ARMES z


FRANÇOIS-HERVÉ SIMON DE CARNEVILLE est né le 27 juin 1722 à Carneville du mariage de Charles-François et d'Anne-Madeleine d'Aigremont, unis le 27 avril 1720.

Il entra au service du roi. Le 6 octobre 1737, il était lieutenant en second au régiment roi-infanterie et lieutenant en premier le 18 mai 1740. C'est alors qu'il démissionna. Il prit pour femme, à Valognes, le 21 décembre 1744, Françoise-Charlotte Brohier, fille de Thomas-Alexandre. Elle donna le jour à seize enfants dont sept atteignirent un âge assez avancé :

- René-François-Hervé, sieur du Manoir, inhumé le 7 avril 1775, âgé de 27 ans ; Françoise-Constance, dame de Saint-Pierre-Église, épouse de M. de Belisle ; - Georges-François, comte de Carneville ; - Marie-Françoise-Charlotte, née le 17 avril 1752, mariée le 5 avril 1777, dans la chapelle du château, à Pierre-Charles-Bernardin du Tertre, écuyer, sieur de Clesville, morte avant la Révolution ; - François-Charles-Adrien, vicomte de Carneville ; - Madeleine-Juliette ; - et Louis-François-Paulin, né en 1769, chevalier de Carneville.

François-Hervé, seigneur et patron de Carneville possédait une fortune assez considérable. C'est lui, qui vers 1755, fit bâtir le château de Carneville, - une réduction de celui de Saint-Pierre, - solidement construit sur voûtes, très confortable, bien éclairé, d'une longueur de 26 mètres sur 12 de profondeur.

CHATEAU 3 z

Tout lui souriait alors. Deux de ses filles étaient mariées richement et honorablement ; deux fils, déjà chevaliers de Saint-Louis, promettaient de fournir dans l'armée une longue et brillante carrière. Mais il comptait sans la Révolution qui allait tout bouleverser.

Dès le 1er janvier 1792, les tracasseries commencent. Ce jour-là, les bancs des sieurs Simon et Fleurival sont vendus au profit de la commune.

Le 7 avril, ordre est donné au ci-devant seigneur de Carneville de fermer sa chapelle privée et de détruire son colombier, bien qu'il en eût déjà fait enlever le toit. Le 6 mars il est obligé d'apporter ses armes à la municipalité.

Comme son gendre M. de Belisle, marquis de Saint-Pierre, il se met plus qu'à devoir pour éviter la persécution. Vains efforts. Ses deux fils, Georges-François et François-Charles-Adrien, ont passé la frontière. Le père, en vertu de la loi de présuccession, doit en subir la peine.

Un arrêté de l'administration central du département de la Manche, du 7 octobre 1798, invita le citoyen Simon, qu'on croyait encore vivant (il venait de mourir à Valognes, le 21 avril 1798) à faire la déclaration du nombre de ses enfants. Une masse de tous les biens du ci-devant fut faite et divisée en 6 lots. La République confisqua la part devant revenir aux deux émigrés.

Un second partage eut lieu à la mort de Charlotte Brohier, leur mère, épouse de M. de Carneville, survenue à Carneville, le 17 germinal an XII  (7 avril 1804).

décès Françoise-Charlotte 1804 z

Madame de St-Pierre, Madeleine-Juliette et Louis-François-Paulin, qui n'avaient pas quitté la France, évincèrent de la succession Georges-François et François-Charles-Adrien, leurs frères émigrés. Nous ne savons quelle fut la part attribuée à Mme de Belisle. Madeleine-Juliette eut les fermes du Fort et de Franconville, contenant 333 vergées de terre, Louis-François-Paulin garda le château et la ferme avec environ 300 vergées de terre.

La position des officiers nobles dans l'armée française n'était plus tenable dès les premiers jours de la Révolution. Le Ministre de la Guerre convenait lui-même, le 4 août 1790, devant l'Assemblée, que le corps militaire menaçait de tomber dans la plus complète anarchie. Son rapport montre "les prétentions les plus inouïes affichées sans détour, les ordonnances sans force, les chefs sans autorité, la caisse militaire et les drapeaux enlevés, les ordres du roi lui-même bravés hautement, les officiers méprisés, avilis, menacés, chassés, quelques-uns même captifs au milieu de leurs propres troupes, y traînant une vie précaire, au sein des dégoûts et des humiliations, et pour comble d'horreur des commandants égorgés, sous les yeux et jusque dans les bras de leurs propres soldats." (M. Taine)

Après vingt-trois mois de patience, beaucoup d'officiers sont partis par conscience, lorsque l'Assemblée Nationale, leur imposant un 3e serment, a effacé de sa formule le nom du Roi, leur général-né. D'autres s'en vont à la fin de la Constituante, "parce qu'ils sont en danger d'être pendus" ... Et pourtant, nombre d'officiers nobles s'obstinent à leur poste, avec la perspective incessante de la guillotine, qui viendra les prendre au sortir du champ de bataille et jusque dans les bureaux de Carnot (M. Taine : La Révolution I)

Le comte et le vicomte de Carneville, fidèles à leur serment, crurent devoir passer la frontière, pour rendre au Roi des services qu'il était impossible de lui rendre en France.

GEORGES FRANÇOIS z

Les états de service de Georges-François Simon, que nous transcrivons littéralement, édifieront le lecteur sur la valeur de cet émigré et montreront quel était l'avancement normal dans l'armée avant 1789.

Par ordre du ministère de la guerre, le Conseiller d'État directeur, certifie que des registres matricules et documents déposés aux archives de la guerre a été extrait ce qui suit :

Comte de Carneville (Georges-François Simon), fils de François-Hervé et de Françoise-Charlotte Brohier, né le 16 juin 1750 à Carneville (Manche).

DÉTAIL DES SERVICES

Volontaire au régiment Commissaire-Général de la cavalerie, le 1er novembre 1767 ; rang de sous-lieutenant sans appointements, le 14 octobre 1769 ; sous-lieutenant, le 27 octobre 1770 ; lieutenant, le 2 mars 1773 ; sous-lieutenant à la formation du 4 juillet 1776 ; lieutenant en second, le 26 mai 1779, dans le premier régiment de chevau-légers, devenu Orléanais (cavalerie), en 1784, et Royal-Guyenne, en 1788 ; émigré le 15 septembre 1791.
Reconnu dans le grade de maréchal de camp au service de France, admis à la retraite de colonel, le 18 février 1815 ; lieutenant-général honoraire, le 17 juillet 1816 ; admis à la retraite du grade de maréchal de camp, le 28 janvier 1820.

Il est décédé à Paris, le 1er mars 1837.

Campagne de 1799, sur les côtes ; Chevalier de Saint-Louis, le 23 février 1791 ; Commandeur, le 23 mai 1825.

Services en émigration. - Colonel-commandant la Légion de Normandie, à l'armée des Princes, le 20 avril 1792. Passé au service d'Autriche, le 1er janvier 1793, en qualité de colonel-commandant le "Corps-franc-Carneville". Général-major, le 16 août 1801. Démissionnaire du service d'Autriche, le 6 juin 1811.

Campagnes : 1792, armée des Princes ; 1793 à 1801 ; 1805 à 1809, armée autrichienne.

Blessé de deux coups de baïonnette, à Fleurus, et d'un coup de feu qui lui a traversé la cuisse gauche, à Neuwirch.

Fait à Paris, le 27 février 1883.

FRANÇOIS CHARLES ADRIEN z

FRANÇOIS-CHARLES-ADRIEN SIMON, son frère cadet, né le 3 août 1754, à Carneville, entra au service le 4 mai 1771. En juin 1788, il était major du régiment d'Artois-Cavalerie et Chevalier de Saint-Louis. Il émigra, le 12 juin 1791. Comme colonel propriétaire de la Légion de Normandie, à l'armée du duc de Bourbon, du Corps-franc-Carneville au service de l'Autriche et du régiment de Hussards-Carneville, à l'armée de Condé, la nomination à tous les grades de ces différents corps lui appartenait. Parmi les officiers combattant sous ses ordres, nous remarquons :

M. du Tertre, son beau-frère, officier de dragons avant l'émigration, blessé en 17944, tué en 1796 ; - Bon Érard et Hervé Érard de Belisle, ses neveux ; - Antoine Simon de Bertheauville, Charles Simon de St-André, Prosper Simon de Vaudreville, ses trois cousins germains ; - Jacques-Louis-Gabriel du Mesnildot ; - Auguste Poerier de Portbail ; - les trois frères de Lamarre, dont l'un commandait les Hussards-Carneville ; - Prosper d'Aigremont ; - Dursus de Carnanville, tous alliés ; - les trois frères Daboville, dont deux furent tués les 3 et 26 juin 1794. Leur mère, veuve du chevalier Daboville, lieutenant de vaisseau, incarcérée sur l'ordre de Le Carpentier, à 71 ans, fut délivrée comme M. Érard de Belisle, à la mort de Robespierre ; - Bon Hervé de Pierrepont, etc.

Le vicomte de Carneville, colonel en 1793, au service d'Autriche, chambellan de l'Empereur, fut nommé en mai 1798, général-major et fit toutes les campagnes de 1798 à 1815.

En 1789, il avait épousé Josèphe-Claudine Bergeret, âgée de 16 ans, fille de M. Bergeret, écuyer, trésorier général, commandeur de l'ordre de Saint-Louis et receveur général des finances à Montauban. Trois ans plus tard, elle était divorcée et avait émigré (décédée en 1802).

Pendant l'émigration, il s'allia en secondes noces, à Vienne, le 15 août 1810, à Henriette, comtesse Lichnowski, fille aînée de Jean-Charles, prince Lichnowski, et de Caroline, comtesse Altham.

A son contrat signèrent, pour le marié : maréchal Henri, comte de Bellegarde, prince de Rohan, comte Roger de Damas. Pour la mariée : prince Lichnowski, Roger-François comte Altham, prince François-Joseph Dietrichstein, François prince Pignatelli, duc d'Aragan, etc.

La vicomtesse de Carneville, chanoinesse de l'ordre de Savoie, survécut à son mari, décédé le 1er août 1816. Elle mourut à Olivet, près Orléans, le 14 juillet 1840, sans postérité. Elle était la tante du prince Félix Lichnowski, massacré dans une émeute à Francfort en 1848.

Le vicomte de Carneville était tenu en haute estime par la famille Royale, alors en exil, témoin la lettre suivante, écrite par le comte d'Artois, depuis Charles X.

"A Monsieur le comte François de Carneville,
n° 144, place des Juifs, à Vienne (Autriche).
Vesoul, 14 mars 1814,

J'ai reçu, Monsieur, vos deux lettres du 11 et 24 février. Vos sentiments et vos principes m'étaient bien connus ; mais j'éprouve une véritable satisfaction à en recevoir une nouvelle preuve.

Très certainement, j'accepte avec plaisir l'offre de vos services et je m'empresserai à employer votre zèle et vos talents ; mais les circonstances qu'il est inutile de détailler, ne me permettent point encore de déployer le drapeau royal, d'une manière assez éclatante, pour produire l'effet que nous devons en attendre.

Je dois vous demander de suspendre la demande que votre dévouement pour notre Roi vous porte à faire. Soyez sûr que je vous appellerai aussitôt que cela me sera possible, et, si Dieu le permet, ce moment peut ne pas être éloigné.

Je vous renouvelle, Monsieur, l'assurance de mes sentiments d'estime et d'affection.

CHARLES-PHILIPPE."

Le vicomte de Carneville, fut frappé d'apoplexie, au ministère de la guerre, le 1er août 1816. Il voulait un régiment de son nom en France, comme il l'avait toujours eu, en Autriche, de 1793 à la Restauration. La promesse lui en avait été faite par convention écrite et signée à Coblentz, en 1792, par les comtes de Provence et d'Artois, sous condition de diminuer de 100.000 francs ce que les princes lui devaient. Louis XVIII, dans l'impossibilité de tenir cet engagement, lui offrit la pairie en compensation. M. de Carneville, voyant ainsi s'évanouir le rêve de toute sa vie, éprouva une émotion si violente qu'il succomba.

Décès Adrien François 1816

Il avait été reconnu maréchal de camp en 1815, admis à la retraite et nommé lieutenant-général honoraire, au moment même où il mourut.

Le comte de Carneville, Georges-François, épousa à l'étranger Louise-Gabrielle d'Arjoux de Salancy, dont il eut un fils : GEORGES-FRANÇOIS-DOMINIQUE SIMON, comte de Carneville, né le 4 mai 1799, à Tricesimo, près Udine (Vénétie), gentilhomme honoraire du roi Charles X, en 1829. Sa tante, Madeleine-Juliette Simon de Carneville, morte à Valognes, le 10 mars 1822, lui légua les fermes de Francouville et du Fort qu'il vendit en 1830 à MM. Richard père et fils, marquis de Villers-Vaudey.

Il mourut à Paris, le 19 avril 1868, et sa femme Marguerite-Émilie Montmorin de Saint-Hérem, le 5 novembre 1871.

Georges-François-Dominique et son épouse Marguerite-Émilie n'eurent qu'un fils, GEORGES-ERNEST SIMON, comte de Carneville, né à Fontainebleau, le 18 septembre 1831, décédé à Pau, le 30 décembre 1913, sortit de l'école de St-Cyr en octobre 1853, ancien capitaine de la garde impériale, chevalier de la Légion d'honneur, démissionnaire le 19 juillet 1868, après 17 ans de services, dont sept en Afrique et en Italie. Rentré à Paris en septembre 1870, il fut nommé commandant à l'unanimité du 16e bataillon, dont il forma et commanda le bataillon de mobilisés, jusqu'au 22 mars 1871.

Nous avons vu que LOUIS-PAULIN SIMON, chevalier de Carneville, avait eu, dans la succession paternelle, le château et la ferme de Carneville. Il vendit cette propriété à M. La Hougue, en 1836.

Au mois de janvier 1880, M. le comte de Carneville, acheta le château et la terre de ses ancêtres des deux fils de M. La Hougue. Cette acquisition a fait revenir les derniers survivants de la famille Simon à Carneville, dont cette branche porte le nom depuis l'échange du mois de décembre 1616.

Cette famille n'était plus représentée que par M. le comte de Carneville, précité, par son fils GEORGES-FRANÇOIS, licencié en droit et sous-lieutenant de réserve au 36e d'infanterie, et par ses deux filles Mlles Ernestine-Eugénie et Marie-Caroline. Mme la comtesse de Carneville, demoiselle Françoise-Marie-Étiennette Cozzi, est décédée à Caen, le 14 novembre 1889.


Recherches Historiques sur les vingt communes du canton de Saint-Pierre-Église par Louis DRouet - 1893

 

 Par arrêts de la cour de justice criminelle du département de la Seine, séant à Paris, rendus le 29 septembre 1810,

... La cour criminelle a déclaré qu'il y avait lieu à accusation contre les nommés ... Georges-François Simon de Carneville, né le 17 juin 1751, à Carneville, département de la Manche et François-Charles-Adrien Simon de Carneville, né le 4 août 1754, à Carneville, même département, sans domicile en France depuis plus de dix ans, prévenus d'avoir porté, étant au service militaire de l'Autriche, les armes contre S.M. l'Empereur et Roi, notamment pendant les années 1805 et 1808. (L'ambigu, ou Variétés littéraires et politiques - N° CCLXXV - le 20 novembre 1810)