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La Maraîchine Normande
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16 juin 2024

ST-JEAN-D'ANGELY (17) - LES DEMOISELLES LABOSSAY

LES DEMOISELLES LABOSSAY

 

 

Les trois demoiselles Labossay, marchandes dans la rue de l'Horloge, à Saint-Jean-d'Angély, ont vu s'écouler plus de soixante ans au milieu des habitants de cette ville ; leur souvenir s'est probablement moins effacé que celui de beaucoup de personnes qui se regardaient au-dessus d'elles  par les avantages de la naissance et de la fortune.

 


Leur père, Jacques, était marchand. Leur frère suivit dans l'émigration un gentilhomme de la province, et débarqua avec lui, en 1795, à Quiberon. Son maître fut fait prisonnier, condamné à mort et fusillé. Le jeune Labossay, également arrêté, allait subir le même sort lorsqu'il fut, heureusement pour lui, reconnu par un soldat républicain de Saint-Jean-d'Angély. Celui-ci, touché de compassion pour son infortuné compatriote, lui procura les moyens de s'évader. Le fugitif se retira à Nantes, où il ne tarda pas à mourir d'une maladie épidémique, produite par l'entassement des prisonniers vendéens dans cette ville, quoiqu'on en fit périr chaque jour par centaines. Nous ignorons le nom de l'homme sensible et généreux, qui a fait cette belle action dans un temps où la mort planait sur toutes les têtes et où le moindre soupçon conduisait à l'échafaud.

 


Les trois demoiselles Labossay s'associèrent pour leur commerce en blanc, en toiles et autres marchandises dont le détail ici serait inutile. La plus intime union régnait entre elles. Leur bourse était commune, de même que leurs espérances, leurs craintes, leurs plaisirs et leurs peines. Il est probable qu'elles repoussèrent des propositions de mariage, étant décidées à ne pas se séparer. Leur piété était si connue qu'elle inspirait une confiance absolue aux acheteurs. Leur commerce augmentait journellement, et il est juste de dire que leurs comptes étaient tenus avec une si scrupuleuse exactitude qu'aucune observation ne leur a jamais été faite sur la moindre irrégularité de chiffres ou le prix trop élevé de leurs marchandises. Ces demoiselles avaient eu l'heureuse idée d'établir chez elles un lieu de travail pour la couture et la broderie. De jeunes personnes allaient y confectionner des chemises et divers ouvrages qui étaient vendus au compte de la maison. Il serait difficile de dire au juste les conditions auxquelles les demoiselles de la ville étaient admises à ces travaux mais elles ne leur étaient nullement onéreuses. Ce mode d'apprentissage ou de perfectionnement n'a plus eu lieu dès que les directrices ont cessé de s'en occuper.

 


C'était chez elles que les dames allaient chercher des renseignements certains sur des ouvrières ou des servantes de confiance ; c'était près d'elles que de jeunes parentes trouvaient un appui, et les malheureux des consolations et des secours. Elle faisaient partie de toutes les associations pieuses, et elles recevaient avec respect et satisfaction M. le curé et d'autres ecclésiastiques qui rendaient justice à leur entier dévouement aux intérêts de la religion.

 


Mgr Paillou, évêque de La Rochelle, les honorait de ses visites et y retrouvait leur tante, Mlle Chevreux, qu'il avait vue autrefois à Fontenay, et pour laquelle elles ont eu jusqu'à sa mort les tendres d'une piété filiale.

 


L'aînée se faisait appeler BOSSAYTE ; la cadette, SECONDE, et la troisième URSULE. Après de longues années de travaux couronnés de succès, récompense de leur intelligence et de leur sévère probité, ces trois soeurs sentirent le besoin de jouir du repos auquel elles avaient droit, et elles cédèrent leur commerce aux demoiselles Clément, bien dignes de les remplacer. Elles achetèrent une maison dans la rue des Bancs, se plurent à la rebâtir en partie, à l'embellir, et, jouissant d'une fortune en rapport avec la modération de leurs désirs, elle commencèrent à y couler des jours paisibles. C'est en ce moment de calme et de bonheur que les liens les plus chers de l'amitié furent brisés par la main de la mort.

 

 

Mlle Labossay aînée, Marie-Luce, qui dirigeait ce petit gynécée et qui était réellement supérieure à ses soeurs, leur fut enlevée le 26 mars 1843 (73 ans), et cette perte irréparable jeta pour toujours un voile de deuil sur celles qui lui survivaient.

 

Mlle Seconde (Anne) mourut le 6 janvier 1848 (78 ans), et Mlle Ursule (Marie-Ursule), le 6 avril 1851 (79 ans).

 


L'union touchante de ces trois respectables soeurs, leurs douces et modestes vertus ne doivent pas être oubliées des habitants de Saint-Jean-d'Angely et elles méritent un souvenir, celles qui n'ont vécu que pour faire le bien, rendre des services et ont acquis par la pratique rigoureuse de leurs devoirs l'estime des personnes de toutes les classes de la société, après avoir eu constamment leur plus ferme espoir dans la miséricorde divine.

 

 

 

Chroniques saintongeaises et aunisiennes - par Hippolyte d'Aussy - Saintes - 1837

AD17 - Registres d'état-civil de Saint-Jean-d'Angély

 

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