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Fils de Jean-Guillaume Mestadier et de Jeanne Racapé, Joseph-Jean Mestadier naquit à La Foye-Monjault le 3 février 1739.

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Il fit ses études au collège de Niort, dirigé par les Oratoriens. Il embrassa l'état ecclésiastique. Il était curé de Breuilles (17), à l'époque de la Révolution (depuis février 1771 jusqu'en mars 1791).

La nouvelle constitution civile du clergé lui parut très favorable au désir qu'il avait de sortir de l'état d'obscurité dans lequel il vivait. Il en adopta chaudement tous les principes, et prêta avec zèle le serment exigé des prêtres en fonctions. Il partit avec les électeurs de Saint-Jean, qui se rendaient à Saintes, pour y nommer l'évêque constitutionnel qui devait résider dans cette ville. Il espérait peut-être que les suffrages des électeurs l'appelleraient à ce siège : un autre concurrent fut préféré. Il ne tarda guère à voir combler ses voeux. Les électeurs du département des Deux-Sèvres avaient inutilement offert la dignité de prélat à Jallet et Prieur ; ces deux ecclésiastiques avaient refusé.

Pour la troisième réunion, on s'assemble à Niort le 8 mai 1791, Chasteau préside pour la première fois, Vien est maintenu secrétaire, les scrutateurs sont Théophile Allaire, prêtre, Barré-Chaban et Thabault.

L'amertume découle des lèvres de M. Chasteau, la personnification de la modération même ! ... Il regrette que Jallet ait manqué de courage, et Charles Prieur de virilité et de caractère. Il frappe sur les ecclésiastiques de nos contrées qui s'enveloppent du manteau de la religion pour motiver une coupable conduite. Il signale l'égoïsme et l'orgueil du haut clergé s'armant d'une logique spécieuse pour inquiéter les consciences faibles et timides ; - il faut, s'écrie-t-il, donner à l'église des chefs qui en connaissent et respectent les vrais préceptes, et déférer la mitre à des prêtres d'un caractère uniforme et constant, qui offriront l'exemple de la soumission aux lois de l'état : "il n'y a point de puissance au monde qui puisse les dispenser de ce devoir."

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On passe aux voix, les uns votent pour Mestadier, curé de Breuilles, district de Saint-Jean-d'Angély ; les autres pour l'abbé Frigard, supérieur du collège de l'Oratoire, homme d'une science vaste et du patriotisme le plus exalté.

A la seconde épreuve, Mestadier l'emporte. M. Auguis (Jean-Baptiste), membre du conseil de département, et M. Arnaud Tonnet, jeune, sont aussitôt députés vers lui ; ils ont mission de l'amener s'expliquer devant l'assemblée même.

Le 10 mai, sur la nouvelle de l'approche de M. Mestadier, le bureau envoie au-devant de lui, douze électeurs représentant les six districts dont se compose le département. Bientôt après, Mestadier entre, on l'entraîne au bureau, il y monte et prononce ces paroles :

"... Je me borne, pour aujourd'hui, à vous assurer que c'est avec la satisfaction la plus complète, que j'accepte la place importante que vous avez cru pouvoir me confier.

Il est possible, Messieurs, que mon patriotisme connu, à l'ardeur duquel je dois peut-être le peu de réputation qui m'a valu vos bontés, m'en impose sur la mesure de mes forces ; mais je crois que ce n'est pas le moment de provoquer, par trop de réflexions, la défiance et la pusillanimité. Entourés de mécontents, devenus pour la plupart les ennemis implacables de notre admirable constitution, vous me conviez à partager avec vous les périls et la gloire de la défendre longtemps, et à combattre à vos côtés et sous vos yeux, le désespoir de l'orgueil et du fanatisme détrônés ...

Cela suffit pour affermir mon courage ; je tâcherai de rendre tous les instants de ma vie, toutes les facultés de mon âme, si utiles à l'état et à la religion, que vous serez peut-être un jour aussi satisfaits de m'avoir accordé vos suffrages, que je suis flatté, moi-même en ce moment, de les avoir obtenus."

- La proclamation de Mestadier nécessitait la célébration d'une messe solennelle. Or, l'heure était avancée, et l'on chercha longtemps un prêtre qui fût en état de monter à l'autel. M. Coudert-Prévigneau, de Saint-Florent, se trouva heureusement dans les conditions voulues, et ce fut lui qui officia.

Lorsque tous les corps constitués de la ville furent arrivés, Chasteau proclama évêque du département Joseph-Jean Mestadier, et termina la journée par un nouveau discours.

Le Directoire ordonna un Te Deum général dans toutes les paroisses du ressort.

Mestadier partit, le 14 mai, pour Bordeaux où il devait se faire consacrer par le métropolitain. La difficulté de réunir trois évêques et de se pourvoir d'une crosse et de deux mitres, reculèrent les cérémonies prescrites, jusqu'au 5 juin. La consécration lui fut commune avec les évêques du Lot-et-Garonne et de la Vendée. Le métropolitain était assisté des évêques de la Charente-Inférieure et de la Dordogne.

De retour à Niort, le 10 juin, de grands honneurs furent faits à l'évêque des Deux-Sèvres. L'installation étant fixée au 12, jour de fête de Pentecôte, trois membres de l'administration départementale l'y accompagnèrent. Plusieurs villes voisines y envoyèrent des députations. Nous lisons dans les pouvoirs de celle de Parthenay : "Que l'évêque est un pasteur vraiment citoyen ; qu'il n'a été élevé à cette éminente dignité de l'église, que par la connaissance que MM. les électeurs avaient acquise de ses vertus religieuses, morales et civiques, et de ses rares talens ; qu'on ne pouvait faire un plus digne choix ; que c'est un vrai bonheur pour le troupeau confié à ses soins ; qu'il fallait se féliciter de vivre sous la houlette d'un pasteur qualifié de toutes les vertus que saint Paul exigeait d'un évêque."

La lettre pastorale de Mestadier ne parut que le 12 août ; il eut, conséquemment, tout le temps d'en mûrir les termes.

Suivant l'article 3 du titre III de la constitution du clergé, le traitement des évêques, dans les villes d'une population inférieure à 50.000 âmes, était de 12.000 fr. Tels durent être les émoluments de Mestadier. Le premier vicaire avait un traitement de 3.000 fr. et le second de 2.400 fr.

Son épiscopat n'a rien présenté de plus remarquable que la campagne militaire faite avec Westermann.

14 juillet 1793 - Déclaration de J.-J. Mestadier, évêque du département des Deux-Sèvres et de ses deux vicaires, adressée à la Convention Nationale, portant qu'ayant suivi le général Westermann dans son expédition contre les rebelles de la Vendée, avec deux députés de chacune des trois autorités constituées, ils ont été témoins de ses succès des 2 et 3 juillet, et de la déroute de son armée le 5, ils croient que ses succès sont dus à sa bravoure et à ses talents militaires et ses revers à la plus infâme perfidie, qu'ils sont loin d'imputer au général Westermann, que la sévérité avec laquelle il a traité les propriétés des révoltés, surtout des chefs, les efforts réitérés pour résister au torrent qui entraînait son armée dans la fuite la plus immodérée, les dangers continuels qu'il a courus pendant près de 4 lieues au milieu du feu des ennemis, qui a détruit presque toute l'infanterie de sa légion, le désespoir bien prononcé de son attitude depuis qu'il a eu la certitude que le mal était sans remède, sa consternation attendrissante lors des malheurs du 5 juillet ne permettent pas de le suspecter le moins du monde de lâcheté ou de trahison dans cette affaire, ladite déclaration étant faite pour aider à bien juger un homme de l'innocence duquel ils sont intimement persuadés.

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Le 27 novembre 1793, il abdique les fonctions ecclésiastiques. Plus tard, il s'installe notaire à Amuré (Messidor an III et an IV) puis à Coulon de l'an V à l'an XI.

Il avait marié deux de ses vicaires à ses deux soeurs :

Le 15 frimaire an II (5 décembre 1793), à Saint-Maixent, Antoine-Joseph Pupier de Brioude, fils de Guy-Joseph et de Marie-Hélène Trablaine, né à Montbrison (42) en 1752 ;  avec Suzanne Mestadier, âgée de 44 ans, née à Coulonges-les-Royaux, le 16 décembre 1749 (selon l'acte de mariage). Étaient témoins, entre autres, Joseph-Jean Mestadier, 53 ans et de Alexandre-Jean Mestadier (frère de Joseph-Jean), juge de paix du canton de Surgères, administrateur du département de la Charente-Inférieure, demeurant en la commune de Marsais, 52 ans. Pupier de Brioude est décédé à Saint-Jean-d'Angély, le 6 juillet 1813.

- Jeanne-Marguerite, mariée avec Jean-Baptiste Deruette, né à Mirebeau (86), fils de Urbain Deruette et de Radegonde Bigen (?), "professeur et prêtre pensionné" ; il est décédé à Saint-Jean-d'Angély, le 2 juin 1828. Jeanne-Marguerite est décédée à Saint-Jean-d'Angély, le 23 septembre 1815.

Joseph-Jean Mestadier, notaire,  est mort à Coulon dans sa 65e année, le 10 vendémiaire an XII (le 3 octobre 1803).  La déclaration de sa mort fut faite à la mairie par son clerc, Pierre Julien "se disant son fils adoptif". Pierre Julien devint gendarme à La Rochelle.

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Jules Richard - Mémoires de la Société de statistiques, sciences, lettres et arts du Département des Deux-Sèvres - Tome IX - 1844-1845 - pp. 154 à 157

Histoire de la ville de Niort ... de Hilaire-Alexandre Briquet

AD79 -  Registres paroissiaux de La Foye-Monjault et d'état-civil de Coulon

AD17 - Registres d'état-civil de Saint-Jean-d'Angély

Répertoire général des sources manuscrites de l'histoire de Paris pendant la Révolution française. Tome 11 / par Alexandre Tuetey - 1890-1914 - page 186 (article 533).