AMIENS vue zzz

 

Dans la première moitié du dix-huitième siècle, vivait à Amiens un maître charron, nommé Charles-Adrien Vimeux ; de condition modeste, sans doute, mais qui, - chose digne d'être notée, - jamais ne laissait omettre sa qualité de "bourgeois d'Amiens" dans les actes où nous le voyons intervenir : c'était sa noblesse à lui, ce vieux titre, et il le portait avec fierté.

Charles-Adrien signature

 

Charles-Adrien Vimeux (1701 - 1768) avait épousé, à Amiens, paroisse Saint-Michel, le 23 avril 1731, Marie-Marguerite Alet (1702 - 1781), fille de Claude Alet, commis dans les fermes du roi et de Marie-Marguerite Margry : de ce mariage naquirent, entre autres enfants :

- Adrien-Jean-François, né à Amiens, paroisse St-Michel, le 25 mai 1731, baptisé le surlendemain ;

- Claude-Antoine, né à Amiens, paroisse St-Michel, le 29 décembre 1732, baptisé le même jour ; il suivit la profession paternelle ; marié à Amiens, paroisse St-Michel, le 28 septembre 1762, avec Marie-Jeanne Gontier (1736 - 1782) ; dont : - Claude-Antoine-Marie-Roch, né à Amiens, paroisse St-Michel, le 14 août 1763, prêtre et  professeur au collège d'Abbeville ; - Marie-Anne-Jeanne-Victoire, née à Amiens, paroisse St-Michel, le 16 mars 1765, elle eut pour parrain Louis-Antoine "sergent-major au régiment d'Aunis", mariée avec Éloi-Dominique-Joseph Contamine, procureur royal, à Amiens, paroisse Saint-Michel, le 23 décembre 1788 ; - Marguerite-Pauline, née à Amiens, paroisse St-Michel, le 22 avril 1767 ; - Louis-François-Auguste, né à Amiens, paroisse St-Michel, le 12 février 1769 ; Claude-Antoine est décédé à l'Hôtel-Dieu d'Amiens, le 28 ventôse an II (18 mars 1794) ;

- Marie-Louise-Charlotte, née à Amiens, vers 1753 ; mariée en 1785 avec Louis-Jean-Baptiste-Florent Vast, marchand brasseur, fils d'Aubert et de Marie-Françoise Bouton ; mère du général Charles-Louis Vast-Vimeux, né à Paris, paroisse Saint-Laurent, le 26 octobre 1787 (il fut élevé par le général de division Vimeux, son oncle, qui fit ajouter son nom au sien. Le jeune homme se promit de marcher sur les traces de son oncle et de s'élever plus haut encore dans la hiérarchie militaire.) ; Marie-Louise-Charlotte est décédée à Paris [entre 1787 et 1793], à l'âge de 34 ans (acte de mariage de son fils) ; son mari (33 ans) s'est remarié avec Noëlle-Flavie Dollée (18 ans), à Amiens, le 6 mai 1793, fille de François-Jean-Baptiste-Joseph, assesseur de juge de paix, et d'Ursule Hesse ; Louis-Jean-Baptiste-Florent Vast est décédé à Amiens, le 14  juin 1830 ;

- Louis-Antoine, né à Amiens, paroisse St-Michel, le 13 août 1737 ;

- Jacques-Firmin, né à Amiens, paroisse St-Michel, le 12 janvier 1740, baptisé le même jour.

signatures des Vimeux



LOUIS-ANTOINE VIMEUX

Louis-Antoine entra soldat dans le régiment d'Aunis le 14 mars 1753 ; sergent, le 25 août 1760 ; porte-drapeau, le 20 septembre 1768 ; sous-lieutenant, le 28 avril 1778 ; lieutenant, le 26 mai 1786 ; Chevalier de St-Louis, le 21 décembre 1788 ; capitaine, le 1er janvier 1791 ; lieutenant-colonel, le 4 novembre 1792 ; colonel du 32e régiment d'infanterie, le 11 janvier 1793 ; a soutenu le blocus de Mayence où il a été fait général de brigade, le 30 septembre 1793 ; général de division, le 14 ventôse an II (4 mars 1794).

Il s'est distingué en 1789, à Amiens, où il a coopéré au rétablissement de l'ordre et de la tranquilité publique et en témoignage de la reconnaissance publique des services qu'il a rendu à la cité, la municipalité d'Amiens lui a remis une épée à poignée d'argent doré.

Il a fait les campagnes de l'Allemagne des années 1757 à 1762 ; celles de 1792 et 1793 sur le Rhin. Il est passé en l'an II (13 mai 1794) à l'Armée de l'Ouest, succédant au général Turreau. Il fait construire 14 camps retranchés à travers la Vendée, mais deux d'entre-eux, ceux de La Roullière et de Fréligné, sont pris d'assaut par les Vendéens les 8 et 15 septembre. Vimeux présente rapidement sa démission et quitte la Vendée dès le 6 septembre. Il sera remplacé par le général Dumas. Il prend ensuite le commandement des 12e et 22e divisions.

Par arrêté du 18 vendémiaire an X (10 octobre 1801), "le gouvernement voulant lui assurer une retraite honorable et le mettre à même de rendre de nouveaux services à la République dans un poste sédentaire, le nomme Commandant d'armes de 1ère classe de la place de Luxembourg".

Il totalise 51 ans, 7 mois et 12 jours de services effectifs dont 14 campagnes.

Il est nommé membre de la légion d'honneur le 20 frimaire an XII (12 décembre 1803), puis commandant, le 26 prairial an XII (15 juin 1804). Le 5 brumaire an XIII (27 octobre 1804), Vimeux rédige un mémoire qu'il transmet au Grand Chancelier afin qu'il soit déposé dans son dossier de la Légion d'honneur (LH/2723/33).

Vimeux est fait baron de l'Empire par lettres patentes du 19 décembre 1809. Il cesse ses fonctions le 6 mars 1814, par suite de la remise de Luxembourg aux alliés.

Louis-Antoine (57 ans et 8 mois) avait épousé à Laleu (La Rochelle), le 25 germinal an III (14 avril 1795), Marguerite-Charlotte Gaudin-Montlieu (33 ans et 11 mois), née le 2 mai 1761 à Landrais (17), fille d'Alexandre Gaudin, chevalier et seigneur de Landray et Montlieu, ancien mousquetaire du roi et de Charlotte-Angélique de Livenne.

Louis-Antoine Vimeux est décédé d'une attaque d'apoplexie, en son domicile de Metz, rue Saint-Marcel, n° 336, le 23 juin 1814, âgé de 76 ans.

décès général Vimeux

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Jacques-Firmin portrait zzz

JACQUES-FIRMIN VIMEUX naquit à Amiens, sur la paroisse Saint-Michel le 12 janvier 1740 et baptisé le même jour.

De son enfance et de sa jeunesse, nous ne connaissons rien. La profession du père semble indiquer que Vimeux s'adonnait déjà à la sculpture et qu'il avait choisi sa voie ; toutefois, il nous faut encore attendre près de sept ans avant de découvrir sur les registres ad hoc la mention de sa réception comme maître en son art. C'est seulement le 10 décembre 1765, à la veille de ses vingt-six ans, qu'il fut reçu et prêta serment devant M. de La Haye, l'un des échevins.

Trois ans plus tard, il crut le moment de fonder à son tour une famille et, sur la paroisse Saint-Michel, où il était né, il épousa, le 4 avril 1769, Marie-Françoise-Théodore Veuvre, fille de Louis-Jacques Veuvre, Maître tailleur d'habits, et de Marie-Anne Marchant, d'Abbeville (1737 - 1805), dont il eut au moins trois enfants :

1° - Jean-Jacques-François, négociant, né le 25 juillet 1770 (Saint-Michel), marié le 14 brumaire an VI (4 novembre 1797), à Amiens, à Marguerite-Françoise-Geneviève Bellegueule, dont : - Jean-Jacques-Firmin, né à Amiens le 15 décembre 1798, professeur de musique, maître de chapelle de la cathédrale d'Orléans, marié le 9 mai 1821 à Orléans avec Bénédictine-Jeanne-Pauline Brisset,  décédé 23 août 1855 à Orléans ; - Adélaïde-Honorée, née à Amiens le 1er brumaire an XIII (23 octobre 1804) ; - Hyacinthe-Adrien, né à Amiens, le 27 novembre 1806 ; décédé à Amiens le 15 novembre 1839 ;

2° - Marie-Anne-Thérèse-Théodore, née le 16 juillet 1771 (Saint-Michel), qui épousa le 8 nivôse an X (29 décembre 1801), à Amiens, un commerçant de la ville, M. Jean-Hyacinthe Josse, marchand bonnetier (1768 - 1850) ; dont : - Geneviève-Florine, née le 12 avril 1807 ; Marie-Anne-Thérèse-Théodore est décédée à Amiens, le 15 novembre 1835

3° - Jean-Baptiste-Firmin, né le 26 janvier 1773 (Saint-Michel) ; d'abord sous-lieutenant, aide de camp de son oncle, le général de division Vimeux (Nantes, 1er nivôse an II, 21 décembre 1793) ; puis, ayant obtenu de se retirer dans ses foyers (lettre du ministre de la guerre du 2 frimaire an IX, 23 novembre 1800), il épousa le 8 floréal an IX (28 avril 1801), à Amiens, Marie-Madeleine-Adélaïde Marest. Entré vers ce temps dans les affaires et devenu négociant, il changea de nouveau de carrière dans la suite et se fit aussi sculpteur. L'un de ses enfants, Jean-Joseph-Hyacinthe, s'établit comme architecte à Abbeville ... ; décédé à Amiens, le 22 février 1858.

Jacques-Firmin Vimeux jouissait à Amiens de l'estime générale ; cela ressort de tous les détails le concernant dont on a pu avoir connaissance.

La paroisse Saint-Michel dont il sculpta la chaire, l'avait placé au nombre de ses marguilliers. Ce fut en cette qualité qu'il dut, le 27 octobre 1791, assister à l'enlèvement des cloches de l'église.

Ladite paroisse Saint-Michel ayant été supprimée à la Révolution, les maisons qui en dépendaient furent réunies à la circonscription de la cathédrale, et Vimeux devint encore marguillier de cette nouvelle paroisse. Lui dont le ciseau avait été mainte fois requis pour coopérer à la décoration de la superbe basilique, on conviendra que ce n'était que justice. A ce titre, il fut chargé de surveiller, en 1814, la réfection des fleurs de lis aux dossiers des stalles, travail confié à Duthoit et qui fut détruit de nouveau en 1831.

Enfin, comblé d'années, Vimeux s'éteignit le 30 janvier 1828, âgé, par conséquent, de quatre-vingt-huit ans et dix-huit jours ; en marge, l'acte porte cette mention : "mort de vieillesse". Sa femme l'avait précédé dans la tombe le 2 floréal an XIII (22 avril 1805).

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Notice_sur_Le_Plessier-Rozainvilliers_par_[

JEAN-FRANÇOIS-ADRIEN VIMEUX entra dans les ordres et fut curé du Plessier-Rozainvillers, canton de Moreuil (Somme), de 1769 à 1806.

La décoration de l'église du Plessier-Rozainvillers, si des travaux n'en avaient pas totalement altéré le caractère, nous eûment sans doute donné la note exacte et la mesure du talent du sculpteur Vimeux.

Jean-François-Adrien fut le successeur de M. Asselin, décédé le 28 novembre 1769. Sa nomination ne se fit pas attendre, car, déjà, le 18 décembre 1769, il signe aux actes avec le titre de curé.

M. Vimeux eut à traverser les mauvais jours de la Révolution. Pour ne point quitter ses paroissiens, auxquels il paraissait fort attaché et qui le payaient bien de retour, il crut pouvoir prêter les différents serments exigés par les lois et obtenir à ce prix le droit, bien limité et très souvent entravé, de procurer à sa paroisse des secours religieux dont son absence l'aurait privée.

C'est ainsi que, le 14 octobre de l'année 1792, il prêta serment "de fidélité à la Nation", et jura de maintenir "la liberté et l'égalité, ou de mourir pour leur défense".

Le 22 ventôse an II (12 mars 1794), le citoyen Vimeux, curé de la commune, se présente devant le maire et les officiers municipaux à l'effet de remettre entre leurs mains ses lettres de prêtrise, pour, lesquelles lettres, être envoyées par eux, dans le plus court délai, aux citoyens administrateurs révolutionnaires du district de Montdidier.

Le 22 floréal an II (11 mai 1794), une enquête est faite sur "le civisme et l'incivisme" du citoyen Vimeux, ci-devant curé de la commune, enquête concluant à ce que ledit Vimeux jouisse de la liberté, n'ayant révélé dans sa conduite rien qui fût contraire aux lois".

Le 8 fructidor de la même année (25 août), M. Vimeux signe aux archives de la commune en qualité de secrétaire et de commis-greffier.

Le 17 floréal an III (5 juin 1795), le citoyen Jean-François-Adrien Vimeux, ministre du culte catholique, ayant exercé ses fonctions pendant l'espace de vingt-six ans dans la commune, obéissant à la loi du 11 prairial, demande à la municipalité un certificat d'obéissance à la loi, certificat qui lui est délivré sans aucune réserve.

Le 2 brumaire an IV (24 octobre 1795), le citoyen Jean-François Vimeux comparaît de nouveau devant la municipalité pour faire la déclaration suivante : "Je reconnais que l'universalité des citoyens français est souveraine, et je promets soumission et obéissance aux lois de la République". Acte lui est donné de cette déclaration.

Au même registre de la municipalité à la date du 8 vendémiaire an VI (29 septembre 1797), on lit la mention suivante, écrite en entier et signée de la main de M. Vimeux :

"Le huit vendémiaire an VI, par devant nous, adjoint de la commune du Plessier-Rozainvillers, s'est présenté le citoyen Adrien Vimeux, ministre du culte catholique en la dite commune, qui a déclaré que, conformément à la loi du 19 fructidor dernier, il avait constaté sa soumission à la dite loi, pardevant l'administration municipale du canton de Moreuil, en sa séance du cinq vendémiaire, an sus-dit, en prêtant serment de haine à la Royauté et à l'anarchie, de fidélité et d'attachement à la République et à la Constitution de l'an III, et qu'il requérait que ce dit serment fût constaté par l'inscription sur notre registre, ce que nous avons accordé et signé avec lui."

Après tant de serments, il ne restait plus à M. Vimeux qu'à les rétracter tous publiquement et à faire amende honorable devant ses paroissiens. C'est ce qu'il fit, en effet, à la restauration du culte et à la grande joie de la paroisse qui, ce jour-là, se retrouvait avec bonheur dans sa vieille église, pour y recevoir la rétractation de son curé qu'elle aimait toujours, et y réciter avec lui les articles du même symbole, sous la conduite du même et légitime pasteur.

La conduite privée de M. Vimeux fut toujours celle d'un curé dévoué. Les registres de catholicité qu'il tint avec ordre, même pendant les plus mauvais jours, prouvent que les enfants ne furent jamais privés de la grâce du baptême et que les morts reçurent les honneurs de la sépulture chrétienne. 

Jean-François-Adrien Vimeux est décédé au Plessier-Rozainvillers, le 1er juillet 1806.

Jean-François-Adrien signature

 

 

Réunion des sociétés des beaux-arts des départements - pp. 1172 à 1182 - Ministère de l'éducation nationale - 1894

Notice sur Le Plessier-Rozainvillers par l'abbé A. Marchand, curé d'Airaines - Abbeville - 1889

Archives municipales de la ville d'Amiens - Registres paroissiaux et d'état-civil

Panthéon de la Légion d'honneur par T. Lamathière (16) - 1875-1911

AN - Base Leonore - LH/2723/33

Correspondance générale de Carnot - août-octobre 1793

https://www.monsalut.com/chroniquesV3/images/PDF/Livret%20d'ascendance%20de%20BOY%20GUIBERT.pdf