ABBAYE SAINT-JEAN-D'ORBESTIER

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 D'azur, à une croix à huit pointes d'or (Armorial général du Poitou)

L'abbaye d'Orbestier, dont les moines étaient de l'ordre de Saint-Benoît, dépendait de la paroisse d'Olonne, et était placée sous l'invocation de la Vierge et de Saint Jean-Baptiste. Elle fut fondée en 1107, par Guillaume IX, duc d'Aquitaine, dit le Troubadour, arrière-grand-père de Richard coeur de lion, en faveur du moine Foucher.

La légende rapporte que ce prince chassait un jour au sanglier au milieu de la forêt Noire.  Celle-ci s'étendait sur toute la côte depuis Talmont jusqu'au-delà de Jard ; son nom lui venait de l'épaisse couleur de ses chênes verts. Séparé bientôt de sa suite, il se trouva en face de l'animal blessé, qui allait s'élancer sur lui. Voyant ses jours en péril, il fit voeu d'élever une abbaye au lieu même où la mort semblait le menacer, s'il échappait au danger. Aux dernières paroles de sa prière, la chasse débouchait à son de trompe, et aussitôt le féroce animal tombait mort au pieds du duc, ainsi miraculeusement sauvé.

Cette abbaye eut un grand nombre de bienfaiteurs : les ducs d'Aquitaine, les comtes de Poitou, Richard et Hildegarde, fils du roi d'Angleterre ; les familles de Mauléon et de Vivonne, les vicomtes de Thouars, les comtes Béat de la Roche, les seigneurs d'Aspremont, de Montaigu, de la Mothe-Achard, etc. Les moines de Saint-Jean-de-l'Orbestier jouissaient de privilèges considérables : ils percevaient le cinquième des produits provenant de terres défrichées sur toute l'étendue de la forêt Noire.

Première destruction

Vers 1251, l'abbaye, déjà connue et prospère, fut en grande partie détruite par un incendie.

L'abbé du Lieu-Dieu-en-Jard promit des faveurs spirituelles à ceux qui contribueront par leurs aumônes au rétablissement du monastère. L'abbé et les religieux supportèrent avec grand courage cette infortune et s'employèrent à réunir l'argent nécessaire à la réparation du désastre.

L'Abbaye se releva promptement de ses ruines.

A travers les siècles

Successivement, de 1515 à 1791, l'abbaye fut dirigé par des abbés commendataires, nommés par les rois de France, à la suite d'une entente avec les papes.

Le premier abbé commendataire fut Antoine de Champropin. Son passage fut d'ailleurs de courte durée.

A partir de 1520, les dirigeants se succédaient nombreux, car ils arrivèrent dans des circonstances très critiques. Les temps étaient difficiles pour le couvent qui ne pouvait faire face à ses engagements et à ses besoins devenus de plus en plus impérieux.

Des difficultés sans nombre surgirent qui ne purent être surmontées. Souvent mal dirigée, l'abbaye périclitait de jour en jour.

Une deuxième destruction

En 1340, au début de la guerre de Cent Ans, les troupes anglaises incendièrent à nouveau l'abbaye.

Une troisième destruction

Par malheur, alors qu'on tentait un suprême effort de rétablissement, la pauvre abbaye tombait aux mains des protestants qui la pillaient et démolissaient ce qu'ils pouvaient, comme ils avaient opéré du reste à Talmont, à Boisgrolland, à Jard et aux Fontenelles ; chacun prenait ce qui lui plaisait, en meubles ou immeubles, et la précipitation mise à dissimuler les rapines devint le seul frein de la convoitise.

Lors du siège de La Rochelle (1573), il s'y passa une aventure singulière :

Les réfectoires de l'abbaye étaient occupés par des gentilshommes poitevins, et au silence monacal succédèrent bientôt les lazzis des bruyantes libations. Tout le monde connaît la réputation proverbiale qu'avaient acquise les seigneurs poitevins, insatiables buveurs et vigoureux mangeurs, capables de lutter avec les divinités du Nord. Un jour, au retour d'une chasse abondante, ces gentilshommes étaient réunis dans le grand réfectoire du prieuré ; on venait de faire honneur au repas, chacun avait dignement soutenu sa réputation. Il s'agissait d'arroser la tête de bécasse, dont l'apparition terminait le repas. L'un des convives proposa cinq rasades, qui disparurent aussitôt ; venait alors le tour des autres convives, qui, successivement, donnèrent au nombre de leurs rasades la progression que les lansquenets donnaient au jeu de leurs dés : on but ainsi, coup sur coup, jusqu'à dix et vingt rasades. Il y avait déshonneur pour celui qui s'arrêtait dans cette route du coude à la bouche. Des simples rasades du verre, on passa aux rasades des saladiers ; et enfin, trouvant sans doute que ces hanaps étaient insignifiants, l'un de ces seigneurs, digne émule de Bassompierre, proposat pour hanap de prendre les bottes à l'écuyère. Un hourra d'approbation accueillit cette sublime idée, et chacun but gravement la demi-tonne que pouvait contenir sa vaste botte.

L'un des convives, satisfait des libations accordées à la tête de bécasse, proposa un toast à la plus belle des huguenotes. "A Mlle de Puyberneau ! je la déclare la plus belle," dit un convive. - "Halte-là ! dit une voix ; "J'en connais une plus jolie encore ; buvons à elle !" - "Tu en as menti par la gorge ..." La confusion était à son comble ; un duel terrible eût été la conséquence de cette discussion. Les seigneurs poitevins, parfaitement calme d'esprit, imposèrent silence aux jeunes gens en désaccord. Des experts furent choisis sur-le-champ à l'effet de vider le différent. Les débats de cette grave affaire furent de courte durée. La sentence du jury fut tout à l'avantage de Mlle de Puyberneau. L'enthousiasme tint du délire à la lecture de la sentence des experts. Une nouvelle rasade de bottes à l'écuyère fut vidée en l'honneur de la plus belle des femmes. Afin de perpétuer le souvenir de cette mémorable séance, on imposa à Mlle de Puyberneau le titre glorieux de Dame d'Orbestier. Ainsi le décidèrent.

Quelques temps après cependant, les abbés reprirent en charge l'abbaye d'Orbestier.

Incidents et procès

De nombreux incidents et procès opposèrent les religieux aux autorités locales. Parmi ceux-ci en voici un qui ne manque pas de saveur. Maître Jean Bérard, sénéchal d'Olonne, fut témoin d'une petite scène qui se passa en face d'Orbestier et au sujet de laquelle en dressa nombre procès-verbaux, au nom du comte, de l'abbé et du roi.

Dans une lettre écrite à Paris, voici ce que dit Jean Besly : "Je ne puis oublier, que, ces jours derniers, une baleine s'est échouée en la manche de l'abbaye d'Orbestier, près des Sables-d'Olonne, laquelle est si monstreuse que quatre bonnes charrettes de vos rouliers de Paris ne seraient capables d'en voiturer la langue ... Un nombre infini de personnes sont journellement à charpenter dessus à qui en emportera son lopin. La question est de scavoir si elle appartient au Roy, au comte des Olonnes, qui se dit admiral en ses terres, où à l'abbé d'Orbestier qui prétend le mesme droict, comme haut justicier de fondation royale, ou bien si elle est au premier occupant. Il y a prou de quoy disputer de tous costez !"

L'incident fut d'ailleurs tranché rapidement, par les haches et les couteaux des habitants de la côte. Enfin des incidents et des conflits qui opposèrent pendant six siècles les abbés et seigneurs de Talmont, furent néfastes à l'abbaye. Entre autres, le droit de Quint dans la forêt d'Orbestier, qui consistait pour les religieux, à percevoir la cinquième partie des biens forestiers que s'octroyaient au désavantage des religieux, les seigneurs de l'époque.

La fin de l'Abbaye

Peu à peu les moines se firent rares à l'Abbaye, et l'un des derniers abbés, Gabriel de Tasnac, ne trouva que deux moines à son arrivée.

En 1714, un bénédictin, Dom Boyer, à la recherche de documents pour la confection de ses archives, ne trouva rien à Orbestier. Voici ce qu'il a écrit à ce sujet : "14 mai.  Après dîner, M. de Montfaucon me donna un guide pour me conduire à l'abbaye de St-Jean d'Orbestier. Il me communiqua des réflexions qu'il a faites touchant la Constitution de Clément XI. Je ne fis rien à Orbestier ; D. Jacques Alain, prieur, ayant les clefs des titres et se trouvant absent. Dom Regain, sacristain, me reçut le mieux du monde. Nous nous fûmes promener sur le bord de la mer. Il voulut me mener aux Sables-d'Olonne, avec tout l'empressement possible."

En 1769, après avoir subi un déficit de 2.457 livres, l'abbaye fut dissoute en vertu d'un "décret d'union de la mense conventuelle de l'abbaye de St-Jean-d'Orbestier, au profit de la fabrique de l'église cathédrale de Luçon, du 22 mai de la même année", ordonné par Claude-Antoine-François Jacquemet Gaultier, évêque de Luçon.

À la Révolution, l'abbaye fut vendue comme bien national. Les terres et les bâtiments furent mis en exploitation agricole.

Ainsi s'éteignait la vieille abbaye !

 

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Antoine de Champropin, d'abord moine de Saint-Cyprien, abbaye florissante au diocèse de Poitiers, puis dignitaire de Charroux, aussi en Poitou, évêché de Méobecq, succéda à son oncle Jean de Champropin, comme abbé de Saint-Cyprien-lez-Poitiers, en 1508.
Vers 1529, il fut nommé abbé de Méobecq. Il devint ensuite abbé de Fontgombault en 1531 et mourut en 1539. (Bulletin de la Société académique du Centre - 1er janvier 1895)

Dom Jacques Boyer naquit au Puy-en-Velay sur la paroisse St-Georges, le 7 mars 1672, de Pierre Boyer, procureur à la sénéchaussée de cette ville et de Louise Félix. Ses parents appartenaient à la bourgeoisie et y occupaient, par leurs alliances, une place des plus honorables. Après avoir terminé ses études de rhétorique au Collège des Pères Jésuites de sa ville natale, Jacques Boyer embrassa la vie religieuse dans la réforme bénédictine de St-Maur et fit profession à l'abbaye de St-Augustin de Limoges le 30 avril 1690. Successivement il remplit les fonctions prescrites par les règles de son Ordre dans les monastères de Beaulieu en Limousin, de Solignac, de St-Jean d'Angely, de Mauriac et de St-Jouin en Poitou. Partout nous le trouvons en commerce littéraire avec les lettrés du pays et nous le voyons se livrer aux recherches historiques vers lesquelles il était entraîné par une irrésistible vocation. Les manuscrits provenant de St-Germain-des-Prés nous le montrent en correspondance avec ses plus illustres confrères D. Jean Mabillon, D. Edmond Martène, D. René Massuet, D. Bernard de Montfaucon et D. Denis de Sainte-Marthe.

Il était donc désigné d'avance au choix de ce dernier par son inclination pour les monuments antiques, par son talent pour déchiffrer les écritures les plus difficiles, par sa constance infatigable dans le travail ; et la mission qu'il reçut de chercher des Mémoires dans les provinces ecclésiastiques de Bourges et de Bordeaux répondit aux plus ardents désirs de son coeur. Cet ordre vint le trouver pendant qu'il résidait à Chanteuges ; il se mit en route le 8 septembre 1710. Ce premier voyage fut de courte durée. Il l'avait achevé le 31 octobre suivant, après avoir parcouru une faible partie du diocèse de Clermont, du Forez et du Velay. Le 5 novembre 1710, il part pour Clermont d'où il se dirige vers Moulins et Nevers, visite le diocèse de Bourges, traverse l'extrémité occidentale de celui d'Autun, revient à Clermont et gagne la Chaise-Dieu, le 31 août 1711. Le 9 septembre de la même année, il va à St-Flour, Aurillac, Mauriac, Ussel, et de là à Clermont.

Il séjourne en novembre 1711, pendant quinze jours environ, au Puy, d'où il se rend à Souvigny pour y négocier le don d'une relique de saint Mayol. Il passe encore dans la capitale du Velay les premiers mois de 1712 à l'occasion du jubilé de N.-D. La narration de cette grande cérémonie tient, comme étendue et comme intérêt, une place importante dans ses notes.

Après une rapide excursion dans quelques abbayes des diocèses de Viviers et de Mende, au commencement de mai 1712, il se dispose à un plus long voyage, achète une monture et le 15 juin il quitte la Chaise-Dieu. Il visite la plupart des monastères des diocèses de Clermont, Tulle, Limoges, Cahors, Toulouse, Sarlat, Périgueux, Bazas, Bordeaux, Angoulême, Saintes, La Rochelle, Luçon, Angers et Poitiers.

C'est alors qu'il était dans cette ville et à la date du 6 août 1714 que s'arrête brusquement le journal de Dom Boyer. N'a-t-il pas continué à l'écrire ou la suite n'est-elle pas parvenue jusqu'à nous ? Nous ne pouvons le dire.

Don Boyer mourut dans l'abbaye de Chezal-Benoît (Cher) le 9 septembre 1738. (Journal de voyage de Dom Jacques Boyer (1886)

 

AD85 - 4 num 511 5 - L'Avenir de l'Ouest n° 578 - Mercredi 8 janvier 1947 - vue 27/300

Guide historique  et pittoresque du baigneur aux Sables-d'Olonne par M. J.-J. Meunier - 1854