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La Maraîchine Normande
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24 mai 2024

SAINT-JEAN-D'ANGÉLY (17) - MARIE BAUJET DITE BAUJETTE, SERVANTE DÉVOUÉE (1795 - 1859)

BAUGETTE


 

Marie Baujet, née à Saint-Jean-d'Angély, le 23 pluviôse an III (11 février 1795), connue sous le nom familier de Baujette est fille d'un de ces patrons de barque nommé gabariers.

 


A cinq ans, elle avait eu le malheur de perdre son père et sa mère ; on croyait que leurs affaires étaient prospères, mais les dettes qui auraient probablement pu être payées, si la mort n'avait pas enlevé le chef de cette famille, en absorbèrent entièrement le modeste héritage. Baujette et son frère, Jean-Pierre, privés de ressources, excitèrent la compassion publique et furent placés à l'hospice. Le jeune Baugé mourut au bout de peu de temps. Baujette avait onze ans, lorsqu'en 1806, M. le comte Regnaud de Saint-Jean-d'Angély, toujours bienfaiteur de son pays, soit à Paris, soit dans sa ville d'adoption, visitant l'hospice, elle lui fut présentée, et sur le compte avantageux qui lui fut rendu de la conduite, de l'heureux caractère et de l'intelligence de cette jeune personne, il promit de payer son apprentissage de lingère. Il eut la charitable bonté de tenir exactement sa parole, et Baujette, à sa sortie, put espérer avoir "des journées".

 

Portrait de Michel Regnaud de Saint-Jean d'Angély par Gérard (1808).
 

En 1813, Mme veuve Poisson, rentière, habitant Saint-Jean-d'Angély, eut besoin d'une femme de chambre à l'époque de la Saint-Jean, et Baujette entra chez elle. Dans un petit ménage, une seule servante cumule ordinairement toutes les fonctions et elle a plus à travailler que lorsque les tâches, dans une grande maison, sont réparties entre plusieurs personnes.


Baujette s'acquitta de son nouveau service avec zèle et activité, mais ce ne sont pas ces qualités que nous voulons signaler. Mme Poisson, dont les revenus consistaient en fonds placés sur divers particuliers, eut le malheur de les perdre successivement presqu'en totalité. Sa position, devenue extrêmement précaire, loin de décourager la fidèle Baugette et de lui inspirer le désir de chercher une autre condition, la rattacha, au contraire, plus fortement encore à sa maîtresse, et elle redoubla de soins, de dévouement et d'affection envers elle. Ses gages de "vingt-six écus" étaient devenus une fiction, car, lorsqu'elle les recevait, elle les employait peu à peu pour le service de la maison, sans les établir en compte et sans aucun espoir de les recouvrer jamais.


Dans le courant des dix premières années, et avant les fortes pertes éprouvées par Mme Poisson, Baujette avait pu cependant économiser cinq cents francs qu'elle avait placés et qu'une banqueroute lui enleva. Elle supporta avec calme et résignation cette catastrophe irréparable et sembla redoubler d'abnégation et de désintéressement envers la respectable dame à laquelle elle avait voué son existence.


Mme Poisson, pleine d'amabilité, pratiquant toutes les vertus chrétiennes, était digne de tels sentiments : elle était tendrement attachée à cette compagne, devenue en quelque sorte sa meilleure amie ; mais l'âge exerça son influence sur son caractère, les privations altérèrent parfois son humeur, et une chute fatale lui ôta l'usage de ses jambes. Baujette supportait, avec une patience qui ne se démentait pas, ces contrariétés qu'elle cherchait toujours à prévenir. Mme Poisson resta donc clouée sur son fauteuil les trente dernières années de sa vie. Baujette s'ingéniait, par tous les moyens possibles, à lui chercher des distractions et à lui procurer tout ce qui pouvait adoucir la rigueur de sa position, et cette abnégation absolue de ses goûts, de ses désirs, de sa volonté, cette affection sans bornes, ce respectueux dévouement ont duré quarante ans, car Mme Poisson est morte le 17 mai 1853, à l'âge de 94 ans.

 


 

Les soins les plus empressés et les plus tendres lui ont été rendus par cette compagne si dévouée, qui l'a veillée des mois entiers sans se plaindre, et qui a pleuré sa maîtresse comme si elle avait perdu sa mère.
Mme Poisson avait fait, en faveur de Baujette, des dispositions testamentaires ; mais le bien faible débris de sa fortune consistait en rentes viagères, et les objets mobiliers disparaissaient, chaque jour, pour les besoins de la maison. A la mort de sa maîtresse, Baujette a été héritière d'objets divers dont la valeur s'est élevée à environ huit cents francs ; mais la succession était grevée de dettes qui l'auraient à peu près absorbée, si les créanciers, touchés de la position si malheureuse et tout-à-fait exceptionnelle de Baujette, n'avaient eu le désintéressement de renoncer à l'exercice de leurs droits.


Âgée de cinquante-neuf ans, le tempérament usé par quarante ans de fatigues et des mois entiers de veille, Baujette ne peut plus être femme de chambre et se livre à peine à quelques travaux manuels, et, sans l'assistance d'une personne bienfaisante, elle se verrait exposée, dans ses vieux jours, à ces privations cruelles qu'elle s'est efforcée constamment d'épargner à la respectable dame à laquelle elle avait consacré sa vie.


Touché de tant de vertus chrétiennes, M. le maire de Saint-Jean-d'Angély a sollicité près de M. le ministre de l'intérieur un secours pour Marie Baujet, en exposant quelle avait été la sublimité de sa conduite envers Mme Poisson, et M. le ministre a bien voulu lui faire expédier immédiatement un mandat de cent francs, et cette allocation pourra se renouveler chaque année.

 

MARIE BAUJET est décédée à Saint-Jean-d'Angély, au domicile de M. Desiey, rue Notre-Dame, le 5 septembre 1859, à l'âge de 65 ans.

 

 

Chroniques saintongeaises et aunisiennes  - par M. Hippolyte d'Aussy - Saintes - 1857

AD17 - Registres paroissiaux et d'état-civil de Saint-Jean-d'Angély

 

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