquels, du reste, pour le plus grand bien de sa commune et de son administration, il exerçait, dit-on, un pouvoir absolu. A la fois militaire et bureaucrate, comme tous ceux qui ont passé leur carrière dans les affaires et la haute administration, et qui ne ménagent ni leur temps ni leur écriture, il était d'une exactitude irréprochable, d'une ponctualité extrême, et un peu paperassier.
Faisant valoir lui-même sa ferme, surveillant sa domesticité, sa basse-cour, l'emblavement de ses terres, la rentrée, la vente de ses récoltes, le colonel Lagorsse, quoique retiré à la campagne, menait une vie active et suffisamment occupée. Maire et secrétaire de mairie, en même temps, aucun détail ne lui échappait. Des visites dans les environs, chez des amis dévoués et bien choisis, composaient, avec la chasse, sa principale distraction. (Bulletin de la Société d'archéologie, sciences, lettres et d'histoire de Seine-et-Marne du 1er janvier 1873)
Le colonel Antoine Lagorsse est décédé à Gironville, le 11 novembre 1842, à l'âge de 71 ans.
Obsèques du colonel
Le jeudi 17 novembre ont eu lieu les obsèques du colonel Lagorsse, maire de Gironville, officier de la Légion d'honneur, membre du conseil général du département.
Une attaque d'apoplexie l'avait enlevé le 11 de ce mois à l'affection de ses amis.
Malgré le mauvais temps, le cortège était nombreux accourus de toutes parts, de Paris, de Fontainebleau, de Château-Landon, de Beaumont, des magistrats, des maires, des avocats, des médecins, d'anciens militaires, étaient venus se joindre à la population entière de Gironville.
Au moment où le corps fut descendu dans le caveau destiné à sa sépulture, M. Marbeau, adjoint au maire du premier arrondissement de Paris, a prononcé d'une voix émue le discours suivant :
"Habitants de Gironville, pleurez !
Pleurez votre meilleur ami, votre bienfaiteur, votre appui !
Votre excellent maire n'est plus ! il ne défendra plus vos intérêts dans les conseils du département ; il ne pourra plus maintenir l'union parmi vous ; il n'apportera plus des secours aux pauvres, aux malades, ni des consolations aux affligés ! Vous n'entendrez plus cette voix que vous aimiez et que vous respectiez comme la voix d'un père ! Mais sa mémoire vivra parmi vous, et vos enfants apprendront, dans l'école fondée par ses soins, à bénir le nom du colonel Lagorsse.
Vos chemins améliorés, le cadastre fait de sa propre main, le presbytère et l'église restaurés, tout vous rappellera ses bienfaits, et vos larmes prouvent à ses amis accourus de tous côtés, que ses bienfaits ne sont pas tombés sur des ingrats.
La mort d'un homme de bien, d'un homme de cette valeur, est un malheur public. Le canton de Château-Landon, qui l'envoya par ses suffrages unanimes au conseil général, a fait, comme vous, une perte immense ; l'arrondissement de Fontainebleau n'a pas oublié ses efforts pour le dégrèvement des impôts ; le conseil général de Seine-et-Marne se souvient du concours utile de celui qui fut plusieurs fois son secrétaire ; Brive, sa patrie d'origine, comme cette contrée fut sa patrie d'adoption, va pleurer un de ses enfants les plus honorables ; le Roi perd un sujet dévoué, le pays d'un de ses meilleurs citoyens, un de ses plus braves défenseurs, qui, parti en 1792 comme simple volontaire, avait gagné ses épaulettes de colonel à travers dix campagnes.
Et nous, ses compatriotes, ses amis, nous pleurons l'homme de bien, le savant modeste, le modèle des amis.
Hélas ! que dire de sa digne compagne dont il emporte le bonheur pour toujours !
Nous savons tous que c'est le premier chagrin que lui ait causé son cher Auguste ... Fasse le ciel, pour vous et pour nous, que ce chagrin ne soit pas mortel ! Adieu, cher colonel, jouis dans le ciel de la récompense de tout le bien que tu as fait sur la terre ! ... Adieu !" (l'Abeille de Fontainebleau du 20 novembre 1842)
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Le colonel, sorti des ordres, avait divorcé d'une première union avec Marie-Catherine-Louise Martin. Ce mariage avait eu lieu à Perpignan, le 29 frimaire an IX (20 décembre 1800). Âgé de 30 ans, son épouse était mineure, elle avait 16 ans 8 mois, et était née à Perpignan, le 22 avril 1784, fille de Pierre, négociant, et de Marie Fanier (?). Elle se remaria en 1818 à Perpignan.
Sa situation sociale et militaire fut assez bonne pour lui permettre d'épouser, par contrat de mariage du 18 août 1814, Adélaïde-Louise-Alexandrine Dubois d'Arneuville, fille de Louis-Victor et d'Adélaïde-Jeanne-Élisabeth Corby, née à Fontainebleau, le 17 août 1790, peut-être à Paris (9e arr.) le 20 août 1814. (Bulletin de la Société d'archéologie, sciences, lettres et d'histoire de Seine-et-Marne du 1er janvier)
Le père d'Adélaïde, chevalier de la légion d'honneur, ancien maire de Fontainebleau est décédé le 1er juillet 1823, à l'âge de 69 ans.
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Mme Lagorsse survécut à son mari, et mourut 17 ans plus tard, à Fontainebleau, le 14 septembre 1859. Tant que vécut M. Lagorsse, les deux époux habitèrent Gironville presque toute l'année. Devenue veuve, Mme Lagorsse, qui préférait la résidence de Fontainebleau, son pays natal, y séjournait neuf mois environ de l'année, ne passant à Gironville que la saison d'été.
Par testament, en date du 30 décembre 1847, déposé pour minute en l'étude de Me Gaultry, notaire à Fontainebleau, le 20 septembre 1859, Mme veuve Lagorsse a fait en faveur de l'hospice du Mont-Pierreux, de Fontainebleau, les dispositions suivantes, dont le décompte exact, ci-après reproduit, nous a été obligeamment communiqué par M. Julliot, économe de l'hospice.
Chiffre exact des sommes données à l'hospice.
Après prélèvement des legs particuliers qui étaient nombreux et s'élevaient à une somme importante, il est resté libre pour la fondation de la maternité, une somme de 120.790 fr. qui a reçu l'emploi suivant :
- Pour l'édification des bâtiments et dépendances : 33.786,69
- Pour le matériel et les objets mobiliers de toute nature, nécessaires au service de l'établissement : 9.871,06
- Pour la conversion en f. 3.000 de rente 3 % sur l'État, afin de former le fonds de dotation de l'établissement : 70.237,15
- Employé 3.649 fr. 45 à l'acquisition de 163 fr. de rente 3 %, capitalisés chaque année, et fournir somme suffisante pour la fondation et l'entretien d'un lit pour vieillard-femme, au nom de Mme Lagorsse-d'Arneuville : 3.649,45
- Employé 3.244 fr. 65 à l'achat de 140 fr. de rente 3 % destinés à être capitalisés dans les mêmes conditions que ci-dessus, pour la fondation d'un lit de vieillard-homme : 3.244,65
TOTAL égal : 120.790.
Lorsqu'elle a eu connaissance de ces importantes libéralités faites à la ville de Fontainebleau, la commune de Gironville s'est à bon droit étonnée d'avoir été oubliée dans le testament de Mme Lagorsse qui, par elle et par sa famille, a possédé patrimonialement, durant un demi-siècle, le château et la terre de Gironville. (l'Abeille de Fontainebleau du 8 mars 1895)
Mme Lagorsse, fille de M. Dubois-d'Arneuville, ancien maire de Fontainebleau, descendait par son père d'Ambroise Bosschaert dit Dubois (1719 - 1793), le célèbre peintre de Henri IV et Louis XIII, l'auteur des peintures sur les amours de Théagène et de Chariclée, ornant, au palais de Fontainebleau, la chambre à coucher de Marie de Médicis, où naquit Louis XIII. (l'Abeille de Fontainebleau du 31 janvier 1895)
Ce monument funéraire est sorti des ateliers de Moncourt et fut construit en grès de Fontainebleau.
Chacun des quatre côtés porte une inscription séparée :
La 1ère. - Ci gît Du Bois d'Arneuville, chevalier de la Légion d'honneur, ancien maire de Fontainebleau, décédé le 5 juin 1823, à l'âge de 69 ans.
La 2ème. - Ci gît dame Adélaïde-Jeanne-Élisabeth Corby, épouse de M. Du Bois d'Arneuville, décédée le 15 mars 1824, à l'âge de 67 ans.
La 3ème. - Ci gît Antoine Lagorsse, colonel de cavalerie, officier de la Légion d'honneur, chevalier de Saint-Louis, membre du Conseil général de Seine-et-Marne, décédé le 11 novembre 1842, à l'âge de 72 ans.
La 4ème. - Ci gît dame Adélaïde-Louise-Alexandrine Du Bois d'Arneuville, veuve de M. Antoine Lagorsse, décédée à Fontainebleau, le 14 septembre 1859, à l'âge de 69 ans. - Priez Dieu pour elle.
Archives municipales de Brive-la-Gaillarde - Registres paroissiaux
AD77 - Registres d'état-civil de Gironville
Portrait : Collections-ressources du château de Fontainebleau
Photos tombe : Site de la commune de Gironville
Pape Pie VII (1742 - 1823) par Thomas Lawrence - 1819
Déportations de prêtres sous le premier empire ... de Jean Destrem
AD66 - Registres d'état-civil de Perpignan
Base Leonore : LH//1441/86.