LE GÉNÉRAL DE FORNIER DE FÉNÉROLS (1761 - 1806)

Général de brigade, commandant de la Légion d'honneur

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JACQUES-MARGUERITE-ÉTIENNE DE FORNIER, connu sous le nom de Général Fénérols, appartenait à une de ces familles de petite et récente noblesse dont l'ambition était d'obtenir pour un de ses fils, au moins, l'accès aux armées comme cadet gentilhomme. Fénérols, entre Labruguière et Escoussens, au pied de la Montagne-Noire, n'a rien d'un château quoique l'ancienne maison de maître, assez importante, soit séparée des bâtiments de la ferme.

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C'est là que naquit, le 28 décembre 1761, le futur général, second fils de Jean-Henry de Fornier, écuyer et chevalier de Saint-Louis, ancien capitaine au régiment de Navarre. La mère, Marie-Henrie de Passemar de Saint-André, portait le nom d'une famille qui fut quelque temps en possession du château de Cuq, près Vielmur.

Le jeune Jacques-Étienne fut d'abord instruit à Castres par M. Laget, qui a laissé la réputation d'un excellent maître, puis il fut envoyé à l'École de Sorèze où la préparation de futurs officiers était alors particulièrement soignée ; la tradition veut qu'il s'y soit fait remarquer par ses rapides progrès dans les sciences et surtout dans les exercices gymnastiques.

BAPTEME ESCOUSSENS ST SERNIN 1761

Dès qu'il eut seize ans, son père multiplia les démarches pour le faire entrer dans un régiment. Au régiment de Navarre, où il avait servi, il n'y avait presque plus d'officiers du Castrais ; par contre, les dragons de Condé, pour lors en garnison à Bayeux, étaient commandés entr'autres officiers, par MM. de Toulouse-Lautrec, de Boissezon, de Frégeville, de Noir de Cambon, de Verdalle, de Pélissier, Mahuziès, tous plus ou moins susceptibles de s'intéresser à un jeune homme de leur région et de le recommander en haut lieu.

Des représentants de la noblesse castraise, MM. de Labarthe, ancien colonel de grenadiers royaux et brigadier d'Infanterie, le chevalier d'Ysarn, ancien capitaine de grenadiers au régiment de Touraine et colonel d'Infanterie, de Lézert, mestre de camp de Cavalerie, de Perrin de Labessière, ancien major au régiment de Rouergue, avaient dûment attesté que M. de Fornier, fils de M. de Fornier, ancien capitaine, était "né de race noble et bon gentilhomme". Ce certificat, signé à Castres le 16 mai 1779 et revêtu de sceaux divers, fut expédié au prince de Condé dont le régiment portait le nom et, selon l'usage, celui-ci demanda un brevet au roi pour le jeune Fornier le 2 septembre 1779, en même temps que pour deux autres gentilshommes ; il entra au régiment le jour de Noël 1779, en qualité de cadet gentilhomme, sous le nom de "Fénérolles".

Il fut, comme on l'avait espéré, protégé par ses chefs, car il passa sous-lieutenant le 14 septembre 1781 et, en 1786, à la mort de son père, il obtint que partie de la pension de celui-ci - soit 150 livres prises sur le Trésor royal - lui fût reversée. Lieutenant du 20 septembre 1789, Fénérols est à l'affaire de Nancy en 1790, il est nommé capitaine (Armée des Ardennes) sous La Fayette et Dumouriez (27 avril 1792) ; il prend part à la bataille de Nerwinden où il fait charger (18 mars 1793) et il passe chef d'escadron (Armée du Nord), sous Jourdan (7 avril 1793).

Le rapide avancement de Fénérols s'explique, en partie, du moins, par les nombreuses désertions des officiers d'ancien régime à cette époque, car maintenant il passe à l'ancienneté. On peut supposer que, si Fénérols n'émigre pas comme tant de ses camarades, c'est parce qu'étant sans fortune il trouve plus avantageux de rester à un poste où il s'est acquis l'estime de ses pairs et celle de ses soldats. Peut-être aussi ne considère-t-il que son devoir de militaire en face de l'ennemi, comme son compatriote et ami, le général de Frégeville, avec lequel il reste en relation. De même que ce dernier, il a naturellement abandonné la particule.

Tout-à-coup, au moment où Jourdan, secondé par Carnot et par le représentant Duquesnoy, va remporter sur les Autrichiens la victoire de Wattignies qui débloquera Maubeuge, Fénérols, qui prend part à l'action à la tête de son escadron, est arrêté, suspendu de ses fonctions et envoyé à la Maison d'Arrêt militaire des Orphelines à Arras (20 octobre 1793).

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Son civisme n'entrait pas en jeu, comme on aurait pu le croire ; il s'agissait simplement d'une question de discipline mais, au moment où elle se posait, elle aurait pu mettre fin à sa carrière. A vrai dire, il y avait eu, un an auparavant, un incident fâcheux : un autre capitaine du 2e Dragons, sorti du rang celui-là, François Macquart, avait demandé la priorité sur Fénérols quoique ce dernier eût été cadet, "attendu qu'il était adjoint du 1er juillet 1779, avant que M. de Fénérols ait commencé à servir, n'étant cadet que du 25 décembre de la même année". C'était revendiquer un droit de priorité sur un officier noble, aussi les Bureaux de la Guerre avaient-ils répondu que "le capitaine Fénérols devait prendre le rang, conformément à des précédents" (3 novembre 1792). Depuis, Fénérols avait été nommé chef d'escadron et l'incident n'avait pas eu de suites.

Dans un mémoire qu'il adresse de la prison d'Arras au Comité de Salut Public, voici comment Fénérols relate l'affaire qui causa son arrestation :

"... Je reçus l'ordre de partir pour combattre les ennemis qui assiégeaient Maubeuge au commencement d'octobre dernier. Le 6, j'arrivai à 9 heures et demi du soir dans la commune de Courrière, district d'Arras. La municipalité, fatiguée déjà par le logement d'un régiment de cavalerie, fut forcée de placer plusieurs hommes dans un château d'émigré inhabité et dont les meubles étaient tous sous scellé. Quelques dragons osèrent enfoncer une porte et piller des effets de peu de valeur avec des habitants de l'endroit.

Pendant la nuit, je fus dans une fièvre cruelle, je fus même pendant 3 heures sans connaissance, hors d'état de parler ni d'agir.

Le lendemain matin, le Maire de la Commune me donna connaissance du délit et je fis sur le champ deux fouilles très exactes dans les porte-manteaux. A la seconde je trouvai 2 draps, un morceau de peau, un rideau et une mauvaise couverture que je fis porter à la municipalité qui m'en expédia un récépissé. Je punis sur le champ les coupables selon les possibilités du moment. Pouvais-je prévoir que cet événement devait m'attirer des suites aussi funestes que celles que j'ai éprouvées !

Deux jours après le Général Duquesnoy me fait arrêter à Premion sur Oise et delà je fus transféré comme un contre-révolutionnaire dans la maison d'Arrêt d'Arras, sans motif d'arrestation".

Fénérols était depuis sept mois dans cette prison quand elle fut visitée par le représentant Lebon qui l'interrogea et qu'il put convaincre de son innocence ; par lui, il obtint son élargissement le 22 avril 1794. Sur l'ordre du Commissaire des Guerres Cochet, il rejoignit par Bapaume et Péronne son dépôt de Compiègne où il commença des démarches opiniâtres en vue de la réintégration dans son grade.

Le représentant Lebon, tout naturellement sollicité le premier, répondit que n'étant pas député à l'Armée du Nord, les réintégrations ne le regardaient pas. C'est alors que Fénérols adressa au Comité de Salut Public le mémoire en partie cité ci-dessus, lui demandant de se prononcer : 1° sur sa réintégration ; 2e au cas où il l'approuverait, sur la rétrogradation des officiers dont l'avancement avait eu lieu pendant son absence. C'était un geste assez crâne, car il devait bien penser qu'il lui attirerait des ennuis ; on pourrait y voir le désir de prendre sa revanche sur la démarche du capitaine Macquart en 1792, car Macquart le remplaçait dans ses fonctions de chef d'escadron, mais on peut également conclure à cet esprit de justice stricte dont il donna d'autres preuves par la suite. Il réclamait, en même temps, le prix de deux chevaux lui appartenant qui avaient été saisis et vendus au moment de son arrestation. Le mémoire était accompagné d'un certificat du Conseil d'administration du 2e Dragons, attestant que "le citoyen Fénérols a rempli ses différents emplois avec zèle, activité et intelligence, qu'il a toujours donné des preuves du plus pur patriotisme et du plus ardent amour de la Patrie". (Le mot "patriotisme" est mis évidemment pour républicanisme et l'on est en droit de douter des sentiments républicains de Fénérols).

La signature de Macquart au bas de ce document, jointe à celle des autres officiers, semble prouver qu'il n'avait pas gardé rancune à Fénérols ; il ne pouvait pas savoir qu'il allait être "rétrogradé" si le Comité de Salut Public faisait droit aux demandes de Fénérols.

Il ne suffisait pas d'écrire un mémoire, il fallait encore qu'il fût présenté au Comité de Salut Public par des hommes influents. C'est ici qu'intervient le citoyen Bonnet [Pierre-Louis Bonnet de Mautry], député du Calvados qui, assisté du citoyen Arrighi [Jean-Marie], député de la Corse, mais premier grand rôle dans cette affaire, se fit le protecteur intelligent, adroit et tenace de Fénérols. Nous voudrions savoir si un lien d'amitié les unissait ou si Bonnet avait simplement à coeur de réparer ce qu'il considérait comme une erreur judiciaire. A plusieurs reeprises, il répètera, très habilement, qu'il ne sollicite pas pour lui, qu'il affirme en honnête homme qui sait par des personnes dignes de foi attachées au régiment qu'il est "unanimement regardé comme un très brave et très excellent officier et que les dragons ont une entière confiance en lui".

La demande de Fénérols est pourtant rejetée le 5 juillet 1794 par Carnot, Priou et Lindet.

Fénérols, loin de se décourager, adresse une nouvelle demande à Paris le 5 septembre ; de son côté, le représentant Bonnet revient à la charge et écrit le 9 septembre à Carnot :

"... Ne trouve pas mauvais, cher collègue, que je te rappelle souvent l'affaire du citoyen Fénérols, ci-devant chef d'escadron du 2e Régt de Dragons, et suspendu depuis dix mois après avoir été incarcéré pendant 7 mois. Il serait flatteur pour lui d'être replacé dans le corps où il est connu et où les dragons le demandent. Au reste, cher collègue, je ne sollicite pas en sa faveur, je te prie seulement, et c'est une justice, d'examiner ou faire examiner sa réclamation pour qu'il sache s'il sera ou non replacé.
Salut et Fraternité
Bonnet
Je t'enverrai en mains propres une liasse de papiers."

Dans cette liasse de papiers qui comprend diverses attestations, se trouve encore un certificat élogieux du directeur de la prison d'Arras sur son ex-pensionnaire.

Carnot se décide enfin à faire faire une enquête auprès des représentants Peyssard et Duquesnoy qui ont dénoncé Fénérols. Duquesnoy répond le 2 octobre 1794 que ce n'est pas lui qui l'a destitué, mais ses collègues Élie Lacoste et Peyssard. Peyssard ne répond que le 30 octobre à son collègue Cochon, membre du Comité de Salut Public, et, sur un ton peu gracieux, il taxe Fénérols d'"insoucience coupable".

Cependant Bonnet, vraiment admirable de persévérance, continue ses démarches en faveur de Fénérols ; il va jusqu'à écrire : "C'est par erreur qu'on l'a cru noble, il ne l'est pas". Savait-il la vérité ou bien Fénérols lui avait-il menti ? Il n'était pas difficile, en tous cas, d'ouvrir son dossier dans les Bureaux de la Guerre, et l'on y eût trouvé le certificat de MM. de Labarthe, d'Isarn, de Lézert, de Perrin de Labessière attestant l'authentique noblesse d'Étienne de Fornier de Fénérols. On est toujours étonné en constatant que les hommes politiques de cette époque se servaient si peu des documents officiels qui auraient pu les éclairer. Bonnet assure enfin que la dénonciation de Peyssard et de Duquesnoy a été déterminée par celle d'un juge de paix et de quelques officiers municipaux qui ignoraient même le nom de Fénérols ; l'accusé n'a pas été entendu par eux ; une seule chose doit compter, l'enquête faite à l'Armée du Nord et elle a été de tous points favorable. "L'expérience prouve, écrit en concluant Bonnet, que l'effronterie et l'impudence réussissent quelquefois et que la vertu modeste reste dans l'oubli ; il paraît donc juste de réintégrer Fénérols dans son grade et de lui rembourser le prix de ses chevaux".

L'affaire traîne encore trois mois pendant lesquels Fénérols ne se lasse pas de renouveler ses demandes, à intervalles réguliers et en termes identiques. Enfin, le 20 décembre 1794, il obtient la réintégration dans son grade et, après un nouveau rapport relatif à ses chevaux, on lui accorde, le 7 janvier 1795, une indemnité de 2.400 francs, montant du prix de ceux-ci qui avaient été vendus 1.300 et 1.100 francs lors de son incarcération.

Dès qu'il est réintégré, Fénérols rejoint son régiment à l'armée de Sambre et Meuse et six mois plus tard, 19 juillet 1795, il est nommé chef de brigade provisoire, grade dans lequel il est confirmé en octobre 1796, et non sans difficulté, car un autre officier, le citoyen de Bonardy de Saint-Sulpice, un moment destitué, lui aussi, avait été désigné entre temps pour commander le 2e Dragons.

Dès qu'il avait eu vent de ce qui le menaçait - c'est-à-dire une nouvelle rétrogradation - Fénérols avait écrit à son ami le général Henri de Frégeville [Jean-Henri-Guy-Nicolas de Frégeville, marquis de Gau ou de Grandval], comme lui originaire du pays castrais, ancien officier au 2e dragons et pour lors membre du Corps législatif du Tarn, le pressant d'intervenir en sa faveur :

Armée de Sambre & Meuse - 2e Division
Munster Eyffel
27 ventôse 4e année (19 mars 1796)
J'apprends à l'instant, mon cher Frégeville, par le quartier maître du 13e R. dra. qui est à Paris que le Ministre de la Guerre a proposé la place de chef de Brigade du Régiment au citoyen St Sulpice chef de Brigade destitué qui demande sa réintégration ; vous voyez que mes craintes étaient fondées quant je vous ai prié de vouloir bien solliciter l'expédition de mon brevet dont on ne peut me priver sans faire la plus éclatante injustice. Je vous fais passer copie de la nouvelle demande que le Conseil d'administration adresse par le même courrier au ministre pour lui représenter que j'ai été fait chef de Brigade antérieurement à la loy qui suspendait toutes nominations d'officiers que j'ai rempli les fonctions de ce grade et reçu les appointemens depuis cette époque qui remonte au 10 messidor 3e année où le citoyen Macquart qui avait été promu à ce grade pendant ma suspension a obtenu sa retraite. Vous y verrais aussi que pendant ma suspension illégale 2 de mes cadets, Riget et Macquart ont occupé la place qui m'était due, se qui me fait espérer que le gouvernement ne m'en privera pas puisqu'il s'est empressé de me rendre justice. Je vous prie de faire part a votre collègue St Michel de l'événement qui me menasse en l'engageant de se joindre à vous pour éclairer le ministre et me faire rendre justice.
Salut et amitié
Fénérols.

Je crains bien que ce ne soit fait de ma place si vous n'avez la bonté de faire les démarches les plus urgentes."

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Saint-Sulpice est, en effet, nommé, comme le craignait Fénérols qui proteste auprès du ministre : "non par ambition, mais par honneur, sentiment inséparable de mon existence", écrit-il. Est-ce grâce à l'intervention de Lacombe Saint-Michel, qui après avoir été membre du Comité de Salut Public en 1795, était passé au Conseil des Anciens, toujours est-il que Saint-Sulpice fut réformé le 27 septembre 1796 et qu'en lui demandant de remettre son commandement à Fénérols, le ministre rendait hommage à celui-ci : "... Les motifs d'après lesquels le Directoire Exécutif s'est déterminé, écrivait-il à Saint-Sulpice, ne doivent vous causer aucun désagrément ; il rend la plus grande justice à vos talents et à votre probité, mais il a pensé que dans l'activité étonnante où se trouve actuellement l'Armée de Sambre et Meuse, le citoyen Fénérols, qui a toujours servi dans le même régiment et qui depuis longtemps en est chef d'escadron pouvait être plus utile à la tête d'un corps dont il est plus que personne à même de connaître et de diriger l'esprit général et particulier."

Un rapport secret attaché au double de cette lettre nous révèle que Saint-Sulpice, destitué sous le régime révolutionnaire, a tenu à l'honneur d'être réintégré, mais qu'il est de faible santé et la campagne actuelle est dure. Fénérols, par contre, est très solide et il a de l'influence sur son régiment.

En fin de compte, Fénérols ne fut promu général de brigade que le 29 août 1803, au moment où Bonaparte préparait l'expédition d'Angleterre ; entre temps, il était passé à l'Armée du Rhin et s'était signalé à la bataille de Zurich où il dit avoir sauvé le 8e régiment de chasseurs, chargé par des forces supérieures (octobre 1799), où, par un mouvement heureux et décisif, il arracha à l'ennemi des moyens de victoire sur lesquels il se croyait en droit de compter et qu'il eût obtenus sans le coup d'oeil rapide d'un technicien habile, sans la valeur d'un brave soldat. Par une singulière réticence, en rendant compte de cette savante manoeuvre, on tut le nom de celui qui l'avait commandée, et l'on ne l'indiqua que par "le commandant du 2e régiment de dragons".

Nous avons tout lieu de croire que cette phrase fut écrite à peu près textuellement par Fénérols lui-même et gardée dans ses papiers tandis qu'il la copiait sur un de ses états de service joints à une demande de promotion où nous l'avons lue dans les archives du Ministère de la Guerre. S'il avait conscience d'avoir sauvé la situation dans son coin, à la bataille de Hohenlinden, on conçoit qu'il ait été indigné que son nom ne fut pas prononcé.

Le traité de Lunéville ramena la brigade de Fénérols au repos dans le département du Nord ; il en profita pour se marier. Le 21 nivôse an X (11 janvier 1802), il épousait, à Lille, Marie-Louise-Sophie Martin, âgée de dix-neuf ans, née à Dunkerque, fille d'un payeur aux Armées ; il avait vingt-deux ans de plus qu'elle, était de belle taille, coloré, avec des traits accusés et donnait, comme écrivait le Ministre de la Guerre, "une impression de vigueur et d'endurance".

La jeune femme resta à Lille où naquirent deux fils et une fille, en décembre 1802, février 1804 et mars 1806. Son mari ne s'éloigna pas de quelque temps puisqu'il était à l'armée dite d'Angleterre : en 1803, au dépôt de Redon, où il fut nommé membre de la Légion d'honneur et détaché comme chef d'une colonne sous Gouvion en Vendée, puis à l'Armée des côtes de l'Océan où il passa commandant dans la Légion d'honneur, à la grande promotion du camp de Boulogne en juin 1804.

Le 12 décembre 1803 (20 frimaire an XII), Bonaparte écrit depuis Paris au Général Berthier, Ministre de la Guerre :

"Je vous prie, Citoyen Ministre, d'expédier dans la nuit un courrier extraordinaire au général Fénerolz (Note : Jacques Marguerite Etienne de Fornier, dit Fénerols), commandant le camp de dragons de Redon, pour lui donner l'ordre de partir avec les régiments qu'il commande, six heures après la réception du courrier, et de se diriger sur Nantes. Là il fera prendre à chaque homme cinquante cartouches, des pierres à fusil, et formera trois colonnes, chacune composée d'un régiment de dragons fort de 260 hommes à cheval et de 140 hommes à pied. Le général Dumuy joindra à chacune de ces colonnes deux compagnies du 12e d'infanterie légère, fortes chacune de 70 hommes ; ce qui portera chacune des trois colonnes à plus de 550 hommes. La gendarmerie y joindra 10 ou 12 hommes de son arme.

La première colonne s'arrêtera à Nantes, delà se rendra à Palluau, d'où, avant son arrivée, elle enverra demander des ordres au général Paulet, qui se tient ordinairement aux Sables. Le général Paulet se mettra à la tête de cette colonne, y joindra les troupes qui sont sous ses ordres et des officiers des détachements de gendarmerie, et se mettra à la poursuite des brigands, en obéissant cependant aux ordres qu'il recevrait du général Gouvion.

La seconde colonne se rendra à Montaigu. Elle sera commandée par le général Fénerolz. Avant son arrivée, elle enverra demander des ordres au général Gouvion, et, si elle n'en reçoit pas au moment de son arrivée, elle prendra des renseignements des officiers de gendarmerie qui se trouvent à Montaigu et du sous-préfet de Montaigu, et se mettra à la poursuite des rassemblements armés.

La troisième colonne se rendra à Machecoul. Elle sera commandée par un des généraux de brigade qui se trouvera à portée, ou par le général de brigade Valory, s'il est encore à Nantes. Si tout est tranquille dans cet arrondissement, cette troisième colonne continuera sa marche jusqu'à Challans, et préviendra de son mouvement le général Paulet, qui se trouvera aux Sables ou à Palluau; elle prendra des ordres de ce général de brigade, mais sera toujours sous les ordres supérieurs du général Gouvion.

Vous préviendrez le général commandant la division et l'ordonnateur de cette division de prendre toutes les mesures pour que les vivres ne manquent point aux troupes. Il leur sera accordé les vivres de campagne, et, en attendant, pour se procurer de la viande, une indemnité ...

Vous recommanderez la plus sévère discipline.

Vous préviendrez le général Gouvion des mouvements ...

Prévenez le général Gouvion que j'espère que ce renfort de 1,500 hommes lui sera suffisant, et qu'il fera une bonne chasse à ces brigands ; qu'il doit tenir note des chefs surtout, pour ne faire grâce à aucun ; qu'enfin il y a sous ses ordres le général Dufresse, qui tiendra en respect le département des Deux-Sèvres, le général Girardon, commandant le département de Maine-et-Loire et environs, le général Paulet, le général Fénerolz, le chef de brigade Reynaud, et, si même il se trouve en avoir besoin, le général Lacoste, qui est sur la côte ; que les généraux Paulet et Lacoste ont un certain nombre de pièces attelées ; que d'ailleurs, si cela devient nécessaire, il peut faire appeler le directeur d'artillerie qui est à Nantes ; qu'il doit tâcher cependant, autant que possible, de ne pas dégarnir la côte et y laisser les batteries mobiles et les détachements que j'y ai établis pour protéger le passage de la flottille.

Mettez à la disposition du général Gouvion, pour assurer le service, 50,000 francs en or ; 30,000 francs seront destinés à pourvoir à la gratification de la troupe, et 20,000 pour frais de transport, de courriers et d'espionnage. Sur cette somme, il donnera 1,000 francs à chaque commandant de colonne d'éclaireurs.

Mon opinion est qu'il ne faut laisser nulle part de garnison, mais faire de toutes les forces quatre corps sous les ordres, chaque corps, d'un général de brigade, indépendamment des corps des généraux Girardon et Dufresse ; que chacun de ces corps doit être partagé en trois autres, chacun de 150 à 200 hommes, infanterie, cavalerie et gendarmerie comprises. Soutenus par l'espionnage et continuellement en mouvement, ces corps doivent parvenir à étouffer la révolte dès sa naissance ..." (Correspondance de Napoléon, t.9, lettre 7379).

Quand le nouvel empereur renonce à l'expédition d'Angleterre et part en campagne contre l'Autriche et la Prusse qui viennent de lui déclarer la guerre, le général Fénérols passe à la Grande Armée (29 août 1805) ; il y commande la 3e Brigade de la Ière Division de Dragons de la Réserve des cavaliers.

Entra-t-il à Berlin, le 27 octobre 1806, avec Napoléon, après les victoires d'Iéna et d'Auerstaedt ? Les précisions nous manquent et nous n'avons pas à faire ici l'histoire de cette campagne. Fénérols se trouvait non loin de Prenzlow quand un corps prussien de 12.000 hommes y capitula et sa brigade fut envoyée en Pologne pour combattre les deux armées russes que le tsar Alexandre expédiait au secours du roi de Prusse Frédéric-Guillaume. L'une de ces armées russes fut obligée d'évacuer la Pologne après de terribles combats autour de Pultusk. C'est là, au combat de Golymin, que le général de Fénérols tomba à la tête de ses dragons, mortellement frappé par un obus (26 décembre 1806). Il expira deux heures après, dans les bras de son aide de camp Larrey, "profitant de ce délai, dira son panégyriste et ancien condisciple, l'abbé d'Alès-d'Anduze, pour employer le temps qui lui restait à son salut éternel".

Bataille de Golymin par Benjamin Zix 1772-1811 zz

Un service solennel pour le repos de son âme fut célébré dans la chapelle de Sainte-Perrine de Chaillot, dont l'abbé d'Alès-d'Anduze était aumônier, le 5 mars 1807.

La jeune veuve de vingt-deux ans, mère de trois enfants dont l'aîné avait quatre ans, ne reçut que le 14 mai 1807, et encore sur sa demande, l'avis officiel du décès de son mari ; elle commença, sous la direction de son père, les démarches habituelles pour obtenir une pension plus élevée que celle de mille francs à laquelle avaient droit, depuis la bataille d'Austerlitz, les veuves de généraux tombés au feu. Pour mieux aboutir, elle était venue habiter Paris et multiplia les demandes. Elle avait repris la particule et signait de Fénérols.

L'empereur accorda d'abord 1.500 francs de pension (2 juillet 1807), n'ajoutant que 500 francs pour les trois enfants, aussi Mme de Fénérols ne se tient-elle pas pour satisfaite ; elle se dit à la charge de son père et demande à l'empereur de réintégrer celui-ci dans ses anciennes fonctions de payeur général à la 16e Division militaire, poste qu'il aurait perdu par suite d'une injustice, ayant été remplacé, écrit-elle, "par le beau-frère d'un sénateur ou ministre". Cette tentative n'ayant pas abouti, elle a recours aux grands moyens : elle obtient, le 21 mars 1808, une audience de l'empereur qui, assurera-t-elle plus tard, l'a favorisée verbalement d'une pension de 6.000 francs, mais elle aurait eu la négligence de ne pas présenter un mémoire, et aucune trace ne restant de cette promesse, ses rappels se succédèrent en vain en 1808, 1809 et 1810. Enfin, le 2 février 1810, l'empereur accorde une pension supplémentaire de 2.000 francs qui sera cumulée avec celle de 1807 pour former une seule pension de 3.500 francs.

Mme de Fénérols, après avoir obtenu son supplément de pension, ambitionne une dotation pour ses enfants, dotation "dont les produits, employés d'abord à leur éducation, serviraient un jour à les soutenir dans la carrière militaire à laquelle les deux enfants mâles sont destinés". Cette phrase devait plaire à l'empereur, mais le ministre répondit que S. M. avait renvoyé la pétition sans prendre de détermination ; toutefois, ayant déjà obtenu une pension de 3.500 francs, il ne pouvait faire à S. M. aucune nouvelle proposition en sa faveur. Il avait cependant écrit en marge de la pétition : "On soumettra à l'empereur la demande du titre de Baron avec Dotation en faveur du fils aîné du Général Fénérols".

Il faut croire que Mme de Fénérols avait des appuis dans la place et qu'elle faisait agir les anciens amis de son mari, seulement, en 1813, au lendemain du désastre de Russie, les circonstances ne se prêtaient guère aux libéralités ; une note jointe à ce dossier indique que "La proposition n'a pas eu de suite - le rapport soumis au gouvernement n'est pas revenu de la secrétairerie d'État".

Louise-Armante-Fanny, épouse Morat, demanda de Cambrai, le 8 août 1836 au Ministre de la Guerre que le nom de son père "soit inscrit avec les autres sur l'Arc de Triomphe de l'Étoile". Gustave de Fénérols renouvela cette demande le 21 octobre de la même année mais en vain semble-t-il.

En 1862 et en 1882, elle habitait Neuilly et demandait le relevé des services de son père. Était-ce pour elle ou pour sa cousine, Céleste Claverie, née de Fornier, fille du frère aîné du général, qui sollicitait de Labruguière, en 1874, un Bureau de tabac, en récompense des services du général de Fénérols, son oncle, et de son propre frère, Victor-Auguste de Fornier, commandant de remonte, officier de la Légion d'honneur ? Il me semble qu'elle ait hérité de la volonté et de l'énergie de son oncle et de son grand-père, le capitaine au régiment de Navarre, que l'on appelait, selon la tradition, "le chevalier sans peur et sans reproche" ; elle ne se laissa pas abattre par la ruine de sa famille dans les années qui suivirent la révolution et se fit institutrice à Escoussens, avant d'épouser François Claverie qui était veuf et père de famille.

Céleste de Fornier avait eu une soeur, Mme de Sénégas, mariée aux environs de Vielmur, et deux frères, l'un décédé célibataire, l'autre, le commandant susnommé, qui finit ses jours dans sa propriété du Soulié, à Saint-Perdouls, canton de Cuq-Toulza.

La propriété de Fénérols, après avoir appartenu à Magloire Nayral, l'auteur des Biographies Castraises, fut rachetée par un membre de la famille Claverie, d'où elle est passée par héritages successifs aux mains des familles Duclos-Clamels, puis Windham ...

Marie-Louise Puech - Revue du Tarn - 15 mars 1935

Bataille de Golymin par Benjamin Zix (1772 - 1811)

AD81 - Registres paroissiaux d'Escoussens

AN - Base Leonore - LH/1001/19

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Son père, Jean-Henri de Fornier-Fénérols, ancien capitaine du régiment de Navarre, chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis, est décédé à Escoussens, le 20 juillet 1785, à l'âge d'environ 75 ans, et inhumé le lendemain dans le cimetière de l'église Saint-Sernin d'Escoussens. Il était fils de Mathieu de Fornier de Féneyrols et de Françoise de Gautier et était né à Labruguière, le 14 septembre 1710.

Sa mère, Marie-Henrie de Passemar Saint-Maurice est décédée à Escoussens, le 17 thermidor an IX (5 août 1801), à l'âge de 78 ans. Elle était fille de Paul de Passemar, vicomte de St-André et baron d'Alban, et de Marie-Catherine de Bernardy. Elle est née à Cuq, au château, le 9 avril 1721 et a été baptisée, paroisse Saint-Etienne de Cuq, le 25 avril, même année.

Le général de Fornier de Fénérols a épousé à Lille, le 21 nivôse an X (11 janvier 1802), Marie-Louise-Sophie Martin, née à Dunkerque, le 22 septembre 1783.

Elle était fille de Joseph-Marie, né à Dunkerque, trésorier de la guerre au département de la Flandre maritime, ancien officier de cavalerie au service d'Espagne, fils d'Albert-François, trésorier de la guerre et bourgmestre, et de Louise de Wulf, qui épousa à Dunkerque le 12 novembre 1782, Hippolyte-Robertine Tully, née à Dunkerque, 24 ans, fille de Florent-Guillaume, écuyer, né en Irlande, ancien officier d'infanterie au régiment de Dillon, docteur en médecine ordinaire du Roi d'Angleterre, et ancien échevin de Dunkerque, et de Marie-Madeleine Lemoine.  (Recueil : Histoire de Flandre, Tournaisis, Cambrésis, Hainaut ...)

De cette union sont nés :

- Adolphe-Séraphin-Charles, né à Lille, le 3 nivôse an XI (23 décembre 1802) ; "Le sieur Fornier de Fénérols Adolphe-Séraphin-Charles, civil européen, demeurant à Bouffarick, âgé de quarante-trois ans, est entré à l'hôpital militaire de Bouffarick [Algérie], le quatre du mois d'août 1848 et y est décédé le 5 août présent mois à neuf heures du soir." ;

- Henri-Marguerite-Gustave, né à Lille, le 23 pluviôse an XII (13 février 1804) ;

- Louise-Armante-Fanie, née à Lille, le 6 mars 1806 ; mariée avec Charles-Louis Morat, fils de Louis Morat et de Jeanne-Renée-Victoire Amiot, à Lille, en 1828.

Le nom du général de Fornier-Fénérols est gravé sur les tables de bronze du palais de Versailles. (Nouvelle biographie universelle ... par M. Hoefer - 1852 - volume 18)

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AD81 - Registres paroissiaux et d'état-civil d'Escoussens 

Archives municipales de Lille - Registres d'état-civil de  Lille

Fichier Bossu