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La Maraîchine Normande
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23 juin 2024

CUSSEY-SUR-L'OGNON (25) - L'ABBÉ GABRIEL BOURGOIN (1754 - 1826)

 

Fils de Gabriel et de Marie-Anne Bassiney, Gabriel Bourgoin naquit à Cussey-sur-l'Ognon, diocèse de Besançon, le 21 février 1754.

 


Il fut d'abord vicaire de Chemaudin, puis vicaire d'Auxonne. Il s'y distingua comme prédicateur.


Hostile au serment, il fut contraint de se cacher et trouva un gîte à Pont-de-Pierre, chez Pierre Robardet ; pourchassé, il se réfugia à Menotey. Au temps de Paques 1791, une troupe de gens armés de fourches, de sabres et de bâtons venant d'Auxonne firent irruption dans le village où le pauvre vicaire accueillait volontiers les personnes qui voulaient s'adresser à lui pour l'accomplissement du devoir pascal. Le maire de Menotey déclara à la bande d'énergumènes qui réclamaient à cors et à cris le malheureux Bourgoin que la commune n'avait qu'à se louer de lui. Toutefois le vicaire d'Auxonne fut contraint devant les menaces de s'en aller plus loin. Il erra çà et là et arriva à Besançon.

 


Dans l'été 1792, il se retira au Chauffaud, commune de Villers-le-Lac. Là, encore on le persécuta. Apprenant que les patriotes allaient assiéger son refuge et parlaient déjà de l'égorger, il se hâta de franchir les deux pas qui le séparait de la frontière du canton de Neuchâtel, au bout de deux jours, pensant que le péril était passé, il rentrait dans son gîte.


Le maire de Villers apprenant ce retour le somma de s'en aller. Août 1792, alors sans prendre de passeport, Bourgoin se rendit à Cressier, où il resta pendant la Terreur. Il y fit partie d'une petite communauté très édifiante de prêtres français déportés.


En l'an III, il crut pouvoir rentrer en France, mais il fut arrêté près de Besançon et on ordonna son transfert à Dijon. Est-ce par hasard ou par un raffinement de goujaterie qu'on lui adjoignit comme compagnon un émigré et deux filles de mauvaise vie ? Bref, ainsi accompagné et escorté de gendarmes, il arrive jusqu'à Grand-Fontaine. Mais la nouvelle du passage d'un prêtre fidèle, et dès lors arrêté, s'était répandue dans la contrée. Entre Grandfontaine et Chevigney, cinq à six cents personnes surgirent soudain. Elles arrachèrent Bourgoin des mains des gendarmes. Ainsi libéré le vicaire repartit en Suisse mais revint peu après s'installer à Cressey.


Voici d'après Sauzay, une version plus explicite de ces événements :


Dans la soirée du 25 avril 1795, la municipalité d'Onans, district de Baume, requit le lieutenant de la garde nationale de faire des perquisitions chez des particuliers accusés de donner asile à des insermentés. La visite domiciliaire pratiquée chez J.B. Bernardin, négociant et cultivateur, amena la saisie de Gabriel Bourgoin qu'on y trouva malade et alité et qui déclara être depuis quinze jours sur le territoire de la République ... Le proscrit et son hôte furent conduits par les gardes nationaux devant le juge de paix. Celui-ci commença par faire fouiller le prêtre ; on trouva sur lui un calice avec sa patène et une boîte à onctions, un amict, deux petits livres, un portefeuille en drap renfermant sept purificatoires et une bourse contenant quelques pièces de monnaie. Bernardin fut relâché bientôt, comme ayant ignoré la qualité de celui qu'il avait reçu chez lui ; quant à G. Bourgoin, il fut maintenu dans les prisons de Baume, puis transféré à Besançon. Comme il résidait à Auxonne en qualité de vicaire et que c'est là qu'il avait eu son dernier domicile connu, on jugea que le seul tribunal compétent pour le juger était celui de la Côte-d'Or. Les administrateurs du Doubs le firent donc conduire à Dijon le 5 mai 1795.

Quatre gendarmes accompagnaient le convoi composé d'un prévenu d'émigration, de sept prisonniers de guerre et de deux filles libertines ; Bourgoin et Vittet, l'émigré, avaient le privilège d'avoir menottes et chaînes. A St-Vit, la brigade d'Égalité fournit encore deux gendarmes de renfort. Étant arrivés à la hauteur des bois de Chemaudin, et de Grandfontaine, les gendarmes virent sortir de cette forêt, venant à grande course, environ cinquante hommes, armés de pierres, de bâtons, de perches, de sabres et des haches, la plupart habillés en femmes. Ils entourèrent les gendarmes en criant : "Au nom de Dieu, rendez-nous notre ministre, bas les armes ou nous vous tuons !"


Le procès-verbal dressé par la maréchaussée continue en ces termes :


A quoi nous avons tous répondu en mettant le sabre à la main et en leur disant de se retirer eux-mêmes, et à l'instant, nous nous sommes trouvés assaillis de tous côtés, de coups de pierres, de sabres et de bâtons. Alors tant pour conserver nos prisonniers que pour la sûreté de nos vies, nous nous sommes vus forcés de frapper à coups de sabres indistinctement sur tout ce qui nous attaquait. Nous avons blessé grièvement cinq ou six de ces séditieux dont un a laissé sur le champ de bataille son poignet qui se trouve entre nos mains (sic). Le prêtre a reçu un coup de sabre sur la tête, et nous tous composant l'escorte nous avons été blessés de coups de triques et de pierres. Nos chevaux sont aussi blessés. 


Pendant cette bataille, le prêtre Bourgoin qui était tombé du coup de sabre qu'il avait reçu, a été, quoique enchaîne avec l'autre émigré, entraîné par une multitude dans la forêt de Chemaudin où les prisonniers étrangers se sont également enfuis. Nous n'avons pu aller chercher nos prisonniers dans le bois où le nombre paraissait s'être encore accru de sorte que, jusqu'à trois fois, il en est sorti un groupe d'environ cent individus qui venaient nous charger à coups de pierres et de triques. Malgré cela, nous avons conservé les paquets et les pièces de la procédure. Un parapluie, une chemise, trois mouchoirs et une paire de bas dont le prêtre Bourgoin avait fait remise au gendarme Guignard pour les transporter sur son cheval, sont aussi restés entre nos mains.


Ainsi rendu à la liberté, Bourgoin continua son dangereux et laborieux ministère sous le nom de guerre Michel.


Après le 18 fructidor, de véritables battues furent organisées par Quirot, commissaire du département.


Un détachement de huit hommes fut lancé contre Auxon-Dessous et y trouva G. Bourgoin qui fut amené dans la maison d'arrêt de Besançon et interrogé par le juge de paix. Il fut de nouveau ordonné de transférer le prisonnier au lieu de sa dernière résidence soit en Côte-d'Or. Cette fois-ci, il ne put être délivré et parvint à Dijon.


Le cas de Bourgoin n'était pas sans intérêt, son nom ne figurait pas sur la liste des émigrés, mais par son aveu il disait s'être déporté en Suisse et être rentré en France. Après le 18 fructidor, il avait pris au chef-lieu du canton à Bonnay, 5e jour complémentaire) un passeport pour se déporter, mais il ne l'avait pas utilisé, car il était libellé d'une façon conditionnelle : "dans le cas où il serait constant d'après l'interprétation de l'art. 24 de la loi du 19 fructidor" que Bourgoin était sujet à la déportation. En attendant ce dernier était rentré en France, quitte à faire jouer son passeport lorsque l'affirmation lui serait donné qu'il était englobé par la loi dans le nombre de ceux qui devaient s'en aller.


Donc arrêté à Auxon par les volontaires de la 56e demi-brigade et par différents gardes nationaux le 24 vendémiaire an VI (15 octobre 1797), il fut inculpé d'émigration le 9 brumaire an VI et transféré à Dijon où il arriva le 17 frimaire an VI (7 décembre 1797).


Les juges de Dijon acceptèrent les explications de Bourgoin et il fut simplement mis sous surveillance à Dijon, il y était depuis quatre ans lorsqu'il demanda de rentrer à Cussey son village natal (29 floréal an IX). Son désir fut exaucé et il quitta définitivement la Côte-d'Or.


Curé de Pelousey, Gabriel Bourgoin est décédé au même lieu le 15 avril 1826 à l'âge de 72 ans.

 

 


Dictionnaire biographique du clergé de la Côte-d'Or à l'époque révolutionnaire - Fonds Reinert / Ms 3238 - Tome I - 1875

AD25 - Registres paroissiaux et d'état-civil de Cussey-sur-l'Ognon.

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