ANTOINE DE TOUNENS (1825 - 1878)
AVOUÉ A PÉRIGUEUX, PUIS ROI D'ARAUCANIE ET DE PATAGONIE

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Le 12 mai 1825 est né au village de Lachèze, commune de Chourgnac, un enfant de sexe masculin, ... auquel ont été donnés les nom et prénom de : Tounens, Antoine, fils de Jean Tounens, cultivateur, âgé de quarante ans, et de Catherine Jardon, son épouse. Ainsi est libellé l'acte de naissance d'Orllie (corruption hispanique d'Orélie) - Antoine Ier, qui devait régner sur les Araucans et les Patagons.

NAISSANCE

Chourgnac est situé dans le canton d'Hautefort, en Dordogne ... et l'Araucanie et la Patagonie sont en Amérique méridionale, au sud du Chili et de l'Argentine ...

Après une enfance scolaire extérieurement prosaïque, mais agrémentée par la lecture de récits de voyages, le jeune Antoine entra comme clerc dans l'étude d'un avoué à Périgueux et, au bout de quelques années, il obtint que la charge lui fût cédée. Par jugement de la cour d'appel de Bordeaux (le tribunal de Périgueux l'ayant débouté de sa demande), il fit rétablir son nom dans sa forme ancienne de Tounens, sa famille ayant abandonné la particule depuis le jour où elle avait été accablée par des revers de fortune.

Antoine 1er

Or, voici qu'à l'âge de trente-trois ans, maître de Tounens vend son étude et s'embarque pour le Chili, en juin 1858. Comment interpréter ce coup de tête ? Il s'en est lui-même expliqué : "... en nous jetant dans une entreprise aussi lointaine, nous avons obéi, non à un caprice de coureur d'aventures, mais à une inspiration mûrement réfléchie et toute patriotique. Dès notre extrême jeunesse, nos yeux étaient fixés, sans pouvoir s'en détacher, sur cette partie de l'Amérique du Sud. L'âge et le collège aidant, nous sortîmes de cette préoccupation exclusive, mais pour y rapporter tout ce que nous apprenait l'histoire. Celle-ci nous disait que l'Angleterre nous avait dépossédés de toutes nos colonies tour à tour ... Nous jetions les yeux sur la carte de la Louisiane et du Canada ... Afin d'être prêt à pourvoir aux nécessités de la vocation qui nous entraînait, nous nous livrâmes avec ardeur à l'étude du droit, et, après avoir puisé dans cette science tout ce qui nous paraissait devoir concourir au but proposé, nous nous disposions à gagner Le Havre, sous un prétexte quelconque, et de là ces régions qui nous attiraient toujours irrésistiblement, lorsque notre famille nous confina dans une charge d'avoué. Cinq ans plus tard, nous prenions la résolution de dépouiller la toge pour donner suite à nos projets. Nous vendîmes donc notre charges ... Nous nous dirigeâmes vers Le Havre et nous allâmes prendre à Southampton la ligne des vapeurs qui se rendent au Chili ..."

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Au Chili, Tounens entreprend l'étude de la langue espagnol, se met en rapports avec des Français établis en cette région, essaie de se renseigner plus à fond sur l'état des populations Araucanes. Il parvint à entrer en relations avec un cacique du sud de l'Araucanie, qui approuva ses projets. Et, à l'automne de 1860, il met enfin le pied sur le territoire qui devait devenir son royaume, au milieu de ses futurs sujets, dont il ne comprenait même pas la langue. Il était accompagné de deux Français, nommés Lachaise et Desfontaine. Ayant appris la mort de son premier partisan, il se lia aussitôt avec d'autres chefs de tribus voisines et réussit à les convaincre sans difficulté : "... Nous acquîmes bientôt la certitude que les nationaux de ces États sont très jaloux de leur indépendance et que celle-ci est constamment menacée par le Chili, qui, ne se sentant pas assez fort pour l'entamer par les armes, y porte atteinte par la corruption, en gagnant les caciques des frontières. Nous finîmes par nous aboucher avec quelques-uns de ces chefs et nous n'eûmes pas de peine à leur faire comprendre que leur pays divisé en tribus nombreuses et sans cohésion deviendrait infailliblement tout entier la pâture d'un voisin ambitieux de conquêtes. "Puisque vous avez si bien trouvé le remède, nous répondirent-ils, appliquez-le vous-même : réunissez en un seul faisceau tous ces pouvoirs épars ; soyez notre chef enfin".

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C'est ainsi que le 17 novembre de l'année 1860 était signé le décret qui donnait naissance au nouveau royaume :

Nous, prince Orllie-Antoine de Tounens,
Considérant que l'Araucanie ne dépend d'aucun autre État, qu'elle est divisée par tribus, et qu'un gouvernement central est réclamé par l'intérêt particulier aussi bien que par l'intérêt général,
Décrétons ce qui suit :
Article 1er. Une monarchie constitutionnelle et héréditaire est fondée en Araucanie ; le prince Orllie-Antoine de Tounens est nommé roi.
Article 2. Dans le cas où le roi n'aurait pas de descendants, ses héritiers seront pris dans les autres lignes de sa famille, suivant l'ordre qui sera établi ultérieurement par une ordonnance royale.
Article 3. Jusqu'à ce que les grands corps de l'État soient constitués, les ordonnances royales auront force de loi.
Article 4. Notre ministre secrétaire d'État est chargé des présentes.
Fait en Araucanie, le 17 novembre 1860
Orllie-Antoine 1er
Par le roi,
le ministre secrétaire d'État au département de la justice :
F. Desfontaine.

armes

Le souverain a lui-même expliqué pourquoi il avait fondé une monarchie plutôt qu'une république : c'est que cette forme de gouvernement eût été repoussée des Araucans, qui avaient gardé bon souvenir de la royaliste Espagne, tandis que le mot de république aurait évoqué le Chili, pour lequel ils avaient de l'aversion.

Le même jour, le roi avisa le Président de la République du Chili : "Excellence, Nous, Orllie-Antoine 1er, par la grâce de Dieu, roi d'Araucanie, nous avons l'honneur de vous faire part de notre avènement au trône que nous venons de fonder en Araucanie. Nous prions Dieu, Excellence, qu'il vous ait en sa sainte et digne garde". L'ordonnance du 17 novembre fut même publiée dans le numéro du 29 décembre du journal le Mercure, imprimé à Valparaiso.

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 [L'actuelle couronne de la maison royale d'Araucanie-Patagonie : une pierre orange provenant des rives du Bio-Bio (fleuve frontière avec le Chili) orne l'avant du bandeau. Dans le globe stylisé se trouve un fragment du rocher de Gethsemani sur lequel N.S. Jésus-Christ vécut l'angoisse de l'agonie. Cette relique a été pieusement recueillie dans ce but par les pères franciscains de la Custodie de Terre Sainte. La couronne figure dans les "REGALIA" (insignes de souveraineté) de la maison royale.]

Le 17 novembre encore, Orllie décréta la Constitution. Elle s'inspirait, en plusieurs de ses articles (notamment articles 1er, 2, 12 et 14), de la constitution qui avait été promulguée en France le 14 janvier 1852 (voir en particulier les articles 4, 13, 36, 44 de celle-ci). La puissance législative s'exerce collectivement par le roi, le Conseil d'État, le Conseil du royaume, formé des notabilités du pays, gardien du pacte et des libertés publiques et à qui toute loi doit être soumise avant d'être promulguée, et le Corps législatif, nommé par le suffrage universel. Les ministres ne dépendent que du roi seul. Ils ne peuvent être membres du Corps législatif. L'article 41 ne manque pas d'intérêt : "Nul ne peut être député s'il est fonctionnaire du gouvernement dans l'ordre administratif ou judiciaire, s'il fait partie de l'armée de terre ou de mer, s'il remplit un emploi à la Cour. Quiconque se trouve dans ces conditions est considéré comme démissionnaire, pour le seul fait de sa candidature ; et il est pourvu à son remplacement".

Trois jours après la création du royaume d'Araucanie paraissait une nouvelle ordonnance : "Considérant que les indigènes de Patagonie ont les mêmes droits et intérêts que les Araucaniens et qu'ils déclarent vouloir s'unir à eux, pour ne former qu'une seule nation sous notre gouvernement monarchique-constitutionnel, nous avons ordonné et ordonnons ce qui suit : Article 1er. La Patagonie est réunie dès aujourd'hui à notre royaume d'Araucanie et en fait partie intégrante ..."

Décidément, Orllie-Antoine était une vivante illustration de l'hémistiche de Virgile : audentes fortuna iuvat ...

Au bout de quelque temps, il quitta provisoirement ses sujets pour se rendre à Valparaiso. Il y entreprit la rédaction d'un code conçu d'après les principes du Code Napoléon ; en attendant, une ordonnance avait mis en vigueur et rendu exécutoires les lois française dans le royaume, sauf les modifications conformes aux besoins de l'État. Il sollicita de ses amis de France leur intervention auprès du gouvernement impérial pour obtenir la reconnaissance de son royaume et un appui éventuel. A de très rares exceptions, la presse française salua de faciles plaisanteries l'annonce de cet évènement. Et les pouvoirs officiels gardèrent un mutisme qui témoignait leur indifférence. Aussi, quelques mois plus tard, Orllie-Antoine déplorait-il la légèreté de ses compatriotes : "En France, on ne cherche que les occasions de rire, et on leur sacrifie souvent les intérêts les plus graves et les espérances les plus sérieuses". J'ajouterais volontiers : dût-on voler ensuite au secours de la victoire, comme le disait sans ambages le général Malet au président du tribunal qui lui demandait si, pour sa conspiration, il avait des complices : "Oui, toute la France et vous-mêmes, si j'avais réussi".

A un ami, Orllie-Antoine écrivait : "On a accusé la France d'ignorer les premiers principes de la civilisation ; eh bien, je relève le gant en son nom, et j'entreprends de démontrer le contraire ... Que ceux d'entre nos compatriotes qu'un voyage lointain n'effraie pas, et sous les pieds desquels manque le sol de la mère-patrie, viennent m'aider, non pas à conquérir, mais à constituer une nouvelle France. Je ne leur demande que de l'activité et de l'honnêteté, de l'honnêteté surtout, car, lorsqu'on prétend civiliser, il faut prêcher d'exemple ..."

La même idée fut reprise dans le "Manifeste" du 16 décembre 1863 : "Ce que je demande, non pour asseoir ma puissance, mais pour concourir à l'oeuvre de civilisation que j'ai entreprise, c'est une émigration d'honnêtes gens. Je fais appel à ceux d'entre les déshérités de la vieille Europe, dont l'intelligence ou les bras restent inactifs, faute d'une place au soleil. Aux uns j'offre des fonctions qui ne seront pas des sinécures ; aux autres, des terres qui deviendront leur propriété et l'argent nécessaire pour couvrir les premiers frais d'établissement. Il s'agit d'une croisade digne du XIXe siècle, de la croisade de l'Idée et du Travail contre l'Ignorance".

Citons encore ces lignes d'une autre lettre, révélant l'art de la diplomatie, qui consiste à faire coïncider des intérêts : "Les États voisins y trouveront leur compte, car mes projets ne tendent à rien moins qu'à apaiser les populations belliqueuses de l'Araucanie et de la Patagonie qu'ils n'ont pu soumettre". Cette idée fut, elle aussi, reprise dans le "Manifeste" qui vient d'être nommé : "... j'espère que la république sud-américaine comprendra qu'elle a un intérêt de premier ordre à maintenir la paix avec l'Araucanie et la Patagonie".

Après le retour d'Orllie en Araucanie, des assemblées publiques tenues dans les tribus régies par les caciques Leviou, Millavil et Guentucol, les 25, 26, 27 et 30 décembre 1861, auxquelles assistaient d'autres caciques délégués par les Araucaniens et les Patagons, le proclamèrent roi, en ratifiant ses ordonnances et des procès-verbaux de ce plébiscite furent dressés.

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Hélas, Orllie fut bientôt trahi pour 250 piastres par son serviteur chilien et par ses interprètes, qui le dénoncèrent à un capitaine des postes-frontières comme voulant entreprendre une guerre contre le Chili. Une embuscade lui fut tendue le 5 janvier 1862. Il y tomba et fut emmené en captivité à Los Angeles (au Chili, évidemment, et non pas en Californie).

Son règne effectif avait duré un peu plus d'un an. Il passa en jugement et se défendit avec beaucoup de dignité. Dans sa prison, prévoyant son exécution prochaine, il se préoccupa d'assurer sa succession, car il était célibataire, et il rédigea donc son testament politique, daté du 25 janvier 1862. Considérant que ce guet-apens, perpétré par une puissance étrangère sans le concours des indigènes qui venaient de le reconnaître pour roi, n'entamait en rien les droits que ceux-ci lui avaient conférés, il institua pour héritiers à sa couronne, dans l'ordre : son père ; à défaut, son frère aîné ; à défaut, le fils de celui-ci et sa descendance à perpétuité ; à défaut, la fille de son frère aîné et les descendants de celle-ci ; à défaut, son second frère et ses descendants ; puis ses troisième, quatrième et cinquième frères et leurs descendants ; enfin, ses trois soeurs.

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Deux jours plus tard, il adressait une supplique à tous les chargés d'affaires des puissances étrangères au Chili, pour dénoncer l'attentat à sa liberté commis sur son propre territoire, en violation du droit des gens, et pour justifier sa conduite : "Les autorités du Chili m'ont fait arrêter et me détiennent prisonnier ... Elles donnent comme motif de ma détention le projet que j'aurais conçu de soulever les Indiens d'Araucanie et de les déchaîner contre le Chili ... Je proteste devant vous et devant le monde entier que jamais je n'ai tenu à mes sujets les discours que l'on me prête, ni provoqué aucune prise d'armes contre le Chili ..."

Enfermé dans un cachot malsain, il fut bientôt atteint d'une grave maladie, qui dura cinq mois. Enfin guéri, il put faire parvenir au consul de France à Valparaiso, le vicomte de Cazotte, une lettre qu'il avait cachée dans le fond d'une gamelle ; mais il n'eut pas à profiter de ses bons offices, car il réussit à briser un barreau de la fenêtre de la cellule et à traverser à la nage la rivière qui coulait au bas de la muraille. En septembre 1862, une démarche diplomatique obtint qu'il pourrait regagner la France. Il y fut ramené sur le Duguay-Trouin.

Mais il n'abandonnait pas pour autant ses projets. Il écrit une "Relation" de son avènement au trône et de sa captivité ; puis le "Manifeste" que nous avons eu déjà l'occasion de citer, affirmant que ses droits n'ont pu être entamés et que leur exercice est seulement suspendu. "En ce moment, les peuples qui m'ont acclamé non seulement comme leur roi, mais aussi comme leur sauveur, n'attendent que mon retour au milieu d'eux pour se lever en masse et marcher à ma suite dans la grande voie du progrès".

Le 5 mars 1864, il lance un "Appel à la nation française" : "... Ce n'est point le hasard ni l'aventure qui nous ont conduit dans les Amériques, mais bien un but tout patriotique, tout national, étudié depuis notre enfance, afin de chercher à fonder un idiome français dans un pays libre et indépendant, pour contrebalancer la prépondérance des trois grands peuples de l'Amérique, l'anglais, l'espagnol et le portugais ... Notre profonde conviction est que le moment est opportun de ménager à la France la possibilité d'établir sur le Pacifique et l'Atlantique des colonies et d'apporter, dans le sud de ce grand continent d'Amérique qu'on appelle le nouveau monde, l'idiome, les coutumes, les idées et les intérêts de la France ! Nous n'avons pas désespéré un moment de notre cause, qui est basée sur des droits incontestables, des suffrages librement exprimés. Nous sommes déterminés à nous rendre à l'appel des peuples qui nous ont nommé et qui ne cessent de réclamer leur chef. C'est pourquoi nous faisons appel à la France, pour nous aider à reprendre et à consolider l'oeuvre que nous avons conçue, la fondation d'un royaume français indépendant ..." A la fin de cet appel, après des considérants en bonne et due forme, Orllie ouvre une souscription nationale. Celle-ci n'eut pas de succès. En 1867, il adresse une longue lettre au Sénat, mais en vain. Cependant le conseil municipal de Chourgnac, sa commune natale, envoie à l'empereur une pétition pour solliciter son concours à la restauration d'Orllie-Antoine 1er, et plusieurs conseils municipaux des communes voisines appuyèrent cette requête. Ces démarches tombèrent dans le vide.

En 1869, ayant pu réunir un peu d'argent, Orllie reprit le bateau de Southampton, accompagné d'un jeune Français nommé Plauchu. Après escale à Rio de Janeiro et à Buenos Aires, ils se rendirent en Patagonie, s'engagèrent à l'intérieur du pays, traversèrent la Cordillère des Andes. Les Araucans reçurent avec une certaine joie leur souverain éphémère, disparu sept ans.

Mais cela éveilla l'inquiétude du Chili et le général Pinto qui commandait sur la frontière d'Araucanie, reçut l'ordre d'intervenir. Il entretint une active correspondance avec les chefs de l'entourage d'Orllie, leur demandant de lui livrer leur roi. L'un des caciques remit toutes ces lettres entre les mains d'Orllie. Celui-ci se chargea de répondre ... en avisant officiellement de son retour le gouvernement de Santiago, à qui il annonçait la formation d'un ministère indien et revendiquait les droits du peuple araucan. Pinto envoya contre lui une troupe de cent cinquante hommes, mais les Indiens lui restèrent fidèles. Malgré quelques tentatives d'assassinat, il eut la vie sauve. Cependant sa détresse financière était devenue extrême ; en outre, des dissentiments s'étant élevés entre lui et son compagnon, il se décida à le faire retenir comme prisonnier et à revenir en France, où il espérait recueillir de l'argent, grouper de nouveaux partisans et rentrer avec eux dans son royaume.

LOGE

Mais la guerre franco-allemande éclatait le 19 juillet 1870. Les circonstances n'étaient donc pas favorables et elles imposaient évidemment un temp d'arrêt. Dans une brochure dédiée au peuple français, publie à Marseille en 1871, le roi d'Araucanie annonce une "invention de neutralisation des projectiles lancés par des armes à feu". L'auteur fit part de cette invention à M. Thiers, président de la République depuis le 30 août, dans une lettre datée du 6 septembre 1871, qui resta sans réponse. Le jour suivant, il écrivait au rédacteur du "Sémaphore" de Marseille : "On dira peut-être que ce n'est pas possible ; je réponds d'avance à cette objection qu'avant la découverte par Franklin du paratonnerre, on croyait aussi qu'il n'était pas possible de neutraliser l'électricité des nuages et cependant la réalité est venue prouver que cela n'était pas impossible". Et au même, le 14 septembre : "mon invention ne supprime point la guerre et ne neutralise pas les armes à feu. Seulement, la puissance qui possèderait ma découverte aurait l'avantage immense de pouvoir mitrailler son ennemi, tandis que les balles, boulets, bombes et autres projectiles de celui-ci viendraient frapper mon invention sans causer aucun préjudice. Mon système est applicable aux armées de terre, de mer et aux fortifications ; deux cent mille hommes armés comme je l'entends et protégés par mon invention suffiraient pour conquérir l'Europe entière." Le 20 septembre, au rédacteur du "Légitimiste" : "Ma découverte est un secret qui m'appartient et que je ne veux faire connaître à aucun gouvernement qu'à des conditions très avantageuses pour la France et pour moi". L'avant-veille, se promenant, à Marseille, sur les Allées de Meilhan, il avait rencontré un envoyé du gouvernement prussien voulant lui acheter son invention, à qui il eut l'ironie de poser ces conditions : restitution de l'Alsace-Lorraine et dix milliards, dont cinq remboursés aux contribuables français en train de payer l'indemnité de guerre et cinq pour lui-même ! Quant à notre curiosité, elle doit se résigner à ne pouvoir être satisfaite.

A cette même époque, Tounens fonde, à Marseille, deux journaux : "Les Pendus", dont quelques numéros hebdomadaires parurent à la fin de 1871, et "La Couronne d'Acier", journal officiel d'Araucanie, en mars 1872. Le directeur y faisait évidemment de la propagande pour le royaume, non seulement par la publication d'études économiques, mais aussi par une ingénieuse invitation "aux demoiselles à marier en France et à l'étranger", une adresse à tous les souverains d'Europe et cet appel singulier aux "Membres de l'Internationale, communards, communistes et communeux, et enfin à tous les déshérités du monde", pour les engager à émigrer. Voulant exploiter habilement la vanité humaine, il annonça la création d'un ordre de Chevalerie, dont seraient membres de droit tous les journalistes qui défendraient la cause du souverain.

Pendant ce temps, Plauchu, profitant de ce que la surveillance s'était relâchée, avait recouvré sa liberté : il prit une grande influence sur les Indiens, fit avec eux plusieurs expéditions contre les Chiliens et les Argentins, ce qui sortait du programme ancien, et il exprimait son intention de continuer en Araucanie la mission civilisatrice amorcée par Orllie, dont toutefois il ne citait même pas le nom. Ainsi le malheureux roi connaissait l'amertume d'une usurpation. Il jugea que sa présence sur place était nécessaire. Après avoir reçu quelque argent et groupé quatre personnes, il reprit la mer pour la troisième fois, en avril 1874 ; afin de garder prudemment l'incognito, il voyageait sous le nom de Jean Prat. Mais pendant son court séjour à Buenos Aires, le représentant du Chili eut vent de ses projets et obtint du gouvernement argentin qu'il fût poursuivi. Arrêté au cours de son voyage, il fut reconduit à Buenos Aires et incarcéré le 17 juillet 1874. Grâce au ministre de France, il fut libéré à la fin du mois d'octobre. Et après seize années d'efforts surhumains soutenues par une énergie indomptable, il dut revenir en France, où il fut la proie d'une déception définitive et de la misère.

Criblé de dettes, vivant d'expédients, il voulut vendre des brevets d'un nouvel ordre de chevalerie, qui restèrent sans acheteurs.

Accablé par sa détresse, il tomba malade et dut entrer à l'hôpital de Bordeaux. Il put enfin revenir "plein d'usage et raison", près de son lieu natal, à Tourtoirac, où il mourut le 17 septembre 1878, sans alliance ni descendance. Son dernier voeu sera de désigner Achille Laviarde pour lui succéder, il sera Achille Ier.

Voulant un jour expliquer ses échecs, Tounens avait écrit :

"... Je ne suis d'aucun parti de ceux qui se disputent le pouvoir en France. Je suis seul dans mon camp ; voilà pourquoi je ne suis soutenu par aucun parti d'une manière sérieuse".

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Anciennement situé à la Chèze, commune de Chourgnac, dans la maison natale d’Orllie-Antoine de Tounens, 1er Roi d’Araucanie et de Patagonie, le Musée des Rois d’Araucanie et de Patagonie est aujourd'hui pris en charge par la mairie de Tourtoirac après avoir été régi par le Prince Philippe d’Araucanie

Ce Musée, mentionné dans le répertoire des places historiques française abrite des pièces et documents relatifs au Royaume d’Araucanie et de Patagonie et au peuple Mapuche. 

 

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A Périgueux, au n° 13 de la rue de la République, fut apposée une plaque rappelant que le roi d'Araucanie avait vécu en ce lieu alors qu'il était encore avoué.

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Nouvelles de l'Institut catholique de Paris - 1er janvier 1973

Araucanie.com

Gallica - Fichier Bossu

AD24 - Registres paroissiaux de Chourgnac et d'état-civil de Tourtoirac