PIERRE-JACQUES DUBREUIL-CHAMBARDEL

Dubreuil-Chambardel


La famille Dubreuil est une ancienne famille du village d'Avon, près la Mothe-Saint-Héray (Deux-Sèvres).

Vers 1650, un Pierre Dubreuil était marchand à la Mothe ; en 1708, la famille se divisa en deux branches qui, pour se distinguer l'une de l'autre, ajoutèrent à leur nom le nom d'une terre que chacune possédait. La branche aînée devint Dubreuil-Tafinière, la branche cadette, Dubreuil-Chambardel.

Ce nom de Chambardel lui vient d'une "pièce de pré situé au lieu appelé Chambardelle, achetée par son arrière grand-père, Izaac Dubreuil, par acte passé le 13 février 1654, devant maître Pierre Tastereau, notaire, moyennant la somme de 1.040 livres."

Fils unique de Pierre et de Catherine Cochon de la Tour, PIERRE-JACQUES DUBREUIL-CHAMBARDEL a été baptisé à la Mothe-Saint-Héray, le 10 février 1729. 

baptême 1729

Son instruction fut très sommaire, il se fit cultivateur et exploita des domaines qu'il prenait à ferme, entre autres le prieuré de Fontblanche, le prieuré de Saint-Maixent de Pamproux au bénéfice du collège des jésuites de Poitiers, la terre et le château de Boissec, en Exoudun, au comte de Corvoisin, enfin le riche prieuré de Verrines.

D'un naturel peu expansif, Dubreuil n'avait pas d'amis, sauf toutefois M. Thibault, curé d'Avon, "car souvent, dit Jules Richard dans une notice qu'il lui a consacrée, on voyait M. Dubreuil agenouillé sur les marches de l'humble autel du hameau d'Avon, aidant par ses réponses le prieur à accomplir le divin office de la messe ..."

Lorsque la Révolution éclata, Dubreuil en embrassa la cause avec enthousiasme, il n'en fallut pas davantage pour lui créer dans le pays une situation politique. Il fut successivement élu président de l'assemblée électorale qui se réunit à Niort le 7 juin 1790, puis administrateur du département.

En 1791, lorsque les électeurs furent de nouveau réunis pour nommer leurs députés à l'Assemblée législative, Dubreuil-Chambardel fut élu.

A peine arrivé à Paris, il se fit recevoir membre de la société célèbre des Jacobins de Saint-Honoré, et s'attacha à la fortune des politiciens les plus ardents. Ses votes à l'Assemblée en témoignent suffisamment ; c'est ainsi que successivement il accorde aux forçats sortis du bagne de Brest les honneurs de la séance, qu'il renvoie devant la juridiction suprême les crieurs d'enrôlement pour les émigrés, et qu'il déclare d'accusation le général La Fayette.

Un an plus tard, les électeurs des Deux-Sèvres nommèrent de nouveau Dubreuil-Chambardel député à la Convention. Dans cette mémorable assemblée de la Révolution, Dubreuil siégea à la Montagne et se signala par la violence de ses votes.

Dans le procès du Roi, il fut un de ceux qui votèrent la mort sans appel et sans sursis. Il motiva même son vote dans les termes suivants : "Si je ne consultais que mon coeur, je ferais grâce ; mais comme législateur, je consulte la loi, et la loi a parlé, je prononce la mort."

signature

Les 13 et 14 avril 1793, il refusa d'envoyer Marat devant le tribunal révolutionnaire, et le 31 mai, au contraire, il livra à la justice ses collègues girondins.

Enfin, au mois de novembre 1794, il fit partie de la Commission des 21 chargée de faire une enquête sur les accusations portées contre Carrier. "Mon courage me fait assister tous les jours deux fois à la Commission des 21. Cette opération est de 12 heures par jour. Je pense qu'elle va finir sous trois jours, ce dont je serai bien aise, car mes forces ne pourraient pas y tenir ..." (18 brumaire an 3).

Lorsque la Convention eut achevé son oeuvre, Dubreuil fut nommé, par le gouvernement qui suivit, commissaire du gouvernement près le directoire des Deux-Sèvres, position qui équivalait alors à celle du préfet d'aujourd'hui, il l'occupa jusqu'au 18 brumaire.

A l'avènement de Bonaparte, il dut renoncer à la politique et il vint habiter près de Pamproux le château de Boisgrollier (Rouillé - Vienne), autour duquel il possédait plusieurs propriétés qu'il avait achetées comme le château pendant la Révolution, à titre de biens nationaux ou biens d'émigrés.

Le 16 avril 1795, Dubreuil achète les terres de Charles-Léon Bellin la Lilordière, émigré, pour un montant de 8.527 livres 8 centimes. Le 12 messidor an III (30 juin 1795), il a acheté des biens confisqués à l'émigré Vasselot d'Annemarie qui comprenaient le château du Chateignier et la métairie de la Porte, acquis pour la somme de 160.000 livres.

Il mourut le 23 brumaire an XIII (14 novembre 1804), à l'âge de 77 ans, dans sa propriété du Châtaignier, située dans la commune de Jazeneuil, canton de Lusignan, domaine national qu'il avait acheté en même temps que Boisgrollier. Il fut enterré dans le jardin de la propriété.

DUBREUIL CHAMBARDEL décès 1804

Il a laissé une correspondance qu'il échangea avec son fils (Jacques-Philippe) et sa belle-fille pendant les cinq années qu'il passa à Paris comme député. Par la lecture de cette correspondance, on suit l'homme pas à pas dans une évolution dont il ne se rend pas compte ; incapable de diriger les évènements, il se laisse conduire par eux ; animé des sentiments fous et généreux de l'époque, peu à peu il est conduit au fanatisme politique, et finit par applaudir aux mesures les plus iniques et les plus révoltantes en les couvrant toujours de son ardent amour pour la patrie ! (Archives politiques du département des Deux-Sèvres 1789-1889 - par Émile Monnet - Tome second portraits et biographies - 1889)

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Le 8 messidor an V (26 juin 1797), Dubreuil s'était porté acquéreur du château de la Villedieu-de-Comblé (La Mothe-Saint-Héray), saisi à la fois par la Nation et par les créanciers de son dernier possesseur, François de Paule Daitz de Mesmy.

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PIERRE DUBREUIL, son père, sieur de Chambardel, fils puîné de Pierre, sieur de Chambardel et de Suzanne Bonjeu, abjura l'hérésie de Calvin le 13 juillet 1719, pour épouser, par contrat du 19 juillet 1719, passé par Goy, notaire, Catherine Cochon de la Tour, fille de Jacques, fermier général du marquisat de la Mothe et de Catherine Hersant. Le mariage fut célébré le 19 juillet dans la chapelle du château de la Mothe. Il mourut le 2 mars 1729, et sa veuve qui, quelques jours avant, avait mis au monde Pierre-Jacques, épousa à la Mothe, François Frère, sieur de la Faugère dont elle aura deux filles : Catherine et Marie-Jeanne.

Le 17 juillet 1752, PIERRE-JACQUES épousait, en l'église Saint-André de Niort, Anne-Élisabeth Clerc de la Châteaudrie (1725 - 1789), fille de Philippe, conseiller du roi, lieutenant particulier de la maîtrise des eaux et forêts de la ville de Niort et doyen des avocats de Niort, et d'Anne-Marguerite Ollivier, décédée à Pied-Morin - Avon, le 17 octobre 1763, âgée de 61 ans ; elle fut inhumée le 19 dans l'église d'Avon.

Anne-Élisabeth Clerc de la Châteaudrie est décédée à Avon, en sa maison de Pied-Morin, le 24 février 1789 et inhumée le 26, à l'âge d'environ 63 ans.

De ce mariage sont nés :

- Catherine-Françoise-Élisabeth, à Exoudun, le 18 juin 1753 ; mariée à Avon le 15 novembre 1780, à Claude-Louis Guyot, sieur de la Pierre, notaire royal à Loubigné, fils de Charles-Claude et de Jeanne-Catherine Chalmot, né à Loubigné le 13 juillet 1726 ; dont 3 enfants : - Nicolas-Gabriel, né à Loubigné, le 30 octobre 1781, percepteur des contributions de la commune de Brioux ; - Jacques-Charles, baptisé le 20 septembre 1782 à Mairé-Levescault et inhumé le 20 juillet 1785 au même lieu ; - Crescente-Sylvie-Amable, née à Mairé-Levescault, le 9 novembre 1784 ;

- Pierre-Jean, à Exoudun, le 20 mars 1754, baptisé le 22 ; marié le 27 février 1786 à Bernardine (ou Bernadette) Nachet, fille de Pierre-Jacques et de Françoise Colin ; dont : - Pierre-Jacques, né le 26 novembre 1786 ; - Louis, né le 15 octobre 1787 ;

- Jacques-Philippe, à Exoudun, le 18 avril 1755, baptisé le 20 ; mourut à Rouillé le 15 avril 1833, laissant de son mariage avec Élisabeth-Marie Tessereau : - Pierre-Jacques-Philippe, né à Avon le 29 octobre 1791, marié à la Mothe le 24 février 1813, à Cornélie Desquesnes et - Marie-Élisabeth, née à Avon en 1795, mariée à Poitiers le 28 juillet 1813, à Omer Saget Dupuy, garde d'honneur ;- Louis, à Exoudun le 28 août 1756, marié à Marie Dupât, dont : - Hippolyte, décédé à Frontenay le 1er juin 1865, âgé de 69 ans et Marie-Françoise-Suzanne, née en 1797 à Marçay, morte religieuse à Sainte-Croix de Poitiers, le 4 février 1866 ;

- Marguerite-Élisabeth, baptisée à Avon le 1er novembre 1757 ; décédée en 1784 ; 

- Anne-Élisabeth, baptisée à Avon le 30 décembre 1758, religieuse aux Bénédictines de Civray, puis à Sainte-Croix de Poitiers, où elle mourut le 8 janvier 1840 ;

- Pierre, décédé en bas-âge ;

- Suzanne-Victoire, née à Avon le 1er juin 1762, mariée à Poitiers le 9 juin 1787 à Louis-Jacques Rougier Grandchamp, fils de Jacques et de Marguerite Richard Maisonneuve ; maire d'Exoudun en janvier 1790 ;

- Anne-Marguerite, à Avon le 11 septembre 1763, mariée en premières noces à Jean-Louis-René Dupuy de la Badonnière, et en secondes noces à Poitiers le 27 novembre 1806, à François-Claude Lambert, veuf de Marguerite Hoissard.

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BOISGROLLIER

Le 25 nivôse an III (14 janvier 1795), M. Dubreuil-Chambardel était député du Tiers-Etat, à Paris, lorsqu'il donnait à son fils, à Pied-Morin, l'ordre d'acheter les biens des émigrés des environs, vendus à vil prix. (29.326 livres)

C'est ainsi que le château de Boisgrollier fut acquis par eux. Ils l'habitèrent jusque vers 1850. Mais bien mal acquis ne profite jamais. Le fils de M. Dubreuil-Chambardel qui succéda à son père à Boisgrollier, se ruina complètement ; tous ses biens furent vendus, et il se retira à Poitiers où il vécut misérablement.

En 1850, le château fut racheté par Mademoiselle de Boisgrollier, qui demeurait à Saint-Sauvant. Elle vint y habiter pendant une vingtaine d'années. La chapelle du château servit plusieurs fois de lieu de réunion, pendant les missions prêchées à la paroisse.

A la mort de Mademoiselle de Boisgrollier, la vieille demeure seigneuriale passa entre les mains de M. Louis-Pierre Garnier de Boisgrollier.

Après la mort de Mademoiselle de Boisgrollier, une partie de la cour du château, des écuries et une grange furent vendues au fermier, M. Vadier, en 1870. Puis, M. Louis-Pierre de Boisgrollier fit complètement démolir l'antique manoir en 1880, et les matériaux furent cédés à des particuliers.

 

Revue Poitevine et Saintongeaise - Dixième année - 1893

Rouillé : son origine, son histoire par Hilaire Baudoin - 1912

AD79 - Registres paroissiaux d'Avon et de La Mothe-Saint-Héray

AD86 - Registres d'état-civil de Jazeneuil