ALENÇON zz

PIERRE-JOSEPH ODOLANT-DESNOS naquit à Alençon, le 21 novembre 1722.


Il sortait à peine du berceau qu'il perdit son père, qui, quoiqu'il eût rempli des fonctions lucratives dans "les îles de Rhé et de Caïenne", ne lui laissa qu'une fortune très bornée.

L'enfant entra au collège des Jésuites que possédait alors la ville d'Alençon, et y fit sa rhétorique avec application comme avec succès. Son ardeur était infatigable, ses travaux multipliés. Alors il dévorait tous les livres qui tombaient sous ses mains avides.

Il quitta les Jésuites et sa ville natale pour faire à l'université de Paris ses cours de philosophie.

Il étudia aussi un instant la théologie, qu'il abandonna pour la jurisprudence.

Enfin Desnos vit qu'on ne peut sans danger forcer sa vocation. La sienne était pour la médecine : il s'y livra avec goût, et y travailla avec succès.

Il avait à peine terminé ses cours, qu'il fut choisi, ainsi que quelques jeunes médecins, pour porter les secours de l'art dans les provinces ravagées par des fièvres contagieuses, sur lesquelles le gouvernement voulait obtenir des renseignements détaillés et recueillir des notions précises. Après 9 mois de travaux, de fatigues et de dangers, moins heureux qu'Hipocrate, il rapporta de ce voyage une légère gratification et une maladie grave, genre de compensation peu encourageant, mais assez ordinaire.

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Ce fut vers l'âge de 30 ans que Desnos vint s'établir à Alençon, où il fut bien accueilli et très souvent employé. Pendant les 10 années qui suivirent immédiatement son retour à Alençon, son temps fut consacré tout entier aux devoirs de son état. Pendant le petit nombre de moments de relâche que lui laissait la pratique, il fortifiait la théorie par l'étude ; il rédigeait ses observations, dont quelques-unes furent insérées dans le journal de médecine. Les gens de l'art en distinguèrent deux : L'une sur un estomac percé qui n'avait pas empêché de vivre ou plutôt de languir pendant plusieurs années la personne qui en était attaquée ; l'autre sur un sujet qui, pour avoir été rebattu depuis, n'en était pas moins neuf alors, sur le danger de manger les chairs des animaux dont on ignorait le genre de mort.

L'académicien Guettard venait d'annoncer la découverte de la composition de la porcelaine ; mais il fit une réticence, en ne citant pas les lieux où se trouvaient les matières assez rares dont il parlait. Le hasard apprit à Desnos qu'on les tirait des carrières granitiques dont la ville d'Alençon est entourée : il envoya à ce sujet un mémoire confidentiel à Bernard de Jussieu, dont il avait suivi les cours et conservé l'estime, et avec lequel il était en relation.

Il ne paraît pas que depuis ce moment il ait rien publié sur son art, ailleurs que dans la collection sur les maladies épidémiques par le Pec de la Clôture.

Il fournit une foule de morceaux à l'auteur de la chronologie des grands baillis de Caen ; au dictionnaire du Maine ; au dictionnaire de la noblesse ; au dictionnaire des hommes illustres. Il eut une grande part au dictionnaire géographique des Gaules et de la France, par Expilly ; mais la matière étrange dont on estropia un de ses articles en confondant les notes avec le texte, le fit renoncer à seconder Expilly dans son entreprise restée imparfaite. Il eut plus de confiance en Fontette, qui donna en 1768 une nouvelle édition de la bibliothèque historique de France. Desnos y rédigea une grande partie de ce qui concerne l'histoire de la ci-devant Normandie. Il paraît aussi, par une lettre à Dom Clément, que ce savant bénédictin lui eut quelques obligations importantes.

Les seuls ouvrages que notre auteur ait publié en corps séparé, sont les mémoires historiques sur la ville d'Alençon et sur ses seigneurs ; une dissertation sur Serlon, évêque de Sées ; et une autre dissertation sur les héritiers de Robert IV, comte d'Alençon. Ces productions, qui furent le fruit de veilles nombreuses, annoncent une érudition profonde, mais quelquefois minutieuse : on y trouve généralement de l'exactitude dans le travail, mais on y désirerait plus d'ordre, et un style moins négligé ; défauts qu'il faut attribuer à l'âge avancé de l'auteur, et qui ne se font pas sentir dans les ouvrages qu'il avait publiés auparavant.

Moins occupé de la forme que du fond, l'auteur ne cherchait que la vérité. C'est ainsi qu'il avait rassemblé et qu'il a laissé dans ses manuscrits des recherches immenses, peu propres à être lues, mais excellentes à consulter. La collection de ses porte-feuilles offre plus de cent volumes in-4°, dans lesquels le défaut d'ordre se fait malheureusement sentir.

Celui de ses ouvrages posthumes qui serait lu avec le plus d'intérêt, est un petit écrit qui par sa nature ne peut être vu de personne : c'est une instruction adressée à sa famille, et dans laquelle respire avec un ton patriarcal la plus touchante sensibilité.

On a trouvé dans ses papiers l'esquisse d'un cahier que, comme doyen de son collège, il rédigea pour les états-généraux.

Il fut aimable et bon, quoiqu'emporté et irascible. Sans haine et sans ressentiment, il dédaignait la vengeance. Comme il connaissait à fond et son art et l'histoire, comme il sentait ses forces, il était quelquefois tranchant dans la discussion. Dans le monde, il montrait de la gaieté et de l'aménité ; et auprès des femmes, qu'il avait beaucoup et longtemps aimées, il n'était pas sans amabilité.

Desnos fut secrétaire perpétuel de la société royale d'agriculture de la généralité d'Alençon ; correspondant de la société royale de médecine de Paris, de l'académie des sciences et belles-lettres de Rouen, de celle de Caen, et de la société littéraire de Cherbourg.

Desnos mourut âgé de 78 ans 8 mois 20 jours, le 23 thermidor an IX (11 août 1801), à Alençon, où il fut inhumé. Une maladie l'avait privé pendant 3 ans de l'usage de la parole et de la faculté d'écrire.

décès

De son mariage sont nés 2 aînées mortes fort jeunes, un fils mort médecin à Paris, un fils, étudiant en médecine, qui disparut en juin 1778 ; une fille, Louise-Marguerite, mariée à Alençon, au citoyen Quillet-la-Martinière ; 2 autres filles mortes dans l'enfance, et un autre fils, Latuin-Louis-Gaspard, dépositaire de ses manuscrits, membre du conseil des Cinq-Cents (24 germinal an VI), où il a prononcé plusieurs opinions, imprimées in-8° et dans le moniteur, puis membre du corps législatif (4 nivôse an VIII), et auteur d'un ouvrage intitulé : Redites sur les effets des taxes arbitraires en France et en Angleterre, par rapport à leurs auteurs.


LOUIS DUBOIS - Le Journal d'Alençon et du département de l'Orne - numéro du 25 janvier 1803 / n° 1 du 5 pluviôse an XI.

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Pierre-Joseph avait épousé Marie-Anne Bernard-Duval.

Son fils, Latuin-Louis-Gaspard, est né à Alençon, le 19 janvier 1768 et est mort dans sa terre des Vignes, le 24 septembre 1807. Il avait épousé, en 1796, Agathe-Marie-Françoise Malassis de la Cussonnière, dont il eut un fils, Joseph-Jacques.

Joseph-Jacques fut payeur adjoint de l'armée d'Afrique, secrétaire du comité des arts et manufactures de l'Académie de l'industrie, membre de l'Institut historique et correspondant de plusieurs Sociétés savantes. Il est né à Alençon, le 25 prairial an V (13 juin 1797).

 

La France littéraire, ou Dictionnaire bibliographique des savants ... volume 6 - de Joseph-Marie Quérard

AD61 - Registres paroissiaux et d'état-civil d'Alençon