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La Maraîchine Normande
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30 juin 2024

ANGOULÊME (16) - PARIS (75) - MARIE-MADELEINE VIROL, COIFFEUSE (1768 - 1794)

 

 

Marie-Madeleine Virol, coiffeuse, vingt-cinq ans, condamnée à mort le 16 floréal an II.


La malheureuse fille était née dans une condition obscure ; son père, Antoine Virol, était perruquier à Angoulême, paroisse de Saint-Martial ; sa mère se nommait Jeanne Toyon. Marie-Madeleine était née le 25 octobre 1768.

 

 

Elle n'avait pas encore vingt-cinq ans lors des événements. Elle avait quitté Angoulême probablement depuis quelque temps, car elle avait été femme de chambre dans plusieurs maisons nobles dont les noms ont été un peu défigurés par les greffiers, mais qui paraissent être chez le comte de Culant et le marquis de Chauveron. C'est probablement au contact de ces personnes qu'elle avait pris ces principes de royalisme poussés jusqu'à l'exaltation qui amenèrent sa perte.


Après le départ de ses maîtres pour l'émigration, Marie-Madeleine était restée à Paris, où la misère qu'elle subit, le souvenir des bontés de ses anciens maîtres, la vue des massacres journaliers par la guillotine, contribuèrent à troubler son esprit et à la pousser à un acte d'imprudence, que sa grande jeunesse et l'obscurité de son rang auraient dû lui faire pardonner.

 

 


Le 13 floréal an II, deux jeunes filles de même âge, dont une, Marie-Madeleine, était habillée en homme, se rendirent au poste des Feuillants, et l'une d'elles (celle habillée en homme), présenta au sergent qui commandait le poste une lettre qu'elle l'engagea à lire. 


Cette lettre curieuse, qui fut la cause de la mort de son auteur, était ainsi conçue :


"Voici ma carte de citoyen.
Toute la Convention est un tas de scélérats, un tas de jeanf..... Robespierre est un aboyeur ; dans les tribunes il fait son bon républicain, mais la république est une chose infâme. Ce pauvre roi qui faisait le bonheur de la France ! Aujourd'hui ce sont des Jacobins qui sont les rois, cependant il y en aura un avant qu'il soit longtemps. Ces Jacobins, qui sont des va-nu-pieds, ont l'air de gens honnêtes, ce ne sont que des scélérats. Venez, nos chers comtes et marquis, venez avec seize canons chargés à mitraille, pour balayer toute cette canaille de députés qui jettent de la poudre dans les yeux de ce pauvre peuple. Il faut faire danser la Convention à coups de canon et mettre Vive Louis XVII ! Il faut un roi, oui il le faut ! c'est nécessaire pour le salut public, tandis que des tas de Jacobins et ces cochons de députés ont fait la république, et vive mon bon roi ! J'ai ton portrait dans mon sein, je le conserverai jusqu'à la mort. Vive Louis XVII ! vive Louis XVI ! Venez, rentrez prendre vos propriétés qui sont dans les mains des scélérats.
Fait par moi, par moi-même. Vous êtes tous des plats coquins, des mâchoires d'âne."


Sur le dos de cette lettre on voit encore ces mots : "Je ne suis point citoyen, je suis royaliste."


Le style désordonné respire une grande exaltation, et l'orthographe plus que libre annonce bien qu'elle en était l'auteur. "Fait par moi, par moi-même", avait-elle dit toute fière et dans la crainte qu'on attribuât son chef-d'oeuvre à un autre.


Le sergent du poste l'arrêta immédiatement, ainsi que sa compagne, qui tenait à la main un écrit du même genre, et les conduisit chez le commissaire de police de la section qui les envoya en prison.


Dans l'interrogatoire qu'elle subit devant Dobsent, juge, et Fouquier-Tinville, elle avoua tout avec résolution.


Voici quelques passages de son interrogatoire :


"D. Quelles étaient vos intentions lorsque vous vous êtes présentée au corps de garde des Feuillants ?


Répond que leur intention était de se faire arrêter, ne pouvant souffrir le régime actuel.


Au reste, ajoute le juge, l'effigie du tyran et de sa famille qu'on a trouvée sur elle démontre aisément qu'elle était son intention.

[Dans un petit sachet en satin blanc, attachée par un cordon autour de son cou, on trouva le portrait de Louis XVI et de toute sa famille.]


"A elle observé qu'à tort elle persiste à taire sa qualité, car on ne présumera jamais qu'une femme née dans la classe qu'elle se donne ait manifesté encore l'intention d'avoir un roi, lorsqu'il est évident que les malheurs qu'a essuyés la France viennent des faits des tyrans qui l'ont dominée pendant tant de siècles.


Signé : DOBSENT, A.-Q. FOUQUIER, VIROL, JOSSE."


Le 16 floréal an II (5 mai 1794), trois jours après son arrestation, Marie-Madeleine VIROL, âgée de vingt-quatre ans, et sa compagne, Félicité-Mélanie LUNOUF, âgée de vingt et un ans, furent condamnées à mort par le tribunal révolutionnaire, conformément à l'article 1er de la loi du 29 mars 1793, ainsi conçu et dont il a été fait lecture :


"Quiconque sera convaincu d'avoir composé ou imprimé des ouvrages ou écrits qui provoquent la dissolution de la représentation nationale, le rétablissement de la royauté ou de tout autre pouvoir attentoire à la souveraineté du peuple, sera traduit au tribunal révolutionnaire et puni de mort."


Elles périrent le même jour.

 

 

 

 


Les victimes de la Terreur du département de la Charente, de Claude Gigon - 1866

AD16 - Registres paroissiaux d'Angoulême - paroisse Saint-Martial

Actes reconstitués de l'état-civil de Paris

Restes des cloîtres du couvent des Feuillans - Monumentum.fr - Auteur : Pernot François-Alexandre - Dessinateur.
 

 


 

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