SAUMUR VUE Z

Fille de Paul Besnard Dupercher, maître perruquier, et de Renée-Jeanne Bridault, mariés à Doué, le 19 juin 1742,  Jeanne Besnard-Dupercher, née à Doué le 18 juillet 1747, était dame hospitalière à l'hôtel-Dieu au début de la Révolution. 

Son frère, Paul-Charles, né le 18 juillet 1750, était maire-chapelain du chapitre de Saint-Denis de Doué. Puis curé de Méron, il est décédé en fonction le 12 décembre 1811, à l'âge de 61 ans.

REN2E JEANNE 1747 Z

Connue pour ses sentiments royalistes, elle fut amenée, le 29 octobre 1793, à Guillemette, commandant de la place de Doué, qui l'envoya à Saumur pour avoir "proféré des paroles infâmes, telles que : vive le roi, vive notre armée chrétienne, vive la religion catholique, apostolique et romaine, et, tirant de son portefeuille un louis d'or, elle manifesta que c'était l'effigie qu'elle vénère".

Le général Commaire l'adressa au Comité révolutionnaire qui la questionna et la renvoya devant la Commission militaire. Celle-ci, dans sa séance du 9 novembre, la jugea à son tour. 

L'humble religieuse confessa hardiment son Dieu et son Roi, et l'énergie de ses réponses frappa d'étonnement ces juges habitués à voir les accusés trembler devant eux.

La soeur Besnard monta sur l'échafaud avec l'enthousiasme des martyrs. Du reste son interrogatoire, que je transcris ci-dessous, montrera à quel degré d'exaltation étaient arrivés certaines âmes :

Demande - Pourquoi elle est emprisonnée ?

Réponse - Parce qu'elle a dit : Vive le Roy, vive la Reine, vive M. le Dauphin, vive la religion catholique, la noblesse, le clergé, dans leurs droits et qu'elle persiste dans ces sentiments.

D. - Ce qu'elle voulait faire de ces rubans blancs ?

R. - Qu'on les lui avait envoyés et que s'il avait fallu mettre une cocarde blanche, elle l'aurait fait avec plaisir.

D. - Si elle reconnaît la Convention et la République et si elle a fait serment de fidélité à celle-ci ?

R. - Qu'elle ne connaissait pas d'autres représentants de la nation que le Roi au temporel et le Pape au spirituel.

D. - Si elle veut du mal à la République ?

R. - Que non, mais qu'elle désire fortement sa conversion.

D. - Si elle croit la religion des prêtres réfractaires vraie et humaine ?

R. - Qu'elle croit leur religion absolument vraie et qu'il en était de même de leur humanité.

D. - Comment elle a cette croyance lorsque les prêtres réfractaires sont les promoteurs de la guerre civile ?

R. - Qu'elle ne les croit pas les moteurs de cette guerre et qu'ils n'avaient fait que répondre à celle qui leur avait été intentée, du moment qu'on leur ôtait leur attache à la chaire de Saint-Pierre.

D. - Si elle croyait bon, religieux et selon l'esprit du divin Maître de faire verser à grands flots le sang humain pour une perte de propriétés et la rupture des liens avec le Pape ?

R. - Que les prêtres n'avaient aucune part à cette effusion de sang, ne les ayant pas vus mêlés à l'armée catholique, quoiqu'elle fût fort intime avec cette armée.

Interrogée si elle hait la République, elle répond "que son sentiment dominant est l'amour du prochain ; qu'elle ne hait personne et que son seul désir est la conversion de tous". Et comme on lui demandait si elle se félicitait de son arrestation actuelle, elle déclara "qu'elle en était enchantée, si telle était la volonté de Dieu".

C'est alors qu'incapable de comprendre une semblable abnégation de soi-même, ses juges la crurent folle ; elle se borna à leur demander si, dans ses réponses, ils avaient trouvé quelque chose qui pût les faire douter de sa raison. Ne pouvant la faire passer pour insensée, ils la condamnèrent à mort.

Elle fut guillotinée le soir même, 19 brumaire an II (9 novembre 1793), à cinq heures, sur la place de la Bilange.

 

crucifix

 

Doué et son histoire par Henri Prud'homme - 1974

Revue historique de l'Ouest - Histoire de SAumur pendant la Révolution - pp. 448 et 449 - 8e année - 1ère livraison - 1892

AD49 - Registres paroissiaux de Doué-la-Fontaine