REUILLY (36) - PARIS (75) - CHARLES-FRANÇOIS DE RIFFARDEAU, DUC DE RIVIÈRE (1763 - 1828)
Charles-François appartenait à une famille d'ancienne noblesse, mi-partie berrichonne, mi-partie bourbonnaise, dont il est fait mention dès les premières années du XIVe siècle. Fils de Jean-Charles, comte de Corsac (1717 - 1786) et d'Agnès-Élisabeth Cailleteau de la Chasseloire (1728 - 1794), Charles-François est né le 17 décembre 1763, il a été ondoyé dans la chapelle du château de La Ferté, le 19, et fut baptisé par l'abbé Bourdaloue de la paroisse de Reuilly (36), le 17 août 1765.
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Élève à l'École militaire de Paris en 1776, il devint sous-lieutenant en 1778. Officier des gardes françaises en 1780, il émigra dès 1789.
Lors de l'émigration des princes, il n'hésita point à les suivre. Il vendit ses terres de la Ferté et de Lazenay, et partit pour l'exil, comme on partait dans d'autres temps pour la Croisade. Une partie de l'argent qu'il retira de la vente de ses biens devait assurer sa subsistance à l'étranger ; le reste fut prêté par lui aux princes, à la cause desquels il s'attacha avec un dévouement qui, pendant quarante ans, ne connut pas un jour, pas une heure de défaillance.
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Chargé de plusieurs missions de confiance en Allemagne, en Pologne, en Russie, il osa même, à diverses reprises, pénétrer en France, au péril de sa tête. Reconnu un jour comme il venait de débarquer sur la côte de Bretagne, arrêté, conduit à Nantes, enfermé dans le château, d'où il parvint, à force de sang-froid et d'audace, à s'évader, il reçut de Monsieur, comte d'Artois, ce billet : "Tu m'as fait une belle peur, mon cher Rivière ; grâce à Dieu et à ton courage tu t'en es tiré, et j'en ai été bien heureux. J'ai annoncé le premier à tes amis que tu vivais. Je t'embrasse."
M. de Rivière, créé colonel par le comte de Provence après la campagne de 1792, avait demandé à servir auprès de Monsieur en qualité d'aide de camp (1795).
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Le 15 mai 1795, alors que la paix était signée entre Charette, général vendéen, et la République, il fut envoyé en Vendée pour y annoncer le départ d'une expédition franco-anglaise pour la France (ce fut le débarquement de Quiberon, en juillet). Il remit à Charette un titre officiel et unique dans l'Histoire de France : celui de "second fondateur de la Monarchie" ... La mission de Rivière était de s'assurer de l'aide des Vendéens pour le débarquement et de réconcilier Charette et Stofflet. Ainsi Charette fut à nouveau amené à faire souffler le vent de la révolte, en juin. Échappant aux massacres de Quiberon, Rivière revint auprès de lui et lui donna un brevet de lieutenant général des forces royalistes, signé du frère de Louis XVI. Il lui annonça la venue prochaine du comte d'Artois. Il lutta avec Charette jusqu'en 1796. Il rejoignit alors le comte d'Artois en Écosse ; ce dernier le fit chevalier de Saint-Louis.
En 1796-97, nouvelles missions à l'étranger ; il est sans cesse sur les grandes routes ; il court de Londres à Vienne, à Berlin, à La Haye, à Saint-Petersbourg, à Moscou. Il se trouvait dans cette dernière ville en 1797, lors du couronnement de Paul Ier, et connut cet homme étrange, Souwarow. Un jour qu'il déjeunait chez le maréchal, celui-ci dit en le désignant : "Allons, Messieurs, buvons au plus brave. - A votre santé, monsieur le maréchal !" riposta sur-le-champ M. de Rivière en levant son verre.
Il ne revint en France qu'en 1800. En 1802, il fut envoyé au service du Portugal.
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Impliqué en 1804 dans la conspiration de Cadoudal, il fut du nombre des dix-sept accusés contre lesquels le tribunal prononça la peine de mort.
D'après le témoignage même de Mlle de Rivière, sa soeur, elle se rendit aussitôt à Paris, alla trouver Joséphine, sa parente par les Beauharnais, et, par son entremise, obtint une audience du Premier Consul. Bonaparte, touché par ses larmes, lui assura que son frère aurait la vie sauve. Il fit plus, il manda M. de Rivière et lui offrit la grâce complète en retour de son épée. M. de Rivière qui était lié par ses engagements avec les princes, demanda à aller auprès d'eux pour s'en faire délier. Le Premier Consul jugea la demande inutile et commua simplement la peine de mort à laquelle était condamné Rivière en une détention perpétuelle.
L'arrêt du conseil portait que la nouvelle peine édictée contre Charles-François de Rivière "recevrait son exécution dans le délai de quatre années, durant lesquelles il serait détenu dans l'une des forteresses de l'intérieur." En conséquence, M. de Rivière fut conduit au fort de Joux, près de Besançon. Le hasard voulut qu'il fût renfermé dans le même cachot où était mort peu de temps auparavant Toussaint-Louverture.
Au commencement de l'année suivante (février 1805), il fut transféré dans la citadelle de Strasbourg, où il demeura jusqu'en avril 1810, époque à laquelle le mariage de Napoléon avec Marie-Louise lui ouvrit les portes de sa prison (décret du 10 avril 1810).
Peu de temps après sa mise en liberté, M. de Rivière se maria, et à peine marié, il dut partir pour le Berry qui lui avait été assigné pour résidence. Sa soeur, Mlle de Riffardeau, plus connue dans le pays sous le nom de Mlle de Paudy, du nom de sa résidence habituelle, lui offrit l'hospitalité dans son château. Il accepta et passa ainsi auprès d'elle avec sa femme et son enfant - Mme de Rivière ne tarda pas à accoucher d'un fils - les quatre années qui précédèrent la chute de l'Empire. Durant ces quatre années, M. de Rivière était sous surveillance. Il était assujetti à de nombreuses formalités dont l'obligation de se présenter à des intervalles fixes à la sous-préfecture d'Issoudun. Le sous-préfet était alors M. de Lapparent, qui fut dans la suite et durant de longues années préfet du Cher. La visite "forcée" du marquis s'était transformée en une invitation à dîner, chaque mois ou chaque quinzaine, à la sous-préfecture. M. de Lapparent avait conservé le meilleur souvenir de ces relations périodiques avec M. de Rivière.
Vers le commencement de 1814, les progrès de l'invasion, les périls croissants autour du trône impérial, rendirent la police de plus en plus ombrageuse. M. de Rivière avait obtenu à diverses reprises l'autorisation de se rendre à Paris pour affaires personnelles. On crut bientôt que ces voyages cachaient quelque arrière-pensée politique, et le ministre de la police, Savary, envoya à M. de Sémonville, commissaire extraordinaire en Berry, l'ordre d'arrêter M. de Rivière. Les événements de mars le sauvèrent.
La Restauration paya amplement sa dette à M. de Rivière. Il fut fait successivement maréchal de camp et premier aide de camp de Monsieur (28 février), commandeur de Saint-Louis et gouverneur de la vingt-unième division militaire (11 septembre), enfin ambassadeur à Constantinople (février 1815). Les lettres de créance de M. de Rivière furent signées le 11 septembre 1814.
Il quitta Paris pour se rendre à son poste le 15 février 1815. Le 28, après s'être arrêté quelques jours à Moulin, à Lyon, à Avignon, il était à Marseille, prêt à s'embarquer. Le surlendemain 2 mars, le télégraphe apporta la nouvelle du débarquement de Napoléon au golfe Juan.
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Cet événement, dont les suites ne se faisaient entrevoir que confusément, ajourna forcément son départ. A quelques jours de là (15 mars), le duc d'Angoulême étant arrivé à Marseille, il se plaça sous les ordres de ce prince, l'accompagna avec le grade de lieutenant général (30 mars 1815) durant cette courte campagne, qui se termina le 11 avril par la convention de la Palud, et cinq jours après s'embarqua avec lui pour l'Espagne.
Après les Cent-Jours, Louis XVIII, jugeant la présence de M. de Rivière plus nécessaire en Provence qu'à Constantinople, lui confia le commandement de la huitième division militaire (24 juillet 1815). Trois semaines après, il l'éleva à la pairie (17 août 1815).
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La conduite de M. de Rivière, dans ces circonstances difficiles, fut celle qu'on devait attendre, non-seulement d'un serviteur dévoué de la maison de Bourbon, mais d'un soldat jaloux des intérêts et de la dignité de la France.
Un jour, - c'était environ six semaines après Waterloo, - il reçoit la nouvelle qu'un corps de trente-cinq mille Autrichiens, sous les ordres du général Bianchi, s'avance pour occuper Antibes et Toulon. Déjà l'avant-garde était arrivée à Nice, et un commissaire ordonnateur avait été envoyé en avant pour faire préparer les logements et les vivres le long de la route.
M. Rivière dépêcha aussitôt au commandant des forces alliées un officier de son état-major pour l'engager à rebrousser chemin, en l'informant que la Provence tout entière a reconnu l'autorité royale, et que le drapeau blanc flotte depuis trois semaines à Toulon. Le général, alléguant des ordres supérieurs, refuse de rien prendre sur lui et continue à se porter en avant. M. de Rivière lui dépêche alors une nouvelle ordonnance avec ordre de lui dire "qu'il peut, si bon lui semble, continuer sa route, mais qu'il peut être certain qu'il n'entrera pas à Toulon". Cette ferme attitude déconcerta le général autrichien, qui consentit à demander et à attendre de nouveaux ordres ; et c'est ainsi que M. de Rivière, par son énergie, préserva la Provence de l'invasion.
En effet, le Midi étant entièrement pacifié, M. de Rivière reçut l'ordre d'aller prendre possession de son poste, et, le 9 mai 1816, il s'embarqua à Bastia sur la frégate "la Galatée", commandée par le comte de Moncabrié, capitaine de vaisseau, et fit route pour Constantinople.
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Vingt jours après son arrivée, le 24 juin, M. de Rivière fit sa visite officielle au grand-vizir, et ensuite au sultan, à qui il remit ses lettres de créance.
Mais la nouvelle de l'assassinat du duc de Berry fut un coup de foudre pour M. de Rivière qu'une affection de vieille date attachait à ce prince et qui entretenait avec lui une correspondance assez régulière. Dans une lettre du 10 septembre 1817 que le prince lui écrit pour le complimenter sur la naissance de son second fils, se trouve cette phrase finale qui semble répondre aux secrètes dispositions de M. de Rivière : "Adieu, cher vieux et fidèle ami ; ne reste pas trop longtemps en Turquie. Tu as des amis qui seraient bien aise de te revoir, et en attendant je t'embrasse de tout mon coeur. - CHARLES-FERDINAND."
Dès lors, M. de Rivière n'aspire plus qu'à retourner en France. Il s'était résigné jusque-là à attendre le bon plaisir du roi ; maintenant il le sollicite. Il est inquiet, troublé, non pour lui - il s'oublie volontiers, et même les siens - mais pour la famille royale. De funestes pressentiments l'assiègent ; l'avenir lui apparaît à travers des lueurs sinistres : il voudrait être là pour prendre sa part du péril qu'il redoute. Il écrit à M. de Maupas le 27 mars 1820, quarante jours après le funeste événement :
"Mon bon ami, j'ai écrit au roi, à M. le duc d'Angoulême, par le ministre. Instruis-nous des changements. Je demande à aller monter la garde aux Tuileries ; il vaut mieux mourir en France que d'être vivant ici, toujours inquiet, ne pouvant fixer ses idées et disant toujours : Qui trompe-t-on ? Comme je plains non princes ! Quelle affreuse nuit ! Quel lendemain !"
Sa prière fut entendue. En août 1820, il obtint son rappel, ainsi que la charge de capitaine des gardes de Monsieur, vacante par la mort du comte de Puységur. Les préparatifs de son départ le retinrent à Constantinople jusque vers le milieu de l'automne. Enfin, le 29 octobre, après avoir remis ses lettres de rappel au grand-vizir, il laissa les affaires à M. de Vieilla, premier secrétaire, et s'embarqua sur la gabarre de l'État "la Lionne" pour rentrer en France.
La traversée fut heureuse : le navire qui ramenait M. de Rivière avait à son bord l'Olympe et la plus belle de ses divinités, Vénus elle-même, qui, après être demeurée cachée durant plus de deux mille ans à la vue des mortels, allait se montrer de nouveau à leurs yeux éblouis, parée de son immortelle jeunesse que M. de Marcellus, durant le cours d'une mission qu'il accomplissait par ordre du roi, avait enlevée de l'Île de Milo et conduite à Constantinople, après des difficultés et des vicissitudes sans nombre. Transporté en France par les soins de M. de Rivière, le divin marbre fut présenté par lui au roi, qui le fit déposer au musée du Louvre (mars 1821).
Le marquis de Rivière fut créé officier de la Légion d'honneur le 19 août 1823. Charles X ne pouvait plus lui accorder d'autre titre que celui de duc héréditaire : c'est ce qu'il fit "de la manière la plus gracieuse" avec application de ce titre à sa pairie le 30 mai 1825. Nommé par le roi, le 10 avril 1826, gouverneur de la personne de S.A.R. M. le duc de Bordeaux, le duc de Rivière ne devait pas jouir longtemps de ces faveurs. Tant de vicissitudes, de persécutions et d'emprisonnements avaient gravement altéré sa santé. Dès le mois de février 1828, il ressentit de cruels maux d'estomac qui "malgré tous les secours de l'art" ne firent qu'augmenter jusqu'au 21 avril où il mourut "après avoir rempli de la manière la plus édifiante ses devoirs de religion".
Charles-François de Riffardeau duc de Rivière est mort à Paris, aux Tuileries, le 21 avril 1828.
DÉCORATIONS :
- Chevalier du Saint-Esprit (7e promotion : Paris, 30 septembre 1820).
- Légion d'honneur : Chevalier, 1er mai 1821 : Officier, 19 août 1823.
- Ordre royal et militaire de Saint-Louis : Chevalier, vers 1795 ; Commandeur, 11 septembre 1814 ; Grand'croix, 3 mai 1816.
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1826 - M. DE RIVIÈRE ET LA VENDÉE
M. de Rivière avait depuis longtemps le projet de visiter cette Vendée où il avait si souvent exposé sa vie ; le Roi lui en fournit la plus noble occasion en le chargeant de présider à l'inauguration de la statue de Charette ; accompagné du pair de France qui porte ce beau nom, il se rendit à Legé le 3 septembre 1826 ; il jouissait d'avance de trouver calme et heureux ce pays autrefois si agité.
Cette inauguration fut digne du héros. Dans la soirée du 3, une salve et le son des cloches avaient annoncé la solennité du lendemain. Les petites chaumières sur le bord du chemin, les clochers des églises étaient pavoisés, la fête de Charette était celle du drapeau blanc, aussi on le voyait partout.
Le maire et un grand nombre de Vendéens avaient couru au devant de l'envoyé du Roi ; plusieurs d'entre eux se ressouvenaient du marquis de Rivière : "S'il nous reconnaît, disaient-ils, il nous embrassera, car il n'est pas fier." Et en effet, il se jeta dans les bras de plusieurs de ces braves gens, dont il se rappelait les noms et les services. "Mes pauvres amis, leur disait-il, les batailles vous ont donc épargnés, vous avez dû bien souffrir ; mais, Dieu soit loué ! nous nous revoyons encore !" ...
Le duc de Rivière prit la parole en ces termes :
"J'ai été bien heureux, messieurs, d'avoir été proposé par vous au Roi, mon maître, pour assister à cette cérémonie, si belle et si touchante pour des coeurs loyaux et fidèles. L'immortel Charette était dans nos coeurs, le voilà veillant sur la Vendée ; il ne nous quittera plus sur cette terre sainte et sacrée, où l'amour pour notre Roi et les Bourbons ne peut jamais s'éteindre ni diminuer.
Choisi par la bonté de mon maître pour veiller sur les jeunes années de Monseigneur le duc de Bordeaux, je n'aurai à lui recommander que d'écouter attentivement Charles X lorsqu'il parle des bons et braves Vendéens : son coeur lui dira le reste. Monseigneur saura cependant par moi quelques détails sur les hauts faits du général que nous pleurons tous, et sur la loyauté des Vendéens et de leurs chefs, bien secondés par leurs nobles compagnes qui ont donné tant de preuves de courage, de constance et de fidélité.
Le Roi m'a ordonné de répéter ce qu'il m'avait dit il y a trente-un ans : qu'il vous portait tous dans son coeur, qu'il s'occupait de vous, et qu'il s'en occupera toujours.
S.M. a nommé six chevaliers de Saint-Louis et six de la Légion-d'honneur, que je vais recevoir : elle a donné douze pensions de trois cents francs aux anciens chevaliers de Saint-Louis, et donne secours momentanés de douze cents francs aux invalides.
Le Roi m'a donné lui-même une somme qui sera distribuée dans toutes les divisions à ceux qui ont reçu le plus de blessures et qui sont les moins heureux.
Je suis extrêmement flatté de me trouver au milieu des évêques, des généraux, des préfets et de mes collègues et amis pour rendre au général Charette ce qui lui était si bien dû, et devant son excellent et loyal neveu. Je vais prouver que je n'ai cessé de penser au général, en répétant la dernière lettre qu'il m'a écrite quelques jours avant sa mort ; elle a été perdue, dans nos troubles, mais elle est restée gravée dans mon coeur."
"Je vous écris, mon cher Rivière, le coeur navré de l'éloignement forcé d'un prince dont la présence eût fait notre félicité. Il est des privations qu'on peut supporter avec fermeté mais celle-là est si grande qu'elle ébranlerait un rocher.
Gardez-vous pourtant de croire que cet événement refroidisse notre courage : loin de là, il en acquerra, s'il est possible, une nouvelle force, par le désir que nous avons de mériter l'estime et les bontés du prince.
Adieu, mon camarade et mon ami.
Signé le chevalier de Charette."
SA SOEUR, AGNÈS- CHARLOTTE DE RIFFARDEAU DE RIVIÈRE
Sa soeur, Agnès-Charlotte est née le 11 juillet 1761 ; elle eut pour parrain Charles de Rivière, vicomte d'Arçay, son oncle et pour marraine, Agnès de Foyal de Donnercy, épouse de Louis Maclain, marquis de Rochefort et autres lieux.
Arrêtée comme aristocrate au mois de janvier 1793, elle fut conduite à Châteauroux et emprisonnée dans l'ancienne maison des Religieuses de la Visitation. Elle fut mise en liberté le 30 juillet 1794.
Héritière du château de Paudy après la mort de son père en 1766, Melle Agnès de Rivière était venue l'habiter en 1788, à l'âge de 27 ans. Elle est décédée le 14 mai 1837, laissant la terre de Paudy à sa nièce, Mlle Dupré de Saint-Maur, fille de sa soeur puînée.
M. l'abbé Bachelier, qui s'est étendu longuement sur Mlle de Rivière, en fait cet élogieux portrait qui termine son manuscrit :
"Mlle Agnès était de petite taille et de forme ramassée. Douée d'une constitution robuste, elle n'a pas fait dans une vie aussi longue et aussi traversée que la sienne, d'autre maladie que celle qui l'a conduite au tombeau. Elle était vive et impressionnable ; mais ses émotions premières ne duraient pas longtemps. Malgré toutes les humiliations dont sa vie fut abreuvée à Paudy, elle n'a pas cessé d'y faire le bien, et d'être pour les pauvres, une providence de chaque jour.
Aux qualités du coeur, elle joignait celles de l'esprit ; elle rendait ses idées avec autant d'aisance que de clarté. Abondante sans confusion, intéressante sans ostentation, elle faisait le charme de ses hôtes qui la visitaient et qu'elle visitait très souvent. Avec une mémoire heureuse ; un sens exquis et une éducation soignée, elle avait pu apprendre une multitude de choses et, dans des genres différents. Les prêtres qui l'ont vue de près et qui ont conversé souvent avec elle, ont assuré qu'elle avait, en religion, des connaissances très étendues ; ils sont même allés jusqu'à dire qu'elle était supérieure à bien des curés pour la science théologique."
SON MARIAGE :
Le duc de Rivière épousa à Paris, le 4 juin 1811, Louise-Marie-Colette de La Ferté de Meung (1776 - 1860), dont il eut :
- Charles-Antoine-Adrien, né à Cervon (Nièvre), le 1er juillet 1812 ; 2e duc de Rivière ; il est admis à siéger à la chambre des pairs en 1828 en remplacement de son père mais ne se présenta pas ; marié le 13 avril 1841, à Paris, avec Stéphanie-Joséphine-Marie-Gabrielle de Cossé-Brissac (1819 - 1872), fille d'Arthus-Hugues-Gabriel-Timoléon (1790 - 1867), comte de Cossé-Brissac, chevalier des ordres du Roi, premier pannetier de France ; dont : - Délie-Louise-Marie-Gabrielle (11 juillet 1842 - 3 mai 1897), marié le 14 janvier 1863, avec le vicomte de Mandat-Grancey (1831 - Tué le 2 décembre 1870 à la bataille de Champigny) ; - Louise-Marie-Aldegonde, née à Tours le 12 juillet 1844 ; morte le 4 mai 1897 dans l'incendie du Bazar de la Charité ; mariée le 21 mai 1867 à Paris VIIe avec Joseph-Louis de Luppé (1837 - 1912, député des Basses-Pyrénées ; Stéphanie de Cossé-Brissac est décédée à Paris, le 21 mars 1872 ; Charles-Antoine-Adrien est mort à Paris, le 22 janvier 1870.
- Adrienne-Charlotte, née le 12 juillet 1814 ; mariée le 11 juin 1839 avec Hippolyte de Solages (1809 - 1850 ; elle est décédée à Paris, le 14 juin 1875.
- Louis-Marie-Charles, né à Constantinople, le 18 juillet 1817 ; 3e et dernier duc de Rivière.
Le duc de Rivière avait une physionomie des plus remarquables. Grand, fort, la barbe blanche en éventail, le nez aquilin, le regard vif, il avait été un des plus beaux hommes de son temps.
Ses soixante-treize ans et ses souffrances l'avaient un peu courbé, mais n'avaient pu lui enlever une certaine élégance et le grand air qu'il y avait dans toute sa personne.
Il était un des plus anciens membres du Jockey et de l'Union, et était devenu président de ce dernier cercle en 1871, succédant au prince de Montmorency-Luxembourg.
Il était aimé et vénéré de tous ses collègues, qui lui faisaient fête chaque fois qu'il y revenait, en ces dernières années ; car, après avoir habité Paris et, pour ainsi dire le cercle, neuf mois sur douze, il n'y venait plus que pendant trois mois d'hiver.
Causeur plein de finesse, il avait toujours de nombreux amis autour de lui ; grand joueur de billard et de whist, il avait pour partenaires habituels, à ce dernier jeu, le comte de Sartiges, le marquis de Nadailhac, le marquis de Montcalm, le comte de Toustain, le comte de Mareuil et le comte du Lau.
Excellent président, il veillait à tout et conduisait les discussions dans les assemblées générales, avec un tact consommé.
Il habitait à Paris, 47, rue Saint-Domingue, une annexe de l'hôtel de Guébriant.
Mais le duc de Rivière avait su remplir un rôle plus important dans son département. Son château de Lavaux, qu'il avait embelli et orné d'objets d'art dont il avait le goût, étant lui-même quelque peu artiste, était devenu le centre de vastes exploitations agricoles. L'agriculture était sa grande passion, et son influence a été des plus grandes dans le département du Cher, où la plupart des propriétaires s'étaient enrichis en transformant, à son exemple, leurs champs en prairies.
Très bienfaisant, il était adoré de tous et, en 1876, il fut élu sénateur sans faire la moindre campagne électorale. Il ne se représenta pas en 1885. Inutile de dire que, au Luxembourg, il siégeait avec la droite royaliste.
Louis-Marie-Charles de Riffardeau de Rivière est décédé, sans alliance, à Lavaux (18), en son château de Vernais, le 30 août 1890, à l'âge de 73 ans.
Louise-Marie-Colette de la Ferté de Meung est décédée à Paris, le 28 mars 1860 à l'âge de 85 ans.
Pour en savoir plus sur le duc de Rivière, voir ICI les Mémoires posthumes, lettres et pièces authentiques touchant la vie et la mort de Charles-François Duc de Rivière ... - 1829
Voir également ICI, les Souvenirs de Madame Vigée Le Brun - Tome 2 - pp. 323 à 328 - 1869
Le Berry en Orient par M. Ubicini - 1861
Vendéens et Républicains dans la Guerre de Vendée - Frédéric Augris - Tome II - 1993
Bulletin de la Société académique du Centre du 1er avril 1900
Registres paroissiaux de Reuilly (36)
État-civil de Paris