Châteaudun 3 z

Son père, Gabriel-André de Boisguyon, écuyer, seigneur des Chatelliers, né le 8 mai 1717 et baptisé le même jour au Poislay, fut écuyer de Mme Adélaïde de France, tante du roi Louis XVI, par brevet du 25 septembre 1750. Retraité, le 15 mars 1757, avec une pension de six cents livres, il vivait encore le 9 novembre 1764 ; il épousa, par contrat du 30 avril 1757, Anne-Marie-Erneste Cuperly de Jasny, fille de défunts François, écuyer, seigneur du Bertaudier, officier de la Grande-Fauconnerie du roi, et de Catherine des Prez.

GABRIEL-NICOLAS-FRANÇOIS DE BOISGUYON est né le 27 mai 1758, baptisé le même jour à Châteaudun, paroisse Sainte-Madeleine. Sa soeur, Marie-Marguerite-Thérèse est née et a été baptisée au même lieu, le 16 octobre 1760.

baptême acte 1758 z

Boisguyon fut, le 1er novembre 1773, Page de Madame la Comtesse d'Artois,  et premier Page en 1775. Il en est sorti pour servir Sous-Lieutenant à la suite du Régiment de la Fère, Infanterie, par Lettres du 29 octobre 1776, et a été remplacé Sous-Lieutenant en pied audit Régiment le 30 juin 1778.

Intelligent et ambitieux, il voulut aller habiter Paris ; sa mère y consentit et, pour l'aider à y vivre, lui donna la terre de la Haloyère, près de Lanneray.

A Paris, il retrouva des amis et des compatriotes, fréquenta des journalistes et notamment son ancien condisciple du collège de Chartres, Brissot, qu'il avait déjà retrouvé chez leur ami commun l'abbé Joliet, curé-prieur de Lanneray.

Il embrassa vivement les idées nouvelles. En 1791, il est membre assidu du club des Jacobins, et il y prend de temps en temps la parole, un jour contre la liste civile du roi, un autre jour contre les émigrés.

En janvier 1792, il y réclame la guerre contre l'étranger, surtout dans un intérêt de propagande révolutionnaire. Il prend du service au début de la campagne, d'abord comme sous-lieutenant au 21e d'infanterie. En mai 1792, il dénonce Lafayette, veut qu'on lui enlève son commandement, qu'on soutienne Dumouriez contre le roi et qu'on détruise la faction Robespierre, qui lui apparaît comme menant la France à l'anarchie. Il parle aux Jacobins en révolutionnaire ardent, en juillet 1792, il collabore activement aux journaux girondins de Brissot et de Gorsas.

Après la chute de la royauté, le sous-lieutenant de Boisguyon est nommé le 5 septembre adjoint aux adjudants-généraux et envoyé à l'armée du Nord, puis, le 8 octobre suivant, cinq semaines après, lieutenant-colonel. C'était vraiment plaisir d'être soldat en ce temps-là. A la même époque, le département d'Eure-et-Loir le choisit comme député suppléant à la Convention. C'est l'apogée de sa popularité et de son rôle public.

En 1793, Boisguyon est promu adjudant-général à l'armée des côtes de Brest.

Beysser avait donc sous ses ordres l'adjudant-général Boisguyon, qui est de son caractère et fort de son goût. Il le chargea volontiers des bonnes expéditions, mais tous deux d'une rare présomption, ils ne réussirent pas toujours dans leurs entreprises.

A les entendre, les rebelles n'étaient que des troupeaux d'insensés dont quelques mois de battues bien faites débarrasseraient le pays. Les leçons qu'ils reçurent ne les firent point revenir de ce jugement.

Le 1er may l'an 2, Boisguyon relate au général Chalbos sa déroute à Legé :

Mon général,

Je crois utile à la chose publique, et au succès de vos opérations, que je vous informe de la déroute complète que j'ai éprouvée hier dans mon attaque sur Legé.

Un détachement envoyé il y a six jours à St-Philibert s'était porté sur divers autres points et après les avoir reconnus et pris des renseignements sur Legé même, y avait marché au nombre de trois cents hommes. Les renseignements étaient erronés, et le détachement avait été repoussé ayant fait son attaque la nuit. C'est antérieurement à cet échec que j'avais eu l'honneur de vous écrire pour vous prier d'aller en avant le plus vite possible. Nous étions trompés par le rapport du commandant du détachement de St-Philibert, qui l'avait été lui-même par les gens qui lui avaient fourni ses renseignements. Nous n'avons pu nous en procurer d'autres depuis. Cependant pour ouvrir votre marche, et sachant que vous deviez attaquer Beaulieu, Aizenay et Palluau en partant le 28 de La Motte Achard ; supposant que vous pouviez être dès le 29 à Palluau, je partis hier, par l'ordre du général Beysser, avec 600 hommes dont 40 de cavalerie et deux pièces de canon pour attaquer St Leger. Malgré la mauvaise qualité des chemins presqu'impraticables et divers accidents occasionnés par eux, je suis arrivé à Legé vers deux heures et demie. Après avoir reconnu la position, mais non le nombre des rebelles, j'ai commencé mon attaque. Mes premières dispositions ont eu un tel succès que j'ai chassé en moins d'une demie heure les rebelles de leur position la plus avantageuse : à peine en étions nous maîtres que j'ai voulu entrer dans le bourg à l'arme blanche, mais tandis que je marchais pour cet objet avec une partie de mon infanterie, d'autres corps faisaient de faux mouvements, et en faisaient faire à mon artillerie et à ma cavalerie, non seulement sans mon ordre mais contre mes ordres positifs. La confusion s'est mise partout, on tirait sans avoir rien devant soi, et on épuisait les munitions. Mon artillerie s'était avanturée au point de ne pouvoir plus se dégager. Ma cavalerie s'était sauvée par miracle d'une position détestable. Enfin, me voyant près d'être enveloppé par une épaisse colonne de rebelles, j'ordonnai la retraite et les moyens de l'exécuter avec ordre. Mais tout a été inutile et elle s'est faire en déroute, il n'y a pas eu moyen de rallier la moindre partie de ma petite troupe, et nous avons perdu nos canons et leurs caissons, ainsi qu'un charriot de vivres et un charriot d'ambulance. Il n'est encore rentré que la moitié de mes troupes. Le reste ou à peu près est tombé entre les mains de l'ennemi, il en arrive encore quelques uns cependant, et plusieurs disent qu'après avoir été pris et désarmés, ils ont été renvoyés.

Je vous informe de cet échec dans l'espoir que cette information peut vous être utile. La position de Legé est très forte, au moins du côté gauche de la grande route qui va à Nantes, et c'est le seul point par où je pusse attaquer. On a dit que le côté de Palluau présente plus de facilité pour l'attaque. Le nombre des ennemis sans exagération était de 4.000. Plusieurs renseignements reçus depuis le portent jusqu'à 8.000, et cependant avec un peu plus d'ordre et d'ensemble dans l'exécution, nous nous en serions rendus maîtres. Ils n'avaient point de canon du côté où j'ai fait mon attaque. Je pense que leurs pièces étaient sur la route de Nantes et celle de Palluau. Celles qu'ils m'ont prises sont de 4 de campagne.

Jusqu'à la déroute nos troupes avaient fait des prodiges de valeurs, nous avions tué un grand nombre de rebelles, et n'avions perdu que deux ou trois hommes.

J'ai d'autant moins de répugnance à vous donner moi-même cette information, que je n'ai point à me reprocher d'avoir manqué à mon devoir, et c'est la justice que me rendent les infortunés compagnons de ma disgrâce.

L'adjudant général
BOISGUYON.

Le citoyen Barbot, négociant de Nantes, qui était de mon détachement, et au nom duquel je vous ai écris précédemment au sujet de son neveu. J'ignorais qu'il fut votre aide de camp, et ne demandait d'emploi pour lui dans notre armée, que parce qu'il ne le croyait pas si bien placé. Faites agréer, je vous prie à ce citoyen mes amitiés et celle de Vincent Lacaze, mon adjoint, qui le connaît et en est connu.

Quel malheur, mon général, que la communication entre vous et nous n'ait pu s'établir que par un long circuit. Si nous avions pu agir de concert, nous aurions emporté le poste. (AD85 - SHD B 5/4-7 - vues 9 et 10)

En voici une encore, mais qui ne les rendra ni moins imprudents ni plus modestes.

Envoyé par Beysser contre Charette, Boisguyon écrit de Machecoul à la date du 1er mai.

Lettre de l'adjudant-général Boisguyon au général Boulard.

"Je vous écrit ce matin et je vous écris encore. Il faut que mon avis vous parvienne avant la nuit. J'ai confié ma première lettre à un grenadier qui s'est déguisé pour arriver jusqu'à vous. Je donne celle-ci à un gendarme qui prendra le plus long, mais qui galopera pour vous joindre à Palluau et dans quelque lieu que vous puissiez être.

Nous appartenons à deux armées, mais nous servons la même cause, nos troupes se touchent. Nous sommes à l'avant-garde, vous des côtes de La Rochelle, moi des côtes de Brest, et je regrette bien de n'avoir pu hier prendre Legé, comme j'en étais chargé, pour aller vous serrer la main et continuer avec vous la chasse aux rustres.

Je suis parti de Machecoul avec six cents hommes, de la cavalerie et du canon. Je croyais pouvoir m'emparer de Charette et par cette capture finir la guerre. J'ai eu d'abord l'avantage, et j'ai pénétré dans le village. Mais il s'est trouvé que l'ennemi avait dix fois plus de monde que moi ; mis en fuite, il ne s'est pas déconcerté, il s'est rallié au loin et il est revenu à la charge avec une telle impétuosité que ma cavalerie a reculé, mon artillerie trop engagée a été prise, il m'a fallu ordonner la retraite, et je ne vous cache point que c'est plutôt une déroute que nous avons eue. Il m'a été impossible d'arrêter les fuyards. Il me manque plus de cent hommes ; tous ne sont pas tués. J'ai dû vous avertir de cet échec, afin que vous évitiez de vous compromettre par quelque opération dont Legé serait le but et dans laquelle je ne serais pas à même de vous soutenir." (La Vendée en 1793 par François Grille - Tome Ier (AD85 - 4 Num 280/33 vues 126 à 128)

La proscription des Girondins le jette dans l'opposition. Après la journée où la Commune de Paris obtient de la lâcheté de la Convention l'arrestation des députés de la Gironde, Boisguyon quitte son régiment et rejoint à Caen, Buzot, Gorsas, Barbaroux, Petion, Guadet et leurs amis. L'échec de leur tentative oblige, comme on sait, les députés à se disperser. Ils sont accusés du crime de fédéralisme : ils étaient surtout coupables de s'être insurgés contre l'insurrection parisienne triomphante.

Quelques-uns, dont Boisguyon, se dirigent vers Rennes, où ils prennent de faux noms. Ils gagnent Vannes, puis Quimper, ils restent deux jours à Lorient, puis, chose curieuse, Boisguyon reparaît à Nantes où se trouve son poste d'officier général. Sous les ordres de son chef Beysser, qui le suivra peu de mois après sur l'échafaud, il défend vaillamment Nantes le 29 juin 1793, contre les Vendéens, au profit de la Révolution qui le traque.

Le 13 juillet 1793, les représentants de l'armée des côtes de Brest, Gillet, Merlin et Cavaignac suspendent le général Beysser de son commandement à Nantes, ainsi que ses adjoints Boisguyon et Kerverseau, pour leur appui au fédéralisme nantais. Ils sont tenus, conformément à la loi, de se retirer à 20 lieues de l'arrondissement de l'armée des côtes de Brest. (AD85 - SHD B 5/14-51)

Il s'embarque alors avec plusieurs Girondins pour Bordeaux, où ils arrivent le 14 septembre. Ils errent longtemps dans cette région. Ils se cachent de divers côtés. On sait la fin poignante de la plupart d'entre eux. Boisguyon est arrêté à La Réole à la fin d'octobre 1793. Il voyageait alors, sous le nom de La Rosée, avec un jeune homme de 24 ans, comme lui étranger au pays, qui se faisait appeler Lanoue. Ce compagnon était Jean-Marie Girey-Dupré, journaliste, sous-garde des manuscrits à la Bibliothèque Nationale, rédacteur au Patriote Français, journal de Brissot.

Interrogés à La Réole par le juge de paix Antony, le 5 novembre, cinq jours après le procès et l'exécution à Paris de la plupart des Girondins, les deux prévenus reconnurent leur identité et ne se défendirent pas d'être les amis de Brissot, mais protestèrent n'avoir jamais pris les armes contre Paris.

Ils furent renvoyés, sur l'ordre de Tallien et d'Ysabeau, alors en mission à Bordeaux, devant le Tribunal révolutionnaire de Paris, comme accusés "d'avoir épousé les criminelles opinions de Brissot et de ses complices".

 

tribunal 2ème partie z

AUDIENCE DU PREMIER FRIMAIRE, L'AN 2 DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE.
AFFAIRE DE GIREY-DUPRÉ ET DE BOIS GUYON

Interrogés de leurs noms, surnoms, âges, qualités, lieux de naissance et demeures ;

Ont répondu savoir : le premier, se nomme Jean-Marie Girey, âgé de 24 ans onze jours, sous-garde des manuscrits à la bibliothèque nationale, et rédacteur du patriote français, né à Paris, et y demeurant ordinairement, rue de Richelieu ;

Le second, Gabriel-Nicolas-François Boisguyon ; âgé de 35 ans, né à Chateaudun, département de l'Eure et Loire, adjudant-général aux armées des côtes de Brest, demeurant à Paris, rue Notre-Dame des Victoires, n° 2.

Le greffier donne lecture de l'acte d'accusation, dont la teneur suit ;

Antoine-Quentin Fouquier, accusateur public, près le tribunal révolutionnaire, expose que les représentants du peuple, en mission à Bordeaux, ayant été informés que les nommés Jean-Marie Girey-Dupré, rédacteur du Patriote Français ; et Gabriel-Nicolas-François Boisguyon, ci-devant adjudant-général de Beysser, à l'armée des Côtes de Brest, s'étant réfugiés dans ladite commune de Bordeaux, là furent arrêtés et conduits dans la maison d'arrêt du ci-devant Palais, où ils furent interrogés le quatorzième jour de brumaire, par le juge de paix de la Réole ; que par délibération des mêmes représentants du peuple, il fut arrêté que ces deux accusés seroient traduits au tribunal révolutionnaire, et conduits à Paris sous bonne et sûre garde ; que le 21 dudit mois de Brumaire, mandat d'arrêt a été décerné contr'eux, en vertu duquel ils ont été constitués prisonniers dans la maison d'arrêt dite La Conciergerie ; que le même jour les pièces concernant les accusés, ont été déposées au greffe du tribunal, et que le 25, ils ont été interrogés par le citoyen David, l'un des juges. Qu'examen fait desdites pièces par l'Accusateur public, il en résulte que les infâmes conspirateurs qui avoient juré la perte de la République française, une et indivisible, et dont plusieurs ont déjà porté leurs têtes sur l'échafaud, avoient su associer à leur crimes un grand nombre de scélérats possédant une autorité dangereuse dans les armées, ou jouissant dans la société d'une influence meurtrière par leurs talents perfides ; que le nommé Girey-Dupré étoit lié de la plus coupable et plus étroite intimité avec Brissot, le chef odieux des conspirateurs ; qu'il est de notoriété publique que depuis longtemps, Girey-Dupré lui avoit vendu sa plume vénale et trempée dans le fiel de la corruption et de l'imposture, pour induire en erreur nos frères des départements ; les indisposer contre Paris ; allumer la guerre civile dans toutes les parties de la République, et faire écraser sous l'écroulement de la sainte montagne de la convention, les courageux et incorruptibles mandataires qui avoient juré de périr ou de sauver la liberté et l'égalité ; que le soi-disant Patriote Français étoit le canal infect par lequel s'écouloit le fatal poison, tant dans les départements qu'en Angleterre, et chez les autres puissances de l'Europe ; ce qui n'a pas peu contribué, avec d'autres feuilles de ce genre, à nous donner la guerre universelle, qui a déjà moissonné tant de nos braves défenseurs ; que cette horrible coalition des députés conspirateurs, des lâches généraux et des vils folliculaires étoient sur le point de renverser la plus sublime des révolution, et d'écraser sous ses ruines les plus ardents patriotes qui avoient arrêté de tout leur pouvoir les progrès de la faction liberticide, lorsque le souverain se levant en masse, et précédé de la foudre, entoura le temple des loix, dans les journées à jamais mémorables des 31 mai, et 1 et 2 juin dernier ; que dans le calme le plus imposant, il demanda d'une voix formidable et terrible, les noms de ses ennemis cruels et leur punition éclatante ; que la liste des coupables sortit alors du sein de la Montagne, et les frappa d'un décret d'accusation ; que la terreur, la rage et la fureur s'emparèrent de l'âme atroce de tous les conspirateurs et de leurs complices ; que les uns forcèrent leurs arrêts, et les autres corrompirent leurs gardes pour échapper à la vengeance des loix, pour aller allumer les torches de la guerre civile dans les départements, et les engager à se joindre aux rebelles de la Vendée qu'ils avoient précédemment soulevés pour venir à leur tête réduire Paris en cendres et égorger ses habitants, parce qu'ils avoient eu le courage de s'opposer à l'exécution de leurs projets abominables ; que Girey-Dupré, déjà habile dans l'art ténébreux des trahisons, s'attacha aux destinées de Brissot, son indigne patron, et des autres fugitifs, pour les aider dans leur système sanguinaire ; qu'il sortit de Paris à cet effet, le 5 juin dernier, parcourant le département de l'Eure, qu'il fanatisa par ses calomnies, et souleva tous les boucliers en égarant le peuple ; qu'il gagna ensuite celui du Calvados, et se rendit à Caen, foyer d'insurrection toujours allumé, et, où s'étoient déjà réunis une partie des révoltés, et qu'il devint leur secrétaire ; et que de cet arsenal impur il sortit des protestations menaçantes et des manifestes furieux envoyés aux départements du nord et du midi, qui faillirent ensanglanter tous les points de la République ; que Girey-Dupré et ses complices parvinrent à soulever le Calvados et plusieurs départements voisins, qui fournirent leur contingent à son armée ; qu'ayant placé à la tête de leur armée le scélérat Wimphen, ils lui ordonnèrent de marcher sur Paris ; mais que la contenance ferme et la vigueur des républicains, ayant repoussé au premier choc les citoyens égarés, ils revinrent promptement de leur erreur, rentrant dans leurs foyers et maudissant ceux qui les avoient armés contre leurs frères ; et cette armée disparut aussi rapidement qu'elle avoit été formée ;

Que les citoyens du Calvados ayant ouvert les yeux sur les démarches contre-révolutionnaires dans lesquelles ils avoient été entraînés, commencèrent à regarder avec horreur les auteurs de tous les désordres, ce qui força ces derniers à abandonner un pays qu'ils n'avoient pu réussir à corrompre en totalité, et à tenter d'en empoisonner d'autres, par leurs vociférations forcenées ; que pour y réussir plus facilement, ils se divisèrent en plusieurs bandes, et changèrent de nom ; qu'ils se rendirent ainsi dans différentes contrées de la république, et particulièrement dans les grandes communes qui, à cette époque, avoient été fanatisées par eux et leurs agents, et étoient disposées à imiter l'exemple horrible de la ci-devant ville de Lyon ; que Girey-Dupré, après avoir erré de départements en départements, se rendit enfin dans celui de la grande commune de Bordeaux, où les étincelles volcaniques, n'étoient pas encore éteintes, et où il arriva à la suite de Duchâtel, Cussy, Salle, Bergoin et Meillan ; que Salle avoit pris le nom de Guilgot, Cussy celui de Morand, Bergoin celui de Dastout ; qu'ils ne réussirent pas mieux dans cette commune que dans les autres départements, parce que la surveillance continuelle, la fermeté des représentants du peuple, et le glaive de la loi firent rentrer les malveillants dans le devoir ; que c'est à Bordeaux enfin que Girey-Dupré fut obligé, par son arrestation, de mettre fin à ces machinations diaboliques, et que devant couronner les projets de Brissot, qu'il prétend dans son dernier interrogatoire, avoir vécu comme Aristide, et être mort comme Sidney, martyr de la liberté ;

adjudant-général z

Qu'il résulte encore des mêmes pièces, que le nommé GABRIEL-FRANÇOIS-NICOLAS BOISGUYON étoit adjudant-général de Beysser, commandant l'armée des Côtes de Brest, à l'époque de l'infame Wimphem envoya audit Beysser son manifeste, et auquel il eût la lâcheté d'adhérer, ce qui prouve évidemment que l'on vouloit corrompre les armées de la république, après s'être assuré des chefs ; que le général Beysser se rendit en conséquence à Caen, accompagné de Boisguyon ; que la renommée annonça alors que Beysser avoit reconnu et abjuré son erreur, et qu'il étoit venu reprendre le commandement de son armée ; mais que Boisguyon avoit accepté l'emploi dans l'armée de Wimphem [Wimpffen], jusqu'au moment où elle fut réduite à rien ; que la plus grande preuve de son délit existe dans l'impossibilité où il s'est trouvé d'être réintégré dans la place d'adjudant-général de l'armée des Côtes de Brest ; qu'il est encore prouvé que Boisguyon, ne sachant où cacher sa turpitude et sa lâche trahison, a erré longtemps de départements en départements ; et qu'enfin il est venu se réfugier aussi au noyau qui se formoit à Bordeaux, de la part des factieux, et où il arriva sous le nom de la Rozay, qu'il avoit pris dans ses courses pour soustraire sa tête au glaive de la loi ; qu'il est encore constant que Boisguyon avoit épousé la criminelle opinion de Brissot et ses complices, puisqu'il étoit avec Girey-Dupré, un des collaborateurs du journal intitulé le Patriote Français.

D'après l'exposé ci-dessus, l'accusateur public a dressé le présent acte d'accusation contre les nommés Jean-Marie Girey-Dupré et Gabriel-Nicolas-François Boisguyon, pour avoir, méchamment et à dessein, participé, tant par leurs écrits que par leurs actions, à la conspiration qui a existé contre l'unité et l'indivisibilité de la république, et contre la liberté et la sûreté du peuple français.

En conséquence, l'accusateur public requiert qu'il lui soit donné acte, par le tribunal assemblé, de la présente accusation, etc.

Le président aux accusés :

Voici ce dont on vous accuse ; vous allez entendre les charges qui seront portées contre vous.

A Girey-Dupré :

Êtes-vous l'un des rédacteurs du Patriote français ?
R. Oui.
Êtes-vous l'auteur des feuilles qui ont parues dans les derniers jours de mai, et premier juin dernier (vieux style) ?
R. Oui.
Quels sont les motifs qui vous ont engagé à quitter Paris pour vous retirer à Évreux ?
R. J'ai quitté Paris, parce que j'étois menacé d'un mandat d'arrêt ; j'ai été à Évreux, parce que Buzot y étoit et que je voulois me mettre sous sa sauve-garde.
Quels sont les députés que vous avez trouvés à Évreux, lors de votre arrivée ?
R. J'ai trouvé dans cette ville Salle, Bergoin et Lesage, avec qui je suis parti pour me rendre à Caen.
N'avez-vous pas été au service d'autres députés ; et n'avez-vous pas accompagné la force armée des rebelles ?
R. Je n'ai servi aucuns députés, et n'ai point accompagné la force armée.

L'accusateur-public : J'observe aux citoyens jurés que l'accusé Girey en impose, en voulant persuader qu'il n'a point servi les députés traîtres à la patrie, attendu que parmi les papiers des vingt-un députés (ci-devant condamnés et exécutés à mort), il a été trouvé une correspondance de lui, accusé, qui dépose et prouve qu'il encourageoit à la révolte les citoyens du Calvados et de l'Eure, et servoit de tout son pouvoir les conspirateurs.

L'accusé : Voilà la première fois que j'entends parler d'une correspondance ; je ne me rappelle pas en avoir tenu aucune.

Le président :

A quelle époque êtes-vous parti de Caen, et avec qui ?

R. Je suis parti dans les derniers jours de juillet, avec Pétion, Buzot et Guadet, et ce fut alors que je rencontrai Boisguyon dans les rues de Caen.

Quels ont été les motifs du voyage de Beysser et de Boisguyon à Caen ?

R. Ils s'étoient tous deux rendus à Caen, pour être plus près de la Convention, afin d'y faire entendre leurs réclamations.

Pourquoi vous êtes-vous embarqué pour Bordeaux ?

R. C'est que j'espérois y être tranquille et pouvoir y déployer mes talents.

Quelles étoient les causes de vos voyages habituels, et pourquoi restiez-vous si peu de temps dans chaque endroit ?

R. J'étois né avec inclination de voyager, et c'est pour cela que j'aurois désiré avoir une place dans le commerce.

A quelle époque êtes-vous arrivés à Bordeaux ?

R. Je suis arrivé le 4 ou le 5 de brumaire.

Chez qui avez-vous été arrêté ?

R. Chez un tourneur.

Fréquentiez-vous les sociétés populaires ?

R. Très peu.

N'étiez-vous pas en correspondance avec les Buzot, les Barbaroux, et avec les autres députés qui sont tombés sous le glaive de la loi ?

R. J'ai quelquefois entendu Buzot, parler de ses disgrâces à l'égard de Barbaroux, je n'ai correspondu avec lui que dans le commencement de la révolution, et non depuis ; quant aux autres je n'ai jamais correspondu avec eux.

Quelle a été la cause de votre fuite, et pourquoi, si vous étiez innocent, n'avez-vous pas resté à votre poste ?

R. Ce qui m'a engagé à fuir, c'est qu'il y avoit dans la commune des autrichiens qui étoient mes plus implacables ennemis, et que je regardois cette commune comme n'étant pas légalement constituée.

Est-ce vous qui êtes l'auteur de chansons contre-révolutionnaires qui ont été trouvées sur vous ?

R. Non ce n'est pas moi, je n'en ai fait que de patriotiques.

Le président à l'accusé Boisguyon :

A quelle époque avez-vous quitté votre poste ?

R. Le 15 juillet à midi.

Pour quel motif l'avez-vous quitté ?

R. Parce que j'avois appris indirectement que j'étois suspendu de mes fonctions.

Pourquoi vous êtes-vous rendu à Caen, et combien de temps y êtes-vous demeuré ?

R. Je me suis rendu à Caen pour connaître plus particulièrement les dispositions des autorités constituées, et n'y ai resté que cinq jours.

Quelles étoient vos liaisons dans cette commune ? N'aviez-vous pas des rapports avec Wimphem ?

R. Je n'ai jamais communiqué avec lui.

Avec qui êtes-vous sorti de Caen ?

R. Avec Beysser qui venoit d'être rétabli provisoirement.

Beysser ne s'est-il pas mêlé de la conspiration, en communiquant avec Wimphem, et en donnant son adhésion à l'arrêté liberticide de ce traître, tendant à favoriser les départements insurgés ?

R. Je puis affirmer que ni lui ni moi nous n'avons jamais eu de communication avec Wimphem, ni avec les départements insurgés.

Il est prouvé que vous avez voulu fédéraliser Caen, et cherché à allumer la guerre civile dans les départements.

R. Je n'ai à cet égard aucun fait à me reprocher.

Quel étoit le dessin qui a été trouvé sur vous, lors de votre arrestation ?

R. C'est le plan d'un poste par moi tracé.

Les débats sont terminés. L'accusateur public est entendu, ainsi que le défenseur des accusés.

Le président pose les questions contenues dans le jugement suivant.

Le tribunal, d'après la déclaration unanime du jury, portant :

1° Qu'il est constant qu'il a existé une conspiration contre l'unité et l'indivisibilité de la république, la liberté et la sûreté du peuple français.

2° Que Jean-Marie Girey-Dupré, sous-garde des manuscrits à la bibliothèque nationale, l'un des rédacteurs du journal dit Le Patriote français, né à Paris, domicilié en cette commune, est un des complices de cette conspiration.

3° Que Gabriel-Nicolas-François Boisguyon, né à Châteaudun, ci-devant adjudant-général de l'armée des Côtes de Brest, domicilié à Paris, est un des complices de cette conspiration.

Faisant droit sur le réquisitoire de l'accusateur public, condamne lesdits Girey-Dupré et Boisguyon, à la peine de mort, conformément à la loi du 16 décembre 1792, dont il a été donné lecture ; déclare leurs biens acquis à la république, conformément à l'article II du titre II de la loi du 10 mars 1793, dont il a été également donné lecture ; ordonne que le présent jugement sera exécuté sur la place de la révolution, imprimé et affiché dans toute l'étendue de la république.

L'exécution a eu lieu le même jour, vers trois heures de relevée.

__________________________

Selon le jugement ci-dessus l'exécution de Boisguyon eut lieu le même jour, c'est-à-dire le 1er frimaire an II (21 novembre 1793) mais l'état-civil de Paris contredit cette date puisqu'il indique le 2 frimaire an II (22 novembre 1793) ... Quelle est donc la date exacte de la mort de l'adjudant-général Boisguyon ?

Dans les dossiers du tribunal révolutionnaire (Inventaire analytique des articles W 111 à 154 - pdf), on trouve au n° 74, une lettre écrite par Boisguyon, alors détenu à la Conciergerie, adressée à son cousin, en date du 2 frimaire ; une autre, une lettre d'adieu, n° 278, datée du même jour et adressée au citoyen Frémont, pharmacien à Châteaudun dont le texte suit :

"Citoyen,

J'ai été condamné à mort hier à 4 heures après-midi, et dans deux heures, je ne serai plus. Je vous prie d'en informer ma mère avec les précautions nécessaires pour lui rendre cette nouvelle moins foudroyante. Envoyez quelqu'un près d'elle, qu'il la prévienne doucement, et que ce ne soit pas par une lettre qu'elle reçoive cette information afin qu'il ne reste point sous ses yeux de [mot ill.] qui lui retrace mes derniers moments. Assurez-la de toute ma tendresse et des voeux que je fais pour qu'elle trouve dans les vertus la consolation dont elle aura besoin.

Du produit de ma métaierie de la Haloyère il ne me reste plus que dix mille livres placées sur mon cousin Hardancourt qui me doit en outre cinq cents livres pour les intérêts de 1794 (vieux style) et cinq cents livres pour les intérêts de 93, sur quoi je lui doit quatre cent trente livres pour fourniture d'un équipement militaire qu'il m'avait envoyé à l'armée. Le faible reste de mon bien est confisqué. Dites-le à ma mère, et qu'elle ne s'en inquiète point. Adieu, citoyen, salut et fraternité.

Boisguyon."

Ces deux lettres confirment donc que l'adjudant-général Boisguyon fut effectivement exécuté le 2 frimaire an II (22 novembre 1793) et non le 1er. Il avait 35 ans.

 

DECES 1793 z

 

En grimpant dans la charrette, il déclara à Sanson : "C'est pour de bon aujourd'hui : vous serez étonné de savoir comme je sais mon rôle."

généalogie zzz

 

AD28 - Registres paroissiaux de Châteaudun

État-civil de Paris

Généalogie de la famille de Boisguyon, rédigée par le Vte de Romanet et le Vte de Souancé / Documents sur la province du Perche - 2e série - n° 3 - Recueil des Généalogies percheronnes.

Bulletin du Tribunal Criminel Révolutionnaire, établi au Palais, à Paris - n° 97 et 98

Dictionnaire de la noblesse - Volume 3 - de François-Alexandre Aubert de la Chenaye Desbois.

Extrait de La Dernière Lettre par Olivier Blanc - 2013

Bulletin de la Société Dunoise - Tome XIII (1913 - 1915) - 1926