LE CAPITAINE FAUTREL (1785 - 1867)
UN MARIN HAVRAIS OUBLIÉ

port du havre zz


Le 15 février 1785, en la paroisse Notre-Dame, Marie-Adélaïde-Suzanne-Victoire Leprévost, épouse de Jean-Louis Fautrel, capitaine de navire, donnait le jour à son troisième garçon qu'elle appela François-Marie.

baptême 1785

 

Quand on naissait fils de marin et qu'un de ses parents, Nicolas Fautrel avait commandé l'Amphitrite, armé par Beaumarchais pour Saint-Domingue afin d'aider les insurgés en 1776, et que ce n'était pas là le premier marin de la famille, puisqu'on trouve dans les actes, en 1684, un Jean-Baptiste Fautrel, fils de Noël Fautrel, maître de navire, on était tout naturellement destiné à la mer.

A 15 ans, François-Marie s'engagea dans la Marine Impériale. Commissaire aux vivres en 1804, matelot puis aide-timonier sur la frégate le Vénus de 1806 à 1810, il prit part à la campagne des Indes. Grièvement blessé sur la Bellone aux combats de Grand Port (Île de France) en août 1810, il fut proposé à la Croix d'Honneur par son commandant, le futur amiral Duperré. Mais la Restauration renia cette dette de l'Empire. Il fut néanmoins nommé aspirant de première classe sur le Ceylan en 1811.

Démissionnaire de l'armée le 7 mai 1812, avec 12 ans et 5 mois de services à l'État, François-Marie Fautrel recommença une nouvelle carrière au commerce. Il navigua d'abord comme matelot à la petite pêche en 1813 et 1814 sur la Constance Fanny, puis il passa sur l'Adèle, armée au cabotage à l'Île de France en 1815. Reçu maître au cabotage en novembre 1816, il exerça la fonction de second capitaine sur la Louise, armée pour Cayenne et sur la Jeune-Euphrasie qu'il commanda en 1819. Lieutenant sur la Caroline pour le Sénégal en 1820, sur l'Aimable-Aimée pour Jacmel en 1821 et sur le Saint-Joseph pour Cayenne en 1822, on le retrouve officier en second sur l'Aimable-Aimée la même année.

En 1825, il prit le commandement du brick les Amis, armé au petit cabotage. Dès lors il ne cessa de commander successivement : la Ville-du-Havre en 1827, l'Argus en 1828 et 1829, le Saint-Alphonse et le Havrais en 1831, le Pontois en 1832, le Dorsay et le Havrais de nouveau en 1833, le Louis-Philippe en 1834 et 1835.

En 1836, les gérants de la ligne de bateaux à vapeur Le Havre-Rouen, Messieurs Galland et Vieillard, lui confièrent la Seine, paquebot de 230 tonneaux et 80 chevaux, construit par Augustin Normand. Avec ce bateau à roues, le pyroscaphe cessait d'être la risée des inconditionnels de la voile. Mâture réduite et tambours discrets lui donnaient une allure racée qui rompait avec la pataude gaucherie de ses devanciers : la Normandie, le Gaulois, le Louis-Philippe, la Duchesse d'Angoulême, et la Duchesse de Berry.

Le service avait été inauguré le 27 juin 1821 avec deux départs du Havre par semaine, le lundi et le jeudi. Six ans plus tard, les paquebots de la Seine assuraient cinq départs hebdomadaires. Le capitaine de port, Monsieur Berteloot (autre "Havrais oublié") leur avait attribué un poste le long du Grand Quai, en troisième longueur à partir de la "Pointe", emplacement qui fut éclairé en 1836 par des réverbères à gaz, ce qui constituait pour l'époque une innovation remarquée, mais surtout une indispensable mesure de sécurité pour les passagers qui embarquaient parfois de nuit en empruntant des planchons encore bien précaires.

Le Capitaine Fautrel vécut l'époque de la lutte sans merci entre le rail, qui là haut, sur le plateau, étirait inexorablement son double profilé, et le fleuve dont il avait peu à peu percé tous les secrets. Les voyageurs qui, un quart de siècle auparavant, avaient délaissé les diligences onéreuses et inconfortables pour le bateau à vapeur qui ne leur coûtait que cinq francs en seconde "place" et dix en première, abandonnèrent, à leur tour, les paquebots de la Seine et leur confort d'hôtels flottants, pour le train plus rapide, puisqu'il mettait Le Havre à deux heures et quart de Rouen, soit moitié moins de temps que la voie d'eau.

C'était en 1847 et la Capitaine Fautrel avait près de quarante ans de navigation à son actif. Aussi, quand les armateurs remplacèrent les paquebots de Rouen par des unités plus petites, il mit son sac à terre. Sa carrière maritime s'acheva à Quillebeuf où il fut syndic des Gens de Mer de 1848 à 1855. Puis il se retira à l'Hôtel des Invalides à Paris. Il y décéda, le 18 septembre 1867, à l'âge de 82 ans (Paris 7e). Il était Chevalier de la Légion d'Honneur (10 octobre 1842), de l'ordre de Mecklembourg et médaillé de Sainte-Hélène. Il s'était distingué à plusieurs reprises par des actes de bravoure, notamment en sauvant les équipages du brick français Alcide, perdu dans une tempête en 1824, de la goëlette Élisa, capitaine Floch, submergée en 1839 et du Santi-Petri, capitaine Rio, chaviré sous voiles en 1842. Avec lui la solidarité des gens de mer n'avait pas été une légende.

signature

De son mariage, au Havre, le 18 avril 1814, avec Victoire-Désirée Parmentier, née au Havre le 15 mai 1793 - fille de Charles-Toussaint Parmentier, négociant et de Jeanne-Élisabeth Vasse, François Fautrel avait eu cinq enfants : trois filles et deux garçons, dont un, Edmond-Gustave, né au Havre le 17 avril 1819, devint capitaine de navire à son tour. Ainsi, pendant sept générations au moins, se transmit-on le flambeau de la mer chez les Fautrel. Les descendants n'ont pas laissé s'éteindre la flamme puisque une petite-fille de François-Marie, Marguerite-Lucile Fautrel (1854 - 1931), épousa en 1863 un capitaine au long cours, fils d'un maître au cabotage : Auguste-Louis-Victor Chancerel (1852 - 1932).

décès 1867

 

Jacqueline et Claude Briot
Bulletin de liaison - Centre havrais de recherche historique Les Amis du vieux Havre - n° 12 - Juin 1985

AD76 - Registres paroissiaux d'Ingouville

AN - Base Leonore - LH//944/15

État-civil de Paris 7e

Le Port du Havre - AD76 - 5Fi1