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La Maraîchine Normande
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1 juin 2024

FELLETIN (23) - LES BANDY DE NALÈCHE


Les Bandy étaient une vieille famille de Felletin qui donna des marchands, des fabricants de tapis, des notaires et des prêtres, dont l'un fut principal du collège de 1780 à 1789.


A la fin du XVIIe siècle, un mariage avec une demoiselle Auroc avait fait entrer le fief de Nalèche, paroisse de Moutier-Rozeille, dans leur patrimoine.

Dans un premier temps, le château ne comportait qu'un bâtiment central ouvert sur une terrasse. Bandy de Nalèche fit ajouter une aile à l'occasion de chacune des naissances de ses deux filles.

 


 

ANTOINE BANDY, sieur de Lachaud,  (1705 - 1765), greffier de la châtellenie, eut quatre enfants avec Marie Jagot, deux filles et deux garçons. Les filles s'allièrent à deux familles qui ont compté dans l'histoire de Felletin : les Roy-Pierrefitte et les La Porte de Lamorie. L'un des garçons entra dans les ordres ; la Révolution permit au second, prénommé Léonard de donner à la famille une plus grande notoriété.

 

 

LÉONARD BANDY DE LACHAUD

 


Léonard Bandy est né à Felletin, paroisse Beaumont, le 21 décembre 1729, et a été baptisé le 24. Marchand tapissier, il était aussi, en 1789, lieutenant du maire. L'un des quatre délégués de Felletin, il fut élu en troisième position député du tiers état de la sénéchaussée de Guéret aux États généraux. "Son passage à l'Assemblée constituante n'a pas laissé beaucoup de traces", a noté Maurice Favone qui précise que le député logeait à Paris avec ses amis Goubert et Laboreys. Il dit cependant que Bandy de La Chaud avait insisté pour que sa ville natale devint chef-lieu de district. Selon sa marotte, l'auteur de l'Histoire de la Marche est en fait un franc-maçon. Le Dictionnaire des parlementaires le donne comme un "partisan réservé et surtout très obscur des idées nouvelles". Les Constituants ayant décidé qu'ils ne pouvaient se présenter à l'Assemblée législative, Bandy de La Chaud revint à Felletin où il fut assez longtemps juge de paix. Son civisme fut reconnu en 1793 par Monestier et Petitjean, représentants en mission.

 

Léonard Bandy de la Chaud est décédé Felletin, le 4 vendémiaire an XII (27 septembre 1803), à l'âge de 74 ans.


De son mariage avec Françoise Bargignat, Léonard Bandy avait eu deux enfants. Marie-Thérèse-Caroline épousa le 16 avril 1806, à Felletin,  Antoine Tibord du Chalard, qui fut député de la Creuse de 1816 à 1820 et de 1827 à 1830 ; Gilbert fut le premier à porter le nom de Nalèche.

 

 


LE GÉNÉRAL GILBERT BANDY DE NALÈCHE


Gilbert-Jacques Bandy de Nalèche est né à Felletin, paroisse Beaumont, le 3 avril 1756.


Avant la Révolution, il est donné comme marchand. Dès le 1er novembre 1789, il fut élu commandant de la garde nationale. Le 22 septembre 1791, il devint capitaine des grenadiers du 1er bataillon des volontaires de la Creuse, prélude à une belle carrière militaire, qui ne fut cependant pas sans heurts.


SUR L'ARRESTATION DU ROI A VARENNES


"A Felletin, le 26 juin 1791.
Monsieur,
Il n'est pas du tout nécessaire que vous fassiez monter la garde à Magnac. Le Roy est arrêté et rendu à Paris sain et sauf ainsi que la famille royale. C'est à Varennes près de Metz qu'on s'est opposé à son passage ; il était accompagné de quantité d'hussards de Lauzun, surtout d'officiers de ce corps et quelqu'autre détachement d'autre régiment. Et voilà comment le maître de poste avant d'arriver à Varennes, le reconnaissant monta sur un bidet et précédant la voiture du roy avertit les gardes nationaux qui d'abord ne se présentèrent qu'au nombre de deux et dirent au postillon d'arrêter, celui-cy ne voulait pas en ce qu'on lui encriait de fouetter, mais les deux patriotes crièrent que si l'on n'arrêtait ils lanceraient deux coups de fusil dans la voiture, alors le roy se rendit, il est vrai le reste de la garde nationale bien armée fut de suite au secours.
Le roy fut conduit chez le procureur de la commune et but un verre de vin et repartit.
Quant aux fusils dont vous me parlez ils ne seront eux que dans dix ou douze jours. Soyez tranquille, je veillerai à ce que vous en ayez votre part.
J'ai l'honneur d'être avec respect
Monsieur
Votre très humble et très obéissant serviteur
BANDY DE NALÈCHE.


- L'auteur de la lettre, le futur général Gilbert-Jacques de Nalèche (1786 - 1820), est alors commandant de la garde nationale de Felletin, et, à ce titre, informe des événements "Monsieur de Létrange en son château à Magnac" (Magnat-l'Étrange) ... Cette lettre, ne portant pas de marque postale, a été sans doute, pour plus de célérité, confiée à un messager.
 


Colonel en février 1793, le voilà nommé général de brigade à l'armée des Ardennes en novembre de la même année, grade confirmé par le Comité de salut public le 13 juin 1795. Il sert sous Marceau à l'armée de Sambre-et-Meuse. Mais il doit se retirer en raison de ses blessures en 1795. Il devient chef de division de gendarmerie dans la Nièvre du 10 juin 1797 au 10 novembre 1801. Il vote contre le Consulat à vie et est mis en réforme. En 1809, il est rappelé à l'activité. Très malade en septembre 1810, il est nommé en décembre de la même année commandant des îles de la Frise.

 

 

Mais si Nalèche possédait, du moins le semble-t-il, des vertus militaires, il ne sut guère gérer sa fortune et, en 1811, menacé de contrainte par corps pour non-paiement de ses dettes, il fut suspendu de son commandement. Son dossier militaire révèle ses démêlés financiers avec Louis Dupic, de Clermond-Ferrand, associé à une certaine Madeleine Chabrillant. Il semble bien que le général ait voulu spéculer mais qu'il se soit fait gruger. Il évoque dans ses lettres au ministre "le scélérat qui a juré ma ruine, comme celle de cent familles de nos départements". Dupic signale, quant à lui, que son débiteur s'était fait rappeler au service en prenant le nom de Nalèche au lieu de celui de Bandy, et que, sur le point d'être conduit à Sainte-Pélagie, il avait soutenu qu'un officier en activité ne pouvait être arrêté, qu'il avait vendu ses biens à vil prix à sa femme et à son gendre de façon à réduire le gage de ses dettes. Le procureur général de Riom avertissait aussi le ministre que la fortune personnelle du général était anéantie, mais que sa mère, dont il était le seul héritier, disposait d'au moins 200.000 francs qu'elle entendait cependant conserver pour ses petits-enfants. Bandy demandait alors à passer au service du roi d'Espagne. Il réussit pourtant à rembourses ses dettes, du moins en partie, et fut réintégré dans son commandement en 1812.


Chevalier de la Légion d'honneur le 14 avril 1813, il figure alors dans les almanachs comme baron de l'Empire [1811]. Il fut mis en demi-solde puis admis à la retraite sous la première Restauration. Se déclarant sans fortune, ce soldat de la Révolution et de l'Empire sollicita alors la croix de Saint-Louis qu'il obtint le 31 janvier 1815. Le 10 mai 1815, il fut élu représentant de l'arrondissement d'Aubusson à la Chambre des Cent-Jours où il ne prit pas la parole.

Le général avait été blessé  : - à la jambe et au bras droit d'un coup de feu, un coup de biscayen à la poitrine, le 2e complémentaire an II ; - au bras gauche d'un coup de sabre à la bataille de Mourte près Liège comme commandant l'avant-garde du général Marceau.
 

Après Waterloo, il se retira dans ses propriétés et mourut à Felletin le 20 avril 1820, à l'âge de 62 ans.

 


Pendant très longtemps, il se murmura qu'il n'avait pas été étranger au vol de la recette de Felletin dans le bois des Châtres, le 1er juin 1799. C'est assez peu vraisemblable et cette rumeur pourrait provenir de ses problèmes financiers et d'un jeu de mots sur Bandy-bandit.


Gilbert Bandy de Nalèche avait épousé Victorine Grellet de Beauregard, soeur de Jean, qui fut député à l'Assemblée nationale constituante. Un seul fils naquit de cette union : François-Léonard-Auguste, qui vit le jour à Felletin le 10 septembre 1789.

 

 

 


FRANÇOIS-LÉONARD-AUGUSTE BANDY DE NALÈCHE


Comme son père, François-Léonard-Auguste, dont il semble que le prénom usuel ait été Auguste, s'orienta tout d'abord vers la carrière militaire. Il fut volontaire aux voltigeurs de la garde impériale, nommé chevalier de la Légion d'honneur le 3 avril 1814, trois jours avant l'abdication de Napoléon. La Restauration créa les légions départementales et il figure comme sous-lieutenant payeur dans l'état d'inspection de celle de la Creuse du 20 septembre 1817, dressé à Belle-Île-en-Mer. En 1825, il quitta l'armée pour devenir avocat à Aubusson où il se fit une belle clientèle. Il est également donné comme replaçant alors des vins de Pessac.


Dès le 22 août 1830, la monarchie de Juillet en fit le sous-préfet d'Aubusson. Il conserva ce poste pendant quatorze ans, ce qui est tout-à-fait exceptionnel. Les rapports et notices le concernant signalent son ardeur à accomplir ses fonctions, son talent, l'influence qu'il exerçait sur les populations, sa susceptibilité aussi : il exigea et obtint des excuses du procureur Degeorges qui avait déclaré qu'à la suite d'une manifestation dans la ville le sous-préfet avait été insulté, alors qu'il avait au contraire rétabli la situation avec autorité, comme il l'avait fait auparavant à Felletin, où la rareté des grains avait provoqué des troubles.


En 1840, son capital était estimé à 150.000 francs, et ses rentes à 4.000 francs, avec ce commentaire : "Faibles débris de l'ancien et riche patrimoine de ses auteurs". La dot de sa femme était cependant importante : 85.000 francs. Alors qu'il était encore avocat, le 11 décembre 1826, il avait en effet épousé Françoise-Arsène Lepetit-Laforest, fille de Léonard Louis, riche propriétaire, notaire et maire du Monteil-au-Vicomte, et de Marie-Anne Furgaud du Fot. Un fils, Charles-Louis-Léonard (dont le prénom usuel sera Louis) naquit à Aubusson le 28 juillet 1828 et une fille, Marie-Antoinette-Anne-Augustine, vit le jour quelques années plus tard. C'est pour suivre les études de Louis, à Henri IV, que le sous-préfet se résolut à demander un poste à Paris, dont Émile Pagès, son neveu par alliance, était d'ailleurs député. Il fut nommé inspecteur général des établissements de bienfaisance, emploi pour lequel il percevait, en 1852, un traitement annuel de 6.000 francs.


En 1849, il avait été candidat aux élections à l'Assemblée législative, rappelant dans sa profession de foi qu'il était peu de villages du département où il ne comptait un ancien camarade ou ami, mais se proposant de combattre "l'émeute dans la rue comme l'anarchie dans les idées". Il obtint près de 8.500 voix. Edmond Fayolle, le dernier élu, en avait plus de 13.000. Les arrondissements de Guéret et de Boussac n'avaient guère voté pour ce candidat du Sud du département. En 1855, il démissionna de ses fonctions d'inspecteur général, la candidature de son fils au conseil général n'ayant pas été agréée par l'administration. Sa pension fut liquidée à 2.209 francs.


Il mourut à Nalèche, Moutier-Rozeille, le 21 juillet 1868, à l'âge de 79 ans ; son épouse décédera à Nalèche le 9 février 1894, à l'âge de 85 ans.

 

 


 

LOUIS BANDY DE NALÈCHE

Le 2 décembre 1848, à Paris, Augustine Bandy de Nalèche, âgée de 16 ans, s'était mariée avec Charles Géry, originaire de Limoges, qui sera sous le Second Empire préfet puis conseiller d'État.

Né à Aubusson, le 28 juillet 1828, c'est seulement en 1861, le 7 octobre, que Charles-Louis-Léonard, son frère, se maria à Paris (2e arr.) avec Berthe-Gabrielle-Louise Lafond, dont le père, Gabriel était connu sous le nom de Lafond de Lurcy. Né à Lurcy-Lévis, dans l'Allier, il avait beaucoup voyagé en Amérique du Sud et dans le Pacifique. Il était membre de la Société de géographie de Paris et avait publié de nombreux livres sur ses voyages et un guide de l'assurance maritime. C'était un homme d'affaires avisé, qui avait fondé en 1836 l'Union des ports et pris part à la formation de diverses sociétés d'armement maritime. La dot de l'épouse était de 100.000 francs. Les parents de l'époux s'engageaient à verser leur vie durant une pension de 2.000 francs aux mariés, s'ajoutant à une somme de 50.000 francs déjà donnée à leur fils lors de son établissement comme avocat au Conseil d'État et à la Cour de cassation en 1858. Outre ce cabinet, le futur apportait à la communauté une propriété de 140 hectares au Monteil-au-Vicomte, léguée par son grand-père. Il semble aussi que ce soit à l'occasion de ce mariage qu'il ait reçu le titre de comte romain.


Louis Bandy de Nalèche avait déjà publié les trois ouvrages qu'il a écrits et qui n'ont aucun rapport entre eux. Le premier, paru en 1856, au lendemain de la guerre de Crimée, ne fut en fait qu'une brochure de 16 pages sur la Moldo-Valachie, écartelée entre la Russie, l'Autriche et la Turquie, dont il proposait de faire un État indépendant avec un souverain d'origine française. En 1857, il fit paraître une traduction annotée des "Poèsies complètes du Chancelier Michel de l'Hospital", précédée d'un "Nouvel essai sur l'Esprit de l'Hospital" dans lequel il fait à celui que l'on considère comme l'apôtre de la tolérance, le reproche singulier d'avoir été "le principal moteur des guerres civiles".


A la fin des années 1850, la question de l'émigration des maçons creusois fut largement discutée par les notables du département, inquiets de l'importance qu'elle avait prise. Sur cette question, Louis Bandy de Nalèche publia en 1859, chez Dentu, un ouvrage intitulé "Les maçons de la Creuse", où est brossé un tableau de la vie des ouvriers migrants. Pour limiter cette émigration, l'auteur y préconisait le développement de l'instruction et l'arrêt du morcellement de la propriété par une réforme du code civil permettant l'entière liberté de tester. Ces idées seront reprises dans l'intervention de l'auteur aux Assises scientifiques de la Creuse, en juin 1865.


Dans son ouvrage, Nalèche avait critiqué les prises de position du conseil général qui demandait le partage des biens communaux et la réalisation de cinq voies de chemin de fer se croisant à Ahun, Aubusson, Bourganeuf, Chénérailles et Bosmoreau. Peut-être était-il dépité de ne point faire partie de l'assemblées départementale. En 1852, il avait été nommé maire du Monteil-au-Vicomte, à la mort de son grand-père, alors qu'il avait tout juste 25 ans. Mais, en 1855, il avait sollicité sa désignation comme candidat officiel du canton de Royère au conseil général, rappelant au ministre que sa commune naguère insurgée présentait désormais "le consolant spectacle d'un dévouement absolu à la cause de l'Empereur". Il mettait aussi en avant "une fortune immobilière solidement établie et étendue dans plusieurs communes du canton de Royère" qui lui avait permis d'étudier les besoins du pays et d'acquérir la sympathie des habitants. Mais il était bien jeune : sur sa demande il avait été annoté à propos de son père : "Officier sous la Restauration, sous-préfet sous Louis-Philippe". Le conseiller sortant, Coutisson-Desbordes, était un fervent bonapartiste que l'administration tenait à voir réélu. Nalèche se présenta néanmoins et fut battu, le 2 juin, par 808 voix contre 445. Le 27 juin, il donna sa démission de maire, cependant que son père portait plainte contre le préfet. A la séance d'installation du nouveau maire, aucun conseiller municipal ne se présenta.


Pourtant, Louis Bandy de Nalèche fut à nouveau renommé maire du Monteil en 1864 et il le demeura jusqu'en septembre 1876, date de sa démission, affichant après 1870 un républicanisme sage mais ferme. On lui attribue un "Bulletin hebdomadaire" dans "le Chercheur", la feuille de Bourganeuf, qui soutint activement la politique de Thiers. En août 1871, il s'était présenté aux élections cantonales pour Royère et il avait été battu de 26 voix par Charles Cancalon, greffier au tribunal de Bourganeuf, frère du docteur Cancalon, dont il ne partageait nullement les positions extrêmes et qui sera défait en 1874 par Henri Pâquet. Cette année-là, en effet, ce n'est pas à Royère, mais à Felletin, pour une élection partielle, que se présenta Louis Bandy de Nalèche. Pierre Ducher, conseiller de ce canton, et président de l'assemblée, venait de décéder. Quatre candidats furent en lice le 31 mai : le bonapartiste Rudel du Miral, président du conseil général sous l'Empire, Alfred Rousseau, qualifié de monarchiste par "l'Écho de la Creuse", et deux républicains : Lassaigne et Nalèche. Ce dernier l'emporta facilement au second tour.


Vinrent les élections législatives de 1876. L'arrondissement d'Aubusson avait été divisé en deux circonscriptions. Armand Fourot et Louis Bandy de Nalèche étaient les candidats naturels des républicains qui ne voulaient surtout pas effrayer les campagnes en présentant des candidats trop "rouges". Dans une lettre à ses "compatriotes", datée du 31 janvier, le conseiller général de Felletin rappela que sa famille tenait "à notre sol par toutes ses racines", qu'il avait cédé aux demandes de ses amis politiques et aux instances réitérées de nombreux émigrants à Paris : "Ils se sont souvenus, disait-il, de l'affection avec laquelle, pendant plus de dix ans, j'ai écouté leurs plaintes et du bonheur que j'éprouvais à leur venir en aide". Il affirmait ensuite que son drapeau était celui de la République "conservatrice, de l'Ordre, de la Liberté, telle qu'elle a été placée sous la loyale protection du maréchal de Mac-Mahon". Le 20 février, il fut élu sans concurrent déclaré, Alfred Cornudet, ancien député de l'Empire, obtenant cependant 629 voix, essentiellement dans son fief de Crocq.


Mais la nomination du ministère de Broglie par Mac-Mahon provoqua la crise du 16 mai. Tous les députés de la Creuse furent au rang des 363 protestataires et tous furent facilement réélus en octobre 1877, face aux candidats maréchalistes, en l'occurrence le jeune Philippe Dupic, conseiller général de Gentioux, qui ne recueillit que 1.625 voix contre 5.393 au sortant.


On vit souvent ensemble le député d'Aubusson qui, selon la presse conservatrice, se forçait à paraître peuple, et celui de Bourganeuf qui se faisait bourgeois. Martin Nadaud avait toujours refusé de se présenter au conseil général et c'est par Nalèche qu'il se faisait entendre indirectement à l'assemblée départementale, notamment sur la question du tracé des voies ferrées qui était la grande préoccupation du moment. La première rencontre des deux hommes datait de bien longtemps, du 18 janvier 1852 précisément. Martin Nadaud, tout juste arrivé en Angleterre, nous l'a racontée dans une lettre à son père :


"La première visite que je reçus le dimanche que je sortis de prison, fut celle d'un jeune homme qui me surprit étrangement. Ne me trouvant pas, il me laissa sa carte. Je me rendis chez lui où il m'offrit ses services avec insistance. Vous êtes dans le malheur, je viens à vous, me dit-il. Disposez de ma bourse et de tout autre chose. Inutile de dire que je refusai tout. Cependant l'acte en lui-même me fit plaisir. Il me rappela les premiers moments de nos orages révolutionnaires où on voyait des républicains cacher avec soin des royalistes, plus tard des royalistes des républicain. Ce jeune homme est le fils Nalèche du Monteil. Vous voyez que nous sommes placés tous les deux sur un terrain bien différent".


Au moment de sa réélection de 1877, Louis Bandy de Nalèche était déjà malade. Il mourut à Versailles, 67 rue du Plessis, le 20 février 1879 et fut inhumé au Monteil-au-Vicomte le 27.

 

Berthe-Gabrielle-Louise Lafond de Lurcy est décédée à Paris, 14 rue de Bourgogne, le 10 mars 1922, à l'âge de 82 ans.


Il laissait quatre enfants, Antoinette fut religieuse de la Charité ; Gabrielle épousa Augustin le Motheux de Chitray ; les fils, Étienne et Gilbert, ne seront en effet connus, sauf pour l'état-civil, que sous le nom de la propriété de Moutier-Rozeille qui échut en partage à Gilbert.

 


ÉTIENNE DE NALÈCHE

 


Léonard-Alfred-Étienne Bandy de Nalèche est né au Monteil-sur-Vicomte le 1er août 1865.


Après ses études au lycée de Versailles, au collège Stanislas, à la faculté de droit et à l'École des sciences politiques, il fut attaché au ministre des Affaires étrangères. En 1888, il se maria avec Julia-Pervenche de Mesnard de Jannel de Vauréal. 


Secrétaire d'ambassade à Vienne en 1893, il démissionna peu après pour entrer au "Journal des Débats" dont il prit la direction en 1895. Cette bifurcation professionnelle n'était pas le fruit du hasard. Le comte Henri de Vauréal était un sculpteur assez connu qui avait épousé Marie-Angèle Collas. Les Collas étaient actionnaires et administrateurs du quotidien fondé par les Bertin. Ils avaient d'importants intérêts économiques au Proche-Orient, notamment dans la Société des Phares de Constantinople, d'où l'intérêt du journal pour cette partie du monde et sa politique turcophile.


Étienne de Nalèche maintint la haute tenue et l'indépendance de la respectable feuille de la rue des Prêtres-Saint-Germain-l'Auxerrois, dont le rédacteur en chef fut, à partir de 1901, le Creusois André Chaumeix, lequel entra en 1931 à l'Académie française, selon la prédiction que son directeur avait faite lors de son arrivée au journal. Quant à Ferdinand de Brinon, cousin des Nalèche, il tint d'abord la chronique judiciaire puis devint, après la Première Guerre mondiale, directeur de la rubrique politique. Mais favorable à un rapprochement franco-allemand, il entra en conflit avec François de Wendel et dut quitter le journal en 1930. Aux côtés d'autres financiers, les Wendel étaient en effet entrés dans la société à l'occasion d'une augmentation de capital. Car, après 1918, si la tradition était conservée, le journal eut de sérieux problèmes de trésorerie. On peut lire dans "l'Histoire générale de la presse" :


"Sous la direction d'Étienne de Nalèche, les "Débats" refusaient de se transformer. Ils n'avaient pas de télescripteurs, ni même, plaisantait-on, de machine à écrire. Journal de chroniqueurs, et non d'informations, ils conservaient leur prestige mais leur diffusion ne cessait de décroître : ils ne tiraient même pas à 10.000 exemplaires en 1938 et ne servaient guère que des abonnés. Leur pagination s'était même réduite à quatre pages en 1936, pour passer à six en novembre 1937, ils durent alors se vendre 50 centimes et ne parurent plus le dimanche."


Unanimement apprécié par son urbanité, adhérent ou responsable de diverses associations, Étienne de Nalèche fut une personnalité du Tout-Paris. De 1921 à 1928, puis de 1934 à 1944, il présida le Syndicat de la Presse parisienne. Le 11 décembre 1937, il fut élu à l'Académie des sciences morales et politiques, succédant à Gaston Doumergue. Il revenait régulièrement dans la Creuse, fut président de l'Association creusoise et des Amis d'Aubusson. Il ouvrit d'ailleurs volontiers les colonnes de son journal à des compatriotes comme les frères Blanchon ou Louis Lacrocq. En 1906, il avait été question de sa candidature aux élections législatives d'Aubusson, le sénateur Mazière voulant l'opposer au sortant Simonnet.


Mais, sous l'Occupation, Étienne de Nalèche demeura à la présidence du Syndicat de la Presse parisienne et il maintint la publication du "Journal des Débats" qui disparut donc à la Libération, tombant sous le coup de l'ordonnance du 30 septembre 1944. Celui qui avait été son directeur pendant près de cinquante ans ne lui survécut guère : il mourut à Paris le 17 novembre 1947, dans son hôtel de Chanaleilles, ancienne demeure de Mme Tallien.

 

 


GILBERT DE NALÈCHE

 


Quelques personnes âgées, qui ont connu les deux frères, soulignent leur différence de personnalité ; Étienne, sérieux, civil mais un peu distant, Gilbert, beaucoup plus charmeur et bon vivant.

 

François-Louis-Gilbert Bandy de Nalèche est né à Moutier-Rozeille le 26 décembre 1863.


Il aurait pu être dispensé de tout service militaire en tant que fils aîné d'une veuve, mais il s'engagea en 1884. En 1889, il était sous-lieutenant, sorti premier sur 130 de l'école de cavalerie. Il obtint le grade de capitaine le 8 juillet 1904, mais il démissionna l'année suivante. En 1896, il avait épousé Marie-Anne-Blanche-Violette de Vauréal, la soeur cadette de Pervenche. De ce mariage naîtront Henri et Solange.

 

Mais, avant son mariage, Gilbert avait eu une liaison avec une artiste dramatique, Marie-Thérèse Chauvin, connue sous le nom de Sylviac et, le 19 avril 1891, était née une fille qui reçut les prénoms de Françoise-Gilberte et qui devait devenir une actrice célèbre sous le nom de Françoise Rosay.

 


Que fit Gilbert de Nalèche après sa démission de l'armée ? Pas grand chose apparemment, sinon dilapider la fortune de son épouse qui obtint, en 1916, la séparation de corps et de biens. A cette date, son mari était aux États-Unis. Malgré son âge (il avait 51 ans), il s'était engagé pour la durée de la guerre dès le début des hostilités en faisant valoir ses connaissances hippologiques. Il fut affecté au dépôt de remonte de Mâcon puis à celui de Fontenay-le-Comte, avant d'être envoyé comme acheteur aux États-Unis, dont il ne revint qu'en juin 1919, avec le grade de chef d'escadron et la croix de chevalier de la Légion d'honneur. Il fut ensuite contrôleur général aux régions libérées de la Somme. Il fut rayé des contrôles de l'armée en 1924. En 1936, la séparation de biens fut convertie en divorce prononcé à ses torts pour "abandon injurieux de l'épouse". Il reconnut alors comme sa fille Françoise Rosay. Il revenait régulièrement à Nalèche où son fermier passait pour beaucoup plus riche que lui.

 


En 1940, se souviennent les voisins, il arriva avec trois femmes, dont il épousa, à une date indéterminée, la plus jeune, Andrée-Léonie-Louise Laillet. Françoise a raconté, dans sa "Traversée d'une vie", comment elle vint se réfugier pendant un mois à Nalèche, qu'elle ne connaissait pas, et comment elle y fit son entrée, sa superbe Delahaye, en panne, remorquée par des boeufs. !

 

Le comte Gilbert Bandy de Nalèche est décédé à Paris, le 26 février 1949.


Étienne de Nalèche n'avait pas eu d'enfant. Solange-Marie-Angèle,  la fille de Gilbert, née à Vincennes, le 5 décembre 1905, est morte jeune [septembre 1933]. Henri, aussi dilettante et impécunieux que son père, marié à Olga Enthoven d'origine Russe, puis remarié avec Louise-Georgette Remion, ne paraît pas avoir eu de descendance. Henri, né à Vincennes le 10 juin 1902, est décédé à Vouzeron (Cher), le 18 avril 1979.


La propriété de Nalèche et celles du Monteil-au-Vicomte ont été vendues.


De son mariage avec le cinéaste Jacques Frédérix, dit Jacques Feyder, Françoise Rosay, décédée le 28 mars 1974, à Montgeron, avait eu trois enfants, Marc-Yves-André (1919 - 2004), Paul-Louis-Marie-Édouard (1922 - 1999) et Bernard-Albert-Alain, dit Bernard Farrel (1926 - 1999). C'est là, peut-être avec des Motheux de Chitray, la postérité des Bandy de Nalèche, qui firent de beaux mariages mais ne furent guère de bons gestionnaires de leur fortune, et dont le nom paraît avoir aujourd'hui disparu.

 

 

 

Daniel Dayen - Mémoires de la société des sciences naturelles, archéologiques et historiques de la Creuse - 1er janvier 1998 - pp. 496 à 507

AN - Base Leonore - LH//101/81
 

AD23 - Registres paroissiaux et d'état-civil de Felletin

 

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