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Mme Angélique Duchemin, veuve Brulon, est née à Dinan, à la Croix-aux-Cordeliers, le 20 janvier 1772, et a été baptisée le lendemain, paroisse Saint-Malo.

Duchemin Dinan p


Elle appartenait à cette race forte, à la tête dure mais au coeur ardent, qui donna à la patrie tant d'enfants dont elle peut se montrer fière. Sa mère, d'origine bretonne, s'appelait Marie Deshayes. Son père Guillaume Duchemin, originaire de Saint-Quentin, juridiction d'Avranches, était appointé au régiment de Limosin, dans la compagnie Bonnefousse.

Fille, femme, soeur, filleule de militaires, elle avait vu le jour dans les camps et accompagna le régiment de Limosin, devenu plus tard le 42e d'infanterie, dans ses nombreuses pérégrinations. Son père trouva la mort en 1793, pendant la campagne d'Italie. Ses deux frères : Charles, né en 1774 à Longwy, et Thomas, né en 1782, furent également tués à l'ennemi (Italie), le premier en 1795 et le second en 1796.

Marie-Angélique-Josèphe Duchemin, fille, soeur et filleule de militaires, avait dix-sept ans, quand elle épousa le 9 juillet 1789, le caporal André Brulon, fils de Christophe Brulon, marchand, et de Barbe Henriet, né à Neuville-au-Pont, dans la Marne, le 5 avril 1762 et baptisé le même jour.

C'était un grand et beau garçon de 30 ans, brun, l'oeil vif, le geste prompt et portant sur toute sa personne le brusque sans-gêne du soldat, en même temps que la loyale expression d'une suprême franchise.

Angélique ne fut pas mariée longtemps ; son mari fut tué à Ajaccio en 1791, durant les fêtes de Pâques. Cette mort violente fut l'occasion de la vie quasi romanesque de la jeune veuve.

En voici l'histoire :

A cette époque, la flotte anglaise croisait dans les eaux de la ville et tenait prêtes des compagnies de débarquement pour s'en emparer. La majeure partie de la population d'Ajaccio était pour l'Angleterre ; elle demandait l'éloignement des troupes, déclarant que la garde nationale était suffisante pour défendre la ville. Le parti patriote s'y opposait, comprenant bien que du jour où la citadelle cesserait d'être défendue par des troupes régulières, les Anglais s'en rendraient aussitôt maîtres. Chaque jour on voyait des rassemblements armés sur le quai et sur la place du Diamant. D'un côté les patriotes qui voulaient le maintien de la garnison, de l'autre les partisans des Anglais qui en réclamaient le renvoi. Les murmures de la population, excitée par d'habiles agents, ne cessaient pas de monter jusqu'à la citadelle ; à chaque instant ses chefs étaient avertis des mauvaises dispositions et des menaces de la foule.

Un fort détachement du 42e, qui devait s'opposer aux mutins, avait été placé en réserve sur la place du Diamant, derrière la cathédrale. Il arriva alors ce qui se produit dans les jours d'effervescence populaire, un coup de feu parti de la foule ameutée vient atteindre et blesser un soldat. Le sergent Brulon, qui commandait le détachement, ordonne le feu. Des renforts, à la tête desquels se trouvait le capitaine Mars, descendent de la citadelle et se joignent au détachement du sergent Brulon. En quelques minutes le parvis de la cathédrale, la place du Diamant furent balayées comme par enchantement et de fortes patrouilles rétablirent en peu de temps la tranquillité dans la ville et dans les faubourgs.

Dès le début de l'affaire le sergent Brulon était tombé, frappé d'une balle à la tempe, en même temps qu'un stylet lui perçait la poitrine. Il était victime de la vengeance particulière d'un certain Génovèse. Au bruit de la fusillade la jeune femme avait quitté la citadelle pour porter secours aux blessés. Quand elle vit les cadavres une horrible frayeur s'empara d'elle ; mais si elle ne voyait pas parmi les morts son mari elle ne le retrouvait pas non plus parmi les vivants. "Où est donc Brulon ?" demandait-elle à chacun. Rencontrant enfin l'artilleur Barral, l'ami de son mari : "Eh bien Barral, lui dit-elle, parlez donc, est-il mort ?" Un geste de l'artilleur, geste énergique et désespéré, fut toute la réponse qu'il put articuler ; il tomba assis sur une borne et se mit à pleurer comme un enfant. "Mon pauvre Brulon ! fit-il en serrant les poings, un si brave coeur !" Angélique laissa échapper de ses lèvres un sanglot déchirant et s'affaissa sur le sol. Quand elle fut revenue à elle, ils se mirent tous les deux à la recherche du corps du sergent.

Les maisons étaient silencieuses, à peine si à travers les fenêtres filtrait la pâle lueur d'une lampe. Après d'inutiles recherches, ils allaient reprendre le chemin de la citadelle, lorsqu'ils virent sortir de l'ombre formée par le porche de la cathédrale, un homme qui s'avança rapidement vers eux. "Vous étiez l'ami de Brulon ? dit cet homme, venez, il est là !" Dans l'ombre du porche il leur montra du doigt une forme longue et recouverte d'un manteau gisant sur le pavé. "Le voilà", dit l'inconnu. Barral s'agenouilla devant le cadavre ; Angélique l'imita, et découvrant le visage du mort qu'elle reconnut aussitôt, elle aperçut à la tempe une plaie béante ouverte et sanglante. "Ah ! malheur", s'écria la pauvre femme avec stupeur en contemplant ce corps immobile, "Je te vengerai, je le jure !" fit-elle avec une énergie sauvage et en étendant les bras vers le Ciel, comme pour le prendre à témoin de ce serment de mort.
Ils emportèrent tous trois le cadavre à la citadelle ; mais quand il fut déposé à côté des autres, Angélique s'évanouit. Le lendemain, après que les grenadiers du 42e eurent rendu les derniers honneurs à leurs camarades, une nouvelle funeste circula dans les quartiers : Mme Brulon était folle !

Deux jours après, à l'appel du matin, on vit arriver et prendre rang parmi les grenadiers un jeune soldat dont le visage, bien connu de tous, excita le plus douloureux étonnement en même temps que la plus vive curiosité. C'était Angélique, vêtue de l'uniforme de son mari, dont elle avait décousu les galons. L'officier s'avança vers elle et voulut lui adresser les observations que commandait cette conduite inexplicable, mais elle l'arrêta et lui dit d'une voix ferme, empreinte de la plus ardente sollicitation : "Capitaine, je remplacerai mon mari. A dater de ce jour, ne voyez plus en moi que le soldat Brulon ; vous n'en aurez pas de plus soumis et de plus rude à la corvée, mais aussi vous verrez si je saurai poursuivre et combattre les assassins." L'officier sourit et la laissa faire. "Après tout, se dit-il sa folie est douce, et cela ne durera pas."

Peu à peu, on s'habitua à lui voir faire le service, qu'elle exécutait d'ailleurs avec une ponctualité exemplaire. Bientôt, pour lui éviter les fatigues de la faction, le général Casabianca lui fit remplir les fonctions de caporal ; il la nomma même peu après caporal-fourrier. A partir de ce moment elle ne fut désignée au régiment que sous le nom de caporal Liberté ...

Le texte de ses états de service, emprunté aux registres matricules et aux pièces déposées au ministère de la Guerre, constitue, à ce sujet, dans son laconisme même, le plus éloquent des documents :

Campagnes : 1792, 1793 et 1794 Corse. - 1795, armée d'Italie.

Blessures : coup de sabre au bras droit et coup de stylet au bras gauche, à l'affaire du fort Gesco, le 24 mai 1794.
Eclat de bombe à la jambe gauche, au siège de Calvi, en 1794.

Actions d'éclat : à l'affaire de Lumio (Corse), commandant un poste avancé de 22 hommes, Angélique Duchemin, veuve Brulon, fit une défense héroïque.
Quoique blessée, le 24 mai 1794, au fort Gesco, elle partit, à minuit, pour Calvi, à travers les assaillants. Par son zèle et son courage, elle fit lever et chargea de munitions une soixantaine de femme, "faute d'hommes". Elle parvint à les amener jusqu'aux défenseurs du fort Gesco, ce qui permit de conserver ce dernier fort et de repousser les Anglais.

A donné, dans les occasions les plus périlleuses, des preuves d'intrépidité et de dévouement pendant le siège de Calvi, notamment une sortie où elle fit le coup de feu avec les tirailleurs, s'avançant toujours pour tirer de plus près, bien qu'une balle eût traversé son bonnet de police, et aussi à la défense d'un bastion où, faisant fonctions de sergent, elle manoeuvrait une pièce de siège.

A sauvé la vie au capitaine - devenu général - de Vedel, menacé dans une rixe, en ville, en se précipitant dans la foule et en désarmant un Corse prêt à le frapper.

Obligée de quitter l'armée, à cause de ses blessures, après la campagne d'Italie, la veuve Brulon fut admise aux Invalides avec le grade de sergent, après avoir été réformée avec solde provisoire. Elle n'avait alors que vingt-six ans. Sa fille en avait neuf.

On l'occupa comme garde-magasin. Son passé, son exemplaire conduite attirèrent sur sa personne la bienveillante attention des divers gouverneurs. Le 2 octobre 1822, le roi Louis XVIII lui conféra le grade de sous-lieutenant honoraire sur la proposition du général de Latour-Maubourg. En février 1823, elle fut autorisée à porter la décoration du Lys. Plus tard, le 15 août 1851, le prince Napoléon la décora de la Légion d'honneur. Enfin, le 4 octobre 1857, elle reçut la médaille de Sainte-Hélène.

La veuve Brulon vécut jusqu'à l'âge de quatre-vingt-sept ans et six mois, entourée du respect de tous ; elle s'éteignit le 13 juillet 1859 après quelques instants de fièvre et sans crise violente.

"Elle avait l'aspect - écrit Albert Blanquet, qui la visita dans les dernières années de sa vie - d'un petit vieillard au visage doux et souriant, aux yeux vifs, à la main prompte et franche, mais certaine particularité ne laissait guère douter de son sexe : le vieux sous-lieutenant tricotait ! ..."

décès

 

QUELQUES DOCUMENTS :

25 brumaire, an VII (15 novembre 1798)
Lettre écrite par le Conseil d'administration de l'hôtel des militaires invalides, à Paris.
Au Ministre de la Guerre.

Citoyen Ministre. - Le Conseil d'administration a l'honneur de vous transmettre le mémoire que lui a adressé la citoyenne C. Veuve Brulon, ex-caporal-fourrier de la 83e demi-brigade tendant à obtenir de votre part une décision en sa faveur, ou sa subsistance dans une succursale, en attendant que vous ayez prononcé sur son sort.

Le Conseil n'a pu voir sans le plus vif intérêt la position malheureuse où se trouve cette citoyenne, fille, femme de militaires morts au champ d'honneur, couverte elle-même de glorieuses blessures qu'elle a reçues en combattant les ennemis de la Liberté, et qui est restée veuve avec une fille de deux ans dont elle est l'unique soutien.

Cette femme, si utile à son pays, avait obtenu pour récompense de ses services militaires, son admission au dépôt des convalescents de Versailles devenu succursale : comprise dans la réforme que vous avez ordonnée par l'organe du citoyen Pignière, chef de la 5e division de vos bureaux, il ne lui a été alloué qu'une subsistance de 5 décimes par jour pour sa retraite dans des foyers qu'elle n'a point.

Sans ressources et surtout sans asile, elle a été réduite à accepter ce modique traitement et à se réfugier à la caserne Rousselet à Paris, où elle végète exposée à mille dangers qu'elle craint moins pour elle que pour sa fille.
D'après cet exposé, le Conseil ne peut que vous inviter, citoyen ministre, à prendre en la plus grande considération le sort de cette veuve intéressante et à lui donner des preuves de l'humanité et de la justice qui vous caractérisent.

Salut et respects,
Signé : Berruyer.

21 brumaire an VII (11 novembre 1798)
La veuve Brulon, née Duchemin, ex-caporal-fourrier de la 83e demi-brigade, au citoyen Berruyer, général en chef de la maison des militaires invalides.

Citoyen général,

N'osant aller vous interrompre et peut-être vous faire perdre des moments précieux, j'ai pris la liberté de vous écrire et de m'adresser à vous comme au père des militaires, de leurs enfants et en général des malheureux.

Je ne puis que me flatter, citoyen général, que vous aurez conservé le souvenir d'une citoyenne caporal-fourrier, qui était à la maison de Versailles lors de votre visite avec le citoyen Pignière, vous avez eu la bonté de m'accueillir et de m'y laisser malgré la réforme ; quelque temps après j'en suis partie pour aller à Bourbonne prendre les eaux, ma conduite à la maison depuis cinq mois m'a valu l'honneur du commandement du détachement de la maison qui y était, à mon retour tous mes camarades sont rentrés à la succursale, mais les citoyens Gouthot et Pignière n'ont pas jugé bon de m'y admettre et m'ont sans égard accordé la subsistance de 5 décimes par jour pour me retirer dans mes foyers. J'ai eu beau observer que je n'en avais point, que j'étais enfant d'un militaire qui avait servi depuis avant les guerres du Hanovre, jusqu'à il y a trois ans qu'il est mort en activité de service à l'armée d'Italie et ce sans interruption ainsi que peuvent le certifier plusieurs de vos subordonnés qui ont été ses camarades ; en conséquence qu'il ne m'avait laissé aucun asile ni foyer pour me retirer ; que j'ai été mariée trente mois à un militaire du même régiment, qui est mort aussi en activité après 7 ans de service (le général Marteau, chef de brigade aujourd'hui à l'hôtel, était alors son capitaine) ;

Que j'avais un enfant de 9 ans ;

Que mes deux frères sont morts sur le champ de bataille en Italie, que j'avais moi-même porté les armes et que je n'avais point trompé mes chefs sur mon sexe, puisque j'avais d'abord été autorisée par le général Casabianca, commandant en l'isle de Corse, ensuite par le citoyen Lacombe Saint-Michel, l'adjudant général Couthaud, à ma rentrée en France par le général Pierre commandant à Toulon, etc., etc. qui tous après avoir pris des renseignements sur ma conduite tant comme femme que comme militaire, m'avaient fait continuer mon service.

Qu'enfin j'avais été blessée d'un éclat de bombe à la jambe gauche en battant l'ennemi, ainsi que l'attestent les certificats de mes camarades et du citoyen Arena, représentant au Conseil des 500, sous les ordres duquel j'ai servi onze mois, que j'étais fortement impotente de cette blessure, ainsi que l'ont estimé les membres du Comité de santé et que je ne pouvais sans beaucoup de peine pourvoir à ma subsistance.

Enfin, citoyen général, toutes ces raisons n'ont pu rien changer et ils ont persisté à m'envoyer dans mes foyers que je n'ai point.

Il y a deux mois et demi que je suis à la caserne Rousselet, à végéter avec mon enfant ; les citoyens Roussin, chef du bureau des pensions des sous-officiers qui a toutes mes pièces en mains et Laurent, ont fait leur possible pour m'être utiles ; il y a un mois et demi qu'ils ont fait un rapport au ministre dans lequel ils lui exposaient à peu près les faits ci-dessus détaillés, mais il n'a pas encore répondu.

Malgré la confiance que vous inspirez, citoyen général, je n'aurais pas osé vous ennuier de mes malheurs, si je n'y avait été excitée par un nombre considérable d'invalides, et surtout ceux qui m'ont vu naître et qui prennent part à ma position, puisse-t-elle également vous toucher et vous engager à me recommander au ministre afin qu'il veuille prononcer sur mon sort où m'accorder la subsistance dans une succursale en attendant.

Vous avez vu, citoyen général, les malheurs de ma famille, de laquelle je suis restée seule, je réclame votre justice.

Salut et respect.
Signé : D. Veuve Brulon, de la caserne Rousselet.

Sans date
Liberté. Justice. Égalité.
Nous, soussignés, militaires formant les garnisons d'Ajaccio et Calvi en Corse pendant les années 1792 - 1793 - 1794 (v. s.)

Certifions à ceux qu'il appartiendra que la citoyenne Angélique-Marie-Joseph Duchemin, Vve Brulon, a servi avec nous en qualité de caporal fourrier dans un détachement du 42e régiment d'infanterie, devenu 83e demi-brigade.

Qu'elle a fait, joint à son service pendant huit mois, celui de caporal à Ajaccio, son sexe étant bien connu.

Qu'elle s'est on ne peut mieux montrée dans l'insurrection qui eut lieu dans cette ville et dont les maisons Buonaparte et Meuron furent victimes.

Qu'à l'époque où une partie de son détachement voulut quitter Ajaccio pour aller à Calvi, elle mit le zèle le plus vif pour faire réussir ce projet, malgré une partie des fusiliers, un sergent et son lieutenant Pozzo-di-Borgo et MM. Guittera et Collonna maire et commandant de la ville qui la regardèrent comme chef de complot et de désertion. Et qu'en arrivant à Calvi, elle faillit être fusillée, étant prise pour un autre. Les autorités, ayant été instruites par des citoyens venus d'Ajaccio de sa conduite et de son dévouement, lui rendirent justice. Le détachement fut désarmé et mis en prison ; elle voulut suivre ses camarades et fut détenue comme eux. Cinq jours après son arrivée, les révoltés mirent le feu à plusieurs maisons de campagne ; on rendit les armes au détachement qui fut commandé par l'adjudant-général Couthaud pour les poursuivre ; elle eut à cette affaire le commandement d'un poste de douze hommes dans la redoute de Bourgogne.

En arrivant à la ville, le représentant La Combe St-Michel et le général Casabianca la reçurent derechef caporal-fourrier en l'autorisant à continuer son service.

Elle fit pendant onze mois le service de sergent joint au sien.

Qu'elle s'est distinguée dans toutes les sorties qu'on a faites contre les Anglais et les révoltés, particulièrement à Lumio où elle commandait sous les ordres du citoyen Arena, un poste avancé de vingt-deux hommes, où elle montra autant d'humanité que de courage en aidant malgré la poursuite de l'ennemi, à ramener les blessés, entre autres le citoyen Vedel, commandant les compagnies.

Qu'à l'affaire du fort Gesco, elle reçut deux légères blessures qui ne l'empêchèrent pas à minuit d'aller à la ville à une demi-lieue et de revenir escortant une soixantaine de femmes chargées de munitions sur lesquelles le citoyen Arena lui avait donné la surveillance et arriva heureusement au fort et le mit à même de continuer le feu qui cessait faute de munitions de guerre.

Qu'elle se montra parfaitement dans toutes les occasions, soit au feu, ou dans les travaux ainsi que pendant la durée longue et pénible du siège que cette ville essuya de la part des Anglais.

Qu'elle manoeuvrait une pièce de seize et qu'elle fut blessée à sa pièce d'un éclat de bombe à la jambe gauche l'avant-veille de la capitulation.

Qu'elle s'est trouvée partout où son service l'appelait et s'y est comportée avec honneur, bravoure et intelligence.
Qu'enfin sa conduite comme femme ou comme militaire a toujours été pure et intacte.

En foi de quoy, nous avons signé avec justice le présent certificat.

Signé : Gombault, major de la place - Cazalet - Cornibert, capitaine à la 6e demi-brigade d'artillerie de la marine employé second lieutenant au 21e régiment d'artillerie à pied au siège de Calvi - Thiébault, lieutenant.


Aujourd'hui, deux octobre 1822

Le Roy étant à Paris, prenant une entière confiance en la valeur, la bonne conduite et la fidélité de la Dame Angélique-Marie-Joseph Duchemin, veuve Brulon.

Sa Majesté lui a conféré le grade honorifique de sous-lieutenant invalide pour tenir rang à dater dudit jour deux octobre 1822.

Mande Sa Majesté à ses officiers généraux de reconnaître la dame Duchemin, veuve Brulon en cette qualité.

Par ordre du Roy,

Le Ministre secrétaire d'État de la guerre.

Signé : De Bellune.


Copie de l'ordre du jour du 15 octobre 1822

Madame Brulon, militaire invalide, qui a eu le grade de sergent avant son entrée à l'hôtel, a obtenu des bontés du Roy le grade honorifique de sous-lieutenant invalide ; elle sera reconnue en cette qualité à la parade. Le gouverneur s'empresse de faire connaître par la voix de l'ordre cette nouvelle grâce de Sa Majesté, accordée à une personne qui s'en est rendue digne par ses excellents principes, ses bons sentiments et la considération dont elle jouit à l'hôtel.

Signé : Le marquis Victor de La Tour Maubourg, gouverneur.

Paris le 1er février 1823
MME VEUVE BRULON
NÉE (MARIE ANGÉLIQUE JOSEPH) DUCHEMIN.
OFFICIER-INVALIDE.
1re DIVISION

Madame,

J'ai l'honneur de vous prévenir qu'ayant pris les ordres du Roi, sur votre demande, je suis autorisé à vous faire savoir que Sa Majesté vous permet de porter la décoration du Lys.
Agréez, Madame, l'assurance de mes sentiments distingués.

Le premier valet-de-chambre du Roi.
Signé : Le chevalier de Chamilly.

Médaille de Sainte Hélène, instituée par S.M. Napoléon III.
Napoléon Ier
A ses compagnons de gloire, sa dernière pensée.
Sainte Hélène, le 5 mai 1821.
Le Grand Chancelier de l'Ordre Impérial de la Légion d'honneur, certifie que Mme Duchemin, veuve Brulon, Marie-Angélique-Joseph, caporal au 42e Limosin q. 57e de ligne, ayant servi durant la période de 1792 à 1815, a reçu la médaille de Sainte-Hélène.

Signé : Duc de Plaisance.
Inscrit à la Grande Chancellerie : N° 226.642 bis.

18 août 1851
MINISTÈRE DE LA GUERRE
République française.

Liberté - Égalité - Fraternité
Le Ministre de la Guerre fait connaître au sous-lieutenant invalide Brulon (Angélique-Marie-Joseph), que par décret du 15 août 1851, au nom du peuple français, le Président de la République l'a nommé chevalier de l'Ordre national de la légion d'honneur.

Avis de cette nomination est donné au Grand Chancelier de l'Ordre, qui est chargé de faire procéder à la réception du sous-lieutenant invalide Brulon et à la remise de sa décoration.
Paris, le 18 août 1851.
Signé : Randon.

 

 

L'abbé Fouéré Macé - L'Ouest-Éclair - 8 octobre 1901

Le Petit Parisien - 1er février 1906

Bulletin de la Société des Sciences historiques & naturelles de la Corse - n° 340-341-342 - 2e trimestre - XXXIIe année - 1912