Canalblog Tous les blogs Top blogs Emploi, Enseignement & Etudes Tous les blogs Emploi, Enseignement & Etudes
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
La Maraîchine Normande
Publicité
1 juin 2024

LES COMBES - MORTEAU (25) - L'ABBÉ JEAN-FRANÇOIS BALANCHE (1770 - 1850)

Maison des Orphelins à Dole (39)

 

 

Fils de Jean-Denis, cultivateur, et de Marie-Augustine Duquet, Jean-François est né aux Combes (Doubs), le 9 août 1770, et ayant perdu ses parents de très bonne heure, il fut élevé à Dole (39) dans l'établissement dit des Orphelins.


Au moment de la Constitution civile du Clergé, il était élève de l'abbé Moïse qui devint bientôt évêque du Jura. Le jeune Balanche ayant manifesté un attachement inébranlable à l'orthodoxie, fut arrêté et emprisonné sans aucune forme de procès. Relâché peu après, il rentre à la Motte près de ses deux soeurs, Jeanne-Hélène et Jeanne-Agnès, pour cultiver lui-même l'héritage paternel. Mais une vocation plus forte que les circonstances lui fit bientôt passer les frontières et dans les derniers mois de 1793, il arriva à Fribourg pour terminer ses études sous la direction de M. Babey et de ses confrères. A l'ordination du 5 avril 1794, il reçut les ordres mineurs et entra en qualité de précepteur dans la famille de Maillardoz. Ordonné sous-diacre le 28 février 1795, puis diacre peu après, il reçut le sacerdoce le 12 juillet suivant et rentra en France pour se consacrer au salut des âmes.

 


 

Il se rendit naturellement à la Motte et sans hésiter, se mit à l'oeuvre pour laquelle il était venu. Or le 29 décembre, des troubles avaient éclaté dans la commune, l'autorité y envoya des troupes, une enquête partiale fut faite, huit mandats d'arrêt lancés dont deux contre F. Balanche et F. Balanche, cultivateurs, sans doute parents de l'abbé. Le jury d'accusation accueillit leur justification et ordonna leur mise en liberté le huit juin 1796.


L'église de la Motte servait de lieu de culte pour tous les hameaux de la commune des Combes. Un jeune prêtre constitutionnel la desservait, mais à l'arrivée de Balanche, il fut décidé que l'un et l'autre des deux prêtres auraient l'usage de l'église à des heures différentes et fixées. L'heure la plus commode était laissée à l'intrus, mais son troupeau était d'un bien faible effectif.


Le 6 décembre, Cl.-F. Emmanuel Girard, adjoint des Combes, arriva à la Motte à neuf heures du matin : "Je fus témoin, dit-il, que l'heure de l'office du citoyen Grivet et de ses adhérents étant arrivée, ils ont été retardés et conséquemment troublés dans leurs opérations, l'église étant jonchée de monde, tant de la commune que des environs, et n'ayant pas été évacuée qu'après neuf heures un quart par les prêtres réfractaires, peut-être déportés ou émigrés, qui y exerçaient des fonctions publiques, sans avoir fait de déclaration. M'étant en conséquence, décoré de mon écharpe, à l'issue de leur office, je suis entré dans l'église, j'ai monté en chaire et je leur ai remontré leur désobéissance à la loi, le mépris qu'ils en faisaient, le danger auquel ils s'exposaient, les peines qu'ils encouraient, leur enjoignant de ne pas récidiver, leur annonçant d'ailleurs que l'édifice dans lequel ils venaient de fonctionner ne leur appartenait plus, mais bien à ceux qui l'avaient choisi suivant la loi et auxquels la république l'avait confié. Je leur annonçai que j'allais dressé procès-verbal et que peut-être je serais obligé d'appeler la force armée. En sortant, le monde m'a dit tout uniment, cependant sans faire feu et d'une manière assez polie que j'avais beau faire, beau dire, beau m'y opposer et beau verbaliser, qu'ils iraient à l'église, qu'ils y exerceraient leur culte et n'occasionneraient aucun trouble, faisant seulement et d'une manière paisible leurs cérémonies ; qu'ils étaient le plus grande nombre, formant plus des trois quarts des habitants de la commune ; qu'eux-mêmes avaient construit l'église et qu'il leur semblait que c'était à tort qu'on voulait leur en interdire l'entrée pendant qu'elle était accordée à une poignée de monde. Je leur répondis que quand cela serait vrai, et qu'ils seraient même autorisés à s'y rassembler, ils ne pouvaient y introduire aucun ministre sans qu'il ait fait sa déclaration suivant la loi. Plusieurs citoyens m'ont observé que les deux prêtres qui venaient de fonctionner étaient J.F. Balanche et Philippe Faivre (aussi originaire de la Motte) et qu'ils désiraient qu'il en fut fait mention."


Un détachement de volontaires fut envoyé à la Motte. Malgré la présence des soldats, Balanche sonnait sa messe, le 3 janvier, lorsque le chef de la troupe vint l'arrêter pour le conduire à Morteau, par devant le commissaire du département, Mourgers (?). Dès son premier interrogatoire, Balanche ne déguisa rien de sa périlleuse situation. On saisit sur lui une exhortation manuscrite, deux chapelets, etc. Il fut retenu dans les fers comme émigré rentré. Emmené le lendemain au fort de Joux, il n'y passa qu'une nuit et fut dirigé vers Besançon, lié à un canon. On l'enferma dans la maison d'arrêt de Chamars avec pour compagnons de captivité, un vieux prêtre et un capucin.

 


Du tribunal criminel l'affaire passa à l'administration départementale, mais la cause de Balanche était si difficile à défendre que le jeune avocat Curasson l'engagea à chercher son salut dans la fuite : comme émigré rentré, la peine capitale le menaçait.


Le cachot des trois prêtres communiquait à une chambre non occupée ; à l'aide de clefs qu'on leur procure, ils y entrèrent, se mirent à percer la voûte, en recevant sur un matelas les pierres qui tombaient, afin de ne pas éveiller l'attention des gardes et des voisins. Les instruments nécessaires leur étaient apportés du dehors. Deux jours et trois nuits furent consacrées à ce travail. Quand il fut achevé, l'abbé Balanche et le capucin embrassèrent le vieux prêtre qui refusait de les suivre. Pendant que les amis des deux prêtres, au moyen d'une diversion ingénieuse, retenaient toute l'attention des gardiens et des soldats du côté de la rue, les fugitifs montés jusque sur le toit de la maison, en descendait du côté opposé, au moyen d'une corde, passaient près des jardins du séminaire et arrivaient à la rue Saint-Vincent où ils étaient attendus (13 ventôse an IV). Un guide les dirigea, leur fit passer le Doubs ; là, le capucin se dirigea vers Vesoul et Balanche vers les montagnes. Le jeune prêtre revint ainsi à Fribourg, ses supérieurs lui assignèrent alors pour théâtre de son zèle la partie du diocèse de Besançon qui s'étendait alors sous la Bourgogne. Il revint secrètement à Morteau, visita sa famille à la Motte et muni d'un passeport, il reprit en plein jour la route de Besançon. Comme il sortait de cette ville par la porte Notre-Dame, une affiche attira son attention. C'était un ordre d'arrêter l'abbé Balanche et le P. capucin qui s'étaient enfuis de la prison. Le signalement était donné fort long. Dans sa vieillesse, M. Balanche riait en rappelant que la Nation l'avait déclaré "bel homme dans son ensemble".


Balanche s'en vint donc en Bourgogne sous le nom de Vincent. Il se fit munir de pouvoirs réguliers afin d'exercer au besoin sur le territoire des diocèses de Chalon et d'Autun,  et il mit tout son zèle à faire le missionnaire dans la région de Seurre.

 


Le 6 pluviôse an VIII, il est signalé comme ayant célébré à Glanon ; le  14 du même mois, on dénonce des rassemblements nocturnes considérables à Labergement (Les Seurre) présidés par un prêtre que l'on croit émigré rentré, aussi deux jours plus tard, l'arrestation de Vincent est-elle ordonnée ... L'administration a soin d'avertir que Vincent est un nom supposé, que le prêtre en question est celui qui parcourt les communes de Seurre et Labergement.


Or Balanche ne fut pas arrêté, du reste, le libre exercice des cultes venait d'être décrété, au moins on le disait, et les poursuites n'eurent plus lieu. Mais il n'en est pas moins vrai que le zélé missionnaire fut inquiété et dénoncé par quelque jacobin attardé. Comme on le sait, il avait eu une grande influence sur la future Vénérable Mère Javouhey, et avait dirigé ses pas vers la vocation religieuse, la lettre suivante va préciser ce que fut son rôle.


"21 floréal an XII de la République
Citoïen Préfet, le prêtre Baranche, vicaire du canton de Seurre a été dénoncé au Grand Juge comme un fanatique dangereux. Premièrement, c'est aux suggestions de ce prêtre qu'on attribue l'esprit de secte et de prosélytisme dont plusieurs femmes du canton de Seurre sont animées ainsi que l'enlèvement de plusieurs enfans de la maison paternelle pour les placer dans des maisons religieuses en Suisse.
En second lieu, la fille d'un cultivateur M. Jabouhey (qui avait en l'an V donné azyle au prêtre Baranche, excité à ce qu'on croit, par les conseils de ce prêtre a quitté son père pour aller avec d'autres filles, former une espèce de communauté. Le fils de ce même cultivateur a été conduit par sa soeur au couvent des trapistes à la Val Sainte près Fribourg, où cependant il n'a pas été reçu parce qu'il est de la conscription militaire.
Il importe, citoïen Préfet, d'arrêter un pareil désordre, si réellement il existe. Je vous invite conséquemment à prendre des renseignements positifs sur les faits imputés au prêtre dont il s'agit et à me les faire parvenir de suite.
J'ai l'honneur de vous saluer.
Portalis."


Voici la réponse du Préfet datée du 29 floréal an XII.


"Le Préfet de la Côte d'Or au Conseiller d'État chargé de toutes les affaires concernant les cultes.


Les renseignements que vous a transmis le Grand Juge, citoïen Conseiller d'État, sur le prêtre Baranche ou Balanche ont été données sans doute par mon prédécesseur ainsi que je l'ai vérifié par la lettre qu'il a écrite au Grand Juge à la date du 30 ventôse dernier. Je ne puis donc que vous adresser les mêmes renseignemens. Ils sont consignés dans la lettre qu'a écrite la sous-préfecture de Beaune et dont j'ai l'honneur de vous envoyer une copie.


Vous jugerez sûrement, Citoyen Conseiller d'État, que je ne puis vous fournir rien de plus positif à moins que d'acquérir par une enquête la vérité des faits imputés au prêtre Balanche, mais il n'est pas en mon pouvoir de faire cette enquête, l'autorité judiciaire seule aurait ce droit.


Je ne dois pas au surplus vous laisser ignorer que depuis longtemps la présence du prêtre Balanche dans la ville de Seurre paraît être un ferment de discorde. Dès le 6 prairial an X, le maire de cette commune et ses adjoints écrivaient à mon prédécesseur pour le prier d'empêcher que ni cet ecclésiastique, ni l'ancien curé constitutionnel ne furent nommés à la cure de Seurre. Ils signalaient à cette occasion deux partis dans la ville dont l'un était attaché au curé et l'autre à Balanche.


J'ai aussi sous les yeux une lettre que vous écrivîtes au citoyen Guiraudet le 11 prairial an X dans laquelle vous lui donnez avis d'une dénonciation qui avait été faite dans la ville de Seurre, de cabales qui étaient attribuées à des prêtres rentrés et qui semblaient vous faire craindre pour le maintien de la tranquillité publique. L'organisation du diocèse vous paraissait alors un moyen sûr de mettre fin aux discussions et on est sûrement entré dans vos vues en ne présentant pour la cure de Seurre, ni le curé constitutionnel, ni le prêtre Balanche. Il eut été peut-être plus prudent d'employer ce dernier hors du canton et de ne pas le laisser continuer ses fonctions en qualité de vicaire."


Balanche comprit que le plus sage était de se retirer du diocèse de Dijon auquel Seurre n'appartenait que depuis le Concordat. Il avait eu et n'avait jamais cessé d'avoir depuis 1797 des rapports avec les supérieurs d'Autun, il se voua donc à ce diocèse, de vicaire de Seurre il devint vicaire de la cathédrale d'Autun. Non seulement zélé, mais aussi très instruit comme le portait une fiche de son ancien diocèse de Besançon, Balanche réunit quelques petits élèves dans une maison de la rue aux Rats. Peu après, il achetait un immeuble où étaient précédemment les frères, rue Chaffaud et y transportait son école-pensionnat qui compta jusqu'à quarante élèves en 1813 et fut le premier noyau du petit séminaire d'Autun.



L'abbé Jean-François Balanche est décédé à Morteau, en son domicile, maison presbytérale, sise place de l'église, n° 106, le 19 février 1850, à l'âge de 79 ans, 6 mois et 10 jours.


 

 

 

Dictionnaire biographique du clergé de la Côte-d'Or à l'époque révolutionnaire - Fonds Reinert / Ms 3238 - Tome I - 1875

 

AD25 - Registres d'état-civil de Morteau

Publicité
Commentaires
La Maraîchine Normande
  • EN MÉMOIRE DU ROI LOUIS XVI, DE LA REINE MARIE-ANTOINETTE ET DE LA FAMILLE ROYALE ; EN MÉMOIRE DES BRIGANDS ET DES CHOUANS ; EN MÉMOIRE DES HOMMES, FEMMES, VIEILLARDS, ENFANTS ASSASSINÉS, NOYÉS, GUILLOTINÉS, DÉPORTÉS ET MASSACRÉS ... PAR LA RIPOUBLIFRIC
  • Accueil du blog
  • Créer un blog avec CanalBlog
Publicité
Newsletter
Archives
Publicité
Derniers commentaires
Publicité
Publicité